Chapitre IV. Des hallucinations hypnagogiques[1]
Alfred Maury[2]
[1] LL est un phénomène éprouvé par un grand nombre de personnes, et auquel je suis moi-même fort sujet, qui me paraît de nature à jeter du jour sur le mode de production des rêves; je veux parler des hallucinations dont est précédé le sommeil ou accompagné le réveil. Ces images, ces sensations fantastiques se produisent au moment où le sommeil nous gagne, ou quand nous ne sommes encore qu’imparfaitement réveillés. Ils constituent un genre à part d’hallucinations auxquelles convient l’épithète d’hynagogiques dérivée des deux mots grecs s ὕπνος, sommeil, ἀγωγεύς qui amène, conducteur, dont la réunion indique le moment où l’hallucination se manifeste d’ordinaire. Déjà plusieurs physiologistes allemands se sont occupés de ce bizarre phénomène, J. Muller, Purkinje, Gruthuisen, Brandis, Burdach, et un aliéniste français, auquel [p. 42] nous devons d’excellents travaux sur l’hallucination, M. Baillarger, en a fait l’objet d’un Mémoire spécial; mais ces auteurs sont loin d’avoir épuisé la matière et surtout d’avoir suffisamment saisi, à mon avis, la liaison qui unit l’hallucination hypnagogique au rêve, d’une part, aux hallucinations de la folie, de l’autre. Afin de combler cette lacune, j’ai entrepris, depuis longtemps, une série d’observations sur moi-même, et j’ai complété ces observations à l’aide de communications qu’ont bien voulu me faire des personnes sujettes au même phénomène.
[2] C’est de l’exposé des faits ainsi recueillis que je tirerai les rapprochements qui me serviront à expliquer diverses circonstances essentielles du rêve.
[3] Il faut d’abord noter que les personnes qui éprouvent le plus fréquemment des hallucinations hypnagogiques sont d’une constitution facilement excitable et généralement prédisposées à l’hypertrophie du cœur, à la péricardite et aux affections cérébrales.
[4] C’est ce que j’ai pu confirmer par ma propre expérience [p.43]. Mes hallucinations sont plus nombreuses, et surtout plus vives, quand j’éprouve, ce qui est fréquent chez moi, une disposition à la congestion cérébrale. Dès que je souffre de céphalalgie, dès que je ressens des douleurs nerveuses dans les yeux, les oreilles, le nez, dès que je ressens des tiraillements dans le cerveau, les hallucinations m’assiègent, à peine la paupière close. Aussi je m’explique pourquoi j’y suis toujours sujet en diligence, après y avoir passé la nuit, le défaut de sommeil, le sommeil imparfait, produisant constamment chez moi le mal de tête. Un de mes cousins, M. Gustave L…, qui éprouve les mêmes hallucinations, a eu occasion de faire, en ce qui le touche, des remarques analogues.
[1] Se trata de un fenómeno experimentado por un gran número de personas, del cual yo mismo soy sujeto, y que me parece capaz de arrojar luz sobre el modo de producción de los sueños. Me refiero a las alucinaciones que van precedidas del sueño o que acompañan el despertar. Estas imágenes, estas sensaciones fantásticas se producen en el momento en que nos gana el sueño o cuando todavía estamos imperfectamente despiertos. Constituyen un tipo distinto de alucinaciones a las que se les da el epíteto hipnagógico derivado de las dos palabras griegas ὕπνος, ‘sueño’, ἀγωγεύς, ‘que trae’, ‘conductor’; cuya unión indica el momento en que suele manifestarse la alucinación. Varios fisiólogos alemanes se han ocupado ya de este extraño fenómeno: J. Müller, Purkinje, Gruthuisen, Brandis, Burdach y un alienista francés, a quien debemos un excelente trabajo sobre las alucinaciones, el Sr. Baillarger, lo convirtió en tema de una memoria[3] especial; pero estos autores están lejos de haber agotado el material y, sobre todo, de haber comprendido suficientemente, en mi opinión, el vínculo que une las alucinaciones hipnagógicas con los sueños, por una parte, y con las alucinaciones de la locura, por otra. Para colmar este vacío, emprendí durante mucho tiempo una serie de observaciones sobre mí mismo, y completé estas observaciones con la ayuda de comunicaciones que tuvieron la amabilidad de proporcionarme personas expuestas al mismo fenómeno.
[2] De la exposición de los hechos reunidos, sacaré las conexiones[4] que me servirán para explicar varias circunstancias esenciales del sueño.
[3] En primer lugar, cabe señalar que las personas que experimentan con mayor frecuencia alucinaciones hipnagógicas son de constitución fácilmente excitable y generalmente predispuestas al agrandamiento del corazón, pericarditis y afecciones cerebrales.
[4] Esto es lo que pude confirmar a través de mi propia experiencia. Mis alucinaciones son más numerosas y especialmente más vívidas cuando experimento, lo que es frecuente en mí, una tendencia a la congestión cerebral. Tan pronto como sufro de dolor de cabeza, tan pronto como siento dolores nerviosos en los ojos, los oídos, la nariz, tan pronto como siento sensaciones punzantes en mi cerebro, me asaltan alucinaciones apenas cierro los párpados. También me explico por qué siempre al estar diligente, después de haber pasado una noche difícil, la falta de sueño, el sueño imperfecto me producen constantemente dolores de cabeza. Uno de mis primos, el señor Gustave L…, que sufre las mismas alucinaciones, tuvo ocasión de hacerme comentarios análogos sobre sí mismo.
[5] Lorsque dans la soirée je me suis livré à un travail opiniâtre, les hallucinations ne manquent jamais de se présenter. Il y a quelques années, ayant passé deux jours consécutifs à traduire un long passage frex assez difficile, je vis, à peine au lit, des images si multipliées, et qui se succédaient avec tant de promptitude, que, en proie à une véritable frayeur, je me levai sur mon séant pour les dissiper. Au contraire, à la campagne, quand j’ai l’esprit[5] calme, je n’éprouve que rarement le phénomène.
[6] Le café noir, le vin de Champagne, qui meme pris en assez petite quantité, provoquent chez moi des insomnies et de la céphalalgie, me disposent forcément aux visions hypnagogiques. Mais, dans ce cas, elles [p. 44] n’apparaissent qu’après un temps fort long, quand le sommeil, appelé vainement durant plusieurs heures, va finir par me gagner.
[7] À l’appui des observations qui tendent à faire regarder la congestion cérébrale comme l’une des causes marquées d’hallucinations, je dirai que toutes les personnes qui les éprouvent comme moi, et que j’ai rencontrées, m’ont assuré être également fort sujettes aux maux de tête, tandis que plusieurs personnes, entre lesquelles je citerai ma mère, et auxquelles la céphalalgie est à peu près inconnue, m’ont déclaré n’avoir jamais vu ces images fantastiques.
[8] Cette première observation nous montre que le phénomène doit se lier à une surexcitation du système nerveux et à une tendance congestive du cerveau.
[9] Les hallucinations du libraire allemand Nicolai, qui offraient une grande analogie avec les hallucinations hypnagogiques, et en étaient en quelque sorte une variété, mais qui se produisaient à l’état de veille, au lieu d’apparaître dans l’état intermédiaire entre le sommeil et la veille, cédèrent à l’application des sangsues.
[5] Cuando por la noche me dedico a un trabajo tenaz, las alucinaciones nunca se ausentan. Hace algunos años, después de haber pasado dos días consecutivos traduciendo un pasaje largo y bastante difícil, vi, al filo de la cama, imágenes multiplicadas y que se sucedían con tanta rapidez, que, presa de un verdadero miedo, me levanté de donde estaba para disiparlas. Por el contrario, en el campo, cuando mi espíritu está tranquilo, rara vez experimento el fenómeno.
[6] El café negro y el vino de champán, incluso tomados en cantidades muy pequeñas, me provocan insomnio y dolores de cabeza, y me disponen inevitablemente a visiones hipnagógicas. Pero, en este caso, solo aparecerán después de mucho tiempo, cuando el sueño, convocado en vano durante varias horas, finalmente me venza.
[7] En apoyo de las observaciones que tienden a considerar la congestión cerebral como una de las causas marcadas de las alucinaciones, diré que todas las personas que, como yo, las experimentan y que he conocido me han asegurado que también son muy propensas a sufrir dolores de cabeza. Mientras que varias personas, entre ellas mi madre, y para quienes el dolor de cabeza es casi desconocido, me dijeron que nunca habían visto estas imágenes fantásticas.
[8] Esta primera observación nos muestra que el fenómeno debe estar relacionado con una sobreexcitación del sistema nervioso y una tendencia a la congestión cerebral.
[9] Las alucinaciones del librero alemán Nicolai, que ofrecían una gran analogía con las alucinaciones hipnagógicas, y eran en cierto modo una variedad de ellas, pero que ocurrían en el estado de vigilia, en lugar de aparecer en el estado intermedio entre el sueño y el día anterior, se produjeron posteriormente a la aplicación de sanguijuelas.
[10] L’hallucination hypnagogique est un indice que, [p.45] durant le sommeil qui se prépare, l’activité sensorielle et cérébrale ne sera que légèrement affaiblie. En effet, quand ces hallucinations débutent, l’esprit a cessé d’être attentif; il ne poursuit plus l’ordre logique et volontaire de ses pensées, de ses réflexions; il abandonne à elle-même son imagination, et devient le témoin passif des créations que celle-ci fait naître et disparaître incessamment. Cette condition de non-attention, de non-tension intellectuelle, est dans le principe nécessaire pour la production du phénomène; et elle explique, à notre avis, comment celui-ci est un prodrome du sommeil. Car, pour que nous puissions nous y livrer, il faut que l’intelligence se retire en quelque sorte, qu’elle défende ses ressorts et se place dans un demi-état de torpeur. Or, le commencement de cet état est précisément celui qui est nécessaire pour l’apparition des hallucinations. Le retrait de l’attention peut être l’effet soit de la fatigue des organes de la pensée, de leur défaut d’habitude d’agir et de fonctionner longtemps, soit de la fatigue des sens qui s’émoussent momentanément, n’apportent plus les sensations au cerveau, et dès lors ne fournissent plus à l’esprit d’élément, de sujets d’activité. C’est de la première de ces causes que résulte le sommeil auquel nous a conduit la rêvasserie qui l’a précédé. L’esprit, en cessant d’être attentif, a graduellement amené le sommeil. Telle est la raison pour laquelle certaines personnes d’un esprit peu fait [p. 46] à la méditation ou à l’attention purement mentale, s’endorment sitôt qu’elles veulent méditer ou seulement lire. Voilà pourquoi un discours, un livre ennuyeux provoquent à dormir. L’attention n’étant plus suffisamment excitée par l’orateur ou l’intérêt du livre, elle se retire, et le sommeil ne tarde pas à s’emparer de nous.
[11] M. le docteur Marcé nous apprend que chez les choréiques les hallucinations hypnagogiques se lient aussi à une grande difficulté pour fixer l’attention. La personne atteinte de chorée est dans un état d’excitation nerveuse et cérébrale analogue à celui de la personne hypnagogiquement hallucinée; toutefois, cet état est beaucoup plus prononcé et se mêle à des désordre nerveux qui tiennent à une condition morbide.
