3 Les premières expériences des femmes en politique (années 1940)

Après le suicide de Germán Busch, en août 1939, la question de la succession présidentielle se posa. Enrique Baldivieso avait été élu vice-président par la Convention de 1938, mais étant donné que Busch s’était déclaré dictateur, la légitimité de sa charge fut remise en question. Ce fut l’armée qui prit la décision de la succession et qui choisit Carlos Quintanilla comme président du pays. Pendant son court gouvernement qui entraîna un virage à droite, furent révoquées les mesures les plus radicales de Busch dont le décret-loi du 7 juin 1939, déclarant que 100% des devises obtenues par les exportations des minéraux devaient être octroyées à l’État. Des élections présidentielles eurent lieu en 1940, où se présentèrent en tant que candidats Enrique Peñaranda qui représentait l’armée et les partis traditionnels et José Antonio Arze représentant la gauche. Enrique Peñaranda remporta les élections, mais la gauche réussit à avoir un nombre important de sièges au Parlement.

Au début des années 1940, se forgèrent les partis politiques les plus importants de la décennie créés par les hommes qui composaient la « génération du Chaco », frustrés par la guerre et désireux de transformer le pays de manière radicale. Ce fut le cas du Parti de la Gauche Révolutionnaire (« Partido de Izquierda Revolucionaria », « PIR ») fondé par José Antonio Arze et Ricardo Anaya, le 26 juillet 1940, dans un congrès de gauche à Oruro. D’orientation marxiste, le PIR fut le parti de gauche le plus influent des années 1940. Il proposait la révolution démocratique-bourgeoise comme étape préalable au socialisme, la réforme agraire et moins clairement le contrôle de l’État sur les revenus miniers. Le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (« Movimiento Nacionalista Revolucionario », « MNR ») fut également fondé au début des années 1940, plus précisément en janvier 1941, bien que sa fondation officielle n’ait été reconnue qu’en juin 1942. Les fondateurs de ce parti furent Victor Paz Estenssoro, Hernán Siles Zuazo, Wálter Guevara Arze, Carlos Montenegro, Augusto Céspedes, Germán Monroy Block et Rafael Otazo. Le MNR ne disposait pas d’un programme clair et défini à ses débuts, ce qui le rapprocha des orientations fascistes d’Europe à la même époque. Dans les années qui suivirent, il allait se définir comme un parti politique réunissant plusieurs classes (« policlasista ») en défense des intérêts populaires.

Le climat politique fut très tendu pendant le gouvernement de Peñaranda en raison de l’opposition des divers partis politiques dont celle du PIR et du MNR. Après une période d’amnistie, les demandes des cheminots, et un nouveau triomphe de la gauche aux élections législatives de 1942, le gouvernement opta pour la répression et la censure des journaux. La répression du gouvernement atteignit son apogée avec le massacre de plusieurs mineurs (travailleurs de la mine) réclamant une hausse des salaires dans le complexe minier Catavi-Siglo 20 en décembre 1942 (voir annexe n°73). Ce massacre fut fortement dénoncé par l’opposition, notamment par le MNR qui réussit une grande manifestation populaire. L’image des « barons de l’étain » fut fortement discréditée à la suite de cet événement, et le gouvernement de Peñaranda s’en trouva affaibli.

À la fin de la guerre, des loges militaires se formèrent comme la loge « Santa Cruz » qui était connue publiquement et la loge « RADEPA » (« Razón de Patria ») qui fonctionnait de manière secrète. Ces loges n’avaient pas d’idéologie ou de programmes clairs et définis ; elles s’appuyaient sur une moralisation obsessionelle du pays, une discipline stricte et la nécessité d’imposer de l’ordre. Elles étaient sympathisantes du modèle national-socialiste allemand. Entre septembre et décembre 1943, la RADEPA et le MNR réalisèrent un accord secret, tandis que le gouvernement de Peñaranda devenait de plus en plus faible. Un coup d’État fut entreprit en décembre 1943 par la RADEPA et par le MNR. Gualberto Villarroel devint ainsi Président du pays.

Le gouvernement de Villarroel arriva au pouvoir pendant la Deuxième Guerre Mondiale, où la polarisation produite par le conflit était très forte. Les sympathies qu’éprouvaient les membres du MNR et de la RADEPA pour le national-socialisme allemand, contribuaient à donner l’image d’un gouvernement pro-nazi. Les États-Unis refusèrent de reconnaître le nouveau gouvernement. Après 6 mois de négociations, ils le reconnurent à condition que soient bannis du gouvernement Carlos Montenegro, Augusto Céspedes et tous les membres du MNR. La sortie du MNR fut temporaire, car les membres du parti revinrent peu de temps après, et leur influence dans les décisions du gouvernement fut très importante.

Le nouveau gouvernement convoqua des élections pour la formation d’une nouvelle Assemblée Constituante.

A) Les réformes proposées par la Convention de 1944-1945

a) Les réformes dans la législation de la famille

Le MNR gagna la plupart des sièges aux élections pour l’Assemblée Constituante, mais le PIR obtint aussi une représentation importante. La gauche dominait donc cette Assemblée. L’écrivain, intellectuel, et homme politique, Franz Tamayo, fut élu Président de l’Assemblée. Celle-ci se réunit en deux temps, en août 1944 et en juillet 1945.

La Constitution de 1944-1945 ne modifia quasiment pas celle de 1938, elle ne fit que la compléter et l’élargir, en particulier dans le domaine économique, social et familial.

Plusieurs réformes furent approuvées dans la législation de la famille qui amélioraient la condition des femmes: l’égalité des enfants devant la loi, l’autorisation de recherches en paternité, et l’égalité juridique des conjoints.

La question de l’égalité des enfants devant la loi et de l’autorisation de rechercher la paternité fut un sujet assez débattu à partir de janvier 1945. L’égalité des enfants devant la loi avait déjà été établie dans l’article 132 de la Constitution de 1938 Cependant, cet article fut interprété par la jurisprudence de telle manière qu’il concernait uniquement les enfants légitimes et naturels légalement reconnus pour l’égalité dans la succession héréditaire. Dans la Convention de 1945, il s’agissait donc d’établir l’égalité devant la loi de tous les enfants (légitimes, naturels, illégitimes, adultérins, sacrilèges, incestueux) légalement reconnus ou non, en leur accordant le droit à une succession héréditaire égale pour tous. Pour que cette mesure puisse être appliquée il fallait que l’État autorise les enquêtes de paternité. Ce projet, débattu en juillet 1945, fit l’objet de quelques polémiques. Pendant que les débats se tenaient à l’Assemblée, des organisations féminines et catholiques telles que l’Action Catholique Bolivienne, la Croix Rouge, la Ligue de la Morale, l’Union de Mères Catholiques, la « Acción Social del Apostolado », la « Beneficiencia de Señoras », le « Consejo Arquidiócesano de La Paz », et certaines associations regroupant des féministes comme l’Athénée Féminin et la Fédération de Sociétés Culturelles Féminines (« Federación de Sociedades Culturales Femeninas »), envoyèrent une lettre aux députés de l’Assemblée en demandant que l’égalité des enfants devant la loi, mesure jugée « monstrueuse », ne soit pas adoptée car elle constituerait « une atteinte à la moralité de la famille et allait produire le chaos le plus absolu ». Contrairement à la Légion Féminine (dont un des objectifs était l’obtention de l’égalité des enfants et l’autorisation des enquêtes de paternité) les membres de l’Athénée Féminin et de la Fédération de Sociétés Culturelles Féminines s’opposèrent à cette mesure avec les organisations catholiques du pays pour des raisons religieuses et « morales ». On ne possède pas beaucoup d’informations sur la Fédération de Sociétés Culturelles Féminines. Elle fut créée au début des années 1940 dans le but d’harmoniser les actions des sociétés culturelles féminines. Les membres composant l’institution étaient organisés de la manière suivante: [1]

 

Direction:

  • Présidente: Emma Perez del Castillo de Carvajal (voir annexe n°12).
  • Vice-Présidente: Isabel B. v. de Haillot (voir annexe n°20).
  • Secrétaire Générale: Emiliana Cortéz Villanueva.
  • Trésorière Générale: Germaine Haillot B.
  • Pro-Secrétaire: Margot Silva.

Représentations:

  • Athénée Féminin: María Luisa Sánchez Bustamante (voir annexe n°10). « Asociación Pro Paz »: Victoria Velasco de Tejada Fariñas.
  • « Asociación de Mujeres Universitarias »: María Josefa Saavedra (voir annexe n°61).
  • « Comité Cívico Departamental del Servicio Auxiliar Femenino de la Pre Militar »: Carmen Rosa Torrez Ballivián.
  • « Comité Femenino Pro Cultura »: María Tubert de Estebán (voir annexe n°62). « Centro Femenino de Cooperación Americana »: Marina Lijerón Baldivia (voir annexe n°63).

Commissions:

  • Assistance Sociale: Antonieta Suarez (voir annexe n°64) et Margarita Nuñez del Prado (voir annexe n°46).
  • Prévision Sociale: Angélica Panozo de Videa (voir annexe n°65).
  • Presse et Propagande: María Virginia Estenssoro de Cusicanqui, Cristina de Zalles (voir annexe n°21) et Yolanda Bedregal de Conitzer (voir annexe n°45).
  • Art: Ada Carvajal Perez del Castillo.
  • Droits Civils et Politiques: Josefa Rocabado de Zeballos et Azunta Bozo de Bitrot.
  • Professeurs de Secondaire: Raquel Carmona (voir annexe n°58).
  • Professeurs de Primaire: María Frontaura Argandoña (voir annexe n°66).
  • Comission Civique: Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7) et Elodia Ballivián de Ligerón (voir annexe n°12).
  • Liens avec les ouvriers: Angélica Azcui (voir annexe n°24)

Comme on peut le constater, l’Athénée Féminin faisait partie de cette fédération et une grande partie de ses membres étaient à la tête de plusieurs charges: Emma Perez del Castillo de Carvajal (voir annexe n°12), María Luisa Sánchez Bustamante (voir annexe n°10), Isabel B. v. de Haillot (voir annexe n°20), Marina Lijerón Baldivia (voir annexe n°63), Cristina de Zalles (voir annexe n°21), Raquel Carmona (voir annexe n°58), María Frontaura Argandoña (voir annexe n°66), Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7), Elodia Ballivián de Ligerón (voir annexe n°12), et Angélica Azcui (voir annexe n°24). L’on retrouve également d’anciens membres de la Légion Féminine tels que María Tubert de Estebán (voir annexe n°62), Angélica Panozo de Videa (voir annexe n°65), ce qui confirme l’idée que la Légion Féminine était une organisation très hétérogène car, malgré le fait qu’un de ses objectifs était d’obtenir l’égalité des enfants et l’autorisation des enquêtes de paternité, ses anciens membres s’opposèrent à cette mesure quelques années plus tard, au sein de la Fédération de Sociétés Culturelles Féminines. Toutefois, malgré ces différences, la Fédération, qui regroupait plusieurs organisations (dont toutes n’étaient pas féministes), adopta une structure similaire à celle des organisations des années 1930 avec des sections qui couvraient plusieurs champs sociaux: assistance sociale, prévision sociale, liens avec les ouvriers, ce qui indique que la Fédération essaya de créer des liens avec les secteurs populaires de la société, ainsi qu’avec les secteurs moyens consacrés à l’éducation (commissions de professeurs de primaire et de secondaire). On ne sait pas quelles furent les actions de la Fédération hormis l’envoi de cette lettre aux députés de l’Assemblée. L’on sait cependant que ses membres organisèrent une « Semaine Féminine », du 25 au 30 septembre 1944, à laquelle furent conviés des hommes politiques. Soulignons que les femmes ouvrières y participèrent. Des conférences furent organisées pendant cette semaine sur des thèmes tels que: assistance sociale, hygiène, salubrité, prévision sociale, travail de la femme, situation de la femme ouvrière, universités populaires, littérature et arts, droits civils et politiques de la femme. En suivant l’exemple des organisations des années 1930 comme la Légion Féminine ou l’UMA, l’Athénée rejoignit une fédération de sociétés féminines avec des objectifs plus étendus, englobant des préoccupations sociales des secteurs populaires de la société. Ces objectifs incluaient des stratégies de formation de liens et d’alliances avec les femmes ouvrières. Les temps avaient changé après la guerre et l’Athénée Féminin trouva les moyens de s’y adapter. Cependant, ces nouveaux objectifs et stratégies ne changeaient pas la position de classe conservatrice de la plupart de ses membres et de ceux de la Fédération car elles s’opposèrent à l’égalité des enfants devant la loi et à l’autorisation de recherches de paternité.

Cette mesure fut finalement adoptée par la Convention à la fin du mois de juillet 1945. L’article 132 de la nouvelle Constitution instituait que les inégalités entre enfants n’étaient pas reconnues, que tous avaient les mêmes droits et les mêmes devoirs et que les recherches de paternité étaient autorisées. Cet article reconnaissait en outre le mariage de fait entre les concubins après deux ans de vie commune ou après la naissance d’un enfant. Cette mesure était importante pour la Bolivie, car une majeure partie de la population, composée d’indigènes, ne se mariait pas. Suivant leurs coutumes, les couples aymaras et quechuas vivaient ensemble sans légaliser leur union devant l’État. Cette mesure visait donc à légaliser et régulariser cette coutume très répandue dans le pays.

