1 L’émergence du mouvement féministe en Bolivie (années 1920)

A) Le contexte

a) Le développement de l’éducation des femmes au début du 20e siècle

Au cours du 19e siècle l’éducation des filles des classes moyennes et élevées était assurée par l’Eglise Catholique et les congrégations religieuses. Il s’agissait le plus souvent d’une éducation primaire de base qui les préparait surtout à être de bonnes épouses et mères au foyer, s’occupant des tâches ménagères et de leurs enfants. Cette éducation, pauvre et superficielle, s’appuyait sur un important fondement religieux: d’après les idées de l’époque, les femmes n’avaient pas besoin d’en savoir plus. Avoir trop de connaissances était « dangereux » pour les femmes qui « n’avaient pas de critère raisonnable » pour pouvoir « évaluer » du mieux les livres qu’elles avaient l’occasion de consulter. Elles devaient conserver leur pureté à travers de l’innocence, qui était considérée, chez elles, comme une « vertu ». L’éducation des femmes, si elle avait lieu, était uniquement réservée aux filles des classes élevées et à quelques-unes issues des couches moyennes ; la plus grande partie de la population dont les femmes, et notamment les femmes indigènes, était analphabète.

Cependant, à partir des années 1870, la question de l’éducation et de l’émancipation des femmes en Bolivie commença à être débattue non seulement dans les cercles intellectuels de l’époque, qui étaient au courant des avancées dans ce domaine en Europe et aux Etats-Unis, mais également dans la presse écrite où étaient exprimées des idées « d’avant-garde » quant à la nécessité d’améliorer l’éducation des femmes[1]. Ce thème prit une certaine importance à la fin du 19e siècle au sein des cercles intellectuels et politiques.

C’est ainsi qu’au début du 20e siècle, les critiques sévères de la part des intellectuels boliviens de l’époque se firent sentir concernant l’éducation insatisfaisante pour les femmes, qui faisait d’elles des êtres  « frivoles » et « superficiels »:

« L’idée qui circule dans les foyers est que les filles ne doivent savoir que ce qui est indispensable pour jouer un rôle séducteur dans la vie sociale ; et on les éduque seulement à cette fin. Les jeunes femmes possèdent une culture très rudimentaire, mais elles sont habiles pour commenter les évènements du jour (…) Peu importe aux parents que leurs filles soient cultivées. On exige qu’elles aient plutôt que des connaissances générales, une collection variée de prières, à travers lesquelles, pour mieux faire, on dénature et on transforme l’idée de la divinité à tel point que Dieu devient un jaloux gardien de nos actes et un complice de nos misères. ­­–« Les hommes ne cherchent que le plaisir »– disent les parents ; et ils deviennent des gardiens extrêmement sévères de la vertu de leurs filles. Ils leur cachent soigneusement les connaissances et les valeurs des choses et des actions, et pour tout, ils leur montrent l’enchaînement des faits qui risquent de provoquer leur chute. Les jeunes femmes sont réservées jusqu’à devenir niaises, non pas par conviction, mais par peur du péché, tout d’abord et du châtiment, ensuite. De cette lamentable conception pédagogique, d’un tel abandon spirituel naît le manque de préoccupations intellectuelles chez la femme bolivienne, dont le seul désir est de séduire par les extériorités ostentatoires dans la richesse des fripes ou des plumes (…) C’est ainsi qu’apparaît d’abord le besoin de simulation, qui engendre celui de l’apparence… et toute apparence coûte cher. De la même manière, ce dernier est le résultat de l’éducation donnée dans les écoles religieuses (…) Une fois sorties de ces écoles, les filles retournent chez elles avec une culture pauvre et médiocre, composée d’un peu de géographie, un peu d’histoire, un peu de mathématiques, de quelques phrases en français dont elles ne comprennent généralement pas le sens ; deux ou trois mouchoirs brodés, non pas par elles mais par les professeurs, trois ou quatre exercices de piano, et pour couronner le tout naturellement, un amour propre exagéré et un fanatisme étriqué ; fermé, intolérant, qui maintenu dans le foyer, est perpétué dans des coutumes rigides, cristallisées, d’un quiétisme désespérant. Il n’y a aucun acte, aucune situation dans la vie d’une femme où ne soit mêlé, sinon la religieuse, tout au moins le confesseur… »[2]

Cependant, les premiers changements eurent lieu à partir de 1899 avec l’accession des libéraux au pouvoir. En ce début du 20e siècle de grands bouleversements se produisirent dans les sphères politique et économique en Bolivie. Ce fut une période d’apogée économique grâce à l’essor de l’étain, métal qui à cette époque, atteignit des prix exorbitants dans le marché mondial. La Bolivie devint un des principaux producteurs mondiaux d’étain, en ce début de siècle, qui a été nommé le « siglo del estaño » (« Siècle de l’étain »). Cet essor économique permit la modernisation du pays avec le développement de la construction de voies ferrées, de routes, de l’urbanisation publique, mais également d’écoles et de lycées dans les principaux centres urbains[3]. Pour la première fois, l’État prit en main l’éducation des femmes. Désormais, il était devenu obligatoire, pour les filles des classes moyennes et élevées, d’apprendre à lire et à écrire. La fondation, en 1906, du Collège Primaire de filles (« Colegio primario de Niñas ») initiée par le président Ismael Montes à La Paz allait dans ce sens. L’administration de ce collège fut d’abord prise en charge par des femmes professeurs étrangères, chiliennes, allemandes et belges, et plus tard par des boliviennes qui étaient parties au Chili en 1906 pour recevoir une formation dans les Ecoles Normales de ce pays avec une bourse du gouvernement. Parmi ces femmes, on peut citer Elena Smith (voir annexe n°1). En 1909, fut fondée à Sucre la première Ecole Normale Supérieure, pour former les femmes qui allaient enseigner dans les divers collèges et lycées pour filles, fondés quant à eux, quelques années plus tard. En même temps, le Collège Primaire de filles de La Paz devint de plus en plus prestigieux, ce qui encouragea le gouvernement à lui octroyer le titre de Lycée en 1912, et de ce fait le statut d’établissement secondaire dont les cours secondaires et de lettres acquirent une valeur universitaire[4]. Les portes des Universités furent ouvertes aux femmes en 1912. De la même manière, en 1914, une école primaire pour filles fut fondée à Oruro. Sur la base des élèves de ce lycée fut créée, en 1915, la première brigade de filles « Scouts » en Bolivie sous l’initiative de María Gutierrez de Medinaceli (voir annexe n°2). Cette brigade fut à l’origine de la Croix Rouge bolivienne, inaugurée en 1917 à La Paz par le Dr. Juan Manuel Balcázar, ayant prit pour modèle la Croix Rouge qui travailla en Europe pendant la Première Guerre Mondiale.

Dans les villes où les lycées secondaires pour filles n’avaient pas encore été instaurés comme à Oruro, les femmes qui désiraient poursuivre des études secondaires durent s’inscrire dans les lycées de garçons, qui les reçurent plutôt avec sympathie et curiosité malgré la résistance des administrateurs. Ces filles, comme par exemple Nelly López Rosse (voir annexe n°3), durent envoyer une pétition signée au Recteur du Collège National Bolívar « Colegio Nacional Bolívar » et au Ministère de l’Éducation pour recevoir l’autorisation d’assister aux cours avec les garçons. Finalement, l’autorisation leur fut accordée et elles purent suivre une éducation secondaire et obtenir le baccalauréat avec les garçons. Plus tard, en 1922, le Lycée de filles Pantaléon Dalence  (« Liceo de Señoritas Pantaléon Dalence ») fut fondé dans cette ville. Les filles d’Oruro purent ainsi passer le baccalauréat tout comme leurs camarades du Lycée de Filles (« Liceo de Señoritas ») de La Paz. Parmi les bachelières de ce lycée, citons le témoignage de Betshabé Salmón Fariñas (voir annexe n°4), qui se souvient de cet événement ainsi:

« Je ne suis pas issue de la première promotion de femmes bachelières ; je proviens de la troisième ou quatrième promotion je crois. Parmi mes camarades d’études nous sommes seulement 6 filles à être arrivées jusqu’au baccalauréat, mais nous n’avons été que 4 à nous présenter aux examens: Carmen Rosa Torres Ballivián, Esther Lanza, Rosa Aparicio et moi. Nous avons passé l’examen au « Colegio Ayacucho », parmi des milliers de garçons. Nous n’avons pas passé les épreuves toutes seules, tout le lycée autour de nous était dans l’expectative. On faisait vraiment l’objet d’un spectacle rare. Cependant les professeurs avaient une main de fer, ils voulaient démontrer aux élèves que ce n’était pas parce qu’on était des femmes qu’ils allaient être plus tolérants ; au contraire, ils furent encore plus rigides. J’ai réussi les épreuves, très contente, à l’exception de l’examen de mathématiques que j’ai failli ne pas passer car je n’ai jamais aimé les chiffres. »[5]

Le témoignage de Betshabé nous montre à quel point il était nouveau de voir des filles passer le baccalauréat: il s’agissait d’un véritable spectacle d’une rareté absolue. De plus, ce témoignage nous laisse entrevoir que seules quelques-unes arrivaient jusqu’à la fin du cycle secondaire, et parmi elles une très petite minorité décidait de passer les examens. Il y avait donc encore une certaine résistance de la part des jeunes filles, et probablement de leurs parents, qui hésitaient à les laisser aller jusqu’au bout de leurs études. D’ailleurs, dans les cercles de la bourgeoisie, il était souvent mal vu que les filles étudient puisque cela signifiait qu’elles voulaient chercher un travail ; et si elles se trouvaient dans une telle nécessité, c’était parce que la famille manquait d’argent, d’où la phrase prononcée par les parents empreinte d’un certain orgueil: « Ma fille n’a pas étudié parce qu’elle n’en a pas besoin. »

D’autre part, malgré que le gouvernement libéral de Montes visât à développer l’éducation des femmes, de grandes différences existaient encore quant au soutien financier que recevaient les collèges et lycées de filles par rapport à ceux des garçons:

« Une des causes déterminantes du manque d’activité et d’enthousiasme au sein des Lycées… est la grande inégalité des budgets économiques des Lycées des jeunes filles par rapport à ceux des garçons, et cette inégalité est accrue entre les Lycées de filles eux mêmes, malgré que le travail soit absolument le même. »[6]

Cette contradiction manifestée dans le fait d’encourager et d’inciter l’éducation des femmes, et en même temps d’attribuer à cet effort un budget restreint, est également visible dans la tentative du gouvernement de promulguer un décret visant à instaurer le célibat des femmes professeurs:

« Le Ministre a déclaré que le décret n’interdisait pas le mariage, il établissait seulement une alternative entre se marier et prendre soin du foyer ou ne pas se marier et enseigner au lycée. Il a ajouté que si un homme se marie, c’est sûrement dans l’intention de soutenir sa famille il ne permettrait pas que sa femme travaille. Il a encore ajouté que lorsqu’une femme se marie, elle est victime de perturbations organiques à caractère physiologique. »[7]

Les femmes faisaient l’objet de préjugés de la part des hommes politiques qui leur accordaient une fonction purement « maternelle », que ce soit dans leurs foyers ou au sein de la société. Elles ne pouvaient combiner ces deux « maternités », elles devaient choisir entre travailler en tant que professeurs ou se consacrer à leurs enfants et à leurs époux. Aucun compromis n’était possible.

Plus tard dans les années 1920, d’autres possibilités s’ouvrirent aux femmes pour leur instruction et leur éducation. Ainsi, en 1928, on parla de la possibilité de créer une École Commerciale de Filles comptant des disciplines comme le commerce, la comptabilité et l’arithmétique. De la même manière, une autre voie leur fut ouverte à travers des cours de secourisme, en 1924 dispensés à l’hôpital de Miraflores à La Paz. Les filles pouvaient également étudier au Conservatoire National de Musique où la plupart des élèves étaient des femmes et à l’École des Beaux-Arts, qui offrait des cours de peinture, de musique et de déclamation[8].

Avec le développement de l’éducation des femmes, en ce début de siècle, toute une génération de filles issues des classes moyennes et élevées furent éduquées, formant ainsi la première intellectualité féminine en Bolivie. Ce seront ces femmes, élèves et professeurs dans les premiers collèges et lycées pour filles, qui seront à l’origine de la création des premières organisations féministes au début des années 1920.

De par leur éducation et leur travail, elles se trouvaient en décalage par rapport aux droits que leur conférait la loi: en plus d’être exclues de la vie politique du pays, elles étaient assujetties à leurs maris par la loi et le Code Civil qui leur attribuait un statut de mineures une fois mariées.

b) La situation légale des femmes dans les années 1920 en Bolivie

Le Code Civil bolivien fut promulgué en 1831. C’était la copie fidèle du Code Napoléonien de 1804 avec quelques modifications et omissions, afin de s’adapter aux réalités du pays. Ce Code, qui subit quelques changements dans les années 1880, resta en vigueur jusqu’en 1976. Il régissait les droits civils des boliviennes qui avaient un statut de mineures, étant soumises à l’autorité des hommes, que ce soit leurs pères ou leurs maris.

En effet, dans le Code Civil bolivien de 1831 le mari était considéré comme le chef de la société conjugale, et il exerçait de pleins droits la patria potestad (la puissance paternelle) sur ses enfants et ses domestiques qui en respect de celle-ci lui devaient obéissance et soumission. La patria potestad lui donnait le droit de les corriger si nécessaire, ainsi que l’usufruit légal des biens matériels de la famille et la direction des affaires. La femme exerçait la patria potestad sur ses enfants de manière beaucoup plus restreinte. D’ailleurs, le Code ne déclarait, à aucun moment, que la patria potestad était attribuée aux deux parents. Etant donné que le mari était le chef de la société conjugale, la patria potestad était attribuée à lui seul, et il pouvait l’exercer pleinement ; la patria potestad n’était exercée par la femme que subsidiairement. Tant que le mari était vivant, elle était entièrement assujettie à l’autorité de celui-ci. Ainsi, d’après la loi du 1er octobre 1890, la femme n’exerçait la patria potestad que si le mariage était dissout: « Le fils est sous l’autorité du père légitime ou naturel et en son absence sous l’autorité de la mère jusqu’à sa majorité ou son émancipation ».[9] De la même manière, l’article 130 du Code Civil bolivien instituait: « Le mari doit protection à sa femme, la femme lui doit obéissance »[10]. D’après cet article, le mari, en tant que chef de famille, avait sous sa responsabilité le soutien matériel et moral du foyer et il devait donc protéger sa femme. Celle-ci était sous l’autorité de son mari et entièrement soumise à sa volonté. La loi l’obligeait à lui obéir en toutes circonstances. Le mari apparaissait ainsi comme une sorte de « deuxième père », exerçant sa puissance paternelle sur sa femme qui devait lui obéir de par son statut de mineure et sa présupposée « infériorité ».

En outre, d’après l’article 131, la femme était obligée d’habiter avec son mari et de le suivre partout où celui-ci décidait d’habiter. En revanche, ce dernier devait héberger sa femme, et lui donner tout ce qui était nécessaire à ses besoins vitaux, selon ses facultés et son état. Ainsi, l’article 53 instituait: « La femme mariée n’a d’autre domicile que celui de son mari. »[11]

En ce qui concerne la nationalité des femmes boliviennes, l’article 11 du Code Civil stipulait ainsi: « La femme bolivienne mariée avec un étranger adopte la nationalité de son mari. »[12] Celle-ci perdait donc sa nationalité une fois mariée avec un étranger.

D’autre part, d’après l’article 132, une femme ne pouvait comparaître dans un procès sans l’autorisation de son mari. Néanmoins, l’article suivant affirmait que les femmes n’avaient pas besoin de cette autorisation lorsqu’elles étaient poursuivies en matières criminelles.

Au sujet de l’administration des biens matériels, l’article 134 reconnaissait que la femme ne pouvait ni donner, ni aliéner ni acquérir, à titre gratuit ou onéreux, des biens sans le concours de son mari, ou sans son consentement, ou encore sans sa ratification postérieure. D’après l’article 133, « si le mari est infirme ou absent, le juge, en connaissance de causes peut autoriser la femme à comparaître dans un procès, ou à signer un contrat. »[13] Ainsi, en cas d’absence de son époux la femme passait sous la tutelle d’un juge qui prenait la place du mari pour lui accorder ou non son autorisation. D’autre part, l’époux avait l’usufruit des biens dotaux avec les obligations que cela impliquait. Il pouvait les aliéner sans autorisation de sa femme, à l’exception des biens immeubles qui n’étaient pas aliénables, sauf dans les cas de nécessité prévus par la loi et avec le consensus des deux conjoints. En outre, la femme mariée pouvait administrer ses propres biens ; il s’agissait des biens qui n’étaient pas compris dans la dot (« bienes parafernales »). Cependant, elle ne pouvait ni les aliéner ni comparaître dans un procès, sans la licence du mari, ou en son absence, sans la licence du juge rattaché au domicile conjugal.