[12] Mais il n’est pas nécessaire que l’absence d’attentions soit de longue durée pour que l’hallucination hypnagogique se manifeste; il suffit qu’elle ait lieu seulement une seconde, moins peut-être. C’est ce que j’ai bien souvent constaté par moi-même. Je me couchais; au bout de quelques minutes, l’attention, qui avait été tenue jusqu’alors éveillée, se retirait; aussitôt les images s’offraient à mes yeux fermés. L’apparition de ces hallucinations me rappelait alors à moi, et je reprenais le cours de ma pensée, pour retomber bientôt après dans de nouvelles visions, et [p.47] cela plusieurs fois de suite, jusqu’à ce que je fusse totalement endormi. Le 30 novembre 1847, j’ai pu observer ces alternatives singulières. Je lisais à haute voix le Voyage dans la Russie méridionale, de M. Hommaire de Hell: à peine avais-je fini un alinéa, que je fermais les yeux instinctivement. Dans un de ces courts instants de somnolence, je vis hypnagogiquement, mais avec la rapidité d’éclair, l’image d’un homme vêtu d’une robe brune et coiffé d’un capuchon, comme un moine des tableaux de Zurbaran: cette image me rappela aussitôt que j’avais fermé les yeux et cessé de lire; je rouvrir subitement les paupières, et je repris le cours de ma lecture. L’interruption fut de su courte durée, que la personne à laquelle je lisais ne s’en aperçut pas.
[10] La alucinación hipnagógica indica que, durante la preparación del sueño, la actividad sensorial y cerebral solo se debilita ligeramente. En efecto, cuando comienzan estas alucinaciones, el espíritu ha dejado de estar atento; ya no persigue el orden lógico y voluntario de sus pensamientos, de sus reflexiones; abandona su imaginación ante sí mismo y se convierte en testigo pasivo de las creaciones que ella constantemente engendra y destruye. Esta condición de no atención, de tensión no intelectual es principio necesario para la producción del fenómeno; y explica, en nuestra opinión, cómo ella es un pródromo[6] del sueño. Porque, para que podamos permitirnos ello, la inteligencia debe retirarse de alguna manera, defender sus muelles y colocarse en un semiestado de letargo. Ahora bien, el comienzo de este estado es precisamente el necesario para la aparición de las alucinaciones. La retirada de la atención puede ser efecto de la fatiga de los órganos del pensamiento, de su falta de hábito de actuar y funcionar durante mucho tiempo, o de la fatiga de los sentidos que momentáneamente se embotan y no traen más sensaciones al cerebro, y por tanto ya no proporcionan al espíritu elementos, sujetos de actividad. De la primera de estas causas resulta el sueño al que lidera el sueño que la precedió. El espíritu, dejando de estar atento, poco a poco fue trayendo el sueño. Esta es la razón por la que ciertas personas de espíritu sin práctica para la meditación, o a la atención puramente mental, se quedan dormidos tan pronto como quieren meditar o incluso leer. Por eso un discurso o un libro aburrido inducen al sueño. La atención, al no estar ya suficientemente excitada por el hablante o por el interés del libro, se retira y el sueño no tarda en apoderarse de nosotros.
[11] El doctor Marcé nos cuenta que, en quienes padecen corea[7], las alucinaciones hipnagógicas también están relacionadas con una gran dificultad para centrar la atención. La persona que sufre corea se encuentra en un estado de excitación nerviosa y cerebral similar al de la persona que alucina hipnagógicamente. Sin embargo, este estado es mucho más pronunciado y se mezcla con trastornos nerviosos que se deben a una condición mórbida.
[12] Pero no es necesario que la ausencia de atención sea de larga duración para que se manifieste la alucinación hipnagógica; solo necesita dejar su lugar por un segundo, tal vez menos. Esto a menudo lo he observado por mí mismo. Me voy a la cama y, al cabo de unos minutos, la atención, que hasta entonces se había mantenido despierta, se retira. Inmediatamente, las imágenes se presentaron ante mis ojos cerrados. La aparición de estas alucinaciones me devolvió entonces a mí mismo y retomé el curso de mis pensamientos, para volver poco después a tener nuevas visiones, y esto varias veces seguidas, hasta que me quedé completamente dormido. El 30 de noviembre de 1847, pude observar estas singulares alternativas. Estaba leyendo en voz alta El viaje al sur de Rusia, del señor Hommaire de Hell: apenas había terminado un párrafo cuando instintivamente cerré los ojos. En uno de estos breves momentos de somnolencia, vi hipnagógicamente, pero a la velocidad del rayo, la imagen de un hombre vestido con una túnica marrón y con una capucha, como un monje en los cuadros de Zurbarán: esta imagen me recordó inmediatamente que había cerrado los ojos y cesado de leer. Inmediatamente, abrí los párpados y volví a darle curso a la lectura. La interrupción fue tan rápida, que la persona a la que le estaba leyendo ni se percató de ella.
[13] Dans cet état de non-attention, les sens ne sont point encore assoupis: l’oreille entend, les membres sentent ce qui est en contact avec eux, l’odorat perçoit les odeurs; mais cependant leur faculté, leur aptitude à transmettre la sensation n’est plus aussi vive, aussi nette que dans l’état de veille. Quant à l’esprit, il cesse d’avoir une conscience claire du moi, il est en quelque sorte passif, il est tout entier dans les objets qui le frappent; il perçoit, voit, entend, mais sans percevoir qu’il perçoit, voit, entend. Il y a là un machinisme mental d’une nature fort particulière, et en tout semblable à celui de la rêvasserie. Mais dès que l’esprit revient à lui, dès que l’attention se rétablit, la [p. 48] conscience reprend ses droits. On peut donc dire avec raison que, dans l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil, l’esprit est le jouet des images évoquées par l’imagination, que celles-ci le remplissent tout entier, le mènent où elles vont, le ravissent comme au dehors de lui, sans lui permettre dans le moment de réfléchir sur ce qu’il fait, quoiqu’ensuite, rappelé à soi, il puisse parfaitement se souvenir de ce qu’il a éprouvé, qu’il soit en état de le décrire, ainsi que je le ferai voir plus loin.
[14] L’attention ne devant être provoquée par rien, afin de ne point arrêter la manifestation du phénomène, il est nécessaire qu’aucun objet ne frappe les yeux, qu’aucun son trop bruyant ne tienne l’oreille occupée, qu’aucune odeur trop forte n’agisse sur l’odorat. De là, la nécessité absolue de l’occlusion des yeux pour que les hallucinations aient lieu. Je n’ai pas éprouvé celles-ci une seule fois les yeux ouverts, non plus que la majorité des personnes sujettes au même phénomène que j’ai interrogées. Quand je dis éprouvé, j’entends que jamais les images ne se sont montrées avant que les paupières se fussent abaissées; mais, une fois qu’elles sont apparues, elles peuvent se continuer un instant, immédiatement après que les yeux viennent de s’ouvrir. L’image fantastique brille alors un temps très-court devant la vue qui se rétablit; mais elle disparaît aussitôt, pour ne plus revenir, que si les paupières s’abaissent de nouveau. Ce phénomène de persistance [p. 49] se passe aussi parfois, quand on s’ éveille au milieu d’un rêve qui vous a vivement impressionné; on voit alors durant une seconde, moins peut-être, l’image qui vous leurrait en songe. J’ai plusieurs fois éprouvé cet effet que d’autres ont aussi constaté. Il est, au resté, vrai de dire que, bien qu’ouverts, les yeux ne perçoivent point encore distinctement les objets, qu’ils ne sont en réalité qu’écarquillés. Et c’est au moment où la vue d’être confuse, que l’image s’évanouit.
[15] La surexcitation à laquelle tient le phénomène empêche le cerveau de tomber tout de suite dans cette atonie inséparable du sommeil profond. Les images qui se dessinent devant nos yeux fermés, les sons qui retentissent à nos oreilles à demi engourdies, sont les précurseurs des songes qui occuperont notre esprit une fois que nous serons endormis. Les physiologistes allemands qui se sont occupés des hallucinations hypnagogiques l’avaient déjà reconnu, et Gruthuisen a appelé avec raison ces apparences fantastiques le chaos du rêve.
[13] En ese estado de inatención, los sentidos aún no se encuentran soñolientos: el oído entiende, los miembros sienten lo que está en contacto con ellos, el olfato percibe olores; sin embargo, su facultad, su aptitud de transmitir esa sensación no funciona tan vívidamente, ni tampoco como en el estado de vigilia. En cuanto al alma, ella cesa de tener una conciencia clara de sí misma, es en cierta manera pasiva, está volcada completamente en el objeto que la golpea; ella percibe, ve, entiende, pero sin percibir que ella percibe, ve o entiende. Tenemos ahí una maquinaria mental de una naturaleza muy particular, y en todo similar a la aquella del soñar despierto. Pero, apenas el alma regresa a sí, apenas la atención se recupera, la conciencia retoma sus derechos. Entonces, podemos decir con razón que, entre el estado de vigilia y sueño, el alma es el juguete de las imágenes provocadas por la imaginación, que ella la ocupa por entero, lleva al alma por donde quiera, la deleita fuera de sí sin que ella pueda en ese momento reflexionar sobre lo que hace, pero enseguida, al volver a sí, ella puede perfectamente recordar aquello que le fue evocado y está en un estado donde puede describirlo, pero aun así viéndolo ya con una mucha distancia.
[14] La atención no debe ser provocada por nada para que la manifestación del fenómeno no se detenga. Es necesario que ningún objeto golpee los ojos, que ningún ruido fuerte moleste al oído, que ningún olor fuerte actúe sobre el olfato. De ahí la necesidad absoluta de la oclusión de los ojos para que tengan lugar las alucinaciones. No los he experimentado ni una sola vez con los ojos abiertos, igual que la mayoría de las personas que han sufrido el mismo fenómeno y he entrevistado. Cuando digo “experimentado”, quiero decir que las imágenes nunca se mostraron antes de bajar los párpados; pero, una vez que han aparecido, pueden continuar por un instante, inmediatamente después de que los ojos se abran. La imagen fantástica brilla entonces durante muy poco tiempo ante la vista que se restablece; pero desaparece rápidamente y no vuelve a menos que los párpados vuelvan a bajar. Este fenómeno de persistencia ocurre también a veces cuando te despiertas en medio de un sueño que te ha impresionado profundamente; vemos por un segundo, quizás menos, la imagen que te atrajo en el sueño. He experimentado este efecto varias veces, y otros también lo han constatado. Sin embargo, es cierto que los ojos, aunque abiertos, todavía no perciben aún claramente los objetos, que en realidad solo tienen los ojos bien abiertos. Y es en el momento en que la vista está confundida cuando la imagen se evapora.
[15] La sobreexcitación hacia la cual tiende el fenómeno impide que el cerebro caiga inmediatamente en esta atonía inseparable del sueño profundo. Las imágenes que aparecen ante nuestros ojos cerrados, los sonidos que resuenan en nuestros oídos medio entumecidos son los precursores de los sueños que ocuparán nuestra mente una vez que estemos dormidos. Los fisiólogos alemanes que se ocuparon de las alucinaciones hipnagógicas ya lo habían reconocido, y Gruthuisen llamó con razón a estas apariciones fantásticas el caos de los sueños.
[16] Lorsque, le soir, je m’endors dans mon fauteuil, en me faisant réveiller quelques moments après que le sommeil s’est appesanti sur moi, j’ai bien souvent constaté la liaison des images qui m’avaient apparu au moment de m’assoupir, et les rêves que j’ai faits durant ce court sommeil. Un soir, des figures bizarres, grimaçantes, à coiffures insolites, se présentaient avec [p.50] une incroyable persistance devant mes yeux déjà clos. Je ne dormais point encore; j’entendais tout ce qui se disait autour de moi. Arraché brusquement au sommeil qui suivit ces hallucinations hypnagogiques, je remarquai que j’avais vu en songe les mêmes coiffures singulières.
[17] Une autre fois, sous l’empire d’une faim due à une diète que je m’étais imposée pour raison de santé, je vis, dans l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil, une assiette et un mets qu’y prenait une main armée d’une fourchette. Endormi, quelques minutes après, je me trouvai à une table bien servie, et j’entendis dans ce rêve le bruit des fourchettes des convives. Il y a peu de temps, j’éprouvais une vive irritation de la rétine; je vis le soir, dans mon lit, au moment où je fermais les yeux, des caractères microscopiques que je lisais, lettre par lettre, avec une extrême fatigue; réveillé environ une heure après, ma mémoire était encore toute pleine de mon rêve, et je me rappelais alors avoir vu en songe un livre ouvert, imprimé en fort petit texte, et que je lisais péniblement.