Avec l’article 131 de la nouvelle Constitution, l’État se portait protecteur du mariage, de la famille et de la maternité. Ce même article établissait l’égalité juridique des conjoints. Ainsi, ces derniers avaient les mêmes droits et devoirs au sein du mariage. Les femmes recevaient alors tous les droits civils. Cependant, cette mesure devait être suivie d’une réforme dans le Code Civil afin qu’elle soit vraiment appliquée et le Code Civil bolivien ne fut réformé qu’en 1976. Ainsi, même si la Constitution de 1945 octroya les droits civils aux femmes, celles-ci durent attendre 1976 pour que cette mesure soit véritablement mise en place. Malgré tout, la Convention de 1945 accorda aux femmes le suffrage limité.

b) L’obtention du suffrage féminin limité

La Convention de 1944-1945 débattit la question du suffrage féminin dans un climat différent de celui de 1938. Si, en 1938, plusieurs féministes et femmes des villes comme La Paz, Santa Cruz et Oruro avaient demandé aux députés de l’Assemblée que le droit de vote leur soit accordé, ainsi qu’elles avaient réalisée des communiqués à la radio en dénonçant les arguments tenus par les députés qui s’opposaient à la réforme, et avaient également publié des articles dans les journaux pour que la mesure soit enfin adoptée, en 1945 presque rien de cela n’eut lieu. On ne trouve pas d’articles rédigés par des femmes réclamant le droit de vote, ou encore des articles mentionnant leurs actions à cette fin dans les journaux de l’époque. Au contraire, les articles qui parlent du sujet soulignent l’indifférence des femmes face à la question:

« Ce qu’il faut souligner ici est la parfaite indifférence des femmes par rapport à la discussion d’hier, et celle qui s’est manifesté il y a longtemps dans les sessions de la commission législative. A part, quelques avis, il n’y a pas eu de mouvement de préoccupation féminine concernant le vote qu’on essaye de leur donner. Et ce fait révélateur est une mesure relative aux véritables aspirations féminines. En nous souvenant simplement des nouvelles reçues par câble, l’on peut assurer que dans d’autres pays où furent également discutées les questions de la citoyenneté totale des femmes, des sociétés féminines, des groupes suffragistes, certaines institutions culturelles féminines s’efforcèrent de créer un climat propice afin d’atteindre ce droit. Ici, il ne se produit aucun mouvement de ce type. »[2]

Un autre article va dans le même sens:

« Les femmes reçoivent cette réforme dans un environnement de totale indifférence. On pourrait affirmer que la plupart d’entre elles qui seraient susceptibles d’en bénéficier, persistent à s’éloigner de ces préoccupations. Les manifestations en faveur du suffrage ont été trop faibles, trop insignifiantes. On aurait pu s’attendre, véritablement, à une autre attitude, un mouvement d’adhésion enthousiaste au projet. Rien de tout cela ne se produisit. »[3]

Les modestes démonstrations des femmes en faveur de la réforme provenaient probablement de l’Athénée Féminin et de l’UMA, seules organisations féministes dont on connaît l’existence dans la première moitié des années 1940. Il semblerait que l’effervescence politique propice aux changements des années 1930 ait disparu dans la décennie suivante. On ignore les raisons de cette indifférence. Était-elle liée à un certain pessimisme ressenti par les féministes en relation avec les décisions devant être prises à l’Assemblée ? Après tout, des campagnes et des actions pour l’obtention des droits civils et politiques avaient été réalisées en 1934 et 1938, sans résultats. Quoi qu’il en soit, à en juger par les informations procurées par les journaux, les organisations féministes auraient connu un certain effacement au début des années 1940.

Les discussions sur le suffrage féminin de la Convention de 1944-1945 ne se tinrent donc pas dans le même climat et la même ambiance qu’en 1938. D’ailleurs, l’atmosphère de discussion entre les parlementaires fut beaucoup moins polémique.

Lorsque le suffrage féminin fut débattu il s’agissait d’approuver, de refuser ou de modifier la formule proposée par la commission législative qui avait déjà discuté la question et avait décidé de proposer à la Convention la formule suivante: « Le droit de vote sera octroyé à la femme de nationalité bolivienne, qui a achevé l’instruction primaire et qui a au moins 21 ans, pour la formation des Municipalités ». Le vote et la discussion se fit en deux temps: il fallait d’abord approuver ou refuser cette formule, et si elle était acceptée, il fallait voter pour les projets modificateurs proposés par les députés.

La plupart des parlementaires qui s’exprimèrent se prononcèrent en faveur du suffrage féminin. En effet, sur 27 parlementaires, 19 se prononcèrent en faveur du suffrage féminin, contre 8 seulement. Il y avait donc un consensus beaucoup plus important que dans la Convention de 1938 au sein de l’Assemblée par rapport à ce sujet.

Nombreux furent les arguments utilisés pour défendre le suffrage féminin. La participation des femmes à la Guerre du Chaco prit une signification plus importante à cette époque, surtout dans le contexte de la Deuxième Guerre Mondiale où les députés étaient conscients du rôle qu’avaient joué les femmes. Des députés, comme Otero Reiche firent référence à la contribution des femmes à l’effort de guerre tant en Europe comme en Bolivie pendant la Guerre du Chaco pour arguer qu’il n’y avait pas de raison de leur refuser le droit de vote:

« Et si elle est un facteur social pondérable et efficace, si sur ce point personne ne peut discuter, après son contingent social mis au service de la patrie dans la dernière guerre mondiale, et comme nous avons vérifié cette même pondération dans la guerre contre le Paraguay, je ne vois pas pourquoi on lui refuserait ses droits politiques… » [4]

Le député Tovar va dans le même sens en arguant que les femmes avaient joué et pouvaient jouer un rôle prépondérant en cas de guerre:

« … Pendant la guerre avec le Paraguay, la femme a subi les calamités inhérentes au conflit et fut employée par les services d’arrière-garde, alors que des hommes ont déserté abandonnant le pays, en proie à la peur, évitant de s’impliquer au moment du danger national, et, nous les voyons, malgré cela, en train de légiférer confortablement…

Nous travaillons pour l’avenir, la preuve en est que la femme reçoit un enseignement pré-militaire. Nous sommes en train de la former pour qu’elle profite de ses conditions spéciales, pour l’employer en tant qu’élément primordial de la défense nationale. Il est logique qu’elle n’accède pas à la caserne, car les lois militaires la considèrent comme étant inhabilitée pour ce service ; cependant, on ne méconnaît pas sa capacité d’adaptation pour le combat et les services spéciaux exigés en temps de guerre, assurant ainsi le pouvoir militaire de l’État. » [5]

En effet, le Ministère de la Défense établit, par le décret-loi du 26 juillet 1943, le service militaire obligatoire pour toutes les jeunes femmes étudiantes, afin de les former comme un groupe auxiliaire de l’Armée. Il s’agissait de former des « Brigades Féminines » en cas de guerre: elles étaient chargées de conduire des voitures, de diriger des services de communication, de porter secours et assistance, et d’assurer des services auxiliaires d’aviation. Des cours de pilotage pour femmes furent organisés dans cet objectif. Le Service Auxiliaire féminin avait été créé par Etelvina Villanueva (voir annexe n°43), ancienne présidente de la Légion Féminine.

La présence des femmes sur le marché du travail et dans divers secteurs de l’économie était également considérée comme une raison inattaquable pour accorder le droit de vote aux femmes. La présence des femmes sur le marché du travail n’était plus considérée comme un phénomène exceptionnel et anormal lié à la guerre du Chaco. Comme l’affirme Marcela Revollo Quiroga: « A diferencia de los argumentos propuestos en 1938, esta participación laboral dejó de ser considerada como una usurpación de los espacios de trabajo masculinos para pasar a ser vista como un aporte al desarrollo, la modernización y un avance en la formación de las mujeres. En este sentido, es posible advertir un reconocimiento a la participación y aporte social de ellas, además de una valoración más allá de su rol de madres y esposas. »[6] C’est ce que laisse entrevoir le parlementaire Bravo:

« Il y a dans ce pays des milliers de femmes qui mènent leurs activités à travers des fonctions délicates. Ainsi, nous avons les professeures d’écoles, les employées de bureaux publics et privés. Beaucoup de femmes sont dotées d’une profonde compréhension de leurs droits et devoirs et qui contribuent de manière brillante à exercer dans les arts et les lettres. Alors il n’est pas possible de leur refuser ce droit, elles doivent contribuer à la formation des Pouvoirs Publics à la lumière de leur intellect, en faisant usage de cette liberté. »[7]

D’après le député Trigo Paz, la présence des femmes dans la sphère publique et sur le marché du travail était un fait indéniable qui devait être pris en compte:

« En Bolivie, la participation de la femme dans la vie active est un fait, nous le savons tous et nous le reconnaissons ; c’est ainsi qu’aujourd’hui la femme est à l’Université, dans l’exercice professionnel, les bureaux publics, les sociétés particulières, dans les ateliers ou la mine, et dans toutes les activités qui constituent la vie même de la nation. Alors, si c’est ainsi, refuser sa participation à la formation des pouvoirs de l’État serait vraiment injuste. » [8]

Pour le député Morales Carlos, marxiste, le vote devait être octroyé aux secteurs de la population qui jouaient un rôle important dans la production. De par leur participation à l’économie du pays, les femmes devaient obtenir le suffrage:

« D’autre part, le vote ne se donne pas en fonction des sentiments, mais en fonction de la production ; car lorsque le vote est octroyé, c’est pour que les classes qui occupent un rôle déterminé dans la production, aient le droit de faire prévaloir la part qui leur correspond dans la distribution. Dans ce sens, dans le sens éminemment économique, on doit accorder le droit de vote à la femme… » [9]

Les avancées des pays par rapport au suffrage féminin étaient très souvent citées par les parlementaires, comme la preuve que la Bolivie devait rentrer dans le groupe des nations civilisées ayant accordé le suffrage féminin, et que, de toutes façons, tôt ou tard, ce droit devait leur être octroyé. Cet argument fut utilisé avec beaucoup plus de fréquence et beaucoup plus de poids qu’en 1938, car en 1944, davantage de pays avaient accordé le droit de vote aux femmes.

Ainsi, le député Mendoza López[10] fait référence à la France qui venait d’octroyer le droit de vote aux femmes:

« On argumente que dans notre environnement la femme n’est pas suffisamment évoluée pour prendre part aux activités politiques et qu’elle n’a pas la maturité de la femme saxonne ou de la femme d’autres pays. On utilisait le même argument en France, mais, hier, on a annoncé que les femmes françaises allaient prendre part aux activités politiques qui vont probablement déterminer la future marche de la quatrième République française, ou la survivance de la troisième République. Ainsi ce problème est réglé en France. »[11]

Le député Trigo Paz cite les constitutions des pays modernes qui ont accordé le suffrage féminin:

« En plus, Monsieur le Président, je citerai, comme simple référence, que la plupart des constitutions modernes acceptent et accordent le vote féminin dans l’organisation des Pouvoirs Publics. Ainsi par exemple, les constitutions de l’Autriche, de l’Allemagne, de la Bavière, de l’Espagne, de la Finlande, de la Lettonie, de la Pologne, de la Russie, de la Norvège, du Danemark, de la Tchécoslovaquie, de l’Angleterre, des Etats-Unis d’Amérique, de l’Équateur, et du Chili, comme on le sait ont accordé sans restrictions, le vote municipal ; la Constitution uruguayenne l’admet à condition qu’il soit approuvé par les deux tiers de leur Représentation Nationale. »[12]

De plus, la Bolivie ne devait pas tarder à octroyer le suffrage féminin car elle s’était engagée à accorder les droits civils et politiques aux femmes dans la Conférence de Chapultepec tenue au Mexique en février 1945[13]. C’est ce que rappella le parlementaire Tovar:

« Il existe un compromis international à ce sujet, je ne pense pas que la Bolivie essaie de le violer, je parle de l’Acte de Chapultepec, que notre pays a signé, en s’engageant avec les autres États signataires, à rendre effectives ses recommandations. Parmi elles, on trouve dans une place prépondérante, le point 31 concernant les droits civils et politiques de la femme que le Brésil vient de mettre en place. De plus, le Gouvernement démocrate de la Grande Bretagne a fait un pas en avant, en incorporant la femme dans les services de Police, avec les mêmes attributions et obligations que les policiers hommes. » [14]

Le gouvernement de Gualberto Villarroel était conçu par une grande partie des parlementaires comme une phase révolutionnaire. Les décisions prises à l’Assemblée devaient obéir au moment révolutionnaire qu’ils étaient en train de vivre. Le suffrage féminin était compris comme une mesure révolutionnaire qui devait être prise dans cette Assemblée. C’est ce qu’exprima le député Arana Peredo:

« Pourquoi considérer que la femme suffragiste va inverser le rôle matrimonial en allant aux élections ou au Parlement ? Non, messieurs. Nous voulons faire usage d’un critère plus radical. Ce Parlement est le produit d’une révolution idéologique, et pas seulement d’une révolution de fait. Aux fins de la révolution, se trouvent des postulats, et, s’ils ne sont pas approuvés par les nations du Continent, la Bolivie, qui s’est caractérisée par le pessimisme avec lequel on juge notre situation politique, la Bolivie qui va à l’avant-garde parmi les nations les plus avancées, peut accomplir ce pas révolutionnaire. »[15]

Pour le parlementaire Mendoza López, le sens révolutionnaire de la mesure concernait le fait d’élargir la participation politique à une plus grande partie de la population:

« …(que) cela se fasse aussi pour la question féminine, pour des raisons révolutionnaires, Monsieur le Président, profondément révolutionnaires. Et quelles sont ces raisons révolutionnaires ? Ces raisons révolutionnaires résident dans le fait de faire participer le plus grand pourcentage d’éléments susceptibles de délibérer sur le destin du pays. »[16]

Une grande partie des parlementaires qui défendaient le suffrage féminin considéraient que la formule proposée par la Commission législative était trop restreinte en voulant d’abord accorder le droit de vote uniquement aux femmes qui avaient fini l’instruction primaire, et en limitant ensuite le suffrage féminin aux élections municipales. Ainsi, plusieurs parlementaires proposèrent de nouvelles formules en proposant que le droit de vote soit accordé aux femmes sachant lire et écrire dans le cadre des élections municipales. D’autres proposèrent que le droit de vote pour les élections nationales, fût accordé aux femmes qui savaient lire et écrire, c’est-à-dire, dans les mêmes conditions que les hommes.

Le député Pardo considérait que le projet était trop restreint car il concernait uniquement le droit d’élire et non le droit d’être élue, et que limiter le droit aux femmes qui avaient achevé l’instruction primaire était injuste, car cela excluait celles qui enseignaient comme professeures sans pour autant avoir suivi l’école primaire:

« Je voudrais ne pas me tromper, mais comme l’a déjà remarqué un représentant, la réforme constitutionnelle telle qu’elle est proposée par la Commission Législative, est trop restreinte dans le droit que l’on est en train de reconnaître à la femme pour prendre part à la vie civile dans sa qualité de citoyenne (…) Ici on ne parle pas du droit d’être élue. De plus, je me permets de remarquer une légère déficience dans la rédaction de cet article. Apparemment, l’intention est bonne: accorder seulement le droit de vote à la femme qui a atteint le cycle primaire et qui a 21 ans, mais il arrive que dans la pratique, et je peux l’attester, des femmes n’ont pas achevé le cycle d’instruction primaire, et malgré cette circonstance, elles sont professeures. De tels cas se présentent, Monsieur le Président, car la femme, avec son noble désir d’aller de l’avant, a réussi à se former, de telle manière qu’actuellement elle enseigne dans les écoles. » [17]

Plusieurs parlementaires considéraient qu’accorder le droit de vote uniquement aux femmes qui avaient fini l’instruction primaire était créer un « privilège » pour certaines, en excluant injustement les femmes travailleuses. Il fallait donc élargir la proposition. C’est ce qu’exprima le député Arce Armando:

« Je ne pense pas que l’initiative de l’Honorable député de Tarija qui accorde la citoyenneté à la femme, soit retenue, car elle contient des privilèges injustes car le projet concerne uniquement les femmes qui ont reçue une instruction primaire. On dit que la femme va à l’Université, aux charges publiques et privées, ce qui est très respectable ; mais on oublie la femme du peuple qui vit chez elle, s’occupant de son mari, de ses enfants, de ses parents et qui porte réellement tout le poids du foyer, elle doit avoir aussi les mêmes droits. La pauvreté n’est pas une raison pour qu’on accorde ce privilège seulement aux femmes qui sont allées à l’Université. »  [18]

Le député Morales Carlos alla dans le même sens:

« Nous qui nous appelons révolutionnaires, nous ne pouvons pas continuer à maintenir une contradiction de systèmes, contradiction qui se manifeste ici, car la majorité du peuple bolivien, peuple producteur, est en totale contradiction avec nos systèmes juridiques, qui ne donnent aucune participation aux majorités dans la formation des pouvoirs publics ; et les majorités populaires, les majorités travailleuses, ne sont pas seulement les hommes ; ce sont aussi les femmes. Alors, si nous voulons faire une véritable révolution, nous ne devons pas juger par un critère étroit pour donner le droit de vote uniquement aux femmes qui ont fini l’école primaire, secondaire ou universitaire, car dans ce cas on ne donnerait pas le droit de vote à la femme bolivienne, mais à une petite minorité. » [19]

La formule proposée n’était pas seulement trop restreinte en ce qu’elle concernait une minorité de femmes, elle concernait aussi uniquement les élections municipales. Les femmes devaient également avoir le droit de vote pour les élections nationales.