La femme majeure et célibataire pouvait administrer ses biens et les aliéner dans le cours de ses affaires et de sa vie civile. La femme mariée pouvait agir de même, mais uniquement lorsque le mariage était dissout soit par la mort du mari ou soit par le divorce.

L’article 136 attribuait à la femme la capacité de faire appel au juge dans le cas où le mari aurait refusé de donner son autorisation ; le juge pouvait alors remplacer le mari.

D’après l’article 155, les profits réalisés au cours du mariage devaient être partagés entre les deux conjoints en cas de séparation. Cependant, si la femme avait commis adultère, elle perdait tous les profits ainsi que la dot constituée par le mari. De même, d’après l’article 974, les acquêts du mariage appartenaient aux deux conjoints, mais seul le mari pouvait les aliéner, y compris sans le consentement de sa femme.

D’autre part, les époux pouvaient établir librement des testaments sur leurs biens propres, leurs « bienes parafernales », leurs bien patrimoniaux, dotaux, et leurs acquêts, en suivant les dispositions établies par la loi sur les droits des héritiers et des parts légitimes. L’article 459 stipulait que les garçons âgés de moins de 14 ans, et les filles âgées de moins de 12 ans ne pouvaient faire de testaments. Cependant, après avoir dépassé cette limite d’âge, ils pouvaient en constituer librement comme s’ils étaient hors de la patria potestad. D’après l’article 140, la femme pouvait constituer un testament librement sans l’autorisation de son mari[14], ce qui était en fin de compte la seule chose qu’elle était en droit de faire sans l’autorisation de celui-ci.

La condition juridique des femmes des années 1920 était la même qu’en 1831, c’est-à-dire, quelques années après que la Bolivie soit devenue un pays indépendant (en 1825), et ce, malgré que la condition et la vie des femmes aient changé, notamment au début du siècle, avec le développement de leur éducation et leur entrée progressive dans le marché du travail. Il y avait donc un décalage important entre leur condition juridique et les changements qui étaient en train de s’opérer par rapport à leurs conditions de vie. Et c’est ce décalage qui fut dénoncé par les premières féministes qui firent leur apparition au début des années 1920.

B) Les associations féministes

a) Leurs origines

Une première génération importante de femmes bénéficiaires du développement de l’éducation au début de siècle fit son apparition dans la vie publique au début des années 1920 avec la création et la formation de ce qu’elles ont nommé le plus souvent comme les Centres Intellectuels et Artistiques de jeunes filles  (« Centros Artísticos e Intelectuales de Señoritas »). Il s’agissait, à l’origine, d’organisations destinées à accueillir les expressions artistiques, littéraires et intellectuelles de jeunes femmes cultivées issues des classes moyennes et élevées de la société, qui se réunissaient pour lire des poèmes et des contes qu’elles avaient écrits, pour déclamer leurs poèmes favoris, commenter des livres, jouer au piano, exposer leurs peintures, et enfin, faire la fête entre amis.

La première de ces organisations à apparaître en Bolivie fut le Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro (« Centro Artístico e Intelectual de Señoritas de Oruro »), fondée en 1920 par trois jeunes femmes: Laura Graciela de La Rosa Torres (voir annexe n°5), Bethsabé Salmón Fariñas (voir annexe n°4) et Nelly López Rosse (voir annexe n°3). Au tout début il ne s’agissait pas d’une organisation féministe, puisqu’elle avait été créée de manière assez informelle comme s’en souvient Laura Graciela de la Rosa Torres:

« C’était un groupe informel. Au lieu de passer les dimanches à se reposer ou à s’entretenir, on préférait les passer à lire des livres, et à commenter des affaires diverses ; d’où le nom de centre intellectuel qu’on lui a attribué »[15].

Bethsabé Salmón rapporte le même témoignage quant à la fondation de cette organisation:

« Le centre en réalité est né par pure frivolité ; on voulait danser, on voulait passer du temps avec nos amoureux, on voulait réciter des poèmes, chanter. Nous nous sommes réunies avec un groupe de jeunes filles de la société d’Oruro et nous avons formé cette organisation pour pratiquer l’art, la lecture, pour faire des commentaires et aussi, pourquoi ne pas le mentionner, pour converser avec nos copains et nos petits amis. Dans ce sens, nous nous réunissions dans différentes maisons de famille chaque dimanche. Là, on récitait, on chantait. On était trois amies à réciter toujours des poèmes, combien de vers n’ai-je pas appris…»[16]

L’organisation était formée d’un groupe assez important de jeunes femmes issues des classes moyennes et élevées de la société d’Oruro de l’époque, qui se réunissaient avec leurs amis et petits amis:

« Dans le centre on était environ quarante ou cinquante personnes. On était toutes de très bonnes amies, loyales, sincères. Il y en avait quelques-unes avec lesquelles on partageait une amitié exceptionnelle… »[17]

Ce groupe quasi informel au début, formé par des amies qui désiraient s’amuser et s’entretenir intellectuellement, devint progressivement une organisation où s’exprimèrent les souhaits de ces jeunes en tant que femmes. Ainsi, elles commencèrent à réfléchir sur la condition réelle des femmes et sur la place qu’elles devaient occuper dans la société. Elles considéraient que les femmes y devaient jouer un rôle important à travers les fonctions et les qualités qui leur étaient dévolues. Elles devaient donc s’occuper de la charité, de l’éducation, de la protection des enfants, etc., surtout si elles avaient la chance d’avoir été éduquées. Privilégiées de par leur culture et leur éducation, elles s’interrogeaient sur l’accès général des femmes à l’éducation, sur la nécessité de l’améliorer et de l’élargir à d’autres catégories de femmes. Ainsi, les femmes devaient être instruites dans le but de pouvoir offrir une bonne éducation à leurs enfants et par conséquent former de bons citoyens pour le « progrès » de la patrie. De même, elles considéraient que l’émancipation des femmes commençait par l’éducation, qu’elle passait ensuite par le travail et l’indépendance économique. Le moyen utilisé par ces femmes pour exprimer toutes ces idées et inquiétudes qui commençaient à surgir à travers leurs débats et leurs échanges, fut la publication, en 1921, d’une revue intitulée Feminiflor (que l’on étudiera plus en détail ultérieurement). Ce fut à travers cette revue que s’exprimèrent les premiers souhaits et revendications féministes des femmes du Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro.

Bethsabé Salmón raconte comment naquit le mouvement pour la publication de cette revue, et comment l’organisation acquit une orientation féministe:

« Lorsqu’on se réunissait, on emmenait toujours des livres qui venaient d’être publiés comme ceux d’Alfonsina Storni ; et puis, d’autres. On les commentait, on les lisait, et un jour, on s’est dit, pourquoi on n’en ferait pas des résumés et des compositions pour dimanche prochain ? […]

On se réunissait religieusement mais ce n’était pas toujours la fête. L’ambiance, peu à peu, a changé. On a commencé à se demander ce qu’on voulait en tant que femmes, ce qu’on cherchait, où l’on allait. On orienta petit à petit nos préoccupations jusqu’à exprimer nos demandes. Ainsi, s’est incarnée la nécessité de revendiquer la condition de la femme bolivienne, on a réussi à percevoir la place qu’elle devait occuper dans notre société. Le fait d’être nées femmes n’allait pas faire de nous des êtres inférieurs. On devait lutter pour nous dépasser, pour être égales aux hommes, avec les mêmes privilèges, les mêmes droits, la même instruction et pour gagner le même espace dont jouissaient les hommes. »[18]

Le Centre prit donc une allure beaucoup plus formelle, surtout à partir de mai 1921 avec la fondation de la revue Feminiflor. Le Centre avait désormais un règlement qui régissait son organisation et son fonctionnement. Différentes charges administratives étaient attribuées à ses membres. Le renouvellement des personnes aux différentes charges était réglé par des statuts. On n’a malheureusement pas pu trouver le règlement, mais l’on sait par les informations publiées dans la revue Feminiflor, que la direction devait être renouvelée après un temps spécifique. Celle-ci était composée de différentes charges: présidence, vice-présidence, 2ème vice-présidence, secrétariat, pro secrétariat, trésor. Plusieurs membres faisaient partie du Conseil. Les autres femmes qui composaient l’organisation avaient le statut de membres actifs. Les membres se réunissaient chaque dimanche pour les sessions ordinaires. Des sessions extraordinaires pouvaient avoir lieu les autres jours de la semaine, probablement pour aborder des affaires qui n’étaient pas prévues dans les sessions ordinaires. Le Centre ne possédait pas de local propre: les membres se réunissaient donc dans les demeures familiales de chacun des membres. Si l’on en croit les souvenirs de Laura Graciela de La Rosa Torres, le Centre aurait compté entre 40 et 50 membres à une période donnée.

Les principales activités de l’association étaient, bien évidemment, la rédaction et publication de Feminiflor, mais également l’organisation de soirées littéraires et musicales ouvertes au public à l’occasion de fêtes patriotiques par exemple. Lors de ces manifestations, les membres présentaient leur travail artistique, soit en jouant du piano, soit en récitant des poèmes, soit encore à travers des discours sur une question artistique ou intellectuelle.

Le Centre Artistique et Intellectuel de Oruro eut une durée de vie relativement courte (3 ans environ). Il arrêta de fonctionner lorsque les jeunes femmes qui l’avaient fondé cessèrent de publier la revue Feminiflor en 1923, non pas parce qu’elles manquaient de lecteurs, mais parce que la plupart des membres s’étaient mariées, et elle n’étaient plus aussi disponibles qu’auparavant. Ce fut donc une association éphémère, mais la première du genre. Elle contribua à communiquer l’élan à d’autres villes du pays qui poursuivirent l’expérience.

b) Leur développement

En novembre 1921, un Centre artistique et culturel nommé Iris fut créé à Cochabamba, inspiré et stimulé par son homologue d’Oruro. On n’a pas autant d’informations sur cette organisation puisque l’on n’a malheureusement pas pu trouver la revue homonyme qu’elle publiait. Cependant, on a réussi à trouver certaines informations grâce à la revue Feminiflor  n° 7 de novembre 1921, qui lui consacre plusieurs articles de félicitation informant le public d’Oruro de l’apparition de ce Centre et de sa revue. D’ailleurs, ses membres envoyèrent un article et une lettre aux rédactrices de Feminiflor annonçant leur nouvelle entreprise. Il semblerait que les fondatrices du Centre de Cochabamba aient eu des liens d’amitié avec les membres du Centre Artistique d’Oruro. Ainsi, inspirées et stimulées par leurs amies, elles décidèrent de fonder une organisation homologue dans leur ville. Ainsi, on peut lire dans leur article:

« Stimulées par nos sœurs de la ville du Pagador (Oruro) et encouragées par leur exemple, on tente une activité complètement nouvelle pour nous. »[19]

L’orientation féministe de leurs objectifs était annoncée clairement au début:

« Peut-être notre enthousiasme est-il supérieur à nos aptitudes ; mais l’on croit accomplir notre mission en contribuant au noble travail d’exalter la femme, malheureusement si abattue dans notre pays, en raison des préjugés si profondément enracinés qu’il est grand temps de corriger. En démontrant que, nous les femmes nous pouvons faire autant que les hommes ; que cet être fragile et délicat, comme ils nous appellent, peut lutter avec autant d’acharnement et de persévérance qu’eux. »[20]

Cette organisation s’inspira donc du contenu des orientations féministes du Centre d’Oruro déjà établies, et, contrairement à ce dernier, elle justifia son existence par les objectifs féministes qu’elle s’était donnés. Elle ne fut pas seulement fondée pour des distractions intellectuelles, comme son homologue d’Oruro à ses origines, mais comme une organisation artistique et intellectuelle, aux orientations féministes qui allaient être exprimées dans la revue Iris.

Les membres du Centre Artistique d’Oruro furent invités à l’inauguration du Centre de Cochabamba. Laura Graciela de La Rosa Torres, qui était présente à cette inauguration, prononça un discours de félicitations qui a été transcrit dans Feminiflor. Le discours concluait ainsi:

« IRIS: au nom de la jeunesse féminine d’Oruro, et au nom de Feminiflor, votre grande sœur, je vous salue comme nos sœurs spirituelles, tes vaillantes et courageuses Rédactrices, à qui on souhaite le plus franc succès, dans le difficile travail qu’elles ont entrepris. 

Balnéaire de Cala-Cala, 14 novembre 1921.

Laura G. De la Rosa T. »[21]

En qualifiant Feminiflor de « grande sœur » de la revue Iris, la directrice du Centre Artistique d’Oruro établit une filiation directe entre les deux organisations, et par ce geste elle établit également un ensemble d’objectifs et une lutte commune entre les deux organisations. Cette filiation et communion de luttes et d’objectifs ont également été établies par le Centre de Cochabamba dans la lettre qu’elles ont envoyée aux rédactrices de Feminiflor:

« Aux distinguées rédactrices de Feminiflor.

Chères amies:

En faisant écho à la voix lancée par Feminiflor, les filles du Tunari (Cochabamba) nous nous sommes courageusement lancées dans le journalisme. Voilà la toute petite Iris.

Elle voit le jour aujourd’hui pour la première fois. Quel effet aura-t-elle?

On ne le sait pas.

Cependant, nous croyons que lors de son arrivée à Oruro, Feminiflor l’accueillera bénévolement et montrera une véritable joie envers sa nouvelle sœur, qui a surgi à la lumière du jour pour être sa fidèle compagne, que ce soit dans les luttes ou dans les triomphes.

À cette occasion, on est très heureuses de vous manifester notre profonde sympathie et notre adhésion au travail efficace que vous réalisez avec Feminiflor.

Et en vous saluant affectueusement, nous vous présentons notre plus sincère amitié. 

 

Elena Gutierrez Reza, María Antonia Careaga, María Teresa Urquidi R. (voir annexe n°6).

Corps de rédaction.

Cochabamba, 14 novembre 1921. » [22]

Directement inspiré par l’organisation d’Oruro, le centre de Cochabamba était organisé de la même manière, avec les mêmes charges de la direction. Ainsi, la présidente était María Antonia Careaga, la vice-présidente, María Teresa Urquidi R. (voir annexe n°6), la 2e vice-présidente Elena Gutierrez Reza, la secrétaire, Alcira Velarde Guzmán, la pro secrétaire, Mercedes Oblitas Velarde, et la trésorière, Blanca del Granado.

Malheureusement, on n’en sait pas plus sur cette organisation ni sur ses activités. Toutefois étant donné qu’elle était inspirée par l’association d’Oruro, on peut supposer que son fonctionnement était semblable. De même, les activités et les idées féministes revendiquées dans la revue Iris étaient probablement similaires à celles de leur homologue d’Oruro. On ne sait pas exactement quand le centre a cessé d’exister, mais, au 1er avril 1924, il était toujours en activité, bien que la revue ne fût plus publiée. En effet, à cette date les membres du centre Iris envoyèrent une lettre pour féliciter les rédactrices à propos d’une nouvelle revue féministe apparue à Potosí sous le nom de Venas de Plata (« Veines d’argent »). Cette revue, dont on parlera plus en détail ultérieurement, était du même genre que Feminiflor ou Iris, c’est-à-dire créée par des femmes et destinée particulièrement à celles qui désiraient améliorer leurs conditions de vie et lutter pour leurs droits civils et politiques. Après avoir félicité l’initiative des rédactrices de Venas de Plata, les dirigeantes d’Iris firent savoir que leur revue n’était plus en circulation en raison d’un environnement défavorable:

« Cochabamba, 6 mars 1924,

Mlles les rédactrices de Venas de Plata, Potosí.

Chères desmoiselles:

 

On vous remercie de nous avoir envoyé le premier numéro de la revue Venas de Plata, on vient de le recevoir.

La lecture de Venas de Plata a été une surprise très agréable pour nous. Ses articles montrent clairement la pureté des idéaux sur lesquels se sont inspirées leurs rédactrices.