[18] Je pourrais multiplier les exemples; ceux-ci me semblent suffire pour montrer que les hallucinations hypnagogiques constituent les éléments formateurs du rêve. Mais dans l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil, l’esprit a encore pleine conscience de soi, il ne croit pas à la réalité des images ou des sensations [p.51] fantastiques; il se sent, il se possède, bien que l’étrangeté des hallucinations puisse parfois le troubler ou l’effrayer; ce qui l’arrache alors souvent au sommeil prêt à l’envahir. J’ai connu une vieille domestique, fort sujette aux hallucinations hypnagogiques, et à laquelle les vilaines figures qu’elle voyait faisaient tant de peur, qu’elle tenait constamment auprès de son lit une lumière allumée.
[19] Il n’y a pas que des images plus ou moins étranges, des sons, des sensations de goût, d’odeur, de toucher qui nous assaillent au moment où le sommeil nous gagne; quelquefois des mots, des phrases surgissent tout à coup dans la tête, quand on s’assoupit, et cela sans être aucunement provoqués. Ce sont de véritables hallucinations de la pensée; car les mots sonnent à l’oreille interne comme si une voix étrangère les prononçait. J’ai plusieurs fois constaté entre le rêve qui suivait l’une de mes hallucinations et quelques-uns de ces mots une liaison manifeste.
[20] Ainsi, un soir, les mots géométrie analytique à trois dimensions s’offrirent soudain à mon imagination. Déjà, depuis plusieurs jours, cette même phrase me revenait sans cesse et machinalement à l’esprit. M’étant endormi ensuite, je rêvai que je faisais des mathématiques, et je répétais dans ce songe, je me le rappelle fort bien, les mêmes mots: géométrie analytique à trois dimensions. Une autre fois, je m’entends appeler par mon nom, comme je fermis les [p.52] yeux pour m’endormir: c’était là une pure hallucination hypnagogique; dans le rêve qui suivit de près, mon nom me fut plusieurs fois prononcé.
[16] Cuando por la noche me quedo dormido en mi sillón y me despiertan algunos momentos después de que el sueño se apodera de mí, he constatado a menudo la conexión entre las imágenes que me habían aparecido mientras me dormía y los sueños que había tenido durante este breve momento. Una noche, rostros extraños, con muecas y peinados inusuales, se presentaron con increíble perseverancia ante mis ojos ya cerrados. Aún no estaba dormido; podía escuchar todo lo que se decía a mi alrededor. Arrancado bruscamente del sueño que siguió a estas alucinaciones hipnagógicas, me di cuenta de que había visto en sueños esos mismos peinados singulares.
[17] En otra ocasión, bajo el efecto del hambre, debido a una dieta que me había impuesto por motivos de salud, vi, en el estado intermedio entre la vigilia y el sueño, un plato con alimento y una mano armada con un tenedor. Dormido, algunos minutos después me encontré en una mesa bien servida, y escuché en este sueño el sonido de los tenedores de los invitados. Hace poco experimenté una fuerte irritación de la retina. De noche, en mi cama, cerraba los ojos, veía caracteres microscópicos que leía, letra por letra, con extrema fatiga; desperté aproximadamente una hora más tarde, mi memoria todavía estaba repleta de mi sueño, y luego recordé haber visto en sueños un libro abierto, impreso en texto muy pequeño, y que estaba leyendo a duras penas.
[18] Podría multiplicar los ejemplos; esto me parece suficiente para demostrar que las alucinaciones hipnagógicas constituyen los elementos formativos del sueño. Pero, en el estado intermedio entre la vigilia y el sueño, el espíritu todavía es plenamente consciente de sí mismo, no cree en la realidad de imágenes o sensaciones fantásticas. Él se siente, se posee, aunque la extrañeza de las alucinaciones pueda a veces perturbarlo o asustarlo; eso que muchas veces lo arranca del sueño está dispuesto a invadir. Conocí a una vieja sirvienta, muy propensa a alucinaciones hipnagógicas, y que estaba tan asustada por las caras feas, que veía que constantemente tenía una luz encendida al lado de su cama.
[19] En el momento en que nos sorprende el sueño, solamente hay imágenes, sonidos, sensaciones del gusto, olfativas o táctiles. Todos más o menos extraños. A veces, cuando uno está dormido, surgen de repente en la cabeza palabras y frases, y esto sin que nadie lo provoque. Estas son verdaderas alucinaciones del pensamiento; porque las palabras suenan en el oído interno como si las pronunciara una voz extraña. Varias veces he notado una conexión manifiesta entre el sueño que siguió a una de mis alucinaciones y algunas de estas palabras.
[20] Entonces, una noche, las palabras “geometría analítica en tres dimensiones” se presentaron de repente en mi imaginación. Desde hacía varios días, esta misma frase me venía al espíritu constante y mecánicamente. Después de quedarme dormido, soñé que estaba haciendo matemáticas, y repetí en este sueño, lo recuerdo muy bien, las mismas palabras: “geometría analítica en tres dimensiones”. En otra ocasión, escuché mi nombre mientras cerraba los ojos para quedarme dormido: era una pura alucinación hipnagógica; en el sueño que siguió de cerca, mi nombre fue pronunciado varias veces.
[21] Le phénomène se produit donc de même, qu’il s’agisse d’une image, d’un son ou d’une idée. Le cerveau a été fortement impressionné par une sensation, par une pensée; cette impression se reproduit plus tard spontanément, par retentissement de l’action cérébrale, lequel donne naissance soit à une hallucination hypnagogique, soit à un rêve. Ces répercussions des pensées, cette réapparition d’images antérieurement perçues par l’esprit, sont souvent indépendantes des dernières préoccupations de celui-ci; elles résultent alors de mouvements intestins du cerveau corrélatifs de ceux du reste de l’organisme, où elles se produisent par voie d’enchaînement avec d’autres images qui ont surexcité l’esprit, de la même façon que cela se produit pour nos idées, sitôt que nous nous abandonnons à la rêverie, que nous laissons vaguer notre imagination.
[22] Je me souviens encore qu’étant à Florence, je vis, peu de temps avant de m’endormir, un tableau de Michel- Ange, qui m’avait frappé aux Loges, et je le revis ensuite en rêve. Une autre fois, à Paris, je reconnus en rêve deux figures bizarres de chasseurs à cheval qui m’étaient apparues dans mes hallucinations. Enfin, pour citer un dernier fait, je vis, il y a un mois, en m’endormant, un lion qui me rappelait [p.53] celui en compagnie duquel j’étais revenu, douze ans auparavant, de Syra à Trieste, et l’aperçus en rêve avec une pose identique à celle qu’il avait, placé de même dans sa cage. L’image de ce lion m’avait été suggérée, j’en suis convaincu, par une lecture que je venais de faire sur l’instinct des animaux.
[23] Je me bornerai à ces exemples; j’en pourrais produire, au reste, beaucoup d’autres, et notamment celui d’une figure rhomboédrique, de couleur verte, qui m’apparut en songe quelques minutes après que je venais de la voir déjà, les yeux fermés, ce sommeil fait sur une chaise n’ayant duré que dix minutes ‘. Mais ces citations multipliées n’éclairciraient pas davantage le phénomène.
[24] Ce qui précède suffit et nous permet de conclure que les mouvements automatiques du cerveau, l’excitation des sens qui déterminent les hallucinations hypnagogiques, se continuent pendant le sommeil et sont les agents producteurs du rêve.
[25] On voit donc ici la confirmation de ce que j’ai noté au chapitre précédent, à savoir que le rêve tient à ce que certaines parties de l’encéphale et des appareils sensoriaux restent éveillés, par suite d’une surexcitation qui s’oppose à l’engourdissement complet. Cette surexcitation, ordinairement légère, prend un carac- [p.54 ] tère prononcé dans certaines maladies; de là ces rêves fatigants qui en sont les symptômes ordinaires.
[21] Por tanto, el fenómeno se produce del mismo modo, ya sea que se trate de una imagen, un sonido o una idea. El cerebro ha quedado fuertemente impresionado por una sensación, por un pensamiento; esta impresión se reproduce más tarde espontáneamente, por las repercusiones de una acción cerebral, de donde nace una alucinación hipnagógica o un sueño. Estas repercusiones de los pensamientos, esta reaparición de imágenes previamente percibidas por el espíritu, son a menudo independientes de las últimas preocupaciones de este; resultan entonces de movimientos intestinales del cerebro correlativos a los del resto del organismo, y que se producen en secuencia con otras imágenes que han sobreexcitado al espíritu, del mismo modo que ocurre con nuestras ideas, tan pronto como nos dejamos llevar hacia la ensoñación, mientras dejamos vagar nuestra imaginación.
[22] Todavía recuerdo que estando en Florencia vi, poco antes de quedarme dormido, un cuadro de Miguel Ángel que me había llamado la atención en los Loges, y luego lo volví a ver en un sueño. En otra ocasión, en París, reconocí en un sueño dos extrañas figuras de cazadores a caballo que se me habían aparecido en mis alucinaciones. Finalmente, para citar un último hecho, hace un mes, mientras me dormía, vi un león que me recordó aquel en cuya compañía había regresado, doce años antes, de Syra a Trieste, y lo vi a él en un sueño con una pose idéntica a la que tenía, igualmente colocado en su jaula. Estoy convencido de que la imagen de este león me había sido sugerida por una lectura que acababa de hacer sobre el instinto animal.
[23] Me limitaré a estos ejemplos. Podría además producir muchos otros, y en particular el de una figura romboédrica, de color verde, que se me apareció en un sueño pocos minutos después de haberla visto ya, con los ojos cerrados, este sueño hecho sobre una silla, que duró solo diez minutos. Pero estas numerosas citas no aclararían más sobre el fenómeno.
[24] Lo anterior es suficiente y nos permite concluir que los movimientos automáticos del cerebro, la excitación de los sentidos que determinan las alucinaciones hipnagógicas, continúan durante el sueño y son los agentes que producen el sueño.
[25] Vemos aquí, entonces, la confirmación de lo que he señalado en el capítulo anterior, que el sueño se debe al hecho de que ciertas partes del encéfalo y de los aparatos sensoriales permanecen despiertas, como consecuencia de una sobreexcitación que se opone al entumecimiento completo. Esta sobreexcitación, generalmente leve, adquiere un carácter pronunciado en ciertas enfermedades; de ahí estos sueños fatigantes que son los síntomas ordinarios.
[26] Les hallucinations peuvent porter sur tous les sens, et l’ordre suivant lequel ceux-ci se placent, eu égard à la fréquence des hallucinations qu’ils amènent, est précisément le même que celui qui s’observe dans les illusions de rêve. C’est d’abord la vue. Les images visibles forment le fond de toutes les hallucinations hypnagogiques, aussi bien que des songes. Nous voyons, au moment de nous endormir et durant le sommeil, une succession de figures et d’objets fantastiques ayant toute la vivacité de figures et d’objets réels. Après la vue, vient l’ouïe. Nous entendons, dans l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil, des sons, des voix, des paroles articulées, tout comme nous les entendons en rêve. L’intervention du toucher, du goût, de l’odorat, est également rare dans les hallucinations hypnagogiques et les rêves. Cependant plusieurs personnes éprouvent, au moment de s’endormir, de fausses sensations de tact, elles sentent des odeurs ou des saveurs imaginaires analogues à celles dont on est, en certains cas, la dupe en rêve.
[27] Afin de mieux analyser ces différentes hallucinations, je traiterai séparément des divers genres de sensations qui se produisent dans l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil.