Comme l’affirma le député Arana Peredo:

« Dans ce concept, je ne vois pas de raison pour que le droit politique de la femme se limite aux élections municipales, dans le projet de la formule rédigée par la Commission Législative. Quelle différence y a t-il entre les élections municipales et les élections pour les représentants législatifs ou mandataires ? Quelle supériorité intellectuelle est requise pour faire cette distinction, pour limiter ce droit à la femme ? »[20]

Le député Ayala Gamboa alla dans le même sens en soulignant l’effet positif que signifierait la présence de femmes dans le Parlement:

« Le projet qui réduit simplement le vote de la femme seulement pour la formation des municipalités est trop restreint, car la femme n’exercera pas son droit de suffrage comme un acte de distraction ou comme un acte d’apparence, mais avec le désir de contribuer à la formation des Pouvoirs Publics pour obtenir des lois pratiques et intelligentes, car, le jour où l’on verra la femme bolivienne ici dans le Parlement, avec sa participation, les lois seront sûrement empreintes de sagesse et d’intelligence, comme par exemple les lois protectrices des enfants et d’autres, à caractère social. »[21]

Cependant, des députés, tout en étant favorables au suffrage féminin, considéraient que celui-ci devait être limité car il fallait réaliser un « essai » pour voir si les femmes étaient suffisamment capables d’exercer le droit de vote. Dans ce sens, si l’épreuve était positive, ils pourraient considérer ultérieurement l’élargissement du suffrage féminin aux élections nationales. Comme l’exprime Marcela Revollo Quiroga, il s’agissait bien de faire un « test »: « Era una ciudadanía parcial restringida al gobierno municipal, y de prueba porque exponía a las mujeres al examen de su capacidad política, y dejaba abierta la posibilidad de que fuera revertida si ellas no pasaban. » Accorder le droit de vote aux femmes uniquement pour les municipalités ne représentait pas un danger car ces dernières n’étaient que des établissements d’administration et non de pouvoir. C’est ce que laisse entrevoir l’intervention du parlementaire Bravo:

« Ce droit semblera inopportun pour beaucoup, irréalisable et prématuré, mais il est nécessaire qu’il soit circonscrit à son intervention dans les Municipalités. Les Municipalités ne sont pas des organismes appartenant aux Pouvoirs de l’État. Ce sont simplement des noyaux de l’Administration. Dans d’autres lieux, le droit de citoyenneté n’est pas nécessaire pour participer à la formation des Municipalités. »[22]

En ce qui concerne les arguments contre le suffrage féminin, ceux qui s’y opposaient exprimèrent la même inquiétude que les parlementaires de 1938, à savoir, que les femmes allaient abandonner leurs devoirs au sein de leur famille et de leur foyer. Comme en 1938, le rôle de la femme au sein du foyer et de la famille fut exalté. C’est ce que démontre le parlementaire Fernández:

« Je suis alarmé face au projet de réforme que l’on discute car je considère –que les défenseurs du projet me pardonnent– qu’il s’agit d’un attentat contre la famille qui est la pierre angulaire de la patrie…

H. Tovar.- Je demande à l’Honorable député, la citoyenneté de l’individu est-elle aussi un attentat contre la famille ?

H. Fernández.- Je dis tout simplement que la famille est la pierre angulaire de la Patrie et celle qui dirige la famille, qui modèle l’âme des enfants, c’est la femme. Elle a une mission plus importante que l’homme dans la vie, celle de créer l’âme des enfants, l’âme des citoyens qui devront diriger la patrie. Si on la fait sortir de son foyer et si nous l’emmenons dans les luttes mesquines de la politique, que se passera-t-il concernant ce foyer et l’éducation des enfants ? Il est très probable que mon avis soit discordant ou un peu étrange en la matière, mais je crois que je suis dans la vérité quant à la consolidation de la famille. »[23]

De même, c’est ce qu’exprima le député Finot[24]:

« Je vais donner un exemple qui est sûrement empreint de force et d’efficacité. Un homme qui travaille à l’usine, depuis 6 ou 8 heures du matin, rentre chez lui, dans l’intention de trouver du repos, espérant que sa femme lui ait préparé le dîner, et il se retrouve devant une triste réalité: sa compagne se trouve dans un comité politique, discutant d’affaires importantes de l’État. Il faudrait créer des restaurants populaires, où nous devrions tous aller déjeuner, ou dîner, multiplier les crèches pour les enfants des prolétaires et des travailleurs, pendant que la femme délibère, comme je le dis, autour d’importantes affaires politiques. (Applaudissements). »[25]

La religion fut également utilisée comme argument pour prouver que les femmes, conservatrices dans leur majorité, voteraient pour les forces cléricales, bloquant ainsi tout effort révolutionnaire dans le pays. Cet argument fut utilisé par le parlementaire Finot:

« Malheureusement, Monsieur le Président et Messieurs les Députés, la femme en Bolivie est dans les mains du cléricalisme des Actions Catholiques, qui sont parfaitement organisées dans le territoire et composées d’un groupe restreint de dames, de demoiselles et de jeunes femmes cultivées, et cela, j’ai pu le constater en faisant une enquête sur elles. »[26]

Le député Carvajal s’exprima dans le même sens:

« Je me permets de demander à mon honorable collègue, s’il ne pense pas que la femme, par tradition et par tempérament, est conservatrice, et s’il ne pense pas que cet environnement de conservatisme de l’élément féminin, deviendrait au moment du débat politique un jouet, un instrument entre les mains d’un certain secteur d’influence, par exemple, le secteur clérical. Alors le fait d’accorder le suffrage féminin  ne serait-il pas une stagnation de la Révolution? »[27]

Concernant les avancées sur les droits politiques des femmes dans les autres pays, les parlementaires opposés au suffrage féminin arguèrent que la Bolivie ne se trouvait pas dans les mêmes conditions que ces pays, et qu’il fallait tenir compte de ses propres réalités pour prendre des décisions à ce sujet.

Avec un certain sens de l’humour, le député Fernández s’exprima ainsi sur la question:

« L’on dit aussi que ces droits politiques leur sont accordés dans des pays civilisés comme l’Angleterre et l’Allemagne, la Yougoslavie, etc., mais la Bolivie n’est pas dans la même situation que l’Allemagne et l’Angleterre.

H. Tovar.- Si nous ne sommes pas dans un pays civilisé, alors vous êtes un barbare. (Sifflets à la barre).

H. Fernández.- Vous ne m’avez pas compris, Monsieur le député. J’ai dit que notre pays n’étaits pas dans les mêmes conditions que ces pays et vous n’allez pas croire que l’on est supérieurs.

H. Tovar.- Je ne suis pas un caméléon qui légifère en pensant à l’odeur de la nourriture. (Sifflets à la barre).

H. Fernández.- Je vais vous répondre, Monsieur le député. Je vais dans ce sens. J’ai entendu l’avis d’un député qui disait: (Il lit l’avis sur le travail du Ministre de Travail des Etats-Unis, Madame Perkins). Effectivement, il est très probable que Madame Perkins ait réussi, grâce à son intelligence, à augmenter les salaires des ouvriers, mais ce n’est pas parce qu’elle a réussi cela aux États-Unis, que nous allons donner le vote à tous les éléments féminins formés ou non formés dans le pays. L’on disait aussi que la fille du Commissaire de la Russie, Molotoff, s’était distinguée en tant que parachutiste…

H. Tovar.- Les expressions que j’aurais soi-disant exprimées à la Commission Législative, ne sont pas les miennes Monsieur le député…

H. Président.- On est priés de ne pas interrompre.

H. Fernández.- Je ne parle pas de vous, Monsieur le député, mais d’un autre Représentant. On a dit que la fille de Molotoff s’était distinguée comme une grande parachutiste. Je ne crois pas que cela soit un motif prématuré pour que l’on accorde le vote aux femmes de la Bolivie, qui ne sont pas des parachutistes. (Rires dans les tribunes et à la barre.) Madame Chanh Kai Shek était une dame aux grandes capacités intellectuelles, en Chine. » [28]

Les arguments visant à démontrer que le nombre de femmes éduquées et cultivées qui mériteraient le droit de vote en Bolivie était infime allaient dans le même sens: prouver que la Bolivie ne se trouvait pas dans les mêmes conditions que les autres pays. Finot exprima ainsi cet argument:

« Des intellectuelles parmi les femmes boliviennes, nous en avons ten grandes quantités, elles ont permis de mesurer la valeur intellectuelle de la femme : on peut citer les héroïnes de la Coronilla (voir annexe n°35), Juana Azurduy de Padilla (voir annexe n°36), Adela Zamudio (voir annexe n°28), plusieurs poétesses actuelles et d’autres intellectuelles de grande envergure qui nous prouvent la valeur intellectuelle de la femme ; cependant, Messieurs les députés, il s’agit d’une minorité restreinte de femmes. En Bolivie, le pourcentage de femmes qui possède les capacités de ces dames distinguées que je me permets de nommer, Messieurs les députés, ne dépasse pas un pour mille. »[29]

Le député Lazo de la Vega tenta de démontrer le même phénomène:

« Que la femme participe à l’organisation des pouvoirs publics est louable ; mais du point de vue de la réalité bolivienne, nous devons considérer un fait qui peut passer inaperçu pour les députés ; la femme bolivienne n’a pas atteint une culture convenable, en ce qui concerne la densité même de la population féminine bolivienne, c’est-à-dire que la femme bolivienne instruite, qui a reçu une instruction primaire n’atteint qu’un degré infime de la population. De cette sorte, si on lui accordait largement ce droit, sans considérer la lenteur des choses en Bolivie, je crois que nous commettrions une erreur qui serait plus tard critiquée. Le législateur, pour les minorités infimes, s’écarte des postulats du Droit Public. Les législateurs doivent toujours être dans le cadre de la généralité, et la généralité de la femme bolivienne ne peut pas être considérée pour un vote d’une telle étendue. »[30]

Le manque de références au mouvement féministe tant dans les débats de 1938 que dans ceux de 1945 est notable. Dans la Convention de 1938, le mouvement féministe de Bolivie fut mentionné une seule fois, tandis que dans la Convention de 1945 il ne fut pas mentionné du tout. En 1938, certaines organisations envoyèrent des messages aux représentants et des articles furent publiés dans la presse, et l’on fit des communications à la radio. Cependant, soit parce que ces actions n’eurent pas assez d’impact, soit parce qu’elles ne furent pas aussi importantes, la plupart des parlementaires ne les mentionnèrent pas. En 1945, il semblerait que les manifestations du mouvement féministe aient été très modestes, ce qui expliquerait qu’elles ne sont pas mentionnées du tout. Dans tous les cas, l’on peut affirmer que le moment où le mouvement féministe fut le plus actif, fut entre 1934 et 1936, avec la campagne féministe de 1934 et la création de la Légion Féminine et de l’UMA en 1935. On n’a pas trouvé d’informations sur les actions de ces deux dernières organisations en 1938 ; à ce moment le mouvement féministe aurait amorcé un certain déclin qui aurait été accentué au début des années 1940.

Malgré qu’un grand nombre de députés, dans l’Assemblée de 1945, aient voulu élargir la formule proposée aux élections nationales, la manière de procéder pour le vote ne le permettait pas. En effet, un premier vote fut organisé pour accepter ou refuser la proposition de la commission législative, sachant qu’on pouvait ensuite la modifier dans le détail en votant pour les projets de modification proposés par les parlementaires. Si la proposition était refusée, le vote ne serait pas octroyé aux femmes. Au premier vote, sur 74 voix, 58 étaient en faveur du suffrage féminin et 16 contre. Ainsi proposée, on ne pouvait plus modifier la formule dans ces principes essentiels, c’est-à-dire que l’on ne pouvait pas proposer que le vote soit accordé aux femmes pour les élections nationales, car, d’après le président de l’Assemblée, on aurait modifié le principe essentiel de la formule qui avait déjà été approuvé. Il s’agissait donc de voter pour les projets qui modifiaient uniquement les conditions requises par les femmes pour voter. Le projet qui fut finalement approuvé accordait le droit de vote (avec la possibilité d’élire et d’être élue) aux femmes qui savaient lire et écrire dans le cadre des élections municipales. Sur un total de 73 voix, 43 se prononcèrent en faveur de ce projet de modification et 30 contre. Il est probable que l’augmentation du nombre de députés qui votèrent contre le projet soit due au fait que plusieurs députés s’opposaient à la restriction faite aux élections municipales.

Ainsi, les femmes qui savaient lire et écrire obtinrent un droit de suffrage qui se limitait aux élections municipales. L’occasion d’exercer ce droit pour la première fois se présenta dans les années 1947 et 1949.

B) La première participation électorale des femmes: les élections municipales de 1947 et 1949

Le contexte dans lequel les femmes exercèrent leur droit de vote pour la première fois n’était pas du tout le même que celui dans lequel elles l’avaient obtenu. En effet, la fin du gouvernement de Gualberto Villarroel, en 1946, fut assez tragique. Plusieurs évènements contribuèrent à cette fin. Des actes de violence furent commis contre les membres de la « rosca » (membres de l’oligarchie qui soutenaient les « barons de l’étain »). Ainsi, par exemple, Mauricio Hoschild, un des barons de l’étain, fut séquestré par les membres de la RADEPA et libéré avec beaucoup de difficultés sous l’intervention directe du Président. Une conspiration dirigée par Ovidio Quiroga contre le gouvernement eut lieu en novembre 1944 à Cochabamba et Oruro. Une fois cette conspiration réprimée, 10 rebelles furent tués. Quatre d’entre eux furent assassinés dans des conditions atroces: Luis Calvo, Félix Capriles, Rubén Terrazas et Carlos Salinas Aramayo furent criblés de balles et puis poussés dans le vide à Chuspipata, dans le chemin entre Los Yungas et La Paz. L’impact de cette violence fut considérable surtout dans les secteurs des classes moyennes et élevées de la société. Cet événement marqua le début de la fin du gouvernement de Villarroel.