Les femmes de Cochabamba se sont confrontées à un obstacle dans l’environnement, insurmontable dans l’immédiat, et c’est pour cela qu’Iris n’est plus éditée. Mais on garde toutes l’espoir en luttant pour pouvoir reprendre notre travail.

Le conseil d’administration d’Iris vous envoie ses sincères salutations, en souhaitant que Feminiflor, Iris, Ideal Femenino, et Venas de Plata soient les liens qui unissent Oruro, La Paz, Potosí, Cochabamba, et que bientôt surgissent des championnes féminines dans les départements de notre patrie bien-aimée qui n’en a pas encore.

Vos très humbles et très obéissantes servantes.

María Teresa Urquidi R.

Directrice

Marina Montenegro Quiroga.

Administratrice »[23]

Iris eut donc une durée de vie assez éphémère comme la plupart des revues de ce type. Le message de cette lettre laisse entrevoir que l’accueil de la revue ne fut pas très favorable. Était-ce par manque de lecteurs ? Tant qu’on n’aura pas d’autres informations sur cette organisation et sa revue, la question restera ouverte.

D’autres organisations du même genre surgirent suivant l’exemple du Centre Artistique et Intellectuel d’Oruro, telles que le Centre Intellectuel de Cochabamba qui édita la revue Reflejos à partir d’octobre 1922. Cette information nous a été procurée par le numéro 16 de la revue Feminiflor d’octobre de cette même année:

« Journalisme

Le ‘Centre Intellectuel’ de la ville de Cochabamba a créé une revue sous le nom de Reflejos.

Nous envoyons à ses rédactrices nos plus sincères félicitations et applaudissements.

Nous rétribuons l’échange avec plaisir. »[24]

Nous n’avons malheureusement pas d’autres informations sur ce centre puisque l’on n’a pas trouvé la revue.

La lettre précédente envoyée par la direction d’Iris, mentionne une autre revue publiée à La Paz: Ideal Femenino éditée par l’organisation Centre Idéal Féminin (« Centro Ideal Femenino ») dont la directrice était Ana Rosa Tornero (voir annexe n° 7). On n’a pas non plus beaucoup d’informations sur cette organisation puisque ladite revue reste introuvable. Cependant, à l’occasion du deuxième anniversaire de Feminiflor, en mai 1923, Ana Rosa Tornero envoya une lettre aux rédactrices de la revue pour les féliciter. Cette dernière fut publiée dans l’édition spéciale de l’anniversaire, le n° 22 de mai 1923. Dans cette lettre, Ana Rosa Tornero établit une filiation entre les deux organisations en qualifiant Feminiflor de précurseur du journalisme féminin et féministe, et en évoquant une même lutte et des objectifs communs à atteindre:

« Le 25 mai, au petit matin, au milieu des premières lueurs du jour et des émanations de lumière, s’annonce un jour glorieux pour nos sœurs du Pagador (Oruro). Feminiflor atteint aujourd’hui deux années de vie, ce qui implique un nouveau triomphe, deux années d’une lutte acharnée dans la voie tumultueuse du journalisme, deux années de travail constant dans l’horizon intellectuel.

Pour célébrer cette date, les cloches du droit et de la justice annoncent victorieusement l’anniversaire des merveilleux sentiments qui émanent d’un bouquet de fleurs ravissantes, dont les idéaux aromatiques enivrent les champs féminins. Au souvenir de ce jour, la joie trouve un écho et répercute dans les cœurs de ses sœurs d’aspirations et de lutte.

Feminiflor qui a donné le premier coup de clairon au journalisme féminin, ressent aujourd’hui la fierté des vainqueurs ; cette aube de la jeunesse est ceinte de l’auréole de la gloire.

Comme la fleur qui meurt poétiquement, comme le soldat, héroïque, avec, à ses côtés, son fusil, ou le pilote, défiant le condor, nous qui manions la plume, nous devons sacrifier, si possible, nos vies en honneur de nos aspirations en défendant avec courage les privilèges de l’héroïsme féminin.

Vous, camarades journalistes, vous avez plaidé avec l’arme de la réalité face à ces esprits rongés par le pessimisme ; aujourd’hui, dans le domaine de la culture, flambe le drapeau de la victoire. Sous ses plis, se trouve gravé en lettres d’or le nom de Feminiflor. Un nouveau soleil éclaire le jardin fleuri, il reflète la persévérance et ravive les boutons qui entrouvrent leurs pétales à la vie.

Ideal Femenino s’associe à la joie de Feminiflor et ses rédactrices vous envoient des mots empreints de félicitation, tout en formulant prospérité pour leurs sœurs, elles répètent: Luttons jusqu’à vaincre et mourir glorieuses, poussées par les mots d’un célèbre écrivain qui a dit: « Là où il n’y a pas de combat, il n’y a pas de victoire. »

Ana Rosa Tornero A.

Directrice de Ideal Femenino »[25]

À travers cette lettre, on observe que les objectifs du Centre Idéal Féminin étaient les mêmes que ceux de son homologue d’Oruro. La durée de vie de sa revue, Ideal Femenino, dut être assez courte puisqu’à partir de septembre 1923, les membres de ce centre commencèrent à en éditer une nouvelle: Aspiración, dont on parlera plus loin. Il s’agissait d’une revue dans la lignée de toutes les autres: une revue féminine, culturelle et féministe à travers laquelle s’exprimaient les demandes et les idées des féministes qui appartenaient au centre qui la publiait. La directrice de cette revue était Rosa Viscarra Heredia, la rédactrice en chef, Matilde Carmona Rodo (voir annexe n°8) et l’administratrice, Ana Rosa Vázquez (voir annexe n°9). On ne sait pas exactement quand le Centre Idéal Féminin cessa ses activités, mais Aspiración ne publia que 5 numéros, à savoir de septembre 1923 à février 1924.

Par ailleurs, la plupart des membres du Centre Idéal Féminin, dont les trois responsables mentionnées, participèrent à la fondation de l’organisation qui allait être la plus importante, la plus solide et durable de toutes: l’Athénée Féminin (« Ateneo Femenino ») de La Paz.

c) L’Athénée Féminin de La Paz et les réseaux féministes

Ses origines

Cette organisation fut créée en avril 1923 par l’initiative de celle qui allait être sa directrice pendant de nombreuses périodes et années: María Luisa Sánchez Bustamante de Urioste (voir annexe n°10). Elle fut fondée en tant que section féminine d’un centre intellectuel d’hommes déjà existant à La Paz, l’Athénée de la Jeunesse (« l’Ateneo de la Juventud »).

Le numéro 22 de la revue Feminiflor (mai 1923) nous rapporte l’événement ainsi:

« Athénée de la Jeunesse

Dans cet important centre culturel de La Paz, vient de se fonder une section spéciale féminine qui tend à cultiver les arts.

Dignement présidé par Madame Bustamante Urioste, ce centre d’esprits selects a accordé une avancée significative vers le progrès féminin ; entouré d’une ambiance intellectuelle de grande valeur, qui sera un stimulant pour contribuer à son progrès, on ne peut attendre que des jours remplis de véritables succès pour l’Athénée de la Jeunesse qui élèveront le statut de la femme bolivienne.

Feminiflor qui ne peut pas être indifférente, et qui signifie évolution et progrès dans les sphères féminines, a le plaisir d’envoyer à l’Athénée de la Jeunesse, à travers Madame Bustamante, ses chaleureuses félicitations en lui augurant un brillant succès dans son travail innovateur. »[26]

Cependant, l’Athénée Féminin se constitua comme une organisation totalement autonome et indépendante de son centre d’origine. Les hommes n’avaient aucun pouvoir de décision sur elle, et l’orientation féministe de cette organisation fut visible et claire dès ses débuts. María Luisa Sánchez Bustamante raconte qu’elle s’est inspirée d’une organisation de femmes au Chili pour la création de l’Athénée:

« Je vais vous expliquer les origines de sa fondation. J’ai habité au Chili pendant très longtemps et je me suis aperçue que les femmes travaillaient beaucoup pour leur pays et pour leur culture, alors qu’ici, celles qui apprenaient quelque chose restaient à la maison.

Je suis revenue avec l’idée de fonder une institution de femmes similaire au « Club de Señoras de Santiago » au Chili, qui était très beau à l’époque ; mais bien sûr, là bas, il y a des fortunes considérables, tandis qu’ici on est très pauvres…

J’ai rencontré quelques amis qui avaient créé l’Athénée de la Jeunesse, deux ans auparavant, pendant que j’étais en voyage. Cette institution me plut beaucoup et nous avons convenu que je fonderai l’Athénée Féminin, mais bien sûr, ils ont voulu s’immiscer dans notre Athénée, et, étant donnée que je suis essentiellement féministe je leur ai dit que non, qu’on allait faire un pacte pour collaborer entre nous mais que les hommes n’interviendraient pas dans nos affaires. Je ne voulais pas que les hommes s’en mêlent –non pas parce que je suis leur ennemie– au contraire –j’ai eu de très bons amis et jamais les hommes ne m’ont nui– mais j’avais déjà expérimenté une certaine discrimination de leur part envers les femmes, c’est-à-dire, que je ne pouvais pas accepter cette intrusion. J’ai alors créé un dicton assez drôle qui disait: « Laissez-nous, les femmes, écrire des sottises, ne nous censurez pas. »

Dans notre Athénée on a fait de la culture et surtout du féminisme ; la première chose qu’on a voulu c’étaient les droits civils, puis les droits politiques. La première institution en Bolivie qui a demandé les droits politiques a été l’Athénée. Et les garçons –qui étaient tellement en retard nous sifflaient en disant ‘Ces folles, elles veulent être députés’. Je n’ai jamais été député jusqu’à maintenant, non parce que je ne l’ai pas voulu, mais parce que j’ai toujours été dans les partis de l’opposition, et bien sûr, ils ne gagnent jamais ; mais je me suis bien portée candidate. »[27]

L’Athénée Féminin eut la plus longue durée de vie de toutes les autres organisations. On sait qu’au début des années 1980 elle était toujours en activité. Autrement dit, elle fonctionna pendant plus de 60 ans, dont 28 furent dirigés par sa fondatrice, María Luisa Sánchez Bustamante. Ce fut donc une exception parmi les associations féministes ayant existé tout au long de la période étudiée, de 1920 à 1952, et ayant connu une durée de vie éphémère. Ce fut également le premier Centre qui organisa une campagne constante pour l’obtention des droits civils et politiques des femmes.

L’Athénée Féminin publia deux revues: Eco Femenino, de septembre 1923 jusqu’à fin 1925, et Indice, qui fut éditée à partir de décembre 1927 et qui atteignit seulement 3 numéros. La plupart des informations que l’on possède sur cette organisation datent des années 1920 car elles nous ont été fournies à travers ces revues. La publication d’Eco Femenino fut annoncée en septembre 1923 dans la revue Aspiración prônant des objectifs communs entre les deux revues:

« ‘Eco Femenino’,

Organe de l’Athénée Féminin, dont la création est annoncée pour les jours qui suivent, sera dirigé par Mlle Ana Rosa Tornero. On ne doute pas qu’avec le nouveau collègue féminin, on soit liées par des sentiments identiques de progrès et d’idéaux élevés, qui tendent à une fin primordiale et urgente: l’union et l’harmonie de la famille bolivienne.

Aspiración félicite avec effusion l’Athénée Féminin à travers sa digne représentante, Madame M. Luisa B. de Urioste, pour cette innovation dans son travail enthousiaste pour le bien de la culture féminine. »[28]

Le fait qu’une grande partie des membres qui composaient le Centre Idéal Féminin et qui administraient la revue Aspiración fussent également membres fondateurs de l’Athénée Féminin, renforçait l’union et les liens entre ces deux organisations.

L’Athénée Féminin avait été formée pour être une organisation féministe, mais également une organisation sociale dont les buts étaient le « progrès social ». Pour atteindre ce dernier, l’amélioration de l’éducation des femmes, la protection de leur travail et l’obtention de leurs droits civils et politiques étaient des objectifs primordiaux.

Ses objectifs

L’Athénée Féminin était régi par des statuts dont on connaît uniquement le chapitre premier qui traite des fins de l’association. Elle se présentait comme une organisation intellectuelle et artistique avec des objectifs sociaux, dont le principal était l’amélioration de la condition civile et juridique des femmes, ainsi que leur développement culturel et la protection de leur travail. Elle annonçait dans le même sens les projets qu’elle prétendait entreprendre pour atteindre ses fins:

«  Statuts

De l’ Athénée Féminin de La Paz

Chapitre 1

Fins de la société

 

1°.- Est organisée dans la ville de La Paz, au mois d’avril 1923, une société féminine autonome avec des fins intellectuelles, artistiques et du bien public ; elle admettra en son sein l’étude de tous les problèmes sociaux et particulièrement ceux qui concernent la femme dans sa condition civile et juridique.

 

2°.- La société travaillera pour l’amélioration culturelle féminine dans les diverses sphères sociales ; elle encouragera le réveil, le développement et le perfectionnement intellectuel; elle protègera le professionnalisme et le travail des femmes.

 

3°.- Cette société aura pour nom Athénée Féminin et en elle, toutes les femmes boliviennes et étrangères trouveront la liberté de développer leurs idées. De même, ses portes seront ouvertes à toutes les sociétés qui travaillent pour le progrès du bien public ; elles recevront une collaboration morale et effective et pourront avoir des délégués faisaint partie de la direction, en qualité de membres du Conseil.

 

4°.- Pour parvenir à ses fins, l’association soutiendra, avec ses propres moyens, une ‘Bibliothèque Publique’, une ‘Caisse de Fonds et de Secours’ pour la femme professionnelle et intellectuelle, la publication de revues et d’annales, elle organisera des conférences et des concours pour les femmes et pour les enfants, des cours d’éducation complémentaire, etc., etc. »[29]

Il est intéressant de noter que l’association se présente d’abord comme une organisation sociale aux fins de « progrès social ». Englobée dans celles-ci se trouve la condition des femmes de toute classe sociale. Ainsi, l’Athénée Féminin prouve que c’est une organisation dont les préoccupations concernent non seulement les femmes mais aussi l’ensemble de la société: leurs objectifs vont au-delà de l’obtention des droits civils et politiques des femmes, s’inscrivant dans le sens qu’elles attribuent au féminisme qu’elles revendiquent: sont incluses les préoccupations sociales pour le progrès de la patrie dans lequel les femmes devaient jouer un rôle prépondérant. En vue de tenter de donner une définition du féminisme que proclamaient les femmes boliviennes, on analysera plus en détail leurs projets sociaux ultérieurement.

Les membres[30]

Les membres de l’Athénée Féminin avaient différents statuts selon le rôle qu’elles jouaient dans l’organisation. Ainsi, il existait 4 catégories d’associées: les membres honoraires, les membres actifs, les correspondantes et les membres passifs. Les membres honoraires étaient directement nommés par la direction qui prenait en compte le travail de notoriété dans le domaine scientifique, didactique, littéraire, artistique ou humanitaire des personnes proposées à cette nomination. L’on connaît uniquement deux personnes qui possédaient ce statut: la célèbre poétesse uruguayenne, Juana de Ibarbourou, nommée membre honoraire en mai 1925[31] et María Luisa Sánchez Bustamante, nommée présidente honoraire de l’organisation en juillet 1925, lors du renouvellement de la direction où Rosa Infante (voir annexe n°11), fut élue Présidente[32].

Pour être associée active, passive ou correspondante, un membre de la Direction ou du Conseil devait présenter par écrit à l’une des réunions, les nom et prénom de la candidate ainsi que sa biographie, en indiquant le type d’activité intellectuelle ou sociale qu’elle réalisait, la profession ou les titres qu’elle possédait. Pour devenir associée active, il fallait présenter une thèse d’admission qui devait être lue au cours de l’une des sessions publiques de l’Athénée ou publiée dans sa revue. Ainsi, par exemple, Ana Rosa Vázquez (voir annexe n°9) présenta sa thèse d’admission en octobre 1923. Elle portait sur la nécessité de réaliser un Congrès féminin international à l’occasion des fêtes du centenaire de la Bolivie en 1925[33].

Les associées passives étaient celles qui souhaitaient collaborer avec l’Athénée Féminin. Leur admission n’était pas conditionnée par la présentation d’une thèse, mais elles n’avaient pas les mêmes privilèges que les associées actives. Elles pouvaient participer aux Assemblées plénières et aux sessions de la direction où elles avaient le droit de vote, mais elles n’avaient pas le droit de discussion ni le droit d’être élues aux charges de la direction.