[28] Hallucinations de la vue. – Les hallucinations de la vue paraissent avoir pour point de départ des illu- [p.55] sions dues à une forte excitation de la rétine, ainsi que l’a remarqué J. Müller. Ces illusions nous font voir, les paupières une fois fermées, des flammes, des couleurs, des lignes sinueuses et éclairées, des formes mal définies. Il est des personnes chez lesquelles les hallucinations hypnagogiques de la vue ne vont pas au-delà de ces apparences bizarres et soudaines. Purkinje a remarqué que les images fantastiques sont d’abord des nébulosités vagues, au milieu desquelles apparaissent souvent des points brillants ou obscurs, et qui déterminent, au bout de quelques minutes, des stries nuageuses, errantes. Burdach déclare n’avoir vu fréquemment, dans l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil, que des formes indéterminées 2. J. Müller parle de masses isolées, claires ou colorées. Mais l’imagination ne tarde pas, quand l’esprit ne juge déjà plus nettement par suite de l’invasion du sommeil, à prêter à ces apparences lumineuses et colorées une forme définie.
[29] Les hallucinations de la vue peuvent se produire non-seulement au moment de l’invasion du sommeil, mais, si le système nerveux est très – surexcité, dès qu’on ferme les yeux ou qu’on passe dans l’obscurité, ainsi que le docteur Cheyne l’a constaté chez certaines femmes. Le célèbre naturaliste Lelorgne de [p.56] Savigny en était constamment inquiété, quand il faisait nuit; ce qui produisit chez lui un état insupportable, car il était atteint d’une maladie nerveuse qui l’obligeait à se tenir dans l’obscurité. Ses hallucinations de la vue ne tardèrent pas, du reste, à s’associer à des hallucinations de l’ouïe qui tenaient beaucoup du délire de l’aliénation mentale.
[26] Las alucinaciones pueden traer a todos los sentidos, y el orden en que se sitúan, teniendo en cuenta la frecuencia de las alucinaciones que provocan, es exactamente el mismo que se observa en las ilusiones oníricas. Primero es la vista. Las imágenes visibles forman la base de todas las alucinaciones hipnagógicas, al igual que de los sueños. Vemos, en el momento en que conciliamos el sueño y durante el sueño, una sucesión de figuras y objetos fantásticos que tienen toda la viveza de las figuras y los objetos reales. Después de la vista, viene el oído. Oímos, en el estado intermedio entre la vigilia y el sueño, sonidos, voces, palabras articuladas, tal como los escuchamos en los sueños. La intervención del tacto, el gusto y el olfato también es rara en las alucinaciones y los sueños hipnagógicos. Sin embargo, muchas personas experimentan, al conciliar el sueño, falsas sensaciones de tacto, huelen olores o sabores imaginarios similares a aquellos de los que somos, en ciertos casos, afectados en los sueños.
[27] Para analizar mejor estas diferentes alucinaciones, abordaré por separado los distintos tipos de sensaciones que se producen en el estado intermedio entre la vigilia y el sueño.
[28] Alucinaciones visuales. Las alucinaciones visuales parecen tener como punto de partida ilusiones debidas a una fuerte excitación de la retina, como señala J. Müller. Estas ilusiones nos hacen ver, con los párpados cerrados, llamas, colores, líneas sinuosas e iluminadas, formas mal definidas. Hay personas en las que las alucinaciones visuales hipnagógicas no van más allá de estas apariciones extrañas y repentinas. Purkinje observó que las imágenes fantásticas son inicialmente nebulosidades vagas, en medio de las cuales a menudo aparecen puntos claros u oscuros, y que, al cabo de unos minutos, determinan la aparición de rayas turbias errantes. Burdach declara haber visto frecuentemente, en el estado intermedio entre la vigilia y el sueño, solo formas indeterminadas 2. J. Müller habla de masas aisladas, claras o coloreadas. Pero la imaginación no tarda, cuando el espíritu ya no juzga con claridad debido a la invasión del sueño, en dar una forma definida a estas apariencias luminosas y coloridas.
[29] Las alucinaciones visuales pueden ocurrir no solo en el momento de la invasión del sueño, sino también, si el sistema nervioso está muy sobreexcitado, tan pronto como se cierran los ojos o se pasa a la oscuridad, como el doctor Cheyne ha constatado esto en ciertas mujeres. El famoso naturalista Lelorgne de Savigny se preocupaba constantemente por ello cuando anochecía; lo cual le produjo un estado insoportable, pues padecía una enfermedad nerviosa que lo obligaba a permanecer en la oscuridad. Sus alucinaciones visuales pronto se asociaron con alucinaciones auditivas que tenían mucho que ver con el delirio de alienación mental.
[30] La coloration des images, leur éclat, puis leur pâleur, quand le phénomène s’affaiblit, prouvent clairement qu’elles sont nées d’une excitation de la rétine entretenue ou provoquée par l’irritation du cerveau, la congestion cérébrale, l’encéphalite, etc. On peut s’en convaincre en lisant le détail de la célèbre hallucination du libraire allemand Nicolaï, qui se produisit dans l’état de veille sous l’action prolongée des mêmes causes agissant passagèrement dans l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil. Les figures qu’il apercevait finirent par perdre leur couleur et leur intensité. Suivant Purkinje, les images fantastiques changent lorsque les muscles viennent à comprimer le globe de l’œil, et J. Müller a noté qu’elles peuvent disparaître au moindre mouvement de l’organe. Gruthuisen a signalé des cas où ces images, comme les illusions simplement dues à l’inflammation ou à l’excitation de la rétine, couvraient les objets extérieurs, où, conformément aux lois ordinaires de l’optique, tantôt une image fantastique très-brillante laissait à sa place une figure de forme identique, mais obscure, où [p.57] l’observateur, après avoir rêvé, par exemple, qu’on jetait du spath fluor violet sur des charbons ardents, voyait une tache jaune sur un fond bleu’.
[31] Dans une hallucination du genre de celles de Nicolaï, un malade aperçut tout à coup sous un arbre un homme drapé d’un large manteau bleu, et voulant vérifier une expérience célèbre de David Brewster, il pressa le globe d’un de ses yeux; il rendit ainsi la figure moins distincte; puis, la regardant obliquement, il la vit double et de grandeur naturelle.
[32] Ces faits, ainsi que l’a observé le docteur Baillarger, prouvent qu’ici l’hallucination est toute sensorielle. Il n’y a non pas une simple erreur de l’esprit, mais encore un trouble dans l’appareil sensitif. Autrement dit, il se produit une double erreur, erreur des sens, erreur mentale. Or c’est ce qui se passe également dans le rêve, où, comme le remarque Aristote, nous pensens autre chose encore au-delà des images qui nous apparaissent. Il arrive alors à peu près ce qui se produit fréquemment chez le myope; celui-ci, ne distinguant pas nettement les objets à distance, les transforme, par un travail de son imagination, en d’autres fort différents, dont son œil croit reconnaître les diverses parties. C’est ce que j’ai pu vérifier maintes fois par moi-même, car j’ai la vue très basse. [p.58] Ainsi je me rappelle avoir cru, un jour, sur le Pont Neuf, apercevoir un cuirassier à cheval dont je m’imaginais distinguer tout le costume, le casque, le plumet, la cuirasse et l’habit. En m’approchant de ce prétendu cavalier, je reconnus un commissionnaire qui portait sur ses crochets une énorme glace. Les reflets de celle-ci et l’élévation à laquelle elle se dressait au-dessus du portefaix avaient produit toute l’illusion. Bien des hallucinations de l’ivresse n’ont d’autre caractère. Marc cite l’histoire d’un ivrogne qui heurta un travail de maréchal, et, le prenant pour un homme, s’écria avec un accent de colère: «Va, demain tu me le payeras; je saurai bien te reconnaître à ton habit écarlate et à tes boutons d’acier.» Il n’est guère de personnes affligées de la même infirmité de la vue qui ne puissent citer des cas analogues. Lorsque, sous l’influence de la superstition ou de la crainte, nous transformons la nuit en revenants, en spectres, en brigands, quelque arbre, quelque pan de mur en ruine et à forme insolite qu’éclaire la clarté de la lune, notre imagination effrayée ajouté de même sa propre conception à la perception incomplète que nous transmet la vue incertaine au milieu des ténèbres.
[30] La coloración de las imágenes, su brillo, luego su palidez, cuando el fenómeno se debilita, prueban claramente que nacen de una excitación de la retina mantenida o provocada por irritación del cerebro, congestión cerebral, encefalitis, etc. Podemos convencernos de ello leyendo los detalles de la famosa alucinación del librero alemán Nicolaï, que se produjo en estado de vigilia bajo la acción prolongada de las mismas causas que actúan temporalmente en el estado intermedio entre la vigilia y el sueño. Las figuras que vio eventualmente perdieron su color e intensidad. Según Purkinje, las imágenes fantásticas cambian cuando los músculos comprimen el globo ocular, y J. Müller observó que pueden desaparecer con el menor movimiento del órgano. Gruthuisen ha informado de casos en los que estas imágenes, como ilusiones debidas simplemente a una inflamación o excitación de la retina, cubrían objetos externos, donde, de acuerdo con las leyes ordinarias de la óptica, a veces una imagen fantástica muy brillante dejaba en su lugar una figura de idéntica forma, pero oscuro, donde el observador, después de haber soñado, por ejemplo, que se arrojaba flúor violeta sobre carbones ardientes, veía una mancha amarilla sobre un fondo azul.
[31] En una alucinación como las de Nicolaï, un paciente vio de pronto bajo un árbol a un hombre envuelto en un gran manto azul, y queriendo verificar una famosa experiencia de David Brewster, se apretó el globo de uno de sus ojos. La figura se hizo menos distintiva; luego, mirándolo de reojo, lo vio doble y de tamaño natural.
[32] Estos hechos, como observó el Dr. Baillarger, prueban que aquí la alucinación es enteramente sensorial. No se trata de un simple error del espíritu, sino también de una perturbación en el aparato sensitivo. En otras palabras, se produce un doble error, error de los sentidos, error mental. Pero esto es también lo que sucede en los sueños, donde, como señala Aristóteles, pensamos en algo más que en las imágenes que se nos aparecen. Lo que sucede entonces es casi lo que sucede frecuentemente en los miopes; este último, al no distinguir claramente los objetos a distancia, los transforma, mediante un trabajo de su imaginación, en otros muy diferentes, cuyas diversas partes su ojo cree reconocer. Esto es lo que he podido comprobar muchas veces por mí mismo, porque tengo muy mala vista. Así que recuerdo haber pensado, un día, en el Pont Neuf, haber visto un coracero a caballo cuyo traje completo, casco, plumaje, peto y abrigo imaginé que podía ver. Al acercarme a este supuesto caballero, reconocí a un mensajero que llevaba un enorme espejo en sus ganchos. Sus reflejos y la elevación a la que se encontraba sobre el portero habían producido toda la ilusión. Muchas alucinaciones de embriaguez no tienen otro carácter. Marc cita la historia de un borracho que chocó con el trabajo de un mariscal y, tomándolo por un hombre, exclamó con acento enojado: “Ve, mañana me lo pagarás; Sabré reconocerte por tu abrigo escarlata y tus botones de acero”. Casi no hay personas que padezcan la misma enfermedad visual que no puedan citar casos similares. Cuando estamos bajo la influencia de la superstición o del miedo, transformamos la noche en fantasmas, espectros, bandidos, algún árbol, algún trozo de muro en ruinas y, con una forma insólita iluminada por la luz de la luna, nuestra imaginación asustada también suma su parte a raíz de una percepción incompleta que nos transmite la visión incierta cuando estamos en medio de las tinieblas.