Des manifestations contre le gouvernement se réalisèrent vers juillet 1946, en s’appuyant sur les revendications des salaires des cheminots, des constructeurs et surtout des professeurs et des étudiants universitaires. Pendant ces journées, María Teresa Solari Ormachea (voir annexe n°29) présidente de l’Union Civique Féminine Bolivienne (« Unión Cívica Femenina Boliviana »)[31], effectua un intense travail d’agitation des masses dans la rue, avec d’autres femmes réunies dans le Front Démocratique Antifasciste (« Frente Democrático Antifascista »). Le 15 juillet, professeurs et étudiants déclarèrent la grève générale. Le 20 juillet, Gualberto Villarroel nomma un cabinet militaire et retira les membres du MNR de son gouvernement. Le 21 juillet, la foule d’agitateurs et de manifestants contre le gouvernement prit la Plaza Murillo. À midi, Gualberto Villarroel signa sa démission mais cela n’était pas suffisant. Un groupe d’activistes attaqua le Palais du Gouvernement et assassina le Président, ainsi que ses collaborateurs les plus proches. Le cadavre de Villarroel fut lancé d’un balcon sur la place et puis accroché à un réverbère au milieu d’une foule enflammée qui s’attaqua au corps.

Après quelques heures de confusion, une junte civile fut créée et dirigée par le président de la Cour Suprême de La Paz, Tomás Monje.

Des élections eurent lieu en janvier 1947. Enrique Hertzog, candidat au « Partido de la Unión Republicana Socialista » (« PURS ») fut élu Président de justesse et dans des circonstances de discrédit, car très peu d’électeurs participèrent à ces élections. Son élection représentait un retour des partis traditionnels, et ce fut leur dernière tentative pour s’imposer au pouvoir avant la révolution de 1952[32]. Cette période de retour des partis traditionnels et d’essai de restauration du pouvoir oligarchique, entre 1947 et 1952 fut appelée, le « Sexenio », et ce fut dans ce contexte que les premières élections municipales, auxquelles participèrent les femmes, eurent lieu.

Les informations dont on dispose sur les organisations féministes de cette époque sont malheureusement très peu nombreuses. L’on connaît l’existence du Comité Féministe Démocratique (« Comité Feminista Democrático ») dont les secrétaires étaient María Luisa Sánchez Bustamante de Urioste (voir annexe n°10), Carmen I. v. de Bedregal, Mercedes de Nardín Rivas, Rosa Santa Cruz de Cartesegna, Ana María Calvo de Etchenique. Ce Comité se réunit en Assemblée le 19 août 1946 afin d’unifier ses objectifs par rapport au droit de vote des femmes. Il se prononça pour l’obtention des droits civils des femmes et des droits politiques sans restrictions pour les femmes qui savaient lire et écrire. Il fut décidé qu’une Convention Nationale de femmes devait se réunir à la fin de l’année. Le Comité se déclara également contre l’« apolitisme » et confirma son union avec le Front Démocratique Antifasciste pour combattre les « fascistes » « totalitaires » qui restaient dans le pays après la « révolution libératrice » du 21 juillet 1946[33]. Les membres du Comité étaient donc des claires opposantes au gouvernement de Villarroel et avaient sûrement participé à sa chute avec le Front Démocratique Antifasciste de femmes. L’« apolitisme » dont elles parlent est une claire référence aux hommes politiques qui se déclaraient « apolitiques », et qui étaient suspectés de faire partie du MNR et de la RADEPA.

L’autre organisation féministe active à cette époque était l’Association Interaméricaine de Femmes (« Asociación Interamericana de Mujeres »). Elle fut fondée par Etelvina Villanueva (voir annexe n°43) en 1945 ; il s’agissait d’une organisation similaire à la Légion Féminine tant par ses objectifs que par sa structure internationale. Un programme d’objectifs fut présenté aux candidats pour les élections présidentielles de janvier 1947. Ces objectifs étaient, entre autres: droits civils et politiques pour les femmes sans restrictions, égalité des salaires entre hommes et femmes, aide à la femme travailleuse, aide à la mère célibataire, création de crèches pour les femmes travailleuses, défense juridique et sociale des enfants illégitimes, reconnaissance des droits de l’enfant, enquêtes de paternité, droit de la maternité, lutte contre l’alcool et les vices, réunions annuelles de féministes et des syndicats féminins, protection des mères et des enfants, assistance aux femmes paysannes et travailleuses des mines, interdiction du travail nocturne ou exigeant un grand effort physique, sécurité sociale obligatoire, législation juridique et sociale pour la femme travailleuse, création d’écoles techniques et d’écoles nocturnes pour les femmes, création d’universités populaires, formation professionnelle pour les femmes de ménage, développement de la culture, etc[34]. Elvira Delgado Mantilla de Bedregal (voir annexe n°52) appartenait à cette organisation. Comme son prédécesseur, la Légion Féminine des années 1930, l’Association Interaméricaine de Femmes insistait sur les droits sociaux des travailleuses et la protection des femmes et des enfants. Malheureusement, on ne possède pas d’autres informations sur cette association. Le Comité Féministe Démocratique et l’Association Interaméricaine de Femmes se déclaraient pour l’obtention du suffrage féminin sans restrictions, c’est-à-dire pour la participation des femmes aux élections nationales et pas seulement municipales. Le premier, qui semble avoir été composé surtout de femmes issues des classes élevées de la société, insistait sur l’obtention des droits civils et politiques sans restrictions et sur l’opposition contre les membres du gouvernement de Villarroel ; le second avait des objectifs beaucoup plus larges qui prenaient en compte les revendications sociales pour les femmes des classes populaires et la protection des enfants. Dans le programme du gouvernement de Hertzog, le suffrage féminin sans restrictions apparaissait comme une mesure convenable qui devait être mise en place. Cependant, le moment où le suffrage féminin allait être mis en place n’était pas précisé et les modalités le concernant n’étaient pas claires.

À l’approche des élections municipales, fin 1947, les femmes appartenant à ces organisations et d’autres s’organisèrent pour préparer leur première participation électorale.

a) La préparation pour les comices[35]

Les élections municipales auxquelles les femmes participèrent pour la première fois eurent lieu en décembre 1947 et 1949.

Les élections de 1947 furent très importantes historiquement pour deux raisons: l’élection démocratique de gouvernements municipaux après 15 ans d’interruption et la participation des femmes en tant qu’électrices, éligibles et membres des jurys électoraux.

L’histoire municipale en Bolivie est marquée par l’instabilité, les changements dans le pouvoir des municipalités et par les modes d’élection de leurs membres. Cette histoire est due à une tension permanente entre des processus de décentralisation et de centralisation. À partir du 19e siècle jusqu’aux gouvernements militaires de Toro et Busch, les conseillers municipaux et les maires exerçaient des charges ad honorem, c’est-à-dire sans aucune rétribution monétaire. Les membres des municipalités étaient élus par leur prestige et leur honorabilité au sein de la communauté. Le gouvernement de Toro réalisa des réformes importantes. D’après celles-ci, le maire devait recevoir un salaire et être élu par un Collège Électoral. Le Conseil municipal devait être composé de membres des Chambres d’Industrie, de la Fédération Ouvrière, des collèges professionnels, et de la Ligue de propriétaires. Les responsabilités concernant la santé publique et l’éducation ne dépendaient plus des municipalités mais de l’administration centrale. Dans la Convention de 1938 furent introduites d’autres réformes, appliquées en 1942 avec la promulgation de la Loi organique des municipalités, qui établissait que l’élection des conseillers municipaux devait se faire à travers des listes incomplètes, et que le maire devait être élu par le Président de la République. En 1945, cette modalité fut modifiée: le maire devait désormais être choisi par le Conseil municipal parmi trois personnes désignées. Le Président devait accepter cette élection. Le gouvernement d’Enrique Hertzog maintint ce schéma électoral mais le maire devait désormais être élu par le Conseil Municipal pour une période de deux ans et les conseillers municipaux par suffrage populaire, ce qui instaurait l’autonomie municipale, car, depuis 15 ans, les conseillers municipaux étaient élus par le Pouvoir Éxécutif.

Les élections de 1947 se réalisèrent dans un climat de crise politique où l’image du gouvernement avait été fortement détériorée. Il s’agissait alors pour ce dernier, de tourner à son avantage cette participation démocratique mais aussi de mesurer le vrai poids des partis politiques opposants.

La présence de femmes aux élections provoqua beaucoup d’expectatives au sein de la société. Certains considéraient que les connaissances pratiques des femmes dans le domaine du foyer leur seraient utiles dans les municipalités qui étaient vues comme une « grande maison » où l’hygiène, l’ordre et la bonne administration étaient primordiaux. Comme l’affirme Marcela Revollo Quiroga: « En cuanto a la administración comunal, significaba incorporar en ella la intuición y la experiencia cotidiana femenina, bajo el criterio de que las mujeres eran más aptas para resolver las necesidades domésticas de la población… »[36] L’on considérait également que les femmes serviraient d’élément modérateur des élections qui étaient le plus souvent marquées par la violence et la corruption. La présence des femmes permettrait ainsi d’éviter les vices électoraux, « humanisant » et « moralisant » les pratiques électorales. En outre, les femmes devaient faire preuve de leurs capacités et de leur responsabilité dans ces élections car, comme on l’a vu, les députés de 1945 leur avaient accordé le droit de vote comme un « test ». Elles devaient donc passer cette épreuve en démontrant qu’elles étaient bien préparées à participer aux comices.

Les élections municipales auraient dû avoir lieu avant décembre 1947, mais elles furent réportées jusqu’en décembre, car le Parlement n’avait pas encore validé les réformes constitutionnelles de 1945 ; cela provoqua un retard quant aux inscriptions des femmes dans les registres civiques[37]. Ces derniers furent ouverts exclusivement pour elles en octobre 1947[38]. D’après le décret du 3 octobre de cette année, les femmes voteraient dans les mêmes conditions que les hommes. Pour ce faire, elles devaient remplis les conditions suivantes: être Boliviennes par naissance ou par naturalisation, avoir 21 ans si célibataires et 18 ans si mariées, et savoir lire et écrire en castillan. Au lieu d’apporter le bulletin de Service Militaire qu’était demandé aux hommes pour l’inscription, les femmes devaient apporter leur carte d’identité[39].

Les conseils municipaux devaient être élus par suffrage populaire selon un système de listes incomplètes. Les électeurs devaient voter pour 8 candidats dans les capitales de département, 4 dans les capitales de province, et 2 dans les sections municipales. D’après le système des listes incomplètes, une partie des conseils municipaux était élue par majorité et l’autre par minorité. Ainsi, par exemple, les membres d’un Conseil municipal de capitale de département étaient de 12. L’on votait uniquement pour 8 personnes et les 4 restants étaient les candidats qui suivaient les 8 premiers. Dans les capitales de province, la minorité était composée de deux membres, et dans les sections municipales, d’un seul membre[40].

Suite à la convocation électorale, plusieurs organisations féminines furent réorganisées et créées pour participer aux élections avec les partis politiques.

Trois types de candidature étaient acceptés aux élections de 1947 et 1949: celles qui appartenaient à un parti politique, les « populaires » qui avaient le soutien de juntes de voisinage, de syndicats et d’associations professionnelles, et les candidatures proprement féminines qui avaient le soutien des institutions féminines. Cependant, ces deux dernières candidatures finirent par réaliser des alliances avec les partis ; aucune organisation féminine ne participa de manière indépendante.

Les organisations féminines qui participèrent aux élections furent diverses: ainsi l’on compta associations anciennes comme l’Athénée Féminin, des organisations catholiques comme l’Association Chrétienne Féminine, et de nouvelles organisations comme l’Association Féminine Bolivienne (« Asociación Femenina Boliviana »)[41], l’Union Civique Féminine Bolivienne, l’Union Féminine Universitaire (« Unión Femenina Universitaria ») de La Paz, et l’Action Catholique de Femmes parmi les plus actives. Les trois dernières organisations étaient les plus conservatrices et soutenaient ouvertement le gouvernement. Elles cherchèrent à convoquer les femmes, proposèrent des candidates et réalisèrent des conférences dans lesquelles elles essayèrent de concilier leur « mission sacrée » de mères avec leur participation politique.

Lorsque les candidatures furent décidées, les femmes appartenant aux institutions et aux partis politiques réalisèrent une intense campagne électorale, en insistant énormément sur l’inscription des femmes dans les registres civiques ; à cet égard la police dut étendre l’octroi des cartes d’identité pour les femmes en province[42]. Cochabamba fut la ville où les campagnes électorales des femmes furent les plus actives.

Parmi les femmes s’étant portées candidates à La Paz, en 1947, l’on peut citer María Luisa Sánchez Bustamante de Urioste (voir annexe n°10) et Matilde Carmona Rodo de Busch (voir annexe n°8), toutes deux appartenant à « La Candidatura del Pueblo » à laquelle participèrent plusieurs candidats sans affiliation politique et d’autres appartenant au PIR (« Partido de Izquierda Revolucionaria »), raison pour laquelle le PIR soutenait ces candidatures. Elodia Ballivián de Ligerón (voir annexe n°12) se présenta comme candidate du « PURS ». Natty de Guillén Pinto (voir annexe n°67) se présenta en tant que candidate de la « Federación de las Juntas Vecinales ».

Pour exercer leurs fonctions politiques, les candidates dans leurs discours avant les élections, mettaient en avant leur rôle maternel.