Les associées correspondantes, quant à elles, s’occupaient de la publicité des revues et des publications du centre. Toutes les associées actives qui se trouvaient hors de La Paz ou hors du pays pouvaient être des associées correspondantes. Leur rôle était de représenter l’Athénée Féminin et de le mettre en contact avec les différentes sociétés féminines boliviennes ou étrangères. Elles devaient envoyer des articles et des renseignements pour les publications et le travail de l’association. La direction nommait toutes les associées correspondantes dans toutes les villes importantes du monde et prenait soin de maintenir une communication constante avec chacune d’entre elles.

Lorsque la direction considérait qu’il était convenable de recevoir occasionnellement des littéraires, des scientifiques, des artistes, etc., hommes ou femmes, elle organisait des sessions extraordinaires en l’honneur de ces personnes, en leur attribuant le titre d’« hôtes honoraires ». Par exemple, une session extraordinaire eut lieu en l’honneur de María Lía Suárez, déléguée du Conseil National de Femmes d’Argentine  (« Consejo Nacional de Mujeres de la Argentina ») en mai 1925. Cette dernière promit d’être l’intermédiaire entre les femmes boliviennes et argentines[34]. L’écrivain espagnol Francisco Villaespesa fut également nommé « hôte honoraire » dans une session extraordinaire en juillet 1925, lorsqu’il se trouvait en visite dans le pays[35].

De 1923 à 1927, les membres actifs, correspondants et passifs étaient contraints de payer des frais de mensualité et d’admission. À partir de 1927, en remplacement de ces frais, les membres devaient avoir une action dans la Caisse de Fonds et de Secours de l’organisation. À défaut d’avoir rempli cette condition, les femmes ne pouvaient avoir le statut d’associées du centre.

L’appartenance politique, sociale ou religieuse n’était pas prise en compte pour qu’une femme soit acceptée ou appelée au sein de l’Athénée en tant que membre actif, passif ou encore correspondant.

Cependant, dans la pratique, l’Athénée Féminin était uniquement composé de femmes issues des classes moyennes et élevées de la société. Les restrictions pour y accéder comme la rédaction d’une thèse ou les frais d’admission, les mensualités à payer, et plus tard, la possession d’une action dans la Caisse de Fonds et de Secours, limitaient l’accès à celles qui avaient reçu au moins une éducation secondaire et qui possédaient les moyens financiers de payer ces frais.

Les membres qui faisaient partie de l’Athénée Féminin, à ses débuts, en 1923, étaient[36]: María Luisa Sánchez Bustamante de Urioste (voir annexe n°10), Irene Gutierrez V. M., Elodia Baldivia de Ligerón (voir annexe nº12), Carmen Guillermina Dalens, Enriqueta Castillo Nava, Enriqueta C. de Luna O., Isabel Calvo, Raquel Carmona (voir annexe n°58), María Cristina Sotomayor, Stael Gómes, Elvira Benguria A. (voir annexe n°13), Sally Gutierrez V.M., Sofía Berdecio, Carmen Sánchez Bustamante C. (voir annexe n°14), Alicia Belmont, Elena Alvarez D., T. Granier, Lindaura Paz Campero, Arminda Aparicio S., Eduviges G. v. de Hertzog (voir annexe n°15), Julia Iturralde, Adela Reyes Ortiz, María Luisa de Ballivián, María V. v. de Estivariz, Leonor Díaz Romero y G. (voir annexe n°16), Ana Rosa Vázquez (voir annexe n°9), Quica Estenssoro (voir annexe n°17), Hortensia Sanjinés Montes, Amalia Villa de La Tapia (voir annexe n°18), Raquel Valverde, María Bonel Urriolagoitia, A. Valverde.

En septembre 1924, les charges de la direction étaient distribuées de la manière suivante[37]:

  • Présidente: María Luisa Sánchez Bustamante (voir annexe n°10).
  • Vice-présidente: Rosa Infante (voir annexe n°11).
  • Directrice de la Bibliothèque: Emma Perez de Carvajal (voir annexe n°19). Secrétaire: Carmen Rosa Torres.
  • Pro secrétaire: Raquel Carmona (voir annexe n°58).
  • Trésorière: Enriqueta Castillo.
  • Membres du Conseil (« Vocales »): Eduviges G. v. de Hertzog (voir annexe n°15), Isabel B. v. de Haillot (voir annexe n°20), Irene Gutiérrez V. M.

Comme on peut le constater, les charges de la direction sont exactement les mêmes que celles du Centre Intellectuel et Artistique d’Oruro, ce qui nous laisse supposer que l’Athénée Féminin s’en était inspiré dans sa création et son organisation.

D’après le règlement, la direction devait être renouvelée au bout de deux ans. Ainsi, en juillet 1925, la direction fut ainsi renouvelée [38]:

  • Présidente honoraire: María Luisa Sánchez Bustamante (voir annexe n°10).
  • Présidente: Rosa Infante (voir annexe n°11)
  • Vice-présidente: M. Cristina S. G. de Suazo.
  • Secrétaire: Isabel B. v. de Haillot (voir annexe n°20).
  • Pro secrétaire: Cristina Iturralde de Zalles (voir annexe n°21).
  • Trésorière: Raquel Carmona (voir annexe n°58).
  • Directrice de la Bibliothèque: Eduviges G. de Hertzog (voir annexe n°15).
  • Membres du Conseil (« Vocales »): Elodia B. de Ligerón (voir annexe nº12), Carmen Rosa Torres, Carmen Sánchez Bustamante (voir annexe n°14), Anhélica Estenssoro, Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7).

Une grande partie des membres de l’Athénée Féminin étaient des intellectuelles: écrivaines, poétesses, artistes, normaliennes, des femmes issues des classes moyennes et élevées. Certaines d’entre elles étaient connues dans la société en raison de leur travail littéraire ou artistique telles que Leonor Díaz Romero, Quica Estenssoro, ou encore en raison de leurs exploits comme Amalia Villa de La Tapia. Au fil des années, l’Athénée Féminin comptait parmi ses membres des artistes, intellectuelles, normaliennes de La Paz et de la Bolivie. Il s’agissait donc d’un groupe constitué de femmes appartenant à l’élite sociale et intellectuelle du pays. Elles remplissaient les conditions essentielles pour devenir citoyennes à l’époque: savoir lire et écrire et posséder un minimum de capital ne provenant pas du travail domestique. Elles considéraient donc que le droit de vote et les droits civils des femmes étaient des demandes légitimes.

Les activités

L’ Athénée Féminin, au contraire du « Centre Intellectuel et Artistique d’Oruro, possédait un local propre où se réunissaient les membres. Celui-ci fut inauguré en octobre 1923 lors d’une soirée littéraire et musicale, où eurent lieu des conférences et des lectures de thèses d’admission, de spectacles de chant, de violon, de piano et la représentation d’une allégorie[39]. Le nouveau local se trouvait rue Ladislao Cabrera au Prado, une avenue résidentielle où habitaient les familles de l’élite de La Paz à l’époque[40] et probablement une grande partie des femmes qui faisaient partie de l’Athénée Féminin.

Dans ce local, avaient lieu toutes les activités de l’organisation: sessions ordinaires et extraordinaires, réunions de la direction, des assemblées, soirées littéraires et musicales où les membres lisaient des travaux ou démontraient leurs qualités artistiques en jouant de la musique ou en récitant des poèmes, ou encore en présentant, avec l’Athénée de la Jeunesse, des pièces de théâtre historiques, produites par les membres, appelées « Évocations historiques ». S’y tenaient également les conférences bimensuelles offertes par l’Athénée, qui étaient gratuites et ouvertes au public. Elles avaient lieu tous les premier et troisième lundis du mois[41], et pouvaient être réalisées par les membres de l’organisation sur des thèmes divers, comme par exemple la conférence donnée par Adela Reyes Ortiz Canedo sur Beethoven en septembre 1924[42], ou celle donnée par Fidelia Corral Zambrana (voir annexe n°22) sur le « Journalisme en tant que preuve du féminisme » en juillet 1925[43]. Les conférences étaient également données par des experts, hommes ou femmes, qui n’étaient pas nécessairement des membres de l’organisation, et portaient sur leur spécialité. Ainsi, mentionnons les conférences scientifiques ayant eu lieu les 28 avril, 5 et 12 mai 1924, réalisées par le botaniste bolivien, Martín Cárdenas, sur l’expédition Rusly réalisée avec des botanistes états-uniens dans l’Amazonie bolivienne, ou encore celle réalisée par l’écrivain espagnol Francisco Villaespesa où il lut et analysa un de ses contes[44]. En plus de ces conférences, l’Athénée offrait des cours gratuits donnés par ses membres. L’on ne sait pas exactement à qui ils étaient destinés ni sur quoi ils portaient, mais l’on suppose qu’ils étaient donnés aux femmes des classes populaires ne sachant ni lire ni écrire.

L’Athénée Féminin possédait une Bibliothèque Publique , dans son local, dont le fonds était enrichi par des donations.

Cependant, les dons n’étaient pas très fréquents, et par conséquent, la bibliothèque disposait d’un fonds relativement modeste. C’est ce dont se plaint Rosa Infante (voir annexe n°11), Présidente de l’Athénée Féminin de 1925 à 1927, lorsqu’elle fit le bilan de son travail, à l’occasion de la rénovation de la direction, en août 1927:

« BIBLIOTHÈQUE: Depuis la fondation de l’Athénée, on a fait de grands efforts pour accroître le fonds de notre bibliothèque, car on la considère de grande utilité non seulement pour bénéficier de sources saines du savoir, de la rénovation d’idées, mais aussi pour former un centre de lecture et l’offrir aux dames qui nous honorent en venant dans ce lieu. Le fonds s’est enrichi de quelques ouvrages ; néanmoins, il est encore réduit, peu de personnes enthousiastes ont contribué à notre demande … »[45]

À partir de la fin de l’année 1927, surgit le projet de construction d’un local, également destiné à être un Foyer International  (« Hogar Internacional »), où les femmes provenant d’institutions féminines internationales affiliées au foyer pourraient être logées lors de leurs visites dans le pays. Ce projet avait pour principal but de favoriser les échanges avec d’autres institutions féminines de la Bolivie et du monde entier, afin d’extirper la Bolivie de l’isolement où elle se trouvait en raison de sa position méditerranéenne. María Luisa Sánchez Bustamante explique ainsi le projet:

« Les foyers internationaux réussissent à faire une publicité profitable au pays dans lequel ils sont implantés ; ils envoient des renseignements, réalisent de précieux échanges avec les sociétés analogues et établissent un courant de communication avec toutes les nations. Ils offrent également des opportunités visant à envoyer des déléguées ou des groupes de spécialistes qui, à titre d’amitié, trouvent un vaste champ d’instruction et de distractions.

En ce qui concerne les autres coins de la République, l’établissement d’un Foyer Féminin aurait, en Bolivie, des prérogatives sympathiques, puisqu’aucun pays comme le nôtre n’a autant besoin de travailler pour l’unité nationale. Tous les ans, on recevrait des commissions interdépartementales, et aussi des femmes qui, pour des affaires professionnelles, artistiques ou pour leurs études viendraient toutes seules. En appartenant à des sociétés ayant établi des accords et des relations avec le Foyer féminin, elles trouveront toujours un logement protégé et une coopération effective. »[46]

Ce local devait également accueillir toutes les activités courantes de l’organisation ainsi que des cours complémentaires universitaires pour les femmes, de Droit public, Économie politique, Droit international, et d’Hygiène sociale[47]. Un petit théâtre pour les fêtes de l’institution, un grand vestibule, des salles de conférences et de cours, et une Bibliothèque Publique devaient être créés. Un croquis de la façade de cet édifice, réalisé par l’artiste Emilio Amoretti[48], fut publié dans le numéro 2 de la revue Indice de janvier 1928.

On ne sait pas si ce local fut finalement construit ou non. Il est probable que non puisque l’Athénée Féminin avait des problèmes d’argent. La revue Eco Femenino cessa d’exister en raison de difficultés financières. C’est ce qu’explique Rosa Infante (voir annexe n°11) lorsqu’elle établit le bilan de son travail en tant que présidente de 1925 à 1927:

« REVUE ECO: Le manque de ressources de l’institution a été l’une des causes primordiales de la suspension de la revue Eco, qui bénéficia d’une grande circulation et d’un certain prestige à l’extérieur comme à l’intérieur de la République. Elle était le porte-parole de nos idéaux, reflétait le travail des membres ; à chaque page étaient imprimées leurs idées selon leurs penchants artistiques, littéraires, historiques, qui s’écrivaient avec une véritable ferveur. »[49]

Néanmoins, l’Athénée Féminin reçut des subventions de la part du Gouvernement qui auraient été modestes, mais qui servirent à faire face aux nécessités les plus urgentes de l’organisation.

C’est ce qu’affirme Rosa Infante en 1927:

« FONDS: Grâce aux démarches de la présidente honoraire María Luisa de Urioste, digne d’estime ayant toujours collaboré avec moi dans toutes les affaires de l’Athénée, étant d’ailleurs l’âme qui l’anime et qui lui donne vie, nous avons réussi à ce que le gouvernement octroie à cette institution un petit lot avec lequel on a pu faire face aux nécessités les plus urgentes. De même, María Luisa, a demandé à l’ex-préfet, monsieur Arturo Prudencio, une autre subvention, qu’il a attribué avec beaucoup de gentillesse, qui quoique limitée, a été un auxiliaire puissant car elle a stimulé nos activités. Nous avons acquis un piano, chose qui manquait pour donner de l’éclat à nos sessions publiques et grâce à cet achat, nous avons formé la section musicale artistique, composée de demoiselles distinguées et dirigée par Madame Matilde de Bruno, associée enthousiaste et compétente… »[50]

Même avec ces aides, la situation financière de l’organisation en 1927, n’était pas bonne, ce qui expliquerait que la revue Indice ne publia que 3 numéros:

« Il est porté à la connaissance des associées que l’état économique de la société laisse beaucoup à désirer. Cependant, avec les dispositions prises, on s’attend à ce que l’année prochaine apporte d’importantes améliorations dans la section. 

La Trésorière. »[51]

Malgré toutes ces difficultés, l’Athénée Féminin fut l’organisation la plus active et la plus importante en termes de création de réseaux avec les organisations féministes de la Bolivie et du monde entier.

Les réseaux féministes en Bolivie et dans le monde

Dès sa fondation, l’Athénée Féminin se chargea de contacter toutes les organisations féministes de la Bolivie, d’établir des liens pour créer un véritable réseau féministe dans le pays, mais aussi au-delà des frontières, avec les féministes de l’Amérique Latine et de l’Europe.

Toutes les organisations féministes de Bolivie créées au début des années 1920 étaient liées, et toutes surgirent quasiment en même temps sous l’inspiration de la première d’entre elles, le Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro, comme on a pu le constater. Elles se reconnaissaient de par leurs objectifs. Cependant, elles ne réalisèrent pas d’actions concrètes communes afin de les atteindre. Ceci peut être expliqué par le fait que c’étaient des organisations éphémères et qu’elles ne disposaient donc pas du temps nécessaire pour créer des réseaux solides. L’Athénée Féminin, l’organisation ayant duré le plus longtemps, fut la seule à avoir essayé d’obtenir une véritable politique de création de réseaux féministes, non seulement avec les féministes boliviennes, mais aussi avec les féministes du monde entier.

Quelques mois après sa fondation, en novembre 1923, l’Athénée Féminin envoya un message de fraternité au Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro à travers sa représentante, Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7), qui visita Oruro. Cet événement fut publié dans les revues respectives de chacune des organisations: Eco Femenino et Feminiflor. Pour recevoir son hôte qui provenait de La Paz, le Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro réalisa une fête littéraire et musicale à l’Ecole des Beaux-Arts, où le président, ainsi que les représentantes de chacune des organisations, prononcèrent des discours sur la communion d’idéaux des deux organisations, et sur la nécessité de faire avancer le mouvement des femmes pour leur amélioration culturelle, sociale et politique. Le discours d’Ana Rosa Tornero commençait ainsi:

« Dans la ville de La Paz, s’est formé un Athénée Féminin qui aujourd’hui est en pleine activité et ses efforts en faveur des femmes promettent donner des fruits sains et vigoureux.