[33] J’ai pu, en certains cas, me rendre compte de l’origine toute sensorielle de mes propres hallucinations [p.59] hypnagogiques. En voici un exemple: quand je souffre de congestion dans la rétine, je vois généralement, les yeux fermés, des mouches colorées et des cercles lumineux qui se dessinent sur ma paupière. Eh bien, dans les courts instants où le sommeil m’annonce son invasion par des images fantastiques, j’ai souvent constaté que l’image lumineuse qui était due à l’excitation du nerf optique s’altérait en quelque sorte sous les yeux de mon imagination, et se transformait en une figure dont les traits brillants représentaient ceux d’un personnage plus ou moins fantastique. Il m’a été possible de suivre durant quelques secondes les métamorphoses successives opérées par mon esprit sur cette impression nerveuse primitive, et j’apercevais encore sur le front, les joues de ces têtes, la couleur rouge, bleue ou verte, l’éclat lumineux qui brillaient à mes regards, les yeux fermés, avant que l’hallucination hypnagogique eût commencé.
[34] Disons tout de suite, quoiqu’il ne soit pas encore ici question des hallucinations auditives, que le même fait a lieu pour l’ouïe. Des bourdonnements, des tintements d’oreille sont le point de départ de ces sons articulés et de ces voix que nous nous imaginons entendre dans l’instant où le sommeil s’appesantit sur nous. Nous transformons en musique et en paroles ce qui n’est qu’un bruit confus engendré par l’excitation du nerf acoustique. Sans doute aussi les nerfs du tact, du goût et de l’odorat, déterminent, par leur exci- [p.60] tation, des impressions vagues auxquelles l’esprit, en les percevant, donne plus de force et de précision.
[35] A la longue, les hallucinations hypnagogiques peuvent prendre plus d’intensité et devenir de véritables visions. On les éprouve alors non plus seulement au moment de s’endormir, mais dès qu’on ferme les yeux, ou les yeux ouverts, dans l’obscurité. C’est ce qui a lieu chez un de mes amis, M. M…. Dans le principe, les hallucinations ne se produisent qu’au moment où l’attention se détend, où l’esprit cesse de penser. J’ai été longtemps à n’éprouver le phénomène que, dans ces circonstances, mais peu à peu l’esprit, en quelque sorte réveillé par ces apparitions, acquiert la faculté de pouvoir les contempler et les fixer. Les images fantastiques deviennent moins fugitives. Le temps que durent maintenant mes hallucinations a pu parfois assez se prolonger pour que je saisisse tous les détails d’une figure grimaçante ou d’un paysage évoqué spontanément devant mon œil fermé.
[36] Un soir, après une journée où j’avais beaucoup lu de livres anglais imprimés sur papier satiné, je vis, à l’instant où mes yeux se fermaient et où je m’apprêtais à dormir, un papier brillant sur lequel étaient écrits trois mots anglais que j’eus le temps de relire et de comprendre. Une autre fois, je m’étais regardé à plusieurs reprises dans un miroir pour me faire la barbe, ce qui m’avait occasionné une certaine fatigue de la vue. Le soir, étendu dans mon lit, je revis dis- [p.61] tinctement ma figure sur un fond brillant, telle que me l’avait offerte mon miroir.
[33] En algunos casos pude darme cuenta del origen completamente sensorial de mis propias alucinaciones hipnagógicas. He aquí un ejemplo: cuando sufro de congestión en la retina, generalmente veo, con los ojos cerrados, aparecer moscas de colores y círculos brillantes en el párpado. Pues bien, en los breves instantes en que el sueño me anuncia su invasión de imágenes fantásticas, he observado con recurrencia que la imagen luminosa debida a la excitación del nervio óptico se alteraba de alguna forma bajo la mirada de mi imaginación, y se transformaba en una figura cuyos brillantes rasgos representaban los de un personaje más o menos fantástico. Me fue posible seguir durante algunos segundos las sucesivas metamorfosis realizadas por mi espíritu sobre esta impresión nerviosa primitiva, y podía ver aún en las frentes, en las mejillas de estas cabezas, el color rojo, azul o verde, el resplandor luminoso que brillaba sobre mi mirada, con los ojos cerrados, antes de que comenzara la alucinación hipnagógica.
[34] Digamos enseguida, aunque todavía no se trata aquí de alucinaciones auditivas, que lo mismo ocurre con la audición. Zumbidos, tintineos en los oídos son el punto de partida de estos sonidos articulados y de estas voces que imaginamos escuchar en el momento en que el sueño nos pesa. Transformamos en música y palabras lo que es solo un ruido confuso generado por la excitación del nervio acústico. Sin duda también los nervios del tacto, del gusto y del olfato determinan, por su excitación, impresiones vagas a las que el espíritu, al percibirlas, da más fuerza y precisión.
[35] Con el tiempo, las alucinaciones hipnagógicas pueden volverse más intensas y convertirse en verdaderas visiones. Entonces las experimentamos no solo al quedarnos dormidos, sino también tan pronto como cerramos los ojos, o con los ojos abiertos, en la oscuridad. Esto es lo que le pasa a uno de mis amigos, el señor M. M.… al principio, las alucinaciones solo ocurrían cuando la atención se detenía, cuando el espíritu dejaba de pensar. Durante mucho tiempo solo experimenté el fenómeno en estas circunstancias, pero poco a poco el espíritu, de alguna manera despierto por estas apariciones, adquiere la facultad de poder contemplarlas y fijarlas. Las imágenes fantásticas se vuelven menos efímeras. El tiempo que duran ahora mis alucinaciones puede a veces prolongarse lo suficiente como para captar todos los detalles de un rostro que hace una mueca o de un paisaje evocado espontáneamente ante mis ojos cerrados.
[36] Una noche, después de un día en el que había leído muchos libros en inglés impresos en papel satinado, vi, justo cuando cerraba los ojos y me disponía a dormir, un papel brillante en el que estaban escritas tres palabras en inglés que había tenido tiempo de releer y comprender. En otra ocasión me miré varias veces en un espejo para arreglarme la barba, lo que me provocó algo de fatiga visual. Por la noche, acostado en la cama, volví a ver claramente mi rostro sobre un fondo brillante, tal como me lo había mostrado mi espejo.
[37] Ce dernier fait est un de ceux qui montrent le mieux que les objets aperçus dans les hallucinations hypnagogiques ne sont le plus ordinairement, comme nos rêves, que des impressions auparavant perçues et qui s’éveillent d’elles-mêmes dans notre mémoire.
[38] La plupart des portraits que j’ai vus dans mes hallucinations m’ont semblé être purement de fantaisie; quelques -uns m’ont cependant offert distinctement les traits de parents, d’amis, de personnes de connaissance ou de gens que j’avais rencontrés. Ainsi j’ai vu plusieurs fois, et récemment encore, la figure de mon père, que j’ai eu le malheur de perdre en 1831. Ses traits se présentaient alors à mon œil interne, avec une vivacité que mon simple souvenir ne pourrait jamais leur rendre.
[39] Quelques-uns de ces portraits, qui ne se rapportaient à aucune personne à moi connue, se sont fréquemment montrés à mes yeux, plusieurs nuits de suite, ou se succédant à peu d’intervalle l’une de l’autre. J’ai, du reste, noté le même fait dans mes songes. Je me rappelle avoir rêvé huit fois en un mois d’un certain personnage, auquel je donnais toujours la même figure, le même air, et que je ne connaissais pourtant pas, qui n’avait même probablement aucune existence, en dehors de mon imagination. Et, ce qui est bizarre, c’est que ce personnage continuait fréquemment dans [p.62] un rêve des actions qu’il avait commencées dans un autre.
[40] Les paysages qui se sont dessinés devant mes yeux fermés m’ont paru de même, tantôt des compositions de fantaisie, tantôt la représentation de lieux, de sites que j’avais visités, ou au moins dont j’avais vu des tableaux. Ainsi la première nuit que je couchai à Constantine, ville dont l’aspect pittoresque avait fortement excité mon admiration, je revis distinctement, étant dans mon lit, et les yeux fermés, le spectacle que j’avais contemplé en réalité l’après- midi. J’ai éprouvé le même phénomène à Constantinople, deux jours après mon arrivée. Étant à Barcelone, l’hallucination ne donna lieu qu’à une reproduction partielle; je vis, dans mon lit, une maison du quartier de Barcelonnette, qui n’avait cependant que peu appelé mon attention. Enfin, à Édimbourg, à Munich, à Brest, se sont retracés, à mon œil fermé, des paysages qui m’avaient frappé durant mes excursions aux environs de ces villes. C’est particulièrement en voyage que je suis sujet à ces hallucinations pittoresques. Le château de F…, situé à dix lieues de Paris, et où j’ai passé quelques heureux moments, fait fréquemment les frais de mes visions nocturnes. Mais je ne le revois presque jamais sous le même aspect.
[37] Este último hecho es uno de los que mejor muestra que los objetos que se ven en las alucinaciones hipnagógicas no son más que, como nuestros sueños, impresiones previamente percibidas y que despiertan por sí mismas en nuestra memoria.
[38] La mayoría de los retratos que he visto en mis alucinaciones me parecían pura fantasía. Sin embargo, algunos tenían los rasgos de padres, amigos, personas que conocía o que había conocido. Así vi varias veces, y recientemente otra vez, el rostro de mi padre, a quien tuve la desgracia de perder en 1831. Sus rasgos se presentaron entonces a mi ojo interior con una vividez que mi simple memoria nunca podría devolverles.
[39] Algunos de estos retratos, que no se referían a ninguna persona conocida por mí, aparecían frecuentemente ante mis ojos, varias noches seguidas, o uno tras otro durante breves intervalos. Además, he observado el mismo hecho en mis sueños. Recuerdo que durante un mes soñé ocho veces con cierto personaje, al que siempre le daba la misma figura, el mismo aire, y al que, sin embargo, no conocía. Probablemente ni siquiera tenía existencia alguna, fuera de mi imaginación. Y lo más extraño es que este personaje frecuentemente continuaba en un sueño las acciones que había iniciado en otro.
[40] Los paisajes que tomaban forma ante mis ojos cerrados se me aparecieron de la misma manera, a veces composiciones de fantasía, a veces la representación de lugares, sitios que había visitado, o al menos de los que había visto pinturas. Así, la primera noche que dormí en Constantina, ciudad cuyo aspecto pintoresco había despertado enormemente mi admiración, volví a ver claramente, estando en mi cama y con los ojos cerrados, el espectáculo que en realidad había contemplado aquel día. Experimenté el mismo fenómeno en Constantinopla, dos días después de mi llegada. Estando en Barcelona, la alucinación solo dio lugar a una reproducción parcial. Vi en mi cama una casa del barrio de la Barceloneta que, sin embargo, no me había llamado mucho la atención. Finalmente, en Edimburgo, en Múnich, en Brest, mis ojos cerrados volvieron a descubrir paisajes que me habían impresionado durante mis excursiones por estas ciudades. Precisamente cuando viajo estoy sujeto a estas pintorescas alucinaciones. El castillo de F…, situado a diez leguas de París, y donde pasé algunos momentos felices, con frecuencia es el material de mis visiones nocturnas. Pero casi nunca lo vuelvo a ver bajo el mismo aspecto.
[41] Les objets fantastiques qui se dessinent devant les yeux ne présentent point tout à fait le caractère d’objets réels; l’œil distingue facilement leur fausseté; et ce- [p.63] pendant ces images sont beaucoup plus vives, beaucoup plus animées que ne le seraient les peintures les plus vraies qu’on en pourrait exécuter. Elles sont généralement petites, surtout les figures d’hommes ou d’animaux. Je ne me rappelle pas en avoir aperçu de grandeur naturelle; et je n’en trouve aucune indication dans les observations que je consigne par écrit depuis quatre ans. Les paysages même sont fort réduits; ce sont presque des miniatures. Rarement j’aperçois plus de deux ou trois objets à la fois, et le plus ordinairement je n’en vois qu’un. Toutefois, il m’est arrivé dans quelques occasions d’en voir un nombre assez considérable. Me trouvant en diligence et me rendant en Suisse par la route de Mulhouse, j’eus une des hallucinations à images multipliées les plus remarquables que j’aie constatées chez moi. Fatigué par deux nuits passées en voiture, je commençais, sur les onze heures du matin, à entrer dans une rêvasserie qui annonçait l’invasion prochaine du sommeil. Je fermais machinalement les yeux. J’entendais encore le bruit des chevaux et le colloque des postillons qui relayaient, lorsqu’une foule de petits personnages, rougeâtres et brillants, exécutant mille mouvements et paraissant causer entre eux, s’offrirent à moi. Cette vision dura un grand quart d’heure. Elle revint à plusieurs reprises et ne disparut complétement qu’à mon arrivée à Belfort. Je me levai alors; j’étais fort coloré; le sang me montait avec violence à la tête.