Ainsi par exemple, María Luisa Sánchez Bustamante de Urioste affirma:

« Je crois que la maternité est le symbole le plus élevé de la femme, raison pour laquelle nous devons toutes nous consacrer à materner les enfants du peuple. »[43]

L’importance de la participation des femmes aux élections à venir fut exprimée par María Angélica Panozo de Videa (voir annexe n°65) qui réalisa une conférence intitulée « L’évolution de la femme dans le champ intellectuel » à l’Université Mayor de San Andrés à La Paz, en octobre 1947, dans laquelle elle déclara:

« La femme doit intervenir dans les activités civiques, elle doit s’efforcer de donner plus de solidité aux institutions de la patrie: à éclaircir les procédés électoraux, à affirmer la paix sociale et de cette manière la paix des nations. »[44]

D’autre part, Natty Guillén Pinto annonça son programme de travail ainsi:

« Je travaillerai intensément pour la culture du peuple et pour le bien-être, pour l’hygiène des quartiers habités par les ouvriers, pour la baisse du coût de la vie et pour l’anoblissement de l’intervention de la femme bolivienne dans la politique active. »[45]

La participation aux élections était également considérée comme un devoir patriotique pour certaines femmes. Alicia D’Arlach de Blanco Galindo (voir annexe n°70) de Cochabamba annonça dans ce sens:

« J’ai accepté d’intervenir dans cette campagne malgré mes multiples occupations, car je considère que si la loi a donné le droit de vote à la femme, celle-ci a le devoir de répondre de manière très étendue et patriotique. »[46]

Isabel Ugarte de Morató (voir annexe n°69) candidate à Cochabamba exprima également la même idée:

« J’ai accepté ma candidature avec un large esprit patriotique, car je considère que toute personne a le devoir de servir son pays de manière ample et résolue. »[47]

En ce qui concerne les élections municipales de 1949, la présence d’organisations féminines fut moins importante qu’en 1947. Par contre, les sections féminines créées au sein des partis prirent de l’importance. L’intégration des femmes aux partis politiques s’était renforcée à la fin des années 1940, tandis que le rôle des organisations féminines et féministes s’atténuait.

Une preuve de l’importance et de l’autonomie prise par les sections féminines des partis politiques est illustrée dans le cas du « Control Femenino » du « PURS » et du « Centro Liberal Femenino » de Cochabamba qui décidèrent de continuer leur alliance politique malgré que les partis auxquels elles appartenaient aient rompu leur pacte:

« Étant donné que les secteurs masculins de ces deux partis ont rompu le pacte pour participer ensemble aux élections, l’on a cru qu’il en était de même pour les fractions féminines, mais aussi étrange que cela puisse paraître, et d’une manière qui honore la femme de Cochabamba et qui donne une leçon d’honneur à tous les hommes politiques, Madame Fidelia Corral Zambrana de Sánchez (voir annexe n°22) a affirmé que le pacte se maintenait comme prévu car les descendantes des héroïnes de la Coronilla (voir annexe n°35) l’ont signé. »[48]

Les sections féminines des partis politiques commencèrent à jouer un rôle important dans la revendication des droits politiques des femmes, rôle qui auparavant était uniquement détenu par les organisations féministes. Ainsi, la section féminine du « PURS » demanda l’octroi des droits politiques dans les mêmes conditions que pour les hommes, dans la deuxième Convention du parti en novembre 1949[49].

La préparation des élections municipales de 1947 et 1949 permit l’intégration des femmes dans les divers partis politiques avec la création de sections féminines dont les objectifs étaient élargis car il ne s’agissait plus seulement de proposer des candidates pour les élections municipales mais de revendiquer des droits en tant que femmes, comme les droits politiques sans restrictions. La création de ces sections féminines permit à certaines candidates d’être pour la première fois élues à une charge politique dans le pays.

b) La participation des femmes aux élections municipales et la réception de cet événement par la société

Les élections de 1947 eurent lieu le 14 décembre 1947 et celles de 1949 le 27 décembre 1949. Les deux élections furent marquées par une grande indifférence de la part des électeurs, car une grande partie d’entre eux ne votèrent pas. Ces élections furent aussi marquées par la « tranquillité » de l’environnement, car il ne se produit quasiment aucun acte de violence. Aux les élections de 1947, environ 60% des inscrits s’abstinrent de voter[50]. En 1949, l’abstention fut encore plus importante, car seulement 10% des habitants en âge et en condition de voter s’étaient inscrits pour voter, c’est-à-dire 29.665 hommes et femmes.[51] Cette abstention fut plus importante chez les femmes dans les deux élections (voir tableau B). Les raisons de l’abstention générale étaient liées au contexte politique de plus en plus tendu, où les gouvernements de Hertzog (en 1947) et de Mamerto Urriolagoitia (en 1949), et l’État oligarchique en général, se trouvaient en pleine crise politique.

L’abstention des femmes s’explique par des raisons subjectives et objectives. Comme on le verra plus loin, une grande partie des femmes considéraient qu’elles n’étaient pas préparées pour voter et qu’elles ne devaient pas participer à la vie politique car leur véritable place était au sein du foyer. Il est probable que par ces considérations, plusieurs femmes ne se soient pas inscrites pour voter. D’autre part, les femmes avaient reçu pour la première fois leur carte d’identité, en 1945, mais en 1947 une grande partie d’entre elles, surtout provinciales, ne la possédaient pas encore, ce qui les empêchait de s’inscrire au registre civique et par conséquent, de participer aux élections. À Potosí, le nombre de femmes inscrites pour voter passe de 420 en 1947 à 1500 en 1949. Il est probable que cette explosion soit due à l’extension de l’octroi des cartes d’identités en province pour l’année 1949. La ville où la participation des femmes fut la plus importante en 1947 fut Cochabamba. Sur le nombre total d’inscrits, 22% étaient des femmes[52].

Les hommes et les femmes votaient dans des enceintes et des urnes séparées. Les élections nationales et municipales du pays étaient presque toujours marquées par le désordre et la confusion par rapport à l’emplacement des bureaux de vote. Cet aspect s’aggrava avec l’extension du vote aux femmes et l’installation d’enceintes séparées, raison pour laquelle ce désordre affecta surtout les enceintes féminines. Les journaux publièrent les plaintes de plusieurs femmes de La Paz, Trinidad, Santa Cruz, et Potosí, qui durent se déplacer à plusieurs reprises pour chercher leur bureau de vote, et une grande partie d’entre elles ne purent pas voter car elles ne trouvèrent jamais le bureau en question. Parfois les enceintes électorales des femmes fermaient avant l’heure prévue, ouvraient plus tard que prévu, ou simplement n’étaient jamais ouvertes car les membres du jury ne s’étaient pas présentés. Face à cette désorganisation, en 1949, Rosa Nava de Mendoza López, élue conseillère municipale pour le « PURS » à La Paz, décida de renoncer à sa charge en signe de protestation puisqu’une grande partie des femmes n’avait pas pu voter. En mettant en avant les droits des femmes, elle demanda que des élections complémentaires soient mises en place pour que les femmes qui n’avaient pas pu voter puissent le faire[53]. Ces circonstances contribuèrent à réduire le nombre de femmes votantes.

Malgré ces adversités concernant le vote des femmes, des conseillères municipales furent élues dans certaines villes, plusieurs d’entre elles étaient des membres féministes que l’on a déjà citées.

Le nombre de femmes candidates s’était considérablement réduit en 1949, puisque seulement 13 candidates se présentèrent aux élections, tandis qu’en 1947, ce furent 24 candidates. Pourtant, le nombre de conseillères municipales élues fut un peu plus élevé en 1949: 9 en 1949 ; 8 en 1947. Ceci pourrait s’expliquer par le fait qu’après la première expérience réalisée en 1947, la société était peut-être plus disposée à voter pour des femmes en 1949. À l’exception du POR, aucun parti de gauche (PIR et MNR) ne se présenta aux élections de 1949. La répression contre le MNR (dont les dirigeants étaient en exil depuis 1946) s’était renforcée avec la « guerre civile » d’août 1949 dont on parlera un peu plus tard.

Le nombre de femmes candidates et élues est assez réduit pour les deux années. Le pourcentage de femmes élues était de 7% et de 8% respectivement pour les années 1947 et 1949 sur un total de 108 conseillers municipaux. Cependant, ces chiffres paraissent tout à fait normaux pour des premières élections auxquelles les femmes participèrent et furent élues pour la première fois à des postes politiques.

Mais quelle fut l’opinion de la société par rapport à cette première participation des femmes en politique ?

Dans tous les journaux, le bilan de la participation féminine apparut comme très positif. L’acte de participation des femmes était considéré comme responsable, voire exemplaire. Ainsi, un article de La Razón du 15 décembre 1947 était intitulé « Les femmes ont donné un exemple de maturité civique et politique ». L’environnement « tranquille » dans lequel se déroulèrent les élections a été expliqué par la présence des femmes, face à qui les agitateurs n’osèrent pas faire de démonstrations de violence. C’est ce qu’exprime un article de La Razón:

« Le rôle des femmes :

(…) D’autre part, leur conduite a permis aux élections d’hier d’atteindre la hiérarchie en raison de l’absence absolue d’incidents contraires à la démocratie. »[54]

Les femmes semblaient donc avoir passé de manière satisfaisante l’épreuve envisagée par les députés de 1945 qui leur octroyèrent le droit de vote pour les élections municipales. Cependant, si plusieurs hommes considéraient désormais que les femmes pouvaient et devaient participer à la vie politique, plusieurs femmes n’étaient pas du même avis. En effet, certaines furent interviewées avant et pendant les élections. À la question « Que pensez-vous de la participation des femmes dans les élections municipales ? », une grande partie d’entre elles répondirent qu’elles n’étaient pas d’accord et qu’elles considéraient que les femmes n’étaient pas encore prêtes à voter, ou qu’elles ne devaient pas participer à la vie politique car leur véritable place était au sein du foyer. L’épouse de l’ex-président Monje Gutierrez, Raquel Soria Galvarro, donna son avis:

« Je pense que la femme ne doit pas encore intervenir dans les activités politiques. Pour cela, il est indispensable que sa préparation soit plus consistante et vigoureuse afin de stimuler avec efficacité positive les problèmes difficiles auxquels qu’elle doit affronter. L’improvisation dans les aspects politiques a en effet des résultats déplorables. »[55]

L’épouse de l’ex président de la junte du gouvernement Nestor Guillén, Raquel Riveros, considérait que la politique était un domaine exclusivement dévolu aux hommes et que les femmes y perdaient leur « féminité »:

« Je ne suis pas d’accord avec le fait que la femme participe à un acte électoral de ce type. La femme ne doit pas participer à ces luttes qui correspondent seulement aux hommes. La femme doit se maintenir à un niveau élevé et serein. La politique fait perdre à la femme sa vertu la plus excellente: la féminité. »[56]

L’épouse du chef de l’État Major, Betty de Terrazas, considérait que les femmes ne devaient pas participer directement à la vie politique, mais qu’elles devaient le faire à travers le foyer:

« Je ne suis pas d’accord avec le fait que la femme intervienne en votant ni en agissant directement dans les luttes politiques. Mais je considère que depuis le foyer, depuis ce bastion sacré de spiritualité matrimoniale, la femme est et peut continuer à être la noble conductrice qui oriente l’activité publique: c’est-à-dire être comme une belle fleur qui répand son arôme pour parfumer l’environnement politique et l’adoucir. »[57]

D’autres femmes furent interviewées lorsqu’elles se trouvaient dans les enceintes électorales pour voter. L’une d’entre elles, Frida Claussen s’exprima ainsi:

« Je crois que la femme ne doit pas encore intervenir dans des actes politiques de ce type. À mon avis, la femme doit rester à la maison et se consacrer entièrement à son foyer. »[58]

Une autre femme interviewée à cette occasion, Yolanda S. de Llanos déclara n’avoir voté pour aucune candidate car les femmes n’étaient pas préparées pour participer à la chose publique. Elle avoua avoir voté aux élections par « invitation » de son époux:

« Je n’ai voté pour aucune des candidates car je crois que la femme ne peut pas encore répondre aux délicates fonctions permettant de diriger la chose publique. Les femmes à la cuisine ! Voilà ma devise, même si j’ai dû voter, gentiment invitée par mon époux. »[59]

D’autres femmes exprimèrent un certain enthousiasme pour la participation des femmes aux élections mais étaient du même avis que celles qui s’opposaient, en considérant que les femmes n’étaient pas encore prêtes à diriger les affaires politiques.

C’est le cas de Frida S. de Villanueva qui affirma:

« Je suis touchée et contente car une grande partie des citoyennes ont participé à ces comices qui se sont déroulés normalement. Que la femme puisse aussi intervenir dans l’élection pour les dirigeants des fonctions publiques me touche beaucoup ; cependant, je n’ai voté pour aucune femme car je pense que nous n’avons pas encore les compétences suffisantes pour diriger ces fonctions. »[60]

Cependant, à part celles qui se sont portées candidates et qui appartenaient aux organisations féministes, d’autres femmes estimaient que la femme avait un rôle à jouer en politique et qu’elle était tout à fait capable de diriger les affaires publiques. Quelques interviewées déclarèrent combien cette participation était importante, car la femme pouvait apporter sa contribution à la politique et au pays de diverses façons. Ainsi, la sœur du président Hertzog jugeait que les femmes « humaniseraient » les élections:

« Je pense qu’avec l’intervention de la femme dans ces élections, celles-ci atteindront une expression d’élévation exceptionnelle et je considère aussi que leur réalité sera humanisée. »[61]

María Teresa Solari Ormachea (voir annexe n°29) se montra favorable au suffrage féminin et à la fonction de maire exercée par une femme:

— «  Pensez-vous qu’il est prudent qu’une femme occupe la mairie durant l’année du centenaire, c’est-à-dire en 1948 ?

— Je crois que les femmes comme les hommes peuvent exercer correctement la plus haute charge municipale. Il est uniquement nécessaire d’avoir un esprit plus civique que politique pour y parvenir. Le futur Maire doit, avant tout, défendre les intérêts du peuple.

— Croyez-vous que la femme est préparée pour la lutte politique ?

— Oui. Et avec cet acte je crois que le droit politique de la femme s’est consolidé.

— Voulez-vous ajouter un message personnel ?

— Au nom de l’Union Civique Féminine, je félicite l’élément féminin qui, avec beaucoup d’enthousiasme, affronte sa fonction patriotique d’élire des représentants pour la Commune. »[62]

Ces témoignages nous montrent à quel point les femmes issues des classes moyennes et élevées, quasiment les seules à voter en raison des conditions exigées, émettaient des avis très différents sur le rôle qu’elles devaient jouer dans la société. Une grande partie d’entre elles considéraient que les femmes ne méritaient pas ce droit qu’elles exerçaient, et si quelques-unes pensaient le contraire, elles estimaient que les femmes n’étaient pas suffisamment préparées et formées pour exercer des charges publiques. Ainsi, plusieurs d’entre elles refusèrent de voter pour une femme. Celles qui considéraient que le vote était véritablement un droit et que la femme devait participer en politique appartenaient, pour la plupart, à des organisations féminines ou féministes telles que l’Athénée Féminin qui luttait pour l’obtention du droit de vote depuis les années 1920, et à d’autres organisations culturelles, sociales ou civiques, même si l’on ne connaît pas les avis de tous les membres de ces organisations concernant la question ; mais leur participation aux campagnes électorales nous laisse toutefois supposer qu’elles acceptaient ce droit comme un droit légitime.