Ayant tracé un programme nationaliste et un vaste travail culturel dans toute la République, il est aujourd’hui destiné aux femmes de l’illustre terre du Pagador (Oruro) pour qu’en écho à cet appel, elles travaillent aussi pour le dévéloppement de la Patrie, incitant les femmes à se réveiller de la léthargie dans laquelle elles étaient plongées jusqu’à aujourd’hui par manque d’initiatives et d’idées personnelles. »[52]

L’Athénée Féminin demandait également la création d’un Athénée Féminin à Oruro distinct de celui de La Paz:

« En demandant que soit fondé à Oruro, un nouveau Athénée Féminin autonome par rapport au nôtre, nous voulons resserrer les liens d’union sacrée avec nos sœurs d’Oruro, avec lesquelles on combattra désormais pour une seule et même cause, les mêmes idéaux et une seule volonté pour lutter et triompher. »[53]

Le Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro, très favorable à cet appel répondit à travers le discours de Bethsabé Salmón Fariñas (voir annexe n°4):

« Un même sens spirituel nous réunit dans cette demeure de l’Art, l’Athénée Féminin de la Paz, groupe de cultures sélectes, envoyant aux femmes de cette terre un message de fraternité.

La préoccupation constante et universelle pour l’amélioration de la condition de la femme qui inquiète tous les esprits studieux et supérieurs ne peut pas être soustraite de la jeunesse du Nord, et logiquement, cette mission s’est imposée à un groupe de dames cultivées de cette ville, qui en joignant leur travail et leurs efforts à ceux de plusieurs institutions de la République, souhaite pour la femme un progrès culturel maximal afin de l’extirper des préjugés ancestraux pour l’élever à un plan supérieur avec une valeur sociale active. »[54]

La filiation et l’union des deux organisations dans leurs idéaux, leurs objectifs et leur lutte furent symbolisés par un bouquet de fleurs remis à Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7) par Bethsabé Salmón (voir annexe n°4):

 « L’Athénée Féminin de La Paz, bien que de courte vie, mais ayant effectué un travail intense et efficace, est sans doute la première institution culturelle de la République.

Une des vestales de ce temple vient à nous, nous apportant un lien cordial qui unit nos cœurs, et donne un rythme unique à nos efforts.

Heureuse messagère de l’idéalisme: Retournez dans votre auvent et dites aux femmes de votre terre, qu’ici aussi, nous avons l’âme remplie de nobles souhaits et d’idéaux, d’aspirations vers un lendemain meilleur, et que, si l’on marche pénible et difficilement toutes seules sur une longue distance, avec vous, et avec toutes les femmes de la Bolivie, nous forgerons un avenir plus juste pour les générations à venir, en ayant comme devise: abnégation et persévérance.

Retournez et dites à nos sœurs que la femme d’Oruro n’est ni indifférente, ni lâche et que sa grande âme nourrit la même aspiration que vous. Elle travaillera, elle luttera pour triompher un jour et poursuivra une voie plus égalitaire, plus consciente et plus noble. 

Et en vivant dans l’Art, dans le devoir et dans le patriotisme, la Bolivie sera puissante.

Je dépose en vous, face à l’Athénée Féminin de La Paz, ces modestes fleurs, liens qui signifient une seule et même volonté, une seule et même âme entre les femmes boliviennes. »[55]

La fête en l’honneur d’Ana Rosa Tornero fut un évènement social où assista une partie de l’élite intellectuelle d’Oruro (voir annexe B n°7). Cette manifestation fut décrite dans la presse d’Oruro comme un acte « significatif  et sympathique » dans lequel il y eut « une véritable profusion d’art et d’enthousiasme ». Des lectures de poèmes furent réalisées, dont celle d’Amalia Villa de La Tapia (voir annexe n°18) qui était présente, et des numéros musicaux furent présentés[56]. En outre, les associées du Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro envoyèrent une carte de salutations aux membres de l’Athénée Féminin.

De son côté, l’Athénée Féminin envoya des représentantes dans d’autres villes du pays telles que Sucre, Cochabamba, et Potosí, dans le but de former d’autres Athénées autonomes. On sait que cet objectif fut réalisé uniquement dans la ville de Cochabamba où un Athénée fut créé[57]. Malheureusement, on n’a pas d’autres informations sur ce centre.

La tentative de créer un véritable réseau national féministe se développa avec l’existence de membres correspondants de l’Athénée Féminin dans d’autres villes boliviennes. Comme on l’a vu, ses membres devaient faire de la publicité pour l’organisation et pour ses publications, et la mettre en contact avec les sociétés féminines des villes où ils se trouvaient. En juin 1924, l’Athénée Féminin avait des correspondantes uniquement dans deux villes du pays: Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7) à Cochabamba et María v. de Estivarez à Oruro[58]. Quelques mois plus tard, en septembre de la même année, il en avait 3 de plus: Carmen Sánchez Bustamante (voir annexe n°14) en Europe, Josefina Goitia à Sucre et Laura Córdova (voir annexe n°25) à Potosí. Carmen Sánchez Bustamante, la sœur de María Luisa Sánchez Bustamante, était partie en Europe avec l’objectif d’y contacter des groupes féminins et féministes. Un « thé littéraire » fut organisé à l’occasion de son départ, le 5 avril 1924. Eco Femenino rapporte l’événement:

« Le 5 avril dernier, l’Athénée Féminin offrit un thé littéraire à ses membres, mesdemoiselles Sánchez Bustamante, en raison de leur voyage en Europe (…)

Mademoiselle Carmen S. Bustamante reçut la nomination de membre correspondant de l’Athénée Féminin et la mission d’établir des communications entre ladite institution et les groupes féminins d’Europe. »[59]

Les objectifs et le message qui devaient être portés aux femmes européennes par Carmen furent ainsi exprimés dans le discours d’Emma Perez del Castillo de Carvajal (voir annexe n°19):

« Au delà des mers, en brisant le fil de vos rêves, souvenez-vous que vous êtes correspondante de l’Athénée. Communiquez-nous les impressions d’art et de beauté où plongera votre âme, mais surtout parlez-nous de l’idéal, de la culture et de la libération de la Femme. Étudiez ses nouvelles orientations pour que, lorsque vous serez de retour du voyage, vous apportiez un abondant contingent de bonnes idées et de nouvelles qui nous serviront de guide dans le noble sentier que nous avons tracé.

Dites à nos sœurs du vieux continent, qu’ici aussi, la femme est en train de se réveiller, qu’elle prend part au balbutiement de la doctrine féministe et dites-leur au nom de cette Maison culturelle, dites-leur, je répète, que la femme bolivienne regarde très haut et très loin, car à force de contempler nos cimes argentées, encore vierges et l’horizon bleu de nos pampas sans fin, son regard et son âme se sont habitués à la pureté des neiges et à la liberté infinie ; mais faites également quelque chose de pratique: demandez leur aide pour la réussite de notre plus grand idéal: la MER. »[60]

Ce discours laisse entrevoir la volonté de suivre l’exemple du féminisme européen dont les idées devaient servir de « guide » au travail entrepris par les féministes en Bolivie. Le féminisme européen apparaît donc comme un modèle à suivre et, nous voyons une volonté de connaître en détail les idées féministes des femmes en Europe pour enrichir l’idéologie féministe que les Boliviennes étaient en train de construire. De même, il est intéressant de voir que ces dernières voyaient, dans les groupes féminins d’Europe, un éventuel soutien international pour résoudre le problème du littoral perdu contre le Chili lors de la Guerre du Pacifique (1879-1883). En effet, un des objectifs essentiels de leur mouvement était « le progrès de la Patrie », et c’est dans ce sens qu’elles considéraient que les femmes devaient être éduquées et qu’elles devaient participer à la vie politique, puisqu’elles pouvaient contribuer essentiellement « au progrès de la Patrie », comme on le verra plus tard. Récupérer la mer était le premier pas dans cette optique, pour les femmes et la société de l’époque.

En mai 1925, l’Athénée Féminin avait étendu les réseaux féministes à d’autres pays de l’Amérique du Sud. Il comptait désormais 7 correspondantes dans différentes villes mais aussi dans les pays voisins: María Lía Suárez en Argentine (elle était venue à La Paz en mai 1925 en tant que déléguée du Conseil National de Femmes de l’Argentine (« Consejo Nacional de Mujeres de la Argentina ») et avait été nommée hôte honoraire de l’Athénée Féminin), Lidia Cárdenas à Lima, Pérou, María Teresa Urquidi R. (voir annexe n°6) à Cochabamba, María v. de Estivarez à Oruro, Josefina Goitia à Sucre, Laura Córdova (voir annexe n°25) à Potosí et María Vaca Diez à Santa Cruz[61]. Un mois plus tard, en juillet 1925, les réseaux s’étaient étendus à l’Italie avec Blanca Gismondi comme correspondante, et Ana Rosa Tornero joignit María Lía Suárez en tant que correspondante à Buenos Aires[62].

En mars 1927, l’Athénée Féminin rejoignit le Conseil International de Femmes (« International Council of Women ») fondé en 1888 à Washington:

« Étant donné que l’association de l’Athénée Féminin au Conseil International de Femmes a été décidée en session spéciale en mars de cette année, il convient de faire connaître les conclusions du Congrès International Féminin, ayant eu lieu à Genève du 7 au 11 juin dernier.

Compte tenu des nombreuses communications reçues et des intéressantes publications envoyées en demandant notre fédération, demandant notre fédération,, l’ATHÉNÉE FÉMININ a accueilli avec enthousiasme son adhésion au Conseil International de Femmes ; de plus, il a décidé d’élargir son programme de travail pour offrir plus de coopération sociale, tout ce qui a été opportunément communiqué à la présidente du conseil, Lady Aberdeen et Temair, qui, dans sa communication du 18 juillet dernier, a encouragé les membres de l’ATHÉNÉE FÉMININ de La Paz à parvenir rapidement à une grande harmonie dans les activités. »[63]

Cette union au Conseil International de Femmes fut une avancée considérable dans l’intégration de l’Athénée Féminin au mouvement féministe international. L’Athénée non seulement créait des réseaux autour de lui dans les autres villes de la Bolivie et dans divers pays du monde, mais il s’incorporait aussi aux réseaux féministes internationaux. En intégrant le mouvement féministe de la Bolivie au mouvement féministe international, l’Athénée le dota de plus de solidité et de légitimité tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Grâce à cette union, d’autres correspondantes furent nommées en Europe en 1927, comme Luisa van Eeghen aux Pays Bas, qui travaillait au sein du Conseil International de Femmes et qui se rendit en Bolivie en 1928.

En outre, une nouvelle correspondante fut nommée: Esther N. de Calvo au Panamá.

En Bolivie, d’autres correspondantes apparurent dans les différentes villes du pays: Eduviges v. de Hertzog (voir annexe n°15) à Oruro, María Isaura Guzmán à Potosí, Leonor de Ugarte à Cochabamba et Carmen Sánchez Bustamante (voir annexe n°14) à Buenos Aires. Les nominations de toutes les autres correspondantes furent ratifiées[64].

En outre, en octobre 1927, l’Athénée Féminin rejoignit le Conseil National de Femmes argentines:

« Le 22 septembre, la Présidente de l’institution a reçu une communication du Conseil National de Femmes argentines, demandant la fédération de l’Athénée Féminin pour unir à travers des liens solides le travail féminin et féministe des femmes latino-américaines. La communication a été soumise à l’Assemblée du 17 octobre dernier, où l’on a décidé d’accepter une coopération honorable et importante. »[65]

De même, cette fédération constitua une avancée très importante concernant l’intégration du mouvement féministe bolivien au mouvement féministe latino-américain de l’époque. Avec cette union importante et la présence de correspondantes dans différents pays de l’Amérique Latine tels que l’Argentine, le Pérou et le Panamá, l’Athénée Féminin avait créé des liens et s’était solidement intégré à des réseaux féministes latino-américains.

Les propositions pour la création de réseaux et de liens coopératifs avec l’Athénée Féminin étaient ainsi annoncés dans la revue Indice:

« On souhaite avoir, dans toutes les villes importantes, des correspondantes femmes se dédiant à n’importe quelle activité sociale ou professionnelle. Envoyez-nous votre portrait et des renseignements pour que votre carnet de correspondante d’INDICE vous soit expédié.

On est prêtes à entamer des relations et à réaliser des pactes d’amitié avec toutes les sociétés du monde ayant un programme similaire au nôtre.

Nous fournissons des renseignements sur la Bolivie en matière administrative, politique, pédagogique, bibliographique, etc., à qui le sollicite et nous nous engageons à aider les étrangers pour faire connaître notre pays et leur servir de guide dans les voyages qu’ils réalisent sur le territoire bolivien.

Nous nous chargeons d’envoyer des livres nationaux et d’échanger des publications au bénéfice de la bibliothèque publique de l’Athénée Féminin. »[66]

Au début de 1928, les réseaux féministes et féminins de l’Athénée s’élargirent davantage, créant des liens de collaboration et d’échange avec diverses organisations. En plus des membres que l’Athénée avait dans les principales villes du pays, plusieurs des correspondants se trouvaient dans des villes plus petites. Sara Baldivieso à Tupiza, María Baldivieso à Chulumani (Yungas) et Raquel Lucuy à Tarija. En ce qui concerne les pays voisins, de nouvelles correspondantes apparurent telles qu’Octavia Alaje à Camargo (Chili) et Zoila Rosa Cárdenas à Lima, Pérou. Toutes ces femmes furent nommées agents de la revue Indice.

Celle-ci fut en outre distribuée au sein des associations féminines qui, au début de 1928, entretenaient des liens d’amitié ou avaient rejoint l’Athénée Féminin: Société Protectrice de l’Enfance de La Paz, Société de Bienfaisance des Dames de La Paz, Conseil International de Femmes (établi à Londres), Bureaux de Bibliographie, d’Émigration, Conseil National de Femmes de la République d’Argentine, Revue féminine Nosotras à Caracas, Venezuela, Conseil National de Femmes du Pérou, Société Interalliée de Femmes du Panamá, Société de dames de Lima “Entre nous” (“Sociedad de damas limeñas “Entre nous””), Athénée Féminin de Cochabamba. Par ailleurs, la revue Indice fut envoyée aux associations féministes intégrées ou non au Conseil International de Femmes, qui représentaient 45 sociétés dans tous les continents. Elle fut également envoyée à toutes les correspondantes du pays, aux rédactions de la presse et aux amis intellectuels de la société qui avaient donné des livres pour constituer la Bibliothèque Publique.

L’Athénée Féminin avait ainsi créé des réseaux non seulement avec des associations féministes du pays, de l’Amérique Latine et du monde entier, mais aussi avec d’autres types de sociétés féminines. La revue Indice bénéficiait, de cette manière, d’une très large distribution au sein de toutes ces institutions qui maintenaient des liens de coopération et d’échange avec l’Athénée Féminin. À ce titre, par exemple la revue vénézuélienne Nosotras était distribuée au sein de l’Athénée Féminin[67].

De par sa solidité et sa durée de vie, l’ Athénée Féminin, rappelons-le fut la société féministe la plus active et la plus dynamique de toutes, la seule étant parvenue à créer un véritable réseau féministe dans le pays, et à l’intégrer aux réseaux internationaux féministes latino-américains et mondiaux.

Le développement de l’éducation féminine, au début du 20e siècle, favorisa l’apparition de plusieurs générations de femmes éduquées et cultivées issues des classes moyennes et élevées de la société qui s’organisèrent d’abord pour partager leurs expressions artistiques et culturelles dans des associations féminines qu’elles créèrent entre amies en vue de se cultiver. Ce fut le cas du Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro qui devenait plus formel au fur et à mesure que ces femmes prenaient conscience du rôle qu’elles pouvaient et qu’elles devaient jouer dans la société en raison de leur éducation. S’éduquer était donc une première étape vers l’émancipation des femmes, ce qui était accompagnée de devoirs envers la société et envers la patrie. Celles-ci, une fois éduquées, devaient contribuer au « progrès de la patrie » d’abord à travers l’éducation de leurs enfants pour qu’ils deviennent de bons citoyens, et puis à travers une action sociale (charité, enseignement, etc.) dans le cadre des rôles qui étaient naturellement dévolus aux femmes. Pour ce faire, elles devaient obtenir les droits civils et politiques leur permettant de jouer un rôle important dans la société et dans le pays. Cette prise de conscience s’instaura dans d’autres villes de Bolivie où se développèrent plusieurs associations féministes qui prirent pour modèle le Centre d’Oruro et sa revue Feminiflor. La plus importante de ces organisations fut bien évidemment l’Athénée Féminin de La Paz, en raison de son dynamisme et de sa durée de vie.