[42] [p. 64] J’ai éprouvé quelque chose d’analogue, il y a deux ans, au mois de juillet, étant également en voiture; les figures n’étaient alors ni si nombreuses, ni surtout si brillantes.
[43] Le rappel de perceptions antérieures a lieu aussi bien pour les images que pour les sons, les saveurs et les odeurs. Quand une figure, une parole, un fait, une réflexion ont fortement impressionné notre esprit, nous en rêvons, ou une hallucination hypnagogique peut les reproduire. Notre cerveau et celui de nos sens qui a été puissamment agité sont en quelque sorte pris d’un mouvement spasmodique qui réveille une impression antérieurement perçue.
[44] Il y a quelques années, j’éprouvais un mal de tête par suite de douleurs rhumatismales accompagnées d’une légère congestion dans la région pariétale. Il était dix heures, et je venais de me mettre au lit; vingt ou trente secondes après m’être laissé aller au vague de la pensée, avant- coureur du sommeil, j’entendis très – distinctement, quoique non cependant avec la même clarté et surtout la même extériorité que si j’eusse entendu une voix réelle, une phrase exclamative répétée plusieurs fois de suite. L’hallucination fut assez forte pour rappeler mon attention et me faire sortir complètement de cette somnolence commençante. La pesanteur que je ressentais au voisinage des oreilles tendait à s’accroître, et, réfléchissant sur la voix que je venais d’entendre, je [p. 65] reconnus parfaitement l’intonation, le rhythme du verbe d’une personne qui m’avait parlé quelques jours auparavant. Le timbre de cette voix m’avait frappé, dans le moment, comme le souvenir m’en revient alors.
[41] Los objetos fantásticos que aparecen ante los ojos no presentan del todo el carácter de los objetos reales; el ojo distingue fácilmente su falsedad; y esto porque estas imágenes son mucho más vívidas, mucho más animadas de lo que serían las pinturas más verdaderas que podrían ejecutarse. Generalmente son de tamaño pequeño, especialmente las figuras de hombres o animales. No recuerdo haber visto ninguno en tamaño natural; y no encuentro ninguna indicación de ello en las observaciones que llevo escribiendo desde hace cuatro años. Incluso los paisajes son muy pequeños; son casi miniaturas. Rara vez veo más de dos o tres objetos a la vez y normalmente solo veo uno. Sin embargo, en algunas ocasiones vi un número bastante considerable de ellos. En una diligencia y tras viajar a Suiza por el camino de Mulhouse, tuve una de las alucinaciones de imágenes multiplicadas más notables que he observado en casa. Cansado de dos noches pasadas en el coche, alrededor de las once de la mañana comencé a entrar en un ensueño que anunciaba la inminente invasión del sueño. Cerré los ojos mecánicamente. Todavía podía oír el ruido de los caballos y el coloquio de los postillones en relevo, cuando se me presentó una multitud de pequeñas figuras, rojizas y brillantes, ejecutando mil movimientos y pareciendo hablar entre sí. Esta visión duró un cuarto de hora completa. Regresó varias veces y solo desapareció por completo cuando llegué a Belfort. Entonces me levanté. Yo estaba muy colorado. La sangre se me subió violentamente a la cabeza.
[42] Experimenté algo parecido, fue hace dos años, en julio, también en un coche; las figuras no eran entonces tan numerosas ni especialmente así de brillantes.
[43] El recuerdo de percepciones previas se produce tanto para imágenes como para sonidos, sabores y olores. Cuando una figura, una palabra, un hecho, un reflejo han impresionado fuertemente nuestro espíritu, lo soñamos, o una alucinación hipnagógica puede reproducirlos. Nuestro cerebro y el de nuestros sentidos, que ha sido fuertemente agitado, son de alguna manera presa de un movimiento espasmódico que despierta una impresión previamente percibida.
[44] Hace unos años experimenté un dolor de cabeza debido a un dolor reumático acompañado de una ligera congestión en la región parietal. Eran las diez y yo acababa de acostarme. Veinte o treinta segundos después de dejarme llevar por la vaguedad del pensamiento, precursora del sueño, oí muy claramente, aunque no con la misma claridad y sobre todo con la misma exterioridad como si hubiera oído una voz real, una frase exclamativa repetida varias veces. La alucinación fue lo suficientemente fuerte como para atraer mi atención y sacarme por completo de esta somnolencia inicial. La pesadez que sentía en las proximidades de mis oídos tendía a aumentar y, reflexionando sobre la voz que acababa de oír, reconocía perfectamente la entonación, el ritmo de las palabras de una persona que me había hablado unos días antes. El timbre de esta voz me impactó en ese momento, y entonces el recuerdo volvió.
[45] Un matin suivant, un phénomène du même genre s’est reproduit je ressentais au cœur une de ces pesanteurs que déterminent chez moi certaines variations atmosphériques; le sang me portait à la tête; bien qu’au moment de me lever, je demeurais sous ‘l’empire d’une rêvasserie qui ne s’empare de moi ordinairement que le soir. Soudain l’oreille de mon esprit, qu’on me pardonne une métaphore sans laquelle je ne saurais rendre ce que j’éprouvais, est frappée par le bruit de mon nom; j’entends très – distinctement ces mots Monsieur Maury, Monsieur Maury; et cela avec une netteté de son et un accent tellement particulier, que je reconnus du premier coup la manière dont un de mes amis, avec lequel je m’étais entretenu la veille au soir, avait prononcé mon nom. Cependant l’intonation qu’il avait mise dans son exclamation n’avait point alors excité ma surprise: j’étais habitué à sa voix, et le son m’était resté plus dans l’oreille que dans l’esprit.
[46] Ainsi, dans ces deux cas encore, le trouble auquel étaient en proie certaines fonctions de mon économie produisait un retentissement dans mon cerveau et faisait mouvoir la touche correspondante à une percep- [p.66]tion vive qui avait laissé en moi, sans que j’en eusse conscience, un reste d’ébranlement.
[47] Cette excitation des sens peut venir, comme dans le rêve, en aide à la mémoire et nous faire ressouvenir de figures, de sons que, dans l’état de veille, nous ne nous représentions qu’imparfaitement. J’avais, il y a maintenant dix-huit années, passé la soirée chez le peintre Paul Delaroche, et y avais entendu de gracieuses improvisations sur le piano d’un habile compositeur, M. Ambroise Thomas. Rentré chez moi, je me couchai et demeurai longtemps sans pouvoir m’endormir; à la fin, le sommeil me gagne, je clos les paupières, et voilà que j’entends comme dans le lointain plusieurs des jolis passages qu’avaient exécutés les doigts brillants de M. Ambroise Thomas. Notez que je ne suis pas musicien et ai la mémoire musicale peu développée. Je n’eusse certainement pu me rappeler à l’état de veille de si longs morceaux. Une autre fois, me rendant à l’île de Staffa, et étant étendu, les yeux fermés, sur le pont d’un steamer, j’entendis l’air qu’un aveugle avait joué près de moi, la veille, sur son bagpipe.
[48] Quelques années après, j’étais à une période de ma vie où, au lieu de figures humaines qui font le sujet principal de mes hallucinations, je voyais surtout des paysages. C’étaient de longues perspectives de coteaux ombragés d’arbres, des bocages frais et solitaires; tout-à-coup j’aperçois dans une de ces visions [p. 67] qu’entre coupaient de continuels retours à la veille la vue de Rotterdam, que j’avais visité peu de mois auparavant, et cela avec une clarté que jamais je n’eusse obtenue par une vive représentation intérieure et volontaire de cette curieuse ville.
[49] De même, j’ai reconnu dans une autre hallucination un site des environs de Ratisbonne où je m’étais trouvé en 1839 et que j’avais complètement oublié.
[45] A la mañana siguiente, volvió a ocurrir un fenómeno del mismo tipo: sentí en mi corazón una pesadez a causa de ciertas variaciones atmosféricas; la sangre se me subió a la cabeza; aunque cuando llegó la hora de levantarme, quedé bajo la influencia de un ensueño que normalmente solo se apodera de mí por la noche. De repente el oído de mi espíritu, perdóname por una metáfora sin la cual no podría expresar lo que sentí, fue golpeado por el sonido de mi nombre. Oí muy claramente estas palabras: “Señor Maury, señor Maury”. Y esto con tal claridad de sonido y acento, que reconocí a primera vista la forma en que uno de mis amigos, con quien había hablado la noche anterior, había pronunciado mi nombre. Sin embargo, la entonación que había puesto en su exclamación no había despertado mi sorpresa: estaba acostumbrado a su voz, y el sonido había quedado más en mis oídos que en mi espíritu.
[46] Así, también en estos dos casos, el desorden del que eran presas ciertas funciones de mi economía produjo una repercusión en mi cerebro, y movió la tecla correspondiente a una percepción vívida que había dejado en mí sin que yo me diera cuenta. Un resto de conmoción.
[47] Esta excitación de los sentidos puede venir, como en los sueños, para ayudar a la memoria y hacernos recordar figuras y sonidos que, en el estado de vigilia, solo representamos imperfectamente. Hace dieciocho años pasé una velada en la casa del pintor Paul Delaroche y allí escuché elegantes improvisaciones al piano de un hábil compositor, el señor Ambroise Thomas. Al regresar a casa, me acosté y permanecí mucho tiempo sin poder conciliar el sueño. Al final, el sueño me invadió. Cerré los párpados y ahora oí, como a lo lejos, algunos de los bonitos pasajes que fueron ejecutados por los brillantes dedos del señor Ambroise Thomas. Tenga en cuenta que no soy músico y tengo una memoria musical poco desarrollada. Ciertamente no podría haber recordado piezas tan largas cuando estaba despierto. En otra ocasión, yendo a la isla de Staffa, y acostado con los ojos cerrados en la cubierta de un vapor, oí la melodía que un ciego había tocado cerca de mí el día anterior con su gaita.
[48] Unos años más tarde, me encontraba en una época de mi vida en la que, en lugar de figuras humanas, que son el principal tema de mis alucinaciones, veía principalmente paisajes. Había largas vistas de laderas sombreadas por árboles, arboledas frescas y solitarias. De repente veo una de esas visiones. La interrumpían continuas imágenes que regresaban a la cuidad de Rotterdam –la había visitado hacía algunos meses–. Podía ver esa cuidad con una claridad que nunca antes había obtenido mediante una representación interior, tan vívida y voluntaria.
[49] Asimismo, reconocí en otra alucinación un lugar cerca de Ratisbona donde había estado en 1839 y que había olvidado por completo.
[50] Ce rappel de faits effacés de l’esprit se produit fréquemment dans les rêves. Je citerai ici encore quelques faits qui me sont personnels.