La deuxième moitié de la décennie des années 1940 permit aux femmes d’intégrer les partis politiques non seulement pour présenter des candidates aux élections municipales de 1947 et 1949, mais aussi par conviction politique et pour soutenir les membres de leurs familles qui se trouvaient dans l’opposition. Ce fut le cas des femmes qui s’intégrèrent au MNR, après que celui-ci fut chassé du pouvoir et banni en 1946, avec la chute de Villarroel.

c) Les femmes du MNR, la Révolution et le suffrage universel

Le gouvernement de Hertzog se déroula dans un climat de tensions et de grands mécontentements politiques et sociaux, éléments révélateurs de la crise du régime oligarchique qui vivait les derniers instants de son existence. Hertzog dut affronter une crise économique qui provoqua une inflation importante contribuant au mécontentement social et politique. Le gouvernement dut affronter sans cesse les mineurs et les ouvriers ainsi qu’une conspiration presque constante des membres du MNR qui travaillaient dans la clandestinité pour renverser le gouvernement. En 1949, le MNR triompha aux élections parlementaires ce qui provoqua une crise au sein du gouvernement. Arguant qu’il souffrait de problèmes de santé, Enrique Hertzog renonça à la présidence du pays en mai 1949, même s’il le fit officiellement le 22 octobre 1949. Mamerto Urriolagoitia, son vice-président devint ainsi président intérimaire en mai 1949, et président constitutionnel en octobre de la même année.

En mai 1949, à l’issue d’une grève générale, un conflit eut lieu dans les mines « Siglo 20 » de Simón I. Patiño, (le plus important « baron de l’étain »). Urriolagoitia décida d’arrêter les principaux dirigeants. En représailles les mineurs prirent en otage deux employés étrangers de la mine et les éliminèrent. Le gouvernement demanda alors aux militaires d’intervenir et plusieurs mineurs furent tués dans ce qui fut nommé plus tard le « Massacre de Siglo 20 ». C’était le prélude de la rébellion.

Le 27 août 1949, un soulèvement dirigé par le MNR eut lieu dans quatre villes du pays. Un gouvernement parallèle fut créé et l’on proclama Victor Paz Estenssoro président du pays. Urriolagoitia envoya l’armée qui reprit les villes de Cochabamba et de Santa Cruz où se trouvait le principal foyer rebelle. Le 14 septembre, le gouvernement reprit le contrôle de tout le territoire. Ce soulèvement, qui était une sorte de préliminaire à la révolution de 1952, fut appelé la « Guerre Civile » de 1949.

Le 18 mai 1950, la convocation à une grève générale provoqua des émeutes populaires, surtout dans les quartiers ouvriers du Nord de La Paz, sous la direction du MNR. L’armée attaqua la zone de « Villa Victoria » avec plusieurs régiments tuant plusieurs ouvriers et manifestants[63].

Pendant toute cette période du « Sexenio », le MNR, fonctionnant dans la clandestinité, acquit une force jamais connue auparavant car il réussit à convoquer et à organiser un mouvement national composé de secteurs très divers de la société dont les classes moyennes, les ouvriers, les mineurs, les paysans, mais aussi les femmes qui s’intégrèrent au parti et contribuèrent à toutes les actions de celui-ci durant cette période.

a) Les « Barzolas »: commandos féminins du MNR[64]

Durant ses premières années, le MNR ne fit pas appel aux femmes comme des acteurs de transformation de la société. Cependant, après la chute de Villarroel, il entra dans un mode de fonctionnement différent, car il devait endurer la persécution et la répression du gouvernement. Il était donc impossible pour les militants du parti de lutter ouvertement. Dans ce contexte, le parti fit appel à la solidarité et à la participation des femmes en tant que mères, épouses et filles des victimes de la « révolution » du 21 juillet 1946 et des persécutions politiques qui s’ensuivirent. Celles-ci jouèrent ainsi un rôle important dans l’organisation des actions clandestines du parti pendant le « Sexenio ».

L’entrée des premières femmes dans le parti fut assez spontanée ; en effet, comme le remarque María Isabel Arauco, la plupart de ces femmes étaient des membres de la famille des militants et dirigeants du parti: « … es posible que entre las motivaciones que indujeron a las primeras movimientistas a ingresar en la política probablemente estaba la relación de parentesco que las vinculaba con militantes y dirigentes del MNR. »[65] Cependant, comme l’énonce Arauco, cela ne signifie pas que leur engagement politique était d’une moindre valeur: « …esta suposición no quiere en ningún modo negar el valor de una decisión tal, considerando el nivel de la lucha política del momento y las dificultades que debía vencer una mujer que optaba por tal camino. »[66] Ainsi, une partie des premières femmes qui participèrent aux luttes politiques du MNR était constituée de membres de la famille des dirigeants et militants de ce parti. Parmi elles, l’on peut citer Ela Campero, Matilde Olmos, Carmen Eguez, Luisa Z. de Caballero, Etelvina de Peña Córdova, Emma Gutierrez de Bedregal, Benita Villanueva de Bedregal, Teófila Cossío, Adriana S. de Cuadros, Graciela de Rodríguez, Marina Pinto de Alvarez Plata, Rosa Uriarte de Sanjinés, Blanca Peña de Sandóval Morón, Isabel Zuazo Rosa Lema Dolz de Lluch (voir annexe n°74).

Ces femmes commencèrent à s’organiser et à recevoir des instructions, des consignes et des ordres d’action de la part du Comité Politique du Parti. La première apparition publique du MNR et des groupes des femmes qui allaient devenir les « commandos féminins » eut lieu le 15 décembre 1946, à l’occasion d’une cérémonie religieuse qui se transforma en une marche en l’honneur de Gualberto Villarroel. Cette manifestation fut réprimée par le gouvernement.

À la fin de 1946, les femmes réalisèrent des actions de propagande pour les candidats du MNR aux élections de janvier 1947, dans lesquelles Victor Paz Estenssoro réussit à obtenir 18.000 voix et deux membres du MNR furent élus députés.

Petit à petit, les organisations de ces femmes prirent la forme de commandos féminins intégrés aux structures du parti. Les femmes qui en faisaient partie choisirent le nom de « Barzolas » en hommage à María Barzola (voir annexe n°73).

En janvier 1948, le MNR organisa la IVe Convention du Parti à La Paz. Au sein des délégations de Cochabamba et du Beni, se trouvaient Rosa Morales Guillén (voir annexe n°61) et Sabina Vargas de Rivero qui représentaient les commandos féminins de ces villes. En 1948, d’autres femmes intégrèrent les commandos, comme Lydia Gueiler Tejada (voir annexe n°75). Jusqu’alors la plupart des femmes étaient apparentées aux membres du parti. Ainsi: « el ingreso de Lydia Gueiler al MNR significó la expresión individual de la incorporación masiva de las mujeres al partido. »[67]

Plus tard, des femmes célibataires ou chefs de foyer intégrèrent massivement les rangs du parti. Les « Barzolas » participèrent activement à toutes les tentatives du MNR pour renverser les gouvernements du « Sexenio », dont la « Guerre Civile » de 1949. La répression politique qui suivit cet événement fut d’une grande ampleur: des centaines de militants furent arrêtés ou envoyés dans des zones tropicales et inhospitalières. Cette répression obligea les femmes à jouer un rôle très actif auprès des prisonniers tout en faisant de la propagande politique.

L’année 1950 fut consacrée à la préparation des élections générales du 6 mai 1951 où Victor Paz Estenssoro et Hernán Siles Zuazo devaient se présenter comme candidats. Début 1951, le gouvernement arrêta des centaines de militants du MNR, pour qu’ils ne puissent pas être candidats aux élections. Vingt-sept femmes du MNR réalisèrent alors une grève de la faim, le 20 avril 1951, dans le Palais de Justice en demandant au gouvernement la libération des prisonniers. Cette grève eut beaucoup de succès car elle provoqua la mobilisation de plusieurs secteurs de la population et le gouvernement fut alors contraint de libérer les prisonniers.

Les actions de violence réalisées par le gouvernement de Mamerto Urriolagoitia comme les massacres de « Siglo 20 » et de « Villa Victoria » avaient considérablement affaibli le gouvernement. La grève de la faim initiée par les femmes du MNR provoqua la mobilisation de la population. La popularité du MNR s’était accrue de manière retentissante entre 1949 et 1951, et le gouvernement avait perdu le soutien des classes moyennes, qui était décisif lors des élections.

b) La Révolution Nationale et le Suffrage Universel

Le MNR gagna les élections du 6 juin 1951 avec une majorité relative de 54.129 (43%) voix. La candidature du gouvernement avait obtenu 40.381 (32%) votes. Le résultat des élections surprit Mamerto Urriolagoitia qui refusa de les accepter. Sous prétexte que ce résultat représentait un danger pour le pays, puisque le MNR était suspecté d’être affilié au Parti Communiste de la Bolivie, Mamerto Urriolagoitia réalisa un « auto-coup » d’État, qui fut qualifié plus tard de « Mamertazo », renonçant à la présidence et transférant illégalement la charge au chef de l’État Major, qui, à son tour, nomma Président Hugo Ballivián. Le nouveau gouvernement annula les élections et mit le MNR hors la loi. La possibilité de prendre le pouvoir démocratiquement ayant échoué, il ne restait qu’une seule solution: prendre le pouvoir par la force.

Début mars 1952, un des ministres du gouvernement chargé de l’administration interne et de la police nationale, Antonio Seleme, contacta les dirigeants du MNR pour planifier un coup d’État contre le gouvernement. Le 9 avril commença une tentative de coup d’État qui se transforma en insurrection populaire massive. Le gouvernement tenta de la réprimer par les forces armées sous la direction du général Humberto Torres Ortiz. Les luttes, qui eurent lieu notamment à La Paz et à Oruro, durèrent 3 jours pendant lesquels les femmes du MNR jouèrent un rôle capital en secourant les blessés, en transportant des armes, en s’appropriant les moyens de communication comme la radio, et en soutenant émotionnellement et logistiquement les militants du MNR. Le 11, le général Torres décida de négocier une trêve avec Hernán Siles Zuazo. La révolution avait triomphé.

Hernán Siles présida la junte révolutionnaire qui dirigea le pays entre le 11 et le 14 avril en attendant que Victor Paz Estenssoro revienne de son exil. Le 15 avril, celui-ci arriva à La Paz après six ans d’exil en Argentine et en Uruguay.

La révolution de 1952 fut l’événement politique le plus marquant de l’histoire de la Bolivie, car elle transforma radicalement la société, le régime politique et l’économie, à tel point qu’il est difficile de comprendre la Bolivie d’aujourd’hui sans comprendre la signification de la Révolution. Trois réformes principales contribuèrent à ces transformations en profondeur: l’octroi du suffrage universel (décret-loi du 21 juillet 1952), la nationalisation des mines (décret-loi du 31 octobre 1952), et la réforme agraire (décret-loi du 2 août 1953). La petite élite politique qui dirigeait le pays fut supplantée par une « classe moyenne » (difficile à cerner sociologiquement) au niveau du pouvoir politique. Les intérêts de l’élite furent profondément affectés avec l’expropriation des grandes exploitations agricoles et la nationalisation des mines. Les secteurs paysans et ouvriers s’intégrèrent à des organisations qui pesaient lourdement au sein du gouvernement. Les ouvriers et les mineurs participèrent directement aux décisions économiques et politiques du pays. Une importante législation du travail fut élaborée ainsi que des lois sociales avancées. D’une économie semi féodale (où le secteur primaire était prépondérant) contrôlée et dépendante de capitaux privés (pour l’industrie minière principalement) l’on passa à une économie contrôlée principalement par l’État (70%). Une nouvelle bourgeoisie émergea, qui tenta d’industrialiser le pays. Il y eut une certaine diversification de l’économie et une plus grande intégration territoriale. Dans les campagnes, la réforme agraire élimina les grandes exploitations et permit le début du processus d’intégration des paysans à la vie nationale[68]. Avec l’octroi du suffrage universel, le monopole de la politique par une petite minorité d’hommes blancs et métis, sachant lire et écrire et ayant une situation économique relativement aisée, fut finalement brisé. Il importe de rappeler qu’au cours des élections de 1951, seuls 204.649 électeurs étaient inscrits pour voter, c’est-à-dire, 6,78% de la population[69]. Désormais la plus grande partie de la population, hommes et femmes, pouvaient participer à la vie politique du pays non seulement en tant qu’électeurs mais aussi en tant qu’individus potentiellement éligibles aux charges politiques nationales.

Le rôle joué par les femmes dans la société et dans la lutte contre le régime oligarchique du « Sexenio » fut reconnu dans les considérations prises en compte pour établir le suffrage universel. Le décret-loi du 21 juillet 1952 s’exprima sur ce rôle ainsi:

« (…) CONSIDÉRANT:

Que la mentalité féodale, caractéristique des organisateurs d’un tel régime politique ne pouvait pas reconnaître l’importante participation de la femme dans la vie de toute la société organisée, participation qui fut manifeste dans la courageuse lutte du peuple de la Bolivie, dans les six dernières années, contre l’oligarchie (…)

 

(Victor Paz Estenssoro, Président Consitutionnel de la République) DÉCRÈTE:

Article 1°- Auront le droit de vote pour la formation des pouvoirs publiques, tous les Boliviens, hommes et femmes, âgés de plus de 21 ans si célibataires et de plus de 18 ans si mariés, quel que soit leur degré d’instruction, leur occupation ou leur rente. »[70]

Toutes les femmes boliviennes obtinrent ainsi le droit de vote et participèrent pour la première fois aux élections nationales en 1956. L’élargissement de la démocratie en 1952, dans le cadre d’une révolution concernait tant les femmes que les hommes. La question de l’intégration des femmes dans la vie politique se dissolut ainsi dans la question de l’intégration de la majorité de la population dans la vie politique du pays. Les questions de genre se fondirent donc dans les problèmes de transformation sociale, politique et économique du pays que le gouvernement de la Révolution implanta. Ce même phénomène eut lieu dans les organisations des « Barzolas » qui s’intégrèrent aux structures du parti, mais de manière subordonnée. Intégrées aux structures du parti dans des fonctions secondaires et subordonnées, les femmes du MNR ne mirent pas en avant leurs demandes de genre, comme par exemple l’accession des femmes dans les charges les plus importantes du gouvernement. Les problèmes que devait affronter le parti étaient toujours prioritaires par rapport aux questions de genre au sein du parti et du gouvernement. Hormis quelques femmes telles que Lydia Gueiler (voir annexe n°75), Rosa Lema Dolz (voir annexe n°74) et Zoila Viganó (voir annexe n°42) qui devinrent députés pendant les années 1950 et le début des années 1960, la plupart des femmes appartenant au MNR furent reléguées dans des postes secondaires et subordonnés. Comme l’affirme Gloria Ardaya: « En el sistema político emergente, las mujeres se reinsertaron de manera subordinada y no tuvieron un espacio cualitativo diferenciado de acción y de representación. Las militantes que tuvieron acciones extraordinarias y de mucho valor durante el sexenio y en la propia insurrección, no recuperaron estas acciones para su propio potenciamiento posterior. Se comprobó a través de ellas lo que ya había ocurrido en varias experiencias históricas, en que las mujeres suelen ser extraordinarias en la resistencia, clandestinidad e insurrección, pero carecen de entrenamiento o no son incorporadas a la gestión política en tiempos de vigencia de la democracia. Ello porque, como ya se ha reiterado, probablemente la experiencia histórica de las mujeres es el mundo “privado-doméstico” en el cual está vedada una participación igualitaria en el mundo de la política. »[71]