En vue d’atteindre leurs objectifs, les organisations féministes des années 1920 développèrent des stratégies d’action leur permettant sinon de faire pression sur les hommes politiques, tout au moins de faire connaître leurs demandes à la société et à la sphère politique. Comme on le verra, ces actions de femmes prenaient place dans un cadre complètement légal et pacifique: elles publiaient des revues féminines – féministes afin de faire connaître leurs demandes et leurs projets, participaient à des Congrès internationaux de femmes et en organisaient dans le pays en même temps qu’elles établissaient des réseaux avec les féministes de l’étranger, elles proposaient en outre des projets de lois pour réformer le Code Civil et avaient des projets sociaux. Elles ne sortaient pas dans la rue, ne réalisaient aucun acte violent ou spectaculaire comme les « suffragettes » anglaises desquelles elles voulaient absolument se démarquer afin de donner une définition propre de leur type de féminisme.

C) Leurs actions

a) Journalisme au féminin

La première et principale activité des associations féministes des années 1920 fut la publication de revues féminines/féministes qui leur servaient de porte-parole dans l’intention de faire connaître non seulement leurs expressions artistiques et intellectuelles à travers la publication de poèmes, de contes, d’essais historiques, etc., mais aussi leurs idées liées à divers thèmes concernant la condition des femmes: leur éducation, le rôle qu’elles devaient jouer dans la société et dans le pays, l’obtention de droits civils et politiques, le féminisme en Bolivie et ailleurs, le travail des femmes, etc. Ces revues étaient donc un moyen de s’exprimer et de faire connaître à la société leurs préoccupations et leurs demandes en tant que femmes qui avaient pris conscience de la place qu’elles devaient occuper dans la société. Par la rédaction et la publication de ces revues, elles accédaient à un domaine qui leur était auparavant interdit: le journalisme.

Les premières publications destinées aux femmes en Bolivie surgirent dans la deuxième moitié du 19e siècle. La toute première fut Mistura para el bello sexo, apparue à Sucre en 1873, destinée aux « femmes de la classe cultivée », c’est-à-dire, au nombre réduit de femmes provenant des classes élevées de l’époque qui savaient lire et écrire. Une autre publication de ce type naquit à la même époque: El Jardincito de María, qui devint plus tard El Semanario Católico, publiée par les prêtres Bernardo González et V. Roqui, et dirigée par Modesta Sanjinés (voir annexe n°26) de 1874 à 1876. Néanmoins, ces publications étaient dirigées ou rédigées par des hommes. Il fallut attendre la fin du 19e siècle pour que des revues destinées aux femmes et dirigées par elles apparaissent. La première d’entre elles fut El Album, apparue à Sucre en 1889. Elle était dirigée par Carolina Jaimes Freyre (voir annexe n°27), mère du poète bolivien Ricardo Jaimes Freyre. Il s’agissait d’une revue destinée aux femmes issues des classes élevées de la société de Sucre. Ce fut la première revue féminine à traiter de la nécessité d’améliorer l’éducation des femmes dans le pays ; elle participa aux débats intellectuels de l’époque sur le sujet. Une autre revue de ce type, fut La Rosa qui circula à Cochabamba entre 1895 et 1897.

Ces revues précédèrent ainsi les revues féminines/féministes qui surgirent dans les années 1920, dans le cadre de l’émergence du mouvement féministe.

Feminiflor

La publication

La première de ces revues, nous l’avons vu, fut Feminiflor du Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro, publiée à partir de 1921. À travers elle, les membres de cette association féminine commencèrent à exprimer leur prise de conscience selon laquelle les femmes devaient jouer un rôle primordial dans la société, et par conséquent, dans le pays. Toutes leurs réflexions sur la condition et la situation des femmes boliviennes étaient exprimées dans cette revue. Ainsi sa rédactrice en chef, Bethsabé Salmón Fariñas de Beltrán (voir annexe n°4) se souvient:

« Feminiflor surgit au sein du Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro qui a été fondé à Oruro aux environs de 1921 par Laura de La Rosa, amie admirable. Nous les membres de cette organisation, nous avons senti la nécessité de compter sur un média de presse pour divulguer nos préoccupations civiques et culturelles afin de lutter pour la cause de la femme. Et, sans aucune expérience et sans beaucoup de prolégomènes, nous nous sommes mises à écrire et à publier. 

On était tout d’abord une coopérative animée par des gamines. Chacune faisait ce qu’elle pouvait: souligner des informations importantes pour les femmes, choisir des vers, applaudir certaines mesures, commenter des problèmes et proposer des solutions, critiquer ce qui nous paraissait indésirable, mais aussi accorder de la place aux distractions et à la bonne humeur, fournir des renseignements utiles pour la vie de la maison, et bien sûr, mendier des publicités et inventer des concours pour attirer le public. On a beaucoup travaillé, mais on s’est aussi bien amusées avec les efforts de notre jeunesse et de nos aventures. »[68]

Le premier numéro de la revue fut publié en mai 1921 dans une ambiance enthousiaste de femmes qui constataient pour la première fois le fruit de leurs efforts et de leurs réflexions. L’enthousiasme de cette journée perdure chez Bethsabé Salmón (voir annexe n°4) qui se souvient de cet évènement:

« Plus d’un demi-siècle est déjà passé, mais je me souviens encore vivement de ce matin ensoleillé et joyeux dans lequel sortit notre premier numéro. Nous sommes arrivées comme des abeilles pour nous poser sur les meubles de l’imprimerie Teller, en contemplant, remplies de joie comment nos articles passaient du papier à une forme tangible.

Tâchées de noir, impatientes, mais remplies de joie, nous avons fait la fête et nous allions donner l’édition aux crieurs de journaux, lorsque nos copains et nos petits amis ont envahi l’atelier. Vêtus de vestes sombres et de pantalons clairs, ils nous ont surprises en s’impliquant comme vendeurs. Ils se sont précipités dans les rues de cet Oruro doré en criant: Feminiflor ! Feminiflor d’aujourd’hui !”

La ville était étonnée de voir les jeunes garçons de l’élite vendre des revues, et plus encore, de les voir en tant que crieurs de journaux pour une revue de femmes. Cependant, par curiosité ou bien par sympathie, cette première édition a été épuisée en quelques heures, à 20 centimes l’exemplaire. Vous imaginez notre émotion ? »[69]

Feminiflor était publiée chaque mois, mais pas toujours régulièrement puisqu’il y eut quelques mois où la revue ne fut pas publiée. Au début, elle était financée par les jeunes femmes, membres du Centre Artistique et Intellectuel d’Oruro. Ensuite, elle s’est maintenue avec les publicités dans la revue:

« Au début nous avons payé chacune une petite cotisation. Ensuite, le commerce d’Oruro nous a reçu avec les bras ouverts  convertissant notre idéal en réalité; jamais une publicité ne manquait. Les publicités couvraient le prix du journal, parfois nous avions de l’argent en plus. »[70]

La revue fut publiée pendant trois ans, de 1921 à 1923, durée assez longue car la plupart des revues de l’époque avaient en général une vie éphémère. La revue eut donc un succès relatif qui lui permit de vivre plus longtemps.

D’après les souvenirs de Bethsabé Salmón, 500 exemplaires furent tirés au début, et 1.500 au bout de trois ans[71], ce qui représente un chiffre énorme puisque le tirage le plus élevé, à l’époque, s’élevait à 1000 exemplaires pour le journal El Diario du parti Libéral fondé en 1904[72]. Les chiffres donnés par Bethsabé Salmón doivent donc être nuancés. Dans le meilleur des cas, il est probable qu’une centaine d’exemplaires ait été publié au début, et plusieurs centaines au bout de trois ans.

Être femme journaliste: critiques et accueil

D’après les souvenirs des rédactrices de Feminiflor, la revue reçut un accueil favorable de la part du public et de la société en général.

C’est ce qu’affirme Laura Graciela de La Rosa Torres:

« La collaboration, l’accueil que nous a offert le public… On pensait qu’un nombre très réduit de personnes collaborerait, n’est-ce pas ? Mais non, tout le monde a contribué à ce qu’on continue, à ce que la femme accède au domaine du journalisme et à d’autres secteurs, à ce qu’elle ne soit pas uniquement soumise à ses caprices et aux choses féminines. Beaucoup de personnes ont compris, que sans cesser d’être féminines, on pouvait embrasser d’autres domaines. »[73]

Le journalisme était, comme l’exprime Laura Graciela de La Rosa, un domaine nouveau pour les femmes. Quelques revues publiées et dirigées par ces dernières étaient apparues à la fin du 19e siècle, comme on l’a vu, mais il s’agissait d’un phénomène exceptionnel. Les rédactrices de Feminiflor accédaient ainsi à un domaine dévolu exclusivement aux hommes, et par conséquent, des critiques étaient attendues, surtout par rapport à une éventuelle « masculinisation » des femmes accédant aux espaces professionnels des hommes. C’est pour se défendre de ce type de critiques que Laura Graciela de La Rosa affirme: « …sans cesser d’être féminines, on pouvait embrasser d’autres domaines ».

Les souvenirs de Bethsabé Salmón sont similaires à ceux de sa collègue quant aux critiques et à l’accueil du public:

«– Est-ce qu’il y a eu des réactions adverses concernant la revue ?

– Quelques-unes, très peu. Presque tous l’ont lue avec beaucoup de sympathie. Toutes les rédactrices étaient un peu moins âgées que moi, des gamines qui inspiraient de la sympathie, de l’intérêt, et je crois que c’était pour cela que les gens nous ont beaucoup aidées comme ils pouvaient. »[74]

Cependant, lorsqu’on lit les articles qu’elles rédigèrent à cette époque sur leur travail en tant que journalistes, on constate qu’elles étaient moins optimistes vis-à-vis des critiques et de l’accueil du public que dans leurs souvenirs plus de 50 ans après. Ainsi, dans le numéro spécial des 2 ans d’anniversaire de la revue, Bethsabé Salmón relate:

« Rares sont ceux qui donnent du mérite, qui comprennent au moins l’intention de notre effort ; la plupart sont indifférents ou hostiles à nos buts, mais est-ce que ces esprits intransigeants et myopes savent au moins pourquoi ?… Est-ce qu’on fait du mal en souhaitant, pour la femme de notre patrie, une amélioration morale et intellectuelle ? Nos tendances ne s’acheminent-elles pas vers un bien-être commun, vers une morale supérieure ? Une femme qui a gagné en culture et en éducation, ne gagne-t-elle pas le mérite de ses parents, de son époux et de ses enfants ? Ce progrès, pour l’homme, n’est-il pas bon ? Et avec tout ça, on ne s’inquiète pas du fait que les masses ne nous comprennent pas, la quantité importe peu face à la qualité, une opinion saine et un conseil mûr nous suffisent, avec ceux qui veulent nous donner les véritables valeurs intellectuelles pour nous redresser lorsque notre sentier sera faux, ou nous donner de la lumière quand elle manquera, avec cette aide, et surtout avec notre foi dont les vœux sont renouvelés aujourd’hui comme on l’a fait hier et comme on le fera à d’autres occasions, nous continuerons à grimper sur la montagne malgré nos détracteurs, et peu importent les incrédules. »[75]

Il semble que la revue ait reçu un certain nombre de critiques ; elle n’aurait donc pas obtenu un accueil aussi favorable comme le laissent imaginer les souvenirs optimistes de ces rédactrices. Le fait que de jeunes femmes accèdent à un champ qui leur avait été interdit auparavant faisait obligatoirement l’objet de critiques à la fois de la part des journalistes hommes et de la société.

Parmi les critiques de Feminiflor, nous en avons trouvé une seule, publiée dans un article du journal d’Oruro, El Quijote, apparue sous le pseudonyme d’un certain « Caballero Quijano » qui souligna les fautes d’orthographe et de grammaire des rédactrices. Ces dernières se défendirent, dans le numéro 16 de la revue, à travers plusieurs articles expliquant les raisons, souvent typographiques, de ces erreurs ; elles donnèrent même des leçons d’orthographe et de grammaire pour montrer qu’elles maîtrisaient très bien la langue espagnole.

Contenu

La revue avait un format tabloïd au début, demi tabloïd ensuite, et le numéro de pages augmenta avec le temps[76]. En général la moyenne des pages était de vingt, à l’exception de l’édition spéciale pour les deux ans d’anniversaire de la revue, qui en comptait 64 (Feminiflor n°22, mai 1923). La revue était publiée en noir et blanc avec des photographies et des illustrations, et la couverture comportait des renseignements sur les responsables, le numéro et la date.

Comme on l’a déjà signalé précédèmment, la directrice de la revue était Laura Graciela de La Rosa Torres (voir annexe n°5), la rédactrice en chef était Bethsabé Salmón Fariñas (voir annexe n°4) et l’administratrice était Nelly López Rosse (voir annexe n°3).

Feminiflor couvrait un champ assez vaste de sujets. En ce qui concerne les thèmes généraux, l’on constate que l’Histoire et la Littérature étaient les disciplines qui faisaient l’objet de nombreux articles, respectivement 15 et 36 au total, sur 6 exemplaires étudiés. En effet, la revue Feminiflor pouvait être considérée comme une revue littéraire où les membres du Centre Artistique et Intellectuel d’Oruro, ainsi que les écrivains et écrivaines boliviens ou étrangers, parfois célèbres, publiaient leurs poèmes, leurs contes, leurs essais littéraires, occupant ainsi une place très importante dans le contenu de la revue. Des poèmes de poètes ou poétesses célèbres étaient également choisis et publiés par les rédactrices.

La plupart de ces travaux littéraires étaient fortement influencés par le courant romantique: la nature était toujours évoquée pour exprimer les sentiments et les émotions de l’être humain.

Plusieurs articles d’Histoire furent également publiés dans la revue, le plus souvent à propos d’évènements historiques du pays et de son indépendance, célébrant les jours patriotiques. Une place importante était consacrée aux femmes remarquables de l’Histoire, que ce fût en politique ou en littérature. Celles-ci apparaissaient toujours comme des modèles à suivre et comme des preuves de réussites auxquelles pouvaient aspirer les femmes.

Presque tous les numéros avaient une « page masculine » où les hommes pouvaient envoyer leurs poèmes, leurs travaux et leurs réflexions sur divers sujets. Cette page était une référence amusante, et quelque peu sarcastique par rapport à la « page féminine » de la plupart des revues de l’époque, seul espace où les femmes pouvaient s’exprimer. Dans, Feminiflor, revue de femmes réalisées par des femmes, la page masculine était le seul espace où les hommes pouvaient s’exprimer.

Des concours étaient organisées « pour attirer le public » d’après Bethsabé Salmón, comme le concours de « l’homme le plus laid d’Oruro », référence quelque peu caustique face aux concours de beauté féminins ; ou encore le concours de « l’homme le plus estimé d’Oruro par ses qualités morales ».

En ce qui concerne le sujet de « la femme », plusieurs thèmes ressortent: l’éducation et le féminisme avec 16 et 13 articles qui leur sont respectivement consacrés. L’éducation des femmes est le sujet le plus récurrent dans la revue. Cela montre que ce sujet faisait partie des préoccupations et des réflexions de ces femmes, premières bénéficiaires du développement de l’éducation pour les femmes au 20e siècle. Elles considéraient que le domaine éducatif devait être amélioré continuellement et être élargi à d’autres catégories de femmes. L’éducation était la voie première pour l’émancipation des femmes et pour leur indépendance. C’était en effet grâce à l’éducation que les femmes avaient pu sortir de la « léthargie » dans laquelle elles se trouvaient, et que leurs conditions de vie avaient commencé à changer. Elles devaient être éduquées pour être de bonnes épouses et de bonnes mères ; mais elles devaient aussi être éduquées pour pouvoir contribuer au « progrès » de la société et de leur pays. Pour ce faire, elles devaient acquérir les droits civils et politiques, ce qui explique la récurrence du thème « féminisme » dans la revue. Les articles sur l’obtention des droits civils ont été inclus dans ce thème. Les rédactrices s’interrogeaient en effet sur sa définition, et sur ce que signifiait être féministe, afin d’en donner leur propre définition.