[51] J’ai passé mes premières années à Meaux et je me rendais souvent dans un village voisin, nommé Trilport, situé sur la Marne, où mon père construisait un pont. Il y a quelques mois, je me trouve en rêve transporté aux jours de mon enfance et jouant dans ce village de Trilport; j’aperçois un homme, vêtu d’une sorte d’uniforme, auquel j’adresse la parole, en lui demandant son nom. Il m’apprend qu’il s’appelle C…, qu’il est le garde du port, puis disparaît pour laisser la place à d’autres personnages. Je me réveille en sursaut avec le nom de C… dans la tête. Était- ce là une pure imagination, ou y avait- il eu à Trilport un garde du port du nom de C…? Je l’ignorais, n’ayant aucun souvenir d’un pareil nom. J’interroge, quelque temps après, une vieille domestique, jadis au service de mon père, et qui me conduisait souvent à Trilport. Je lui demande si elle se rappelle un individu du nom [p. 68] de C…, et elle me répond aussitôt que c’était un garde du port de la Marne quand mon père construisait son pont. Très certainement, je l’avais su comme elle, mais le souvenir s’en était effacé. Le rêve, en l’évoquant, m’avait comme révélé ce que j’ignorais.
[52] Je reviendrai plus loin sur ces curieux rappels de mémoire; je retourne aux hallucinations hypnagogiques.
[53] J’ai dit que l’on parvient à prolonger la durée de ces visions fantastiques assez pour les contempler. On peut même arriver à les évoquer, à en faire naître de certaines natures, en y conduisant à dessein sa pensée. Un soir, voulant tenter l’expérience, je pensais fortement à un portrait de mademoiselle de La Vallière que j’avais vu naguère à la Pinacothèque de Munich, et au bout de quelques minutes, comme je m’endormais, je vis la figure charmante de cette femme célèbre, mais sans pouvoir distinguer ni son vêtement, ni le bas de son corps. Une autre fois, je songeais aux clefs de l’écriture chinoise que j’avais apprises, et je ne tardai pas, en m’endormant, à voir trois de ces clefs. Tout dernièrement j’avais, durant la journée, rangé les livres de ma bibliothèque. Le soir, étendu dans mon lit, je songeais à ce long et fatigant rangement; le sommeil me gagne et j’aperçois plusieurs rayons de ma bibliothèque sur lesquels étaient placés des livres la tête en bas; je vis les titres, mais ne pus en lire aucun.
[54] Un de mes amis, sujet aux hallucinations hypnago- [p.69]giques, m’a déclaré qu’il pouvait presque évoquer telle ou telle image à son gré. Donc, la volonté peut imprimer une direction à l’imagination, qui réagit ensuite sur les perceptions dues à l’excitation sensorielle. Nous avons là, comme je le montrerai dans un autre chapitre, un phénomène analogue à celui qui se produit pour l’extase.
[50] Ese recuerdo de hechos borrados del espíritu ocurre frecuentemente en los sueños. Citaré aquí algunos hechos más que son familiares para mí.
[51] Pasé mis primeros años en Meaux y solía ir a un pueblo vecino, llamado Trilport, situado en el Marne, donde mi padre estaba construyendo un puente. Hace unos meses me encontré transportado en un sueño a los días de mi infancia y jugando en este pueblo de Trilport. Percibo a un hombre, vestido con una especie de uniforme, con quien hablo y le pregunto su nombre. Me dice que se llama C…, que es el guardia del puerto, luego desaparece para dar paso a otros personajes. Me despierto de repente con el nombre C… en mi cabeza. ¿Fue pura imaginación o había habido un guardia del puerto en Trilport llamado C…? Lo ignoraba porque no recordaba ese nombre. Algún tiempo después interrogué a una vieja sirviente que había estado al servicio de mi padre y que me llevaba a menudo a Trilport. Le pregunté si recordaba a un individuo llamado C…, y ella inmediatamente respondió que él era guardia en el puerto del Marne cuando mi padre construía su puente. Seguramente lo había sabido como ella, pero el recuerdo se había desvanecido. El sueño, al evocarlo, me había revelado lo que yo no sabía.
[52] Volveré más adelante sobre estos curiosos recuerdos de la memoria. Vuelvo a las alucinaciones hipnagógicas.
[53] Dije que logramos prolongar la duración de estas visiones fantásticas el tiempo suficiente para contemplarlas. Incluso podemos llegar a evocarlas, a dar lugar a ciertos tipos de ellas, dirigiendo deliberadamente nuestros pensamientos hacia ellas. Una noche, queriendo probar el experimento, pensé fuertemente en un retrato de Mademoiselle de La Vallière que había visto recientemente en la Pinacoteca de Múnich, y, al cabo de unos minutos, mientras me dormía, vi el rostro encantador de esta mujer famosa, pero sin poder distinguir ni su vestimenta ni la parte inferior de su cuerpo. En otra ocasión, estaba pensando en las claves de la escritura china que había aprendido y pronto me quedé dormido al ver tres de esas claves. Hace muy poco, durante el día, guardaba los libros de mi biblioteca. Por la noche, acostado en la cama, pensaba en este largo y agotador ordenamiento; el sueño me invadió y vi varios estantes de mi biblioteca en los que los libros estaban colocados boca abajo; vi los títulos, pero no pude leer ninguno de ellos.
[54] Uno de mis amigos, sujeto a alucinaciones hipnagógicas, me dijo que casi podía evocar tal o cual imagen a voluntad. Por lo tanto, la voluntad puede dar dirección a la imaginación, que luego reacciona sobre las percepciones debido a la excitación sensorial. Tenemos aquí, como mostraré en otro capítulo, un fenómeno análogo al que ocurre con el éxtasis.
[55] Hallucinations de l’ouïe. – Ce que j’ai dit à propos des hallucinations de la vue fait suffisamment comprendre le mode de production des hallucinations de l’ouïe. Ce sont généralement des phrases courtes ou des mots qui retentissent à notre oreille, mais d’une manière plus faible que des sons réels. Aussi doit- on les ranger dans la classe des hallucinations que M. Baillarger a appelées psychiques. La voix est comme lointaine et intérieure; c’est cependant une voix véritable qui a son timbre et son accent particuliers. Tantôt c’est la reproduction d’une voix déjà entendue, ainsi que l’a montré l’exemple cité plus haut; tantôt ce sont des voix insolites, graves ou criardes. Un jour, me trouvant sur l’impériale d’une diligence qui me conduisait à Strasbourg, fatigué d’une nuit passée en voiture, je m’assoupissais vers l’heure de midi. Je me sentais la tête lourde et brûlante. Bientôt des voix, qui parlaient allemand, frappent mon oreille; cependant j’étais encore loin de l’Alsace; il n’y avait aucun Allemand autour de moi. Je secoue mon engourdissement pour y retomber peu après; les voix reprennent, mais c’était [p.70] alors un mélange de mots hollandais et allemands. Le fait est que j’éprouvais un tintement d’oreilles, et ce bruit incommode était transformé par ma mémoire, alors pleine de mots allemands et hollandais, en une suite de phrases composées dans les deux idiomes.
[56] Hallucinations du toucher. -Ces hallucinations n’appartiennent guère à l’état hypnagogique; lorsqu’elles apparaissent dans l’état intermédiaire entre le sommeil et la veille, elles sont généralement, comme les fausses sensations de tact éprouvées en rêve, déterminées par des pressions, des attouchements venus du dehors, ou au moins par une excitation de la peau. C’est ce que montrent les deux observations suivantes. Je me trouvais un jour dans une mauvaise auberge du nord de l’Écosse; j’étais appesanti par la fatigue; j’avais fait une longue marche à pied dans les Highlands, et la fatigue avait amené chez moi une sorte de courbature accompagnée d’un prurit général à la peau. Épuisé, je m’endormais sur ma chaise, attendant que la servante eût fait mon lit. Des hallucinations hypnagogiques ne cessaient de m’assaillir, et dans ces visions je m’imaginais tantôt sentir les morsures d’un rat, tantôt les piqûres d’une abeille. Une autre fois, la peau aussi excitée par un lavage à l’eau froide, à la suite duquel je m’étais couché, je sentis comme une main de femme qui passait sur mes épaules, et il est à noter que cette hallucination était accompagnée de visions de jolies figures féminines.
[57] [p.71] Hallucinations du goût. -Je suis peu sujet à cette sorte d’hallucination. Toutefois, je me rappelle en avoir éprouvé à deux reprises, en des circonstances significatives. La première fois, j’avais dans la bouche une saveur de porc, comme un goût de saucisson. Il est à noter que quelques jours auparavant, c’était pendant les tristes journées de juin 1848, on avait distribué comme vivres à la compagnie de gardes nationaux chargée de défendre le Luxembourg de la charcuterie en abondance; j’en avais eu ma part. Le rappel du goût d’un de ces saucissons se liait à celui d’une foule de sensations et d’idées, car j’étais en proie à la vive appréhension que causaient dans Paris les événements. Lors de ma seconde hallucination, je me trouvais à Barcelone. Arrivé depuis peu en Espagne, j’étais persuadé n’y rencontrer qu’une cuisine à l’huile rance, et cependant je n’avais encore rien mangé qui justifiât ce préjugé. Le soir, comme je fermais les paupières, le goût d’huile rance me vint dans la bouche avec persistance.
[55] Alucinaciones de audición. Lo que dije sobre las alucinaciones visuales explica suficientemente el modo de producción de las alucinaciones auditivas. Suelen ser frases cortas o palabras que suenan en nuestros oídos, pero de forma más silenciosa que los sonidos reales. Por tanto, debemos clasificarlas en la clase de alucinaciones que el Sr. Baillarger llamó “psíquicas”. La voz parece lejana e interior; sin embargo, es una voz real que tiene su timbre y acento particulares. A veces se trata de la reproducción de una voz ya escuchada, como se muestra en el ejemplo citado anteriormente; a veces son voces inusuales, serias o estridentes. Un día, estando en el techo de una diligencia que me llevaba a Estrasburgo, cansado por una noche pasada en el coche, me quedé dormido hacia el mediodía. Sentí la cabeza pesada y ardiendo. Pronto llegaron a mis oídos voces que hablaban alemán; sin embargo, todavía estaba lejos de Alsacia. No había alemanes a mi alrededor. Me bajé de mi entumecimiento solo para volver a caer en él poco después. Las voces se reanudaron, pero entonces era una mezcla de palabras holandesas y alemanas. El caso es que sentí un zumbido en los oídos, y este ruido molesto fue transformado por mi memoria, entonces llena de palabras alemanas y holandesas, en una serie de frases compuestas en los dos idiomas.
[56] Alucinaciones del tacto. Estas alucinaciones difícilmente pertenecen al estado hipnagógico; cuando aparecen en el estado intermedio entre el sueño y la vigilia, generalmente, como las falsas sensaciones de tacto experimentadas en los sueños, están determinadas por una presión, un contacto exterior o, al menos, por una excitación de la piel. Esto es lo que muestran las dos observaciones siguientes. Un día me encontré en una mala posada del norte de Escocia. Me agobiaba el cansancio. Había dado un largo paseo por las Highlands y el cansancio me había provocado una especie de rigidez acompañada de un picor generalizado en la piel. Agotado, me quedé dormido en mi silla, esperando que el sirviente hiciera mi cama. Continuaban acosándome alucinaciones hipnagógicas, y en esas visiones me imaginaba a veces sintiendo los mordiscos de una rata, a veces las picaduras de una abeja. En otra ocasión, la piel también se excitó por un lavado con agua fría. Después de haberme acostado, sentí como una mano de mujer pasando sobre mis hombros, y vale la pena señalar que esta alucinación iba acompañada de visiones de hermosas figuras femeninas.
[57] Alucinaciones del gusto. No soy muy propenso a este tipo de alucinaciones. Sin embargo, recuerdo haberlo experimentado dos veces, en circunstancias importantes. La primera vez sentí en la boca un sabor a cerdo, como a salchicha. Cabe señalar que unos días antes, durante los tristes días de junio de 1848, se había distribuido abundante charcutería como alimento a la compañía de guardias nacionales encargadas de defender Luxemburgo. Yo había obtenido mi parte. El recuerdo del sabor de una de estas salchichas estaba ligado al de un sinfín de sensaciones e ideas, porque era víctima de la viva aprehensión que los acontecimientos estaban provocando en París. Durante mi segunda alucinación, estaba en Barcelona. Recién llegado a España, estaba convencido de que solo encontraría cocina con aceite rancio y aún no había comido nada que justificara este prejuicio. Por la noche, mientras cerraba los párpados, el sabor del aceite rancio llegaba persistentemente a mi boca.