Les années 1940, qui connurent un certain déclin des organisations féministes, illustré par le peu de manifestations réalisées lors de la discussion du suffrage féminin dans la Convention de 1945, impliquèrent l’intégration des femmes dans la vie politique par l’octroi du droit de vote limité aux élections municipales. Même si les organisations féminines et féministes pouvaient y participer de manière indépendante, aucune d’entre elles ne se présenta ainsi. Toutes les organisations s’allièrent à des partis politiques au sein desquels des sections féminines furent créées. Avec l’intégration des femmes à la vie politique, la fin des années 1940, marqua un changement dans la façon à travers laquelle les femmes accédaient à l’espace public pour faire valoir leurs demandes. Les partis politiques devinrent les principales plateformes et les moyens que devaient utiliser les femmes pour revendiquer leurs droits. Les organisations féministes commencèrent donc à perdre leur raison d’être dans ce nouveau contexte. S’il y eut un processus par lequel les femmes mirent en avant leurs demandes de genre au sein des partis politiques, comme par exemple la section féminine du « PURS » qui demanda le droit de vote pour les femmes dans les mêmes conditions que pour les hommes dans la deuxième Convention du parti en novembre 1949, la donne générale fut la subordination des questions de genre aux priorités du parti politique, comme par exemple les actions des « Barzolas » pour la prise du pouvoir pendant la période du « Sexenio ». Ainsi, les femmes qui intégrèrent les partis et notamment celles qui se rattachèrent au MNR mirent de côté leurs demandes de genre et participèrent aux actions du parti de manière auxiliaire et toujours subordonnée. Une fois la Révolution accomplie, les femmes qui avaient intégré le MNR (dont plusieurs féministes telles que María Luisa Sánchez Bustamante (voir annexe n°10), Zoila Viganó (voir annexe n°42), Aida Carvajal (voir annexe n°47), Rosa Morales Guillén (voir annexe n°61), ne réussirent pas à intégrer leurs demandes en tant que femmes au sein du gouvernement de type corporatiste qu’avait créé le MNR. Après l’octroi du suffrage universel en 1952 et l’intégration des femmes au sein du MNR et d’autres partis politiques, les organisations féministes perdirent complètement leur raison d’être. L’Athénée Féminin, unique organisation qui perdurait depuis les années 1920 et également la seule à avoir bénéficié d’une longue vie, continua à fonctionner jusqu’au début des années 1980, non plus en tant qu’organisation féministe, mais en tant qu’organisation culturelle, réunissant toujours des femmes issues des classes moyennes et élevées de la société. Le mouvement féministe qui avait commencé dans les années 1920 s’était ainsi dissout dans un contexte où les femmes avaient intégrés les partis politiques sans pour autant faire valoir leurs revendications de genre, car elles durent se subordonner aux priorités du parti qui étaient beaucoup plus générales et concernaient, sous une logique de classe et non de genre, des secteurs de la population beaucoup plus larges, dont les nouveaux acteurs politiques d’importance à l’époque: les ouvriers, les mineurs et les paysans.