Dans ce sens, elles ont toujours publié des nouvelles concernant les avancées du féminisme à l’étranger, ainsi que l’apparition de nouvelles associations et revues féministes dans le pays. De même, plusieurs collaborateurs masculins ont envoyé des articles sur le féminisme. Il y avait donc une continuelle réflexion sur ce thème et sur la nécessité d’obtenir les droits civils: il s’agissait de continuer le progrès déjà entamé avec le développement de l’éducation des femmes et d’adapter les lois aux réalités des femmes du début du 20e siècle.

On analysera plus en détail ultérieurement les réflexions sur le féminisme, proposées par les femmes des associations féministes de l’époque, pour tenter de cerner la définition qu’elles en donnaient, lorsqu’elles se proclamaient elles-mêmes féministes. Le sujet de la famille (qui inclut maternité et foyer) est constitué de 11 articles au total (4+7), ce qui montre qu’il revenait régulièrement. La famille était en effet au centre des réflexions des rédactrices à propos de l’éducation, du féminisme, et de l’obtention des droits civils et politiques. Les femmes devaient être éduquées pour être de bonnes épouses, ce qui impliquait qu’elles devaient aussi être de bonnes « compagnes » pour les hommes sur le plan intellectuel et sentimental. Elles devaient également être éduquées pour être de bonnes mères et pour pouvoir éduquer de bons futurs citoyens.

La famille était une patrie à l’échelle plus petite: les progrès effectués dans la famille l’étaient aussi pour la patrie. Etant donné que les conditions de vie des femmes avaient changé grâce à leur éducation, les droits qui leur étaient accordés se trouvaient en décalage avec leur réalité quotidienne. Les lois devaient donc être réformées afin de leur accorder les droits civils et politiques pour qu’elles puissent contribuer au « progrès » du pays.

Les articles sur la revue occupent un espace important: 11 articles au total. Ils concernent en général des informations sur la revue, ses progrès, sur le Centre Artistique et Intellectuel, etc. Cela explique que 7 articles lui sont consacrés dans le numéro spécial à l’occasion de son deuxième anniversaire.

Le thème du travail occupe 9 articles au total, des pages étant consacrées aux annonces des femmes travailleuses d’Oruro. En effet, cette page permettait aux femmes de cette ville qui travaillaient en tant que couturières, fleuristes, modistes de chapeaux, etc., de publier leurs annonces gratuitement. Des articles étaient aussi édités sur la nécessité des femmes d’avoir une indépendance économique à travers leur travail, indispensable à leur émancipation. De plus en plus de femmes travaillaient: les lois devaient donc être réformées afin qu’elles puissent bénéficier des fruits de leur travail, mariées ou non. Il est intéressant de noter que Bethsabé Salmón, (voir annexe n°4) et Isabel Barrenechea ont été les premières femmes à travailler dans un bureau à Oruro. Il était mal vu de travailler pour une femme issue de la classe moyenne ou élevée; cela indiquait la mauvaise situation économique de la famille. Bethsabé se souvient des critiques qu’elle recevait, avec sa mère, répondant à la question suivante dans un entretien:

« – Vous a-t-on critiqué lorsque vous êtes allée travailler dans un bureau ?

– Oui, beaucoup. C’était surtout ma mère qui endurait les critiques ; parfois elle en pleurait, mais moi je lui disais de ne pas souffrir, car j’allais étudier et travailler, et que nous aussi les femmes nous avions le droit  de travailler; les hommes étudiaient et travaillaient ; pourquoi pas nous ? J’étais une rebelle. »[77]

Dans cette perspective, elle se souvient aussi d’une anecdote concernant le port du chapeau:

« À cette époque-là, le luxe pour une femme était de porter un chapeau. Celles qui avaient le sens de leur estime et de leur dignité ne pouvaient pas sortir sans chapeau. Mais nous, Isabel et moi, on sortait le chapeau à la main pour dire « j’ai un chapeau mais je ne le mets pas ». C’était une autre révolte, puis, toutes les femmes ont retiré leur chapeau, et à la fin, plus personne ne nous a embêtées avec ce détail. »[78]

Les rédactrices de Feminiflor et les membres du Centre Artistique et Intellectuel d’Oruro étaient avant-gardistes: premières bachelières, premières à travailler dans un bureau, premières à enlever leur chapeau, premières à exercer la profession de journalistes. Leurs expériences personnelles, à cet égard, les avaient poussées à se poser des questions quant à leur place dans la société en tant que femmes, dans le cadre des changements culturels et sociaux qui étaient en train de s’opérer dans le pays, tels que le développement de l’éducation des femmes, leur accès progressif au marché du travail, etc. Le contenu de leur revue reflète ces préoccupations et réflexions, qui provenaient de leurs propres expériences en tant que femmes d’avant-garde, bénéficiaires des premiers progrès et changements concernant les conditions de vie des femmes. C’est en cela que les thèmes de l’éducation, du féminisme, de l’obtention des droits civils et politiques, de la famille et du travail, apparaissent comme les sujets prépondérants de leurs réflexions, de leurs préoccupations et revendications. C’est en cela également que la place accordée à la beauté et à la mode est minime, puisque le but principal de la revue était d’exprimer leurs pensées sur le rôle et la place des femmes dans la société et dans le pays ; en même temps, elles pouvaient partager leurs créations artistiques et leur goût pour l’art.

Feminiflor insuffla ainsi un élan pour la création de revues similaires dans le reste du pays.

Aspiración (“Toujours en avant!”, Marden)[79]

La revue Aspiración fut publiée à partir de septembre 1923 à La Paz, par celles qui avaient été membres de l’association Centre Idéal Féminin. Elle eut une durée de vie assez courte puisqu’elle ne publia que 5 numéros. La directrice de la revue était Rosa Viscarra Heredia, la rédactrice en chef était Matilde Carmona Rodo (voir annexe n°8) et l’Administratrice était Ana Rosa Vázquez (voir annexe n°9). Ces dernières participèrent également à la fondation de l’ Athénée Féminin et en tant que telles, elles collaborèrent comme rédactrices dans la revue Eco Femenino. De même, les rédactrices de cette dernière revue, collaboraient avec des articles et des poèmes dans Aspiración. Il y avait donc un échange constant de travaux et d’articles entre les rédactrices de chacune des deux revues.

Tout comme Feminiflor et Eco Femenino, Aspiración était le moyen par lequel celles qui avaient été les membres du Centre Idéal Féminin exprimaient leurs idées et leurs réflexions quant à la place que devaient occuper les femmes dans la société et dans le pays. L’idée que celles-ci étaient appelées à jouer un rôle primordial dans le progrès de la patrie se laisse entendre dès le premier article du premier numéro  intitulé « Pour la Patrie »:

« Nous aimons vraiment la Bolivie et dans cette petite revue vous avez notre première contribution qui en est la preuve vivante. La Bolivie est ce qui nous pousse à agir et la lumière qui illumine notre idéal de progrès.

Nous souhaitons qu’Aspiración comble nos désirs de promotion de nobles idéaux d’exaltation féminine et nous aspirons à ce qu’elle soit un doux foyer où se retrouvent les âmes sincères, avides de lumière, de beauté et de bonté provenant de toute la République. »[80]

L’idée de contribuer au « progrès de la Patrie » apparaissait donc comme l’objectif premier des rédactrices de la revue, qui, pour ce faire, favorisaient à tout prix l’amélioration et le développement de la culture des femmes à travers leur revue:

« En hissant le labarum de tout ce qui signifie altruisme, elles (les rédactrices d’Aspiración) ont dirigé leur pensée vers la réalisation des plus nobles idéaux poursuivis par la femme.

Ainsi, par ce principe, elles feront tout ce qui sera à leur portée pour élever leur culture, réveiller leurs activités et stimuler le courage là où il est absent. »[81]

C’est dans ce sens que l’on comprend la devise de la revue « Siempre Adelante » (« Toujours en avant »).

Les objectifs de la revue ne différaient donc pas des autres du même genre, cherchant le dépassement culturel, intellectuel, social et politique des femmes pour qu’elles puissent contribuer au « progrès de la patrie ».

La revue était publiée mensuellement. Elle avait un format semi tabloïd, et était composée d’une vingtaine de pages. Elle était publiée en noir et blanc avec des illustrations et des photographies, notamment en couverture.

Elle avait 4 rubriques fixes: « Activités Féminines », « Frivolités », « Cuisine » et « Jardinage » en raison de « l’intérêt de ces rubriques pour la culture féminine » car, d’après les rédactrices:

« La femme aux idéaux supérieurs ne doit pas limiter ses connaissances et croire que sa finalité sera réalisée en arborant un diplôme résonnant, non. Elle doit savoir utiliser la plume qui cristallise ses sentiments, prendre le balai pour nettoyer sa maison, cuisiner des plats appétissants, pouvoir triompher sur un terrain de tennis, cultiver des plantes avec amour ou discuter consciencieusement sur des affaires transcendantales. Cette complexité d’aspirations sera incarnée dans notre revue. »[82]

La section « Activités Féminines » couvrait un champ assez vaste de sujets tels que « L’art d’être à la maison »[83], « Le féminisme français/La femme turque »[84], « La femme et les sports »[85], etc. Les avancées du féminisme à l’étranger, ainsi que le féminisme en soi, étaient des sujets de réflexion important pour les rédactrices. La place de la femme dans la société a fait aussi l’objet de plusieurs articles de la revue, traitant de la Croix Rouge Bolivienne[86], de l’éducation des filles dans les écoles[87], du progrès des femmes[88], de la nécessité de leur redonner confiance[89], etc. La section « Frivolités » traitait comme son titre l’indique, de sujets dits «légers » comme par exemple la mode. La section « cuisine » était destinée à donner des recettes et des conseils, et la section « jardinage », des conseils sur le jardin et les soins à donner aux plantes. Aspiración accordait donc beaucoup plus d’importance aux tâches ménagères que les autres revues.

Outre ces rubriques, la revue accordait un espace très important à la publication de poèmes, de contes, d’essais littéraires, etc. Dans ce sens, elle pouvait également être considérée comme une revue littéraire au même titre que Feminiflor. Elle n’avait pas de page « masculine », mais les hommes collaboraient continuellement en envoyant des articles, des poèmes ou des essais. De brefs articles étaient consacrés à la célébration des fêtes patriotiques des villes du pays. La section « Galerie Sociale » publiait les photographies et portraits de personnages importants dans la société de l’époque. Parfois, des articles étaient consacrés à la santé et à la puériculture.

À partir de décembre 1923, les seules femmes chargées de la revue étaient Rosa Viscarra Heredia et Carmela Zalles Iturralde ; Ana Rosa Vázquez abandonna ses fonctions pour des problèmes de santé et Matilde Carmona Rodo pour se vouer complètement à ses études. Ces départs expliqueraient peut être l’aspect éphémère de la revue.

L’accueil de la revue semble avoir été favorable puisque plusieurs lettres de félicitations d’hommes publics et politiques et de dirigeants de journaux furent publiées dans la revue. La liste des personnes envoyant des félicitations fut également publiée ; elle incluait entre autres: Julia B. de Saavedra, épouse du Président de la République; J. Gabino Villanueva, Ministre de l’Instruction et de l’Agriculture; Felipe Guzmán, sénateur de La Paz, du Parti Républicain (il fut Président de septembre 1925 à août 1926) ; José M. Baldivia, directeur de l’Ecole des Beaux-Arts ; Juan Manuel Balcázar, directeur de la Croix Rouge bolivienne ; Teodosio Saenz aumônier de l’Armée ; Antonio González B., directeur du Conservatoire National de musique ; Elena Schmidt (voir annexe n°1) directrice du Liceo de Filles de La Paz (elle avait été la professeure des rédactrices de la revue); María Luisa Sánchez Bustamante (voir annexe n°10), Présidente de l’Athénée Féminin de La Paz ; Cristina Iturralde de Zalles (voir annexe n°21) ; Enrique Baldivieso, homme politique (il fut vice-président de la République sous le gouvernement de Germán Busch (1938-1939)); Gregorio Reynolds, un des trois plus grands poètes modernistes de la Bolivie avec Franz Tamayo et Ricardo Jaimes Freyre ; Humberto Viscarra, écrivain. Les dirigeants des journaux: La República (Journal du Parti Républicain de Saavedra, Président de la République à l’époque), « Page féminine » de La República, La Reforma, Nueva Era, El Deber de Corocoro, La Luz d’Arequipa, El Porteño de Mollendo, envoyèrent également des lettres de félicitation.

Parmi ces lettres, on peut citer un extrait de celle de Felipe Guzmán, sénateur de La Paz. Cet homme politique semble avoir été un fervent défenseur des droits civils et politiques des femmes:

« La femme ne doit plus être ignorante, la femme, qu’elle soit célibataire ou mariée, doit jouir de la plénitude de ses droits civils et aller résolument à la conquête des droits politiques ; la femme, finalement, doit envahir le domaine de la propagande écrite, à travers la presse, pour réclamer les garanties que la société lui doit en raison de sa faiblesse et de son manque de défense.

Elle doit principalement demander la réforme de nos lois qui représentent la plus abominable injustice, qui lui attribuent le poids de tous les devoirs et ne lui donnent aucun droit, pour retourner, dans le respect de sa vie, à son honneur et à sa fortune.

C’est à vous que revient la gloire de rompre en Bolivie les préjugés cristallisés, en vous lançant dans l’entreprise journalistique qui aura sûrement des résultats efficaces.

Je veux que cette lettre soit un encouragement pour cette noble tâche, qui sera complètement achevée le jour où la femme bolivienne se trouvera, comme la femme anglaise, entourée de garanties de tout genre par la loi et par la société. »[90]

Parmi les lettres de la presse, on peut mentionner celle envoyée par La República:

“On a reçu le premier numéro de cette revue féminine, qui nous apporte, à travers ses pages, de très jolis articles littéraires et des informations locales, en plus d’un abondant matériel graphique, qui révèle sans aucun doute l’intérêt de la rédaction à présenter une revue en accord avec notre milieu social. L’acceptation qu’elle aura parmi nos lecteurs et notamment ceux du sexe féminin dont les idéaux sont défendus par la revue, tendant vers leur progrès, culturel et patriotique, sera une juste rétribution à l’effort de ses rédactrices.

Nos paroles d’encouragement et de félicitation vont au groupe de la rédaction personnifié, par Rosa Viscarra Heredia, Matty Carmona Rodo et Ana Rosa Vázquez G., et nous espérons que leurs louables enthousiasmes préconisant la marche vers le féminisme conscient de leurs droits et devoirs dans la société ne soient pas déchus. »[91]

Ainsi, une partie des hommes politiques, ainsi que quelques hommes et femmes issus des milieux artistiques et culturels du pays, et surtout de la presse, répondirent favorablement au surgissement de cette revue malgré sa durée de vie très courte.

La revue eut aussi des répercussions dans la presse péruvienne. El Comercio de Lima et El Heraldo de Puno louèrent la mission patriotique que s’étaient données les rédactrices. Ces journaux mentionnèrent surtout l’article rédigé par Ana Rosa Vázquez intitulé “N’oublions pas le littoral”, qui incitait les mères de famille à parler constamment aux enfants des territoires côtiers perdus dans la Guerre du Pacifique (1879-1883) contre le Chili, afin qu’ils soient un jour récupérés par les nouvelles générations. Ces journaux péruviens louèrent les sentiments patriotiques des femmes boliviennes qui contribuaient au « progrès » de leur patrie. Ils étaient sensibles à la question de la Guerre du Pacifique, puisque le Pérou, allié de la Bolivie, fut également vaincu par le Chili et perdit une grande partie de son territoire. Avec El Tropical du Cuzco, ils louèrent également la mission culturelle et intellectuelle que les femmes boliviennes avaient commencée dans leur pays avec la publication de la revue.

Presqu’en même temps qu’Aspiración, apparut la revue qui représentait l’Athénée Féminin avec des compromis encore plus solides pour l’obtention des droits civils et politiques.

Eco Femenino(“Aimer le devoir et reconnaître le droit”, Montesquieu)[92]

La revue Eco Femenino fut publiée par l’ Athénée Féminin, chaque mois de 1923 à 1925 ; elle eut donc une durée de vie beaucoup plus longue que son homologue Aspiración. La première directrice de la revue fut l’ancienne présidente de l’association Centre Idéal Féminin, Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7). En juillet 1925, María Teresa Solari (voir annexe n°29) en prit la direction. La rédactrice en chef était Carmen Sánchez Bustamante (voir annexe n°14), et l’administratrice, Irene Gutierrez V. M. À partir de juin 1924, les tâches administratives s’élargirent et se complexifièrent. Désormais, des personnes étaient chargées du secrétariat, des reportages, de la rédaction et de la correspondance. À partir de mai 1925, la revue disposait d’une dessinatrice.