[58] Au reste, les hallucinations hypnagogiques du goût s’expliquent d’autant plus naturellement que ce sens est le plus directement placé sous l’empire de l’imagination. On sait qu’il suffit souvent de penser à un mets succulent pour que la saveur en vienne à la bouche.
[59] Hallucinations de l’odorat. Ces hallucinations, trèsfréquentes dans l’état hypnagogique chez les personnes atteintes d’un commencement d’aliénation men- [p.72] tale, ainsi que cela ressort du Mémoire de M. Baillarger, sont assez rares dans l’état sain. Je ne me rappelle pas les avoir jamais éprouvées. Deux faits que j’ai recueillis pourront montrer dans quelles conditions doit se produire l’hallucination hypnagogique de l’odorat. La vieille domestique qui était si fort effrayée de ses visions, et dont j’ai parlé plus haut, se plaignait souvent, en s’endormant, de sentir l’odeur du brûlé; il est à noter qu’elle était toujours tourmentée par la crainte du feu. J’ai connu un paysan de la Brie qui sentait, lorsqu’il était près de s’endormir, une épouvantable puanteur; je ne serais pas étonné, ajoutait-il, que ce fût l’odeur du diable, car je vois souvent en même temps de bien vilaines figures. Ce paysan était, du reste, fort sain d’esprit, quoique superstitieux.
[60] Les hallucinations du goût et de l’odorat tiennent certainement à un état d’irritation de la muqueuse de l’estomac et de la membrane pituitaire; mais elles peuvent se lier, comme cela avait lieu chez mon paysan, à une excitation des appareils sensoriaux du goût et de l’odorat, indépendants de l’estomac et des fonctions olfactives.
[61] On voit par tout ce qui vient d’être dit quelle étroite liaison rattache aux rêves les hallucinations hypnagogiques. Ce sont de même des perceptions soudaines, déterminées par une excitation de l’appareil sensoriel, et qui servent de thème à notre imagination, affranchie du contrôle du jugement, de la [p.75] raison, livrée à son action spontanée, ou imparfaitement réglée par la volonté. Sans doute, une foule d’idées naissent de même ainsi tout spontanément dans notre esprit, sans être appelées, et par suite du mouvement intestin du cerveau provoqué par diverses causes physiologiques ou pathologiques soit internes, soit externes; mais lorsque nous sommes éveillés, la volonté s’en empare, les combine avec d’autres idées volontairement appelées, de façon à en tirer des conceptions et des jugements. Dans l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil, nous ne jugeons plus, nous ne combinons plus, nous voyons, nous entendons, nous odorons, nous touchons; voilà la différence. Nous n’allons guère au-delà de ces sensations, de ces perceptions; nous pouvons n’y point ajouter foi, si nous sommes encore assez éveillés pour en comprendre l’inanité; mais nous ne nous en servons guère pour effectuer des raisonnements suivis, et arriver à des conceptions logiques. Les mêmes images, les mêmes sons fantastiques se continuent-ils après que le sommeil est devenu complet, notre esprit, qui garde un reste d’activité, en est la dupe, et s’égare à leur poursuite. Il en subit l’empire, dans ce qui lui reste encore de raison; autrement dit, il raisonne d’après ces impressions, sans être en état d’en apprécier la valeur.
[58] Además, las alucinaciones hipnagógicas del gusto se explican de forma tanto más natural cuanto que este sentido se sitúa más directamente bajo la influencia de la imaginación. Sabemos que muchas veces basta con pensar en un plato suculento para que el sabor llegue a la boca.
[59] Alucinaciones del olfato. Estas alucinaciones, muy frecuentes en el estado hipnagógico en personas que sufren un comienzo de alienación mental, como se desprende de las memorias del Sr. Baillarger, son bastante raras en el estado sano. No recuerdo haberlas experimentado nunca. Dos hechos que he recopilado podrán mostrar en qué condiciones debe producirse la alucinación hipnagógica del olfato. La vieja sirvienta que tanto se asustaba con sus visiones, y de la que hablé anteriormente, se quejaba a menudo, al quedarse dormida, de oler a quemado. Es de destacar que siempre estuvo atormentada por el miedo al fuego. Conocí a un campesino de Brie que, cuando estaba a punto de dormirse, olió un hedor terrible. “No me sorprendería”, añadió, “que fuera el olor del diablo, porque a menudo veo caras muy feas al mismo tiempo”. Este campesino era, además, muy cuerdo, aunque supersticioso.
[60] Las alucinaciones del gusto y del olfato tienden seguramente a un estado de irritación de la mucosa del estómago y de la membrana pituitaria; pero pueden vincularse, como en el caso de mi campesino, a una excitación del aparato sensorial del gusto y del olfato, independiente del estómago y de las funciones olfativas.
[61] Por todo lo dicho, se desprende la estrecha relación que tienen las alucinaciones hipnagógicas con los sueños. Son también percepciones repentinas, determinadas por una excitación del aparato sensorial, y que sirven de tema a nuestra imaginación, liberada del control del juicio, de la razón, entregada a su acción espontánea, o imperfectamente regulada por la voluntad. Sin duda, un sinfín de ideas nacen de forma bastante espontánea en nuestro espíritu, sin ser convocadas, y como consecuencia del movimiento intestinal del cerebro provocado por diversas causas fisiológicas o patológicas, ya sean internas o externas; pero, cuando estamos despiertos, la voluntad se apodera de ellas, las combina con otras llamadas voluntariamente “ideas”, para extraer de ellas concepciones y juicios. En el estado intermedio entre la vigilia y el sueño, ya no juzgamos, ya no combinamos, vemos, oímos, olemos y tocamos. He ahí la diferencia. Difícilmente vamos más allá de estas sensaciones, estas percepciones. No podemos creerlo, si todavía estamos lo suficientemente despiertos para comprender su inanidad, pero apenas lo utilizamos para realizar razonamientos sostenidos y llegar a concepciones lógicas. Si las mismas imágenes, los mismos sonidos fantásticos continúan después de que el sueño se ha completado, nuestro espíritu, que retiene un resto de su actividad, es engañada y se extravía en su búsqueda. Lo sufre en lo que aún le queda de razón, es decir, razona según estas impresiones, sin poder apreciar su valor.
[62] Ainsi, l’hallucination hypnagogique nous fournit comme l’embryogénie du rêve. Ce sont les mêmes [p.74] phénomènes objectifs, c’est presque le même état physiologique; car nous avons vu plus haut que l’afflux du sang au cerveau, l’excitation nerveuse engendrent les hallucinations hypnagogiques. De même, si durant le sommeil l’atonie des forces vitales, l’engourdissement du système nerveux trouvent une sorte d’antagonisme dans une disposition congestive avec excitation, les rêves deviennent plus nombreux et plus suivis. L’affaiblissement de l’activité cérébrale est contre-balancée par l’afflux sanguin qui tend à rétablir le jeu des facultés intellectuelles.
[63] De là, la vivacité des images dans l’hallucination hypnagogique et le rêve, la puissance de la mémoire, et souvent même de la réflexion. Si le jugement demeure toujours vicié en quelque chose, sans doute parce que son exercice ne saurait se passer du concours de toutes les facultés dans leur plénitude, les autres fonctions cérébrales retrouvent leur jeu à peu près complet, et le jugement tend même à reprendre son intégrité quand il y a un commencement de réveil, par suite d’une restauration déjà notable de forces intellectuelles. C’est dans ce cas surtout qu’un doute traverse comme un éclair notre esprit sur la réalité des chimères dont il est occupé. Bien souvent, en songe, on se demande si tout ce qu’on voit n’est pas un rêve, et un vague sentiment de l’illusion qui nous égare, s’empare de nous et affaiblit les émotions que provoquent les tableaux que nous avons devant les yeux.
[64] Je n’ai pas parlé des rêves pathologiques, de ceux qui sont le prodrome ou le symptôme de certaines maladies. Cette catégorie de rêves a été déjà étudiée avec beaucoup de soin par M. le docteur Macario, et je n’ai rien à ajouter à ce qu’il en dit. Je ferai seulement remarquer qu’ils sont une preuve manifeste de l’intervention des sensations internes dans les idées spontanées dont s’empare l’imagination du rêveur pour en tisser le songe. L’identité de forme des rêves accompagnant telle ou telle affection démontre que l’esprit subit forcément, dans des créations en apparence capricieuses et incohérentes, le contre-coup de ce que le corps éprouve à son insu. Il n’y a, en effet, rien de capricieux et d’arbitraire dans la nature, aussi bien pour l’état sain que pour l’état malade, et les visions qui leurrent l’esprit endormi dans un organisme souffrant se produisent d’après les mêmes lois que les idées spontanées proprement dites.
[62] Así, la alucinación hipnagógica nos proporciona la embriogenia del sueño. Son los mismos fenómenos objetivos, es casi el mismo estado fisiológico, porque vimos arriba que el flujo de sangre al cerebro y la excitación nerviosa generan alucinaciones hipnagógicas. Asimismo, si durante el sueño la atonía de las fuerzas vitales, el entumecimiento del sistema nervioso encuentran una especie de antagonismo en una disposición congestiva con la excitación, los sueños se vuelven más numerosos y más frecuentes. El debilitamiento de la actividad cerebral se ve contrabalanceado por el flujo sanguíneo que tiende a restablecer el funcionamiento de las facultades intelectuales.
[63] De ahí lo vívido de las imágenes en las alucinaciones y los sueños hipnagógicos, el poder de la memoria y, a menudo, incluso de la reflexión. Si el juicio siempre queda viciado en algo, sin duda porque su ejercicio no puede prescindir de la cooperación de todas las facultades en su plenitud, las demás funciones cerebrales recuperan su juego casi completo. Y el juicio tiende incluso a recuperar su integridad cuando ha comenzado a despertar, tras una ya notable restauración de las fuerzas intelectuales. Es especialmente en este caso en que una duda cruza como un rayo por nuestro espíritu sobre la realidad de las quimeras que nos ocupan. Muy a menudo, en sueños, nos preguntamos si todo lo que vemos no es un sueño, y un vago sentimiento de ilusión que nos lleva por mal camino se apodera de nosotros y debilita las emociones provocadas por los cuadros que vemos ante nuestros ojos.
[64] No he hablado de los sueños patológicos, de aquellos que son el pródromo o el síntoma de determinadas enfermedades. Esta categoría de sueños ya ha sido estudiada con mucho cuidado por el doctor Macario, y no tengo nada que añadir a lo que dice al respecto. Solo señalaré que son una prueba clara de la intervención de sensaciones internas en las ideas espontáneas de las que se sirve la imaginación del soñador para tejer el sueño. La identidad de la forma de los sueños que acompañan a tal o cual afecto demuestra que el espíritu sufre necesariamente, con creaciones en apariencia caprichosas e incoherentes, el efecto contrario de lo que el cuerpo experimenta sin su conocimiento. De hecho, no hay nada caprichoso y arbitrario en la naturaleza, tanto para el estado sano, como para el estado enfermo, y las visiones que engañan al espíritu dormido en un organismo que sufre se producen según las mismas leyes que las ideas espontáneas mismas.
- Alfred Maury, 1878.↵
- Traducción a cargo de Andrés Vargas-Abellán.↵
- Bitácora. Estudio. ↵
- Relaciones. ↵
- Ver prefacio. ↵
- Nota de traductor: malestar que antecede a una enfermedad o signo o síntoma precursores de una enfermedad determinada, que preceden y anuncian el comienzo de esta.↵
- Una enfermedad que provoca movimientos involuntarios repetitivos. ↵