  1. El Diario, 2 septembre 1944, La Paz. Hemeroteca de los Archivos del Congreso de La Paz, La Paz, Bolivie.
  2. « Algo que hay que subrayar es la perfecta indiferencia de la mujer frente a la discusión de ayer y a la que se efectuó hace tiempo, en las sesiones de la Comisión Legislativa. Fuera de pocas, poquísimas opiniones no ha habido un movimiento de inquietud femenina por la posibilidad del voto que se trata de darles. Y este hecho revelador es índice de las verdaderas aspiraciones femeninas. Recordando simplemente noticias cablegráficas, puede asegurarse que en otros países donde también se discutió el caso de la ciudadanía plena de la mujer, sociedades femeninas, agrupaciones sufragistas, instituciones culturales femeninas se esforzaron por crear un clima propicio para conseguir ese derecho. Aquí no se ha producido un movimiento de ese linaje. » El Diario, 14 juillet 1945, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  3. « Reciben las mujeres esta reforma en un ambiente de plena indiferencia. Podría afirmarse que la mayoría de ellas, a quienes precisamente se quiere beneficiar, persiste en mostrarse marginada de estas inquietudes. Las manifestaciones a favor del sufragio han sido demasiado pequeñas, insignificantes. Podía, en verdad, haberse esperado otra actitud, un movimiento de entusiasta adhesión al proyecto. No hubo pues, nada de eso. » Idem.
  4. « Y si es un factor social ponderable y eficiente, si sobre este punto nadie puede discutir ya después de su contingente social puesto al servicio de la patria en la última guerra mundial, si nosotros comprobamos estas misma ponderación en la guerra contra el Paraguay, no creo por qué se le puede negar sus derechos políticos… » Redactor de 1945, t. I (sesión extraordinaria), La Paz. Archivo del Congreso de La Paz, La Paz, Bolivie.
  5. « …Durante la guerra con el Paraguay, la mujer sufrió las calamidades inherentes a la contienda y fue utilizada en los servicios de retaguardia, pero han habido hombres que desertaron abandonando el país por miedo, rehuyendo su concurso en el momento de peligro nacional y, los vemos, a pesar de ello cómodamente legislando…Estamos trabajando para el porvenir, prueba de ello es que la mujer boliviana, recibe enseñanza pre militar. La estamos capacitando aprovechando de sus condiciones especiales, para emplearla en el factor primordial de la defensa nacional. Es lógico que no entre al cuartel, porque las leyes militares la consideran inhábil para dicho servicio, empero, no se desconoce su potencialidad adaptativa para el combate y servicios especiales que requiera una contienda bélica, asegurando así, la potencialidad militar del Estado. » Idem.
  6. REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz, Bolivia, 2001.
  7. « Existen en este país millares de mujeres que dirigen sus actividades en delicadas funciones. Así tenemos a las maestras de escuelas; así tenemos a las empleadas de oficinas públicas y particulares. Aún existen demasiadas mujeres con un alto espíritu de comprensión de sus derechos y deberes y que contribuyen brillantemente en las artes y en las letras. Entonces no es posible negarles este derecho, para que con luces de su intelecto contribuyan a la formación de los Poderes Públicos, en uso de esa libertad. » Idem.
  8. « En Bolivia, la participación de la mujer en la vida activa es un hecho; todos lo sabemos y lo reconocemos y así hoy tenemos a la mujer en la Universidad, en el ejercicio profesional, en las oficinas públicas, en entidades particulares, en el taller y en la mina, y en todas las actividades que constituyen la vida misma de la nación. Entonces, si esto es así, negarle su participación en la formación de los Poderes del Estado sería verdaderamente injusto. » Idem.
  9. « Por otra parte, el voto no se da en función sentimental, sino en función de la producción; porque cuando se concede un voto, es para que las clases que ocupan un rol determinado en la producción, tengan derecho a hacer prevalecer la parte que les corresponde dentro de la distribución. En este sentido, en el sentido eminentemente económico, se debe conceder el voto a la mujer…» Idem.
  10. Alberto Mendoza López dirigeait le Parti Socialiste et le Parti Travailliste avant la guerre.
  11. « Se arguye que en nuestro ambiente la mujer no está suficientemente evolucionada para tomar parte en las actividades políticas y que no tiene la madurez como la mujer sajona o la mujer de otros pueblos. Esto mismo se argüía en Francia, mas, ayer se ha anunciado que las mujeres francesas tomarán parte en las actividades políticas que han de determinar la marcha futura de la cuarta república francesa, seguramente, o la superexistencia de la tercera república. Entonces este problema ha quedado liquidado en Francia. » Idem.
  12. « Además, señor Presidente, citaré, como una simple referencia, que la mayoría de las constituciones modernas, aceptan y otorgan el voto femenino en la organización de los Poderes Públicos. Así por ejemplo, las otorgan, sin restricción, las constituciones de Austria, Alemania, Baviera, España, Finlandia, Letonia, Polonia, Rusia, Noruega, Dinamarca, Checoslovaquia, Inglaterra, Estados Unidos de Norte América, Ecuador y Chile, como se sabe, da el voto municipal; la Constitución uruguaya lo admite siempre que lo apruebe los dos tercios de su Representación Nacional.» Idem.
  13. El Diario, 9 février 1945, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  14. « Existe un compromiso internacional al respecto, no creo que Bolivia trate de violarlo, me refiero al Acta de Chapultepec, que nuestro país ha suscrito, comprometiéndose conjuntamente con los otros Estados signatarios, hacer efectivas sus recomendaciones, estando entre ellas, en lugar predominante, el punto 31 concerniente a los derechos civiles y políticos de la mujer, a la que la Nación hermana del Brasil acaba de dar cumplimiento. Además, el Gobierno demócrata de la Gran Bretaña, ha dado un paso más adelante, me refiero a que la mujer ha sido incorporada a los servicios de Policía, con las mismas atribuciones y obligaciones que el policía Hombre. » Idem.
  15. « ¿Por qué considerar que la mujer sufragista ha de invertir el papel matrimonial, yendo a las elecciones o al Parlamento? No, señores. Nosotros queremos ir con un criterio más radical. Este Parlamento es el producto de una revolución ideológica, no solamente de una revolución de hecho. Como fines de la revolución, están los postulados que si no están aprobados en las naciones del Continente; Bolivia que se ha caracterizado por el pesimismo con que juzgamos nuestra situación política, Bolivia que va a la vanguardia entre las naciones más avanzadas, puede dar este paso revolucionario. » Idem.
  16. «…(que) se lo haga también en el (aspecto) femenino, por razones revolucionarias, Sr. Presidente, hondamente revolucionarias. ¿Y cuáles son estas razones revolucionarias? Estas razones revolucionarias radican en dar participación para deliberar sobre los destinos del país, al mayor porcentaje de elementos que pueda deliberar. » Idem.
  17. « Quisiera no estar equivocado, pero tal como propone la Comisión Legislativa la reforma constitucional, y como ya lo hizo notar algún H. Representante, es demasiado restrictivo el derecho que se está reconociendo a la mujer para tomar parte en la vida civil en su calidad de ciudadana. (…) Aquí no se está hablando del derecho de ser elegida. Además, me permito hacer notar otra pequeña deficiencia en la redacción de ese artículo. Aparentemente, la intención es muy buena: otorgar solamente el derecho de ser electora a la mujer que haya cumplido el ciclo primario y tenga 21 años de edad, pero ocurre en la práctica, y esto me consta particularmente, que hay mujeres que no han vencido el ciclo de instrucción primaria, y sin embargo de tal circunstancia, son maestras. Ocurre este caso Sr. Presidente, y ocurre por razón de que la mujer, en el noble afán de superarse, ha llegado a capacitarse de tal manera, que actualmente enseña en las escuelas. » Idem.
  18. « No creo que prospere la iniciativa del H. Convencional por Tarija, que proporciona ciudadanía a la mujer, pues contiene privilegios injustos, porque el proyecto solo se hace extensivo a las mujeres que han cursado la instrucción primaria. Se dice que la mujer va a la Universidad, a los cargos públicos y privados, lo que es muy respetable; pero se olvida de la mujer del pueblo que vive en su casa atendiendo a su marido y sus hijos, a sus padres y llevan realmente el peso de todo el hogar, debe tener también iguales derechos. La pobreza no es razón alguna para que se conceda ese privilegio sólo a las mujeres que llegan a la Universidad. » Idem.
  19. « Nosotros que nos llamamos revolucionarios, no podemos seguir manteniendo una contradicción de sistemas, contradicción que se manifiesta aquí, ya que la gran mayoría del pueblo boliviano, pueblo productor, está en contradicción con nuestros sistemas jurídicos, que no dan participación a las mayorías en la formación de los poderes públicos; y las mayorías populares, las mayorías trabajadoras, no son solamente los hombres, sino también las mujeres. Entonces, si queremos hacer una verdadera revolución, no tenemos que juzgar con criterio estrecho, para dar el derecho de voto sólo a las mujeres que han cursado la instrucción primaria, secundaria o universitaria, porque así estaríamos dando voto no a la mujer boliviana, sino a una pequeña minoría. » Idem.
  20. « En este concepto yo no veo razón para que se restrinja en el proyecto de la fórmula redactada por la Comisión Legislativa, el derecho político de la mujer solamente al sufragio en las elecciones municipales. Qué diferencia hay entre las elecciones municipales y las elecciones para representantes? Legislativos o de Mandatarios? ¿Qué superioridad intelectual se necesita, para hacer esta diferenciación, para limitar este derecho a la mujer? » Idem.
  21. « El proyecto que reduce simplemente el voto de la mujer para solo la formación de las municipalidades, es muy restringido, pues la mujer no ejercitará su derecho de sufragio como un momento de distracción o como un acto de apariencia, sino con el deseo de contribuir a la formación de los Poderes Públicos para obtener leyes prácticas e inteligentes, pues, el día que veamos aquí en el Parlamento a la mujer boliviana, indudablemente que, con su concurrencia, las leyes serán sabias e inteligentes, como por ejemplo leyes protectoras de los niños y otras de carácter social. » Idem.
  22. « Este derecho último, para muchos parecerá inoportuno, impracticable y prematuro, pero es necesario dejar constancia de que este derecho está circunscrito a su intervención en las Municipalidades. Las Municipalidades no significan organismos pertenecientes a los Poderes del Estado. Simplemente son núcleos de Administración. En otras partes inclusive, no es necesario el derecho de ciudadanía para concurrir a la formación de las Municipalidades. » Idem.
  23. « Yo me encuentro alarmado con el proyecto de reforma que se está discutiendo porque considero -con perdón de los señores defensores del proyecto- que es un atentado contra la familia que es la piedra angular de la patria…
    H. Tovar.- Pregunto al H. Diputado: ¿la ciudadanía del individuo es también un atentado contra la familia?
    H. Fernández.- Yo digo simplemente que la familia es la piedra angular de la Patria, y quien dirige la familia, quien hace el alma de los hijos es la mujer. Tiene una misión más importante que el hombre en la vida, cual es la de crear el alma de los hijos, el alma de los ciudadanos que deben dirigir la patria. Si sacamos a la mujer de su hogar y la llevamos a las luchas mezquinas de la política, ¿qué sucederá de ese hogar y de la educación de los hijos? Es muy posible que mis opiniones sean un poco discordantes o extrañas en esta materia, pero creo que me asiste la verdad en cuanto a la consolidación de la familia.» Idem.
  24. Enrique Finot était né à Santa Cruz, journaliste, historien, pédagogue et diplomate, il fonda le journal El País, et collabora également avec les journaux El Diario et El Fígaro de La Paz, et El Oriente de Santa Cruz. Il fut également directeur de la revue pédagogique La Educación Moderna. En tant que diplomate, il participa aux négociations frontalières entre la Bolivie et le Paraguay après la guerre du Chaco.
  25. « Y voy a poner por ejemplo que seguramente tiene toda la fuerza y eficacia. Un hombre que trabaja en la fábrica, desde las 6 u 8 de la mañana, regresa a su hogar, con el ánimo de encontrar descanso y reposo, esperando que su mujer le haya preparado el alimento y se encuentra con la triste realidad, que su compañera de hogar, está en un comité político, sesionando sobre las altas cuestiones del Estado. A no ser que creemos restaurantes populares, donde todos tengamos que ir a almorzar, a comer o en su defecto, tengamos que multiplicar las Casas Cuna en grandes cantidades para que los hijos de los proletarios y trabajadores, estén en ellas, mientras la madre delibere, como digo, en torno a las altas cuestiones políticas. (Aplausos). » Idem.
  26. « Desgraciadamente, H. Sr. Presidente, y HH. Convencionales, la mujer en Bolivia está en manos del clericalismo de las Acciones Católicas, que están perfectamente organizadas en el territorio de Bolivia y constituidas por un selecto grupo de señoras y de señoritas y muchachas cultas y esto lo he podido constatar haciendo una encuesta sobre ellas. » Idem.
  27. « Me permito preguntar al H. colega, si no piensa que la mujer, por tradición y temperamento, es conservadora y si no piensa que ese ambiente de conservadurismo del elemento femenino, vendria en el momento de un debate político, a ser un juguete, un instrumento en manos de cierto sector de influencia, por el ejemplo el sector clerical. Entonces, no sería un estancamiento de la Revolución conceder el voto femenino? » Idem.
  28. « También se dice que se le otorgan estos derechos políticos en países civilizados como Inglaterra, Alemania, Yugoslavia, etc., pero Bolivia no está en la misma situación de Alemania e Inglaterra.
    H. Tovar.- Si no estamos en un país civilizado, usted es un bárbaro. (Silbidos de la barra).
    H. Fernández.- No me ha entendido el Sr. Diputado. He dicho que nuestro país no está en las mismas condiciones que esos países y tampoco crea el Sr. Diputado que somos superiores.
    H. Tovar.- Yo no soy un camaleón. que legislo pensando en el olor de la comida. (Silbidos de la Barra).
    H. Fernández.- Voy a contestarle, Sr. Diputado. A eso voy. He oído la opinión de algún H. Diputado que decía: (Lee la opinión sobre la labor del Ministro de Trabajo de Estados Unidos, Sra. Perkins). Evidentemente, es muy posible que la Sra. Perkins, hubiera conseguido, gracias a su inteligencia, un aumento de salarios para los obreros, pero no porque ella haya obtenido esto en Estados Unidos, vamos a dar el voto a todo el elemento femenino sea capacitado o no sea capacitado en el país. También se decía que la hija del Comisario de Rusia, Molotoff, se había distinguido como paracaidista…
    H. Tovar.- Las expresiones que me atribuye haber yo vertido, en la Comisión Legislativa, no son mías Sr. Diputado.
    H. Presidente.- Se ruega no interrumpir.
    H. Fernández,- No me refiero a usted, Sr. Diputado sino a otro Representante. Se decía que la hija de Molotoff se había distinguido como una gran paracaidista. Esto tampoco me parece que sea un motivo prematuro para que nosotros demos el voto político a las mujeres de Bolivia, que no son paracaidistas. (Risas en tribunas y barra). Que Madame Chanh Kai Shek, era una dama de grandes condiciones intelectuales, esto en China. » Idem.
  29. « Mentalidades intelectuales entre las mujeres bolivianas, hemos encontrado por cantidades, que han dado, diré así, la pauta del valor intelectual de la mujer, desde las heroínas de la Coronilla, desde Juana Azurduy de Padilla, Adela Zamudio, muchas poetisas actuales y otras intelectuales de gran fuste, nos dan prueba del valor intelectual de la mujer, pero HH. señores Convencionales, es esta una minoría selecta de mujeres. El porcentaje de mujeres así, existentes en Bolivia, yo creo que no será del uno por mil, HH. Convencionales, que está en las condiciones de aquellas distinguidas damas que me permito nombrar. » Idem.
  30. « Hacer participar a la mujer en la organización de los poderes públicos, es encomiable; pero desde el punto de vista de la realidad boliviana, debemos considerar un hecho que puede pasar desapercibido para el criterio de los HH. convencionales; la mujer boliviana no ha alcanzado una cultura apreciable, en cuanto se refiere a la densidad misma de la población femenina boliviana, es decir, que la mujer boliviana instruida, la que ha recibido la instrucción primaria, alcanza apenas a un grado mínimo de la población. De modo, entonces. que si a la mujer se le otorga ampliamente ese derecho, sin considerar la necesidad paulatina de las cosas en Bolivia, yo creo que cometeríamos un error que posteriormente sería criticado. El legislador para minorías ínfimas se aparta de los postulados del Derecho Público. Los legisladores deben estar siempre dentro del marco de la generalidad, y la generalidad de la mujer boliviana no puede estar considerada para un voto de tanta amplitud. » Idem.
  31. L’« Unión Cívica Femenina Boliviana » édita un numéro de la revue Tribuna Cívica en décembre 1944. María Teresa Solari en était la directrice et ses objectifs étaient : « unifier l’opinion féminine autour des problèmes de la patrie, de la famille et de la tradition », et « diriger l’action des femmes boliviennes vers un travail noble et démocratique des normes de civisme ». Il ne s’agissait pas d’une organisation féministe, car les droits civils et politiques des femmes n’étaient pas revendiqués.
  32. MESA (de) José, GISBERT Teresa, MESA Gisbert Carlos D., Manual de Historia de Bolivia, Editorial Gisbert, La Paz, 2008.
  33. La Razón, 21 août 1946, La Paz, Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  34. El Diario, 14 décembre 1946, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  35. Une grande partie des informations sur la participation électorale des femmes aux élections municipales de 1947 et 1949 provient de REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz – Bolivia, 2001.
  36. REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz, Bolivie, 2001, p.91.
  37. Décret Suprême du 19 juin 1947, Anuario de 1947, Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  38. Décret Suprême du 4 octobre 1947, Anuario de 1947, Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  39. La carte d’identité avait été accordée aux femmes en 1945.
  40. La Razón, 12 décembre 1947, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  41. Importante organisation féminine à l’époque, dont les objectifs n’étaient pas du tout liés au féminisme. Il s’agissait d’une organisation conservatrice à l’identité purement civique. Elle soutenait le gouvernement de Hertzog et établit des filiales dans les principales villes du pays.
  42. La Razón, 3 novembre 1947, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  43. « Creo que la maternidad es el más alto signo de la mujer por lo que todas debemos dedicarnos a proteger, maternalmente a los hijos del pueblo. » La Razón, 12 décembre 1947, La Paz. Extrait de REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz, Bolivie, 2001.
  44. « La mujer debe intervenir en las actividades cívicas, debe concurrir con su esfuerzo a dar mayor solidez a las instituciones patrias: a depurar los procedimientos electorales, a afirmar la paz social y, de este modo, la paz de las naciones. » La Razón, 24 octobre 1947, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  45. « Trabajaré intensamente por la cultura del pueblo y por el bienestar, por la higiene de los barrios habitados por obreros, por el abaratamiento de la existencia y por ennoblecer la intervención de la mujer boliviana en la política activa. » La Razón, 12 décembre 1947, La Paz. Extrait de REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz, Bolivie, 2001.
  46. « He aceptado de intervenir en esta campaña no obstante mis muchas ocupaciones, pues considero que la ley ha dado el voto a la mujer; ésta tiene el deber de responder en forma amplia y patriótica. » Los Tiempos, 13 décembre 1947, Cochabamba. Tiré de REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz, Bolivie, 2001.
  47. « He aceptado mi candidatura con un amplio espíritu patriótico, pues considero que toda persona tiene el deber de servir a su país en forma decidida y holgada. » Los Tiempos, 13 décembre 1947, Cochabamba. Extrait de REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz, Bolivia, 2001.
  48. « Como los sectores masculinos de estos dos partidos rompieron el pacto para concurrir juntos a las elecciones, se creyó que había ocurrido lo mimso entre las fracciones femeninas, pero por extraño que parezca y en forma que honra a la mujer cochabambina y da una lección de honor a todos los políticos, la señora Fidelia Corral Zambrana de Sánchez dijo que todo se mantenía en pie ya que lo habían firmado descendientes de las Heroínas de la Coronilla. La Razón, 23 décembre 1949, La Paz. Extrait de REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz, Bolivia, 2001.
  49. La Razón, 3 novembre 1949, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  50. La Razón, 15 décembre 1947, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  51. La Razón, 14 décembre 1949, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  52. REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz, Bolivia, 2001.
  53. La Razón, 28 décembre 1949, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  54. « El desempeño de las mujeres.
    (…) Su conducta, por otra parte, ha servido para que las elecciones de ayer tengan la jerarquía que alcanzaron por la absoluta ausencia de incidentes contrarios a la democracia. » La Razón, 15 décembre 1947, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  55. « Pienso que la mujer no ha debido aún intervenir en actividades políticas. Para hacerlo es indispensable que su preparación sea más consistente y vigorosa para impulsar con positiva eficiencia los difíciles problemas que deben encararse. La improvisación en el aspecto político, es pues de resultados deplorables. » El Diario, 14 décembre 1947, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  56. « No estoy de acuerdo con la participación de la mujer en un acto electoral de esta naturaleza. La mujer no debe participar en estas luchas que solo corresponden a los hombres. La mujer debe conservarse siempre en un plano de elevación y de serenidad. La política hace que la mujer pierda su más excelente virtud: la feminidad. » Idem.
  57. « No estoy de acuerdo con que la mujer intervenga con su voto ni con su acción directa en las luchas políticas. Pero sí, considero que desde el hogar, desde este sagrado reducto de la espiritualidad matrimonial, la mujer es y puede seguir siendo, la noble conducta que oriente la actividad pública: es decir, ser como bella flor, que difunde su aroma para perfumar el ambiente político y suavizarlo. » Idem.
  58. « Creo que la mujer aún no debe intervenir en actos de esta naturaleza. Mi opinión es que debe permanecer en su casa dedicada íntegramente a su hogar. » La Razón, 15 décembre 1947, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  59. « No he votado por ninguna de las candidatas porque creo que la mujer aún no puede responder a las delicadas funciones de dirigir la cosa pública. ¡Las mujeres a las cocinas! Ese es mi lema, aunque he tenido que concurrir a sufragar invitada gentilmente por mi esposo. » Idem.
  60. « Estoy emocionada y contenta porque una gran parte de las ciudadanas ha concurrido a estos comicios que se desarrollan normalmente. Me complace en grado sumo que la mujer pueda también intervenir en la elección para dirigentes de las funciones públicas, empero no he votado por ninguna mujer porque creo que todavía no tenemos suficiente capacidad para dirigir estas funciones. » Idem.
  61. « Pienso que con la intervención de la mujer en este acto eleccionario, éste ha de adquirir una expresión de excepcional elevación, y considero asimismo que su realidad se ha de humanizar. » El Diario, 14 décembre 1947, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  62. « – Considera Ud. .prudente que una mujer ocupe la Alcaldía en el año del centenario, es decir en 1948? – Creo que tanto los varones como las mujeres pueden desempeñarse correctamente en el máximo cargo municipal. Sólo se requiere tener más espíritu cívico que político para lograrlo. El futuro Alcalde debe, ante todo. defender los intereses del pueblo. – Cree Ud. que la mujer boliviana está capacitada para la lucha política? – Sí. Y con este acto considero que se ha fundamentado el derecho el derecho político de la mujer. – Desea agregar algo personal? – A nombre de la Unión Cívica Femenina, felicito al elemento femenino que con mucho entusiasmo encara su función patriótica de colegir representantes para la Comuna. » La Razón, 15 décembre 1947, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  63. MESA (de) José, GISBERT Teresa, MESA Gisbert Carlos D., Manual de Historia de Bolivia, Editorial Gisbert, La Paz, 2008.
  64. La plupart des informations sur les « Barzolas » sont extraites de ARAUCO, María Isabel, Mujeres en la Revolución Nacional: Las Barzolas, Distribución CINCO, La Paz, 1984 et de ARDAYA, Gloria, Política sin rostro: mujeres en Bolivia, Editorial Nueva Sociedad, Venezuela, 1992.
  65. ARAUCO, María Isabel, Mujeres en la Revolución Nacional: Las Barzolas, Distribución CINCO, La Paz, 1984.
  66. Idem.
  67. ARDAYA, Gloria, Política sin rostro: mujeres en Bolivia, Editorial Nueva Sociedad, Venezuela, 1992.
  68. MESA (de) José, GISBERT Teresa, MESA Gisbert Carlos D., Manual de Historia de Bolivia, Editorial Gisbert, La Paz, 2008.
  69. LEAÑO ROMÁN Eduardo, Sistemas electorales en Boliva. La Conversión de votos del Ejecutivo y Legislativo, Unidad de Análisis e Investigación del Area de Educación Ciudadana de la Corte Nacional Electoral, Corte Nacional Electoral, La Paz – Bolivia, 1ère édition février 2005, p. 37.
  70. « (…) CONSIDERANDO:
    Que la mentalidad feudal, característica de los organizadores de tal régimen político, no podía reconocer la importante participación que la mujer tiene en la vida de toda sociedad organizada, pariticipación que se hizo patente en la valerosa lucha del pueblo de Bolivia, en los últimos seis años contra la oligarquía (…)
    (Victor Paz Estenssoro, Presidente Constitucional de la República) DECRETA:
    Artículo 1º- Tendrán el derecho al voto para la formación de los poderes públicos, todos los bolivianos, hombres y mujeres, mayores de veintiún años de edad siendo solteros o de dieciocho siendo casados, cualquiera que sea su grado de instrucción, su ocupación o renta. » Décret-loi du 21 juillet 1952, Anuario de 1952, Archivos del Congreso, La Paz, Bolivie.
  71. ARDAYA, Gloria, Política sin rostro: mujeres en Bolivia, Editorial Nueva Sociedad, Venezuela, 1992.


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