La revue publia 15 numéros, dont 7 sont disponibles aujourd’hui. Elle avait un format semi tabloïd. Elle se publiait mensuellement, en noir et blanc, avec des photographies et des illustrations. En moyenne elle avait une vingtaine de pages. Elle se vendait à 30 centimes l’exemplaire ; on pouvait s’abonner aussi bien en Bolivie qu’à l’étranger, à des prix différents selon la durée de l’abonnement.

Le contenu de la revue ne différait pas beaucoup des autres revues: un espace très important était accordé à la littérature avec la publication de poèmes, de contes, d’essais littéraires, etc., des membres de l’Athénée Féminin, ainsi que d’écrivains et écrivaines, parfois célèbres, de l’époque. Les intellectuels et écrivains les plus importants, comme Alcides Arguedas[93] et Alberto Ostria Gutiérrez, entre autres, publièrent des essais sur la condition des indigènes du pays[94].

Des articles historiques et patriotiques étaient également édités, ainsi que des photographies des membres de l’Athénée Féminin.

Les activités de ce centre occupaient un espace prépondérant dans la revue où étaient publiées les conférences bi-mensuelles organisées par l’Athénée, les thèses d’admission des nouveaux membres, les fêtes et soirées organisées par l’association, les discours prononcés par les membres dans diverses occasions, les bilans de participation des membres aux Congrès Internationaux de femmes, etc. La revue consacrait aussi un espace très important aux avancées du féminisme à l’étranger, ainsi qu’aux réflexions sur les définitions du terme dans le pays ou ailleurs. Des nouvelles sur les autres organisations féministes de la Bolivie étaient souvent publiées. La place et le rôle des femmes dans la société faisait l’objet de nombreuses réflexions de la part des membres de l’Athénée. Celui-ci organisa un concours sur le thème: « Les devoirs de la femme ». Elodia Ballivián de Ligerón (voir annexe n°12) remporta le premier prix et Casta Muñoz le deuxième[95].

La revue accordait également une place essentielle à la question de l’obtention des droits civils et politiques des femmes avec plusieurs articles sur la question. Eco Femenino fut la première revue où apparut une détermination de « lutte » claire et solide pour l’obtention des droits civils et politiques des femmes. Les autres revues affichaient également cette préoccupation, mais de manière beaucoup plus prudente et timide: les articles insistaient beaucoup plus sur le développement de l’éducation des femmes, et l’obtention des droits civils que sur les droits politiques. Il semblerait que les rédactrices de ces revues pensaient qu’il fallait d’abord une amélioration et un élargissement dans l’éducation des femmes et dans l’obtention de droits civils pour que les droits politiques, dont le droit de vote, leur soient ensuite accordés. La position la plus déterminée exprimée dans Eco Femenino, s’explique aussi par le fait que l’Athénée Féminin était la seule organisation à avoir eu une longue durée de vie, et par conséquent, elle aurait atteint un niveau d’organisation beaucoup plus développé. Ce fut la seule association à avoir préparé un projet de loi pour réformer le Code Civil afin que les droits civils soient accordés aux femmes ; elle organisa par ailleurs, le premier Congrès de femmes dans le pays, comme on le verra plus tard.

Eco Femenino cessa d’être publiée en 1925 en raison des problèmes économiques auxquels dut faire face l’Athénée Féminin, qui ne lui permettaient plus d’éditer la revue.

Une autre revue fut donc publiée deux ans plus tard par la même organisation: Indice.

Indice

La revue Indice apparut en décembre 1927 et n’édita que 3 numéros, très probablement en raison de problèmes financiers que l’Athénée Féminin n’avait pas pu résoudre. Elle eut donc une vie beaucoup plus éphémère que son prédécesseur.

Il convient de rappeler que la directrice de la revue était María Luisa Sánchez Bustamante de Urioste (voir annexe n°10), l’administratrice, Ana Rosa Vázquez (voir annexe n°9), et la secrétaire de presse, Marina Montes de Rada.

Elle était publiée mensuellement, en format tabloïd, le texte étant de couleur bleu clair. Comme on peut le voir dans l’annexe C n°14, les couvertures étaient très sobres, sans aucune illustration ni photographie. La revue comportait une vingtaine de pages en moyenne.

Son contenu était presque identique à celui de la revue Eco Femenino. Un espace très important était accordé aux activités de l’Athénée Féminin: informations sur son organisation, activités et travail réalisé par l’association, discours prononcés par les membres à différentes occasions, etc. Une grande place était également donnée aux avancées du féminisme dans le pays, et surtout à l’étranger, notamment par le fait que l’Athénée Féminin avait déjà créé des réseaux féministes dans le pays et qu’il s’était intégré à des réseaux féministes internationaux, comme on le verra plus tard. Des articles étaient dans ce sens consacrés au féminisme et à sa signification. Comme dans les autres revues, Indice, consacrait une partie à la publication de poèmes, contes, travaux littéraires, mais l’espace qui leur était accordé était moins grand que dans Eco Femenino ou les autres revues. En effet, Indice accordait beaucoup plus d’importance aux activités de l’Athénée et au féminisme (définition, avancées à l’étranger) que les autres revues. Ceci pourrait s’expliquer par le fait que l’Athénée Féminin était une organisation beaucoup plus mûre (elle existait depuis presque 4 ans), et par conséquent, son positionnement idéologique était mieux défini. Les articles d’Eco Femenino laissent entrevoir des réflexions sur le féminisme et les stratégies d’action à entreprendre qui se trouvaient encore dans un état de réflexion et de construction, alors que dans Indice, on aperçoit un positionnement beaucoup plus solide et plus mature, ainsi qu’une organisation plus développée de l’association.

En outre, la revue publiait des articles sur des sujets divers tels que la condition des indigènes[96], la puériculture[97], l’art colonial au Pérou[98], etc., et sur des sujets d’actualité comme par exemple les conflits frontaliers entre la Bolivie et le Paraguay[99].

Elle avait des agents et des correspondants dans différentes villes du pays, de l’Amérique Latine et de l’Europe. Elle était envoyée à tous ses agents et distribuée dans toutes les organisations affiliées à l’Athénée Féminin, comme on l’a déjà vu. Elle bénéficiait donc d’une large distribution, malgré qu’elle eût une durée de vie extrêmement courte. La revue développa un service commercial de vente à travers des stratégies publicitaires. La publicité renseignait sur le contenu de la revue et les objectifs de l’Athénée Féminin en tant qu’organisation féministe au service du développement de la culture des femmes, ainsi que sur leurs conditions juridiques et sociales. L’on apprend également que la revue n’avait aucun intérêt commercial et qu’elle ne produisait pas des profits ; elle s’est donc maintenue avec l’argent de l’Athénée Féminin. Ce dernier, comme on l’a dit, n’était pas dans une très bonne situation financière. Il est donc probable que la revue cessât d’être publiée pour des raisons financières.

D’autres revues féminines/féministes furent publiées dans les années 1920, dans les villes du pays, non pas au sein d’associations féministes concrètes, mais à travers des femmes qui s’étaient organisées pour la publication de ces revues, et qui, d’une manière ou d’une autre, s’étaient intégrées au mouvement féministe de ces années-là en Bolivie.

Venas de Plata (“Plus de lumière !”, Goethe)[100]

La revue Venas de Plata fut publiée à Potosí à partir de février 1924. On ne sait pas combien de numéros ont été édités, mais seulement les deux premiers sont encore disponibles aujourd’hui.

Elle n’était pas publiée au sein d’une association féministe telle que le Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro ou l’Athénée Féminin, mais par des jeunes femmes de la ville de Potosí qui se réunissaient et s’organisaient en tant que journalistes dans cette ville. Il s’agissait de publier une revue à travers laquelle soient exprimés les désirs de dépassement culturel, social et politique de ces femmes. La directrice de la revue était Laura Córdova (voir annexe n°25), la rédactrice en chef, Raquel Saavedra N., et l’administratrice, Peregrina Ríos R. Les rédactrices étaient Emma Mendoza M., Fanny Berríos V., Lia Salas L. et Aimée Marie Hardy. La revue comptait en plus, une douzaine de collaboratrices.

Elle était publiée mensuellement en noir et blanc, et avait un format semi tabloïd. Des photographies de villes boliviennes y figuraient parfois. Elle comptait environ 20 pages. Le titre de la revue faisait bien évidemment référence au passé historique de la ville de Potosí, qui avait été un des centres miniers d’argent les plus importants de l’Empire Espagnol à l’époque coloniale.

Les objectifs et le contenu de la revue ne différaient pas des autres: il s’agissait de contribuer au développement culturel, social et politique des femmes pour atteindre le « progrès de la patrie ». L’apparition de la revue fut clairement inspirée par le développement du journalisme féminin dans les autres villes du pays avec la publication de revues telles que Feminiflor (Oruro), Iris, Reflejos (Cochabamba), Aspiración, et Eco Femenino (La Paz):

« Vers la culture féminine

En obéissant à un désir de culture et à une aspiration de perfectionnement, nous faisons aujourd’hui de la publicité pour cette feuille imprimée qui porte le sceau de l’effort et de la volonté d’un groupe de jeunes demoiselles qui, en défiant le milieu et l’indifférentisme général, avancent vers la réalisation d’un idéal: la culture féminine.

Dans plusieurs centres de la République se sont déjà fait sentir des impulsions similaires ayant atteint un succès relatif. La réalisation absolue de leurs buts requiert ce qu’on appelle persévérance. Avec beaucoup de volonté, le travail sera complété.

L’apparition de cette revue n’est pas tardive, elle n’obéit pas à un désir d’imitation, et moins encore à une forme d’exhibitionnisme. Nos tendances vont plus loin que ce que nous attribuent certains lecteurs: nous désirons l’échange intellectuel, nous voudrions exposer nos idées, aussi pauvres soient-elles; nous allons vers la culture féminine si négligée, hier comme aujourd’hui.

Nous allons aussi rectifier un faux concept, une appréciation erronée lancée contre la femme de Potosí, qualifiée de peu préparée – au travail journalistique. »

Les dirigeantes de Venas de Plata maintenaient des échanges avec les rédactrices des revues des autres villes: des numéros des revues Aspiración et Eco Femenino leur ont été envoyés[101].

La revue annonçait des objectifs clairement patriotiques et féministes:

« Nous voulons seulement l’élévation et le progrès de la Bolivie, et pour cela, nous avons le cœur fort, doté de sentiments nobles et purs que la savante nature a attribué à la femme.

Nous n’apportons pas une mine de connaissances, seul un effort personnel nous guide vers la conquête d’une place culminante dans le monde civilisé. Notre travail sera un travail d’étude, de persévérance dans le journalisme, en souhaitant que d’autres feuilles surgissent aussi en tant que porte-paroles éloquents des pensées et des sentiments de la femme.

Peuple de Potosí, accueillez notre Revue qui ne recherche ni les éloges ni les applaudissements niais de ceux qui sont rétrogrades dans tous les actes de la vie.

Accueillez-la, même si ce petit ouvrage est dirigé par de jeunes femmes enthousiastes, qui, remplies de la plus fervente aspiration, désirent contribuer à la grande date bolivienne, avec des paroles en plus qui proviennent d’un des départements du pays, pour qu’il soit le bastion du progrès féministe.

Accueillez-la au moins pour nous encourager.

Laura Córdova. »[102]

La « grande date » à laquelle se réfère cet extrait est le Centenaire de l’Indépendance de la Bolivie qui allait être célébré en 1925. En effet, un des objectifs des rédactrices était que leur ville bénéficiât d’une publication féminine contribuant au progrès des femmes pour la célébration du Centenaire, afin de montrer que Potosí n’était pas en retard au niveau du développement de la culture féminine.

La plus grande partie des articles de la revue concernaient des réflexions sur la condition des femmes dans tous les domaines. Ainsi, l’on trouve des articles tels que « L’idéal que nous poursuivons: l’éducation de la femme », « Le progrès dans la condition de la femme », « D’où résulte (l’idée de) l’“infériorité” (féminine) ? »[103], « La femme dans le 20e siècle »[104], etc. D’autres articles étaient consacrés à des essais historiques remémorant des dates patriotiques. D’autres encore étaient consacrés à des divers sujets d’actualité tels que le développement de l’aviation en Bolivie[105], la déclaration des droits de l’enfant à Genève[106], etc. Contrairement aux autres revues, Venas de Plata ne publiait pas d’articles littéraires comme les poèmes, contes, ou essais. En revanche, des citations d’écrivains célèbres y étaient incluses.

Venas de Plata ne fut pas la seule revue à être publiée hors d’une association féministe, par des femmes qui s’étaient organisées afin d’exprimer leurs souhaits et leurs demandes. On a trouvé un autre exemple dans la revue Anhelos de Cochabamba.

Anhelos (“Pour l’élévation morale et culturelle de la femme”)[107]

La revue Anhelos fut publiée à partir du 1er juillet 1929 jusqu’à la fin de l’année suivante. On ne sait pas exactement combien de numéros furent édités, mais on en dispose aujourd’hui de 5. Ce fut la dernière revue de ce type à être publiée en Bolivie dans les années 1920.

Les directrices de la revue étaient María Quiroga de Montenegro (voir annexe n°30) et Mercedes Anaya de Urquidi (voir annexe n°31).

Son format était semi tabloïd et se publiait en noir et blanc, quasiment chaque mois. Elle comportait une quinzaine de pages en moyenne.

Le contenu ne différait pas des autres revues: les objectifs des rédactrices étaient l’amélioration et le développement de l’éducation des femmes pour leur contribution essentielle au « progrès de la patrie ». Les articles étaient notamment focalisés sur l’éducation des femmes, le sujet le plus important. Un article a été également dédié à la nécessité d’obtentir des droits civils pour les femmes. Par contre, la revue et ses collaboratrices semblaient assez prudentes par rapport à l’utilisation du mot « féministe », et parfois elles s’en défendaient. Ainsi, le premier article porte sur les objectifs de la revue:

« … Le moment est arrivé pour que la femme de Cochabamba assume une attitude, non pas féministe dans toute l’acception du terme, pour laquelle elle n’est pas suffisamment préparée, mais une attitude qui lui permette de se faire connaître comme amatrice de l’instruction et de l’éducation intégrale avec un critère élevé, propre et serein, elle doit être douce, cultivée et religieuse, sans fanatisme ; la fille et la sœur exemplaire, la femme au foyer, maîtresse modèle de ses enfants, une épouse dont le mari partage tous les idéaux, en trouvant en elle une collaboratrice consciente et assidue ; une femme qui lègue des enfants utiles pour sa patrie. »[108]

Il est intéressant de voir comment les directrices et les collaboratrices de cette revue nient une position féministe, tout au moins, la définition communément donnée de celle-ci pour élaborer une réflexion sur les définitions du féminisme et en trouver une qui leur soit propre. On analysera cet aspect plus en détail ultérieurement.

Comme dans la plupart des autres revues, un espace important était accordé à la littérature: poèmes, contes, essais, étaient publiés. Le premier numéro de la revue fut dédié à la célèbre poétesse, Adela Zamudio (voir annexe n°28), décédée un an auparavant. Des articles furent également dédiés à d’autres femmes boliviennes « illustres » dans la littérature ou dans l’histoire. Des articles historiques et patriotiques, ou portant sur le folklore du pays, occupaient aussi une place importante dans la publication. La revue bénéficiait d’une section sociale dans laquelle étaient annoncés tous les évènements sociaux de la ville de Cochabamba.

La première action des féministes des années 1920, en Bolivie, fut la publication de revues féminines/féministes où elles exprimèrent leur prise de conscience sur la nécessité de développer et d’améliorer l’éducation des femmes, ainsi que leurs conditions sociales, juridiques et politiques. Suivant l’exemple de Feminiflor, plusieurs revues de ce type surgirent dans les principaux centres urbains tels qu’Oruro, Cochabamba, Potosí, et La Paz que ce soit comme porte-paroles d’associations culturelles et féministes, ou de femmes réunies pour faire du journalisme et exprimer leurs souhaits en tant que femmes éduquées et cultivées. Ces revues étaient surtout lues par des femmes issues des classes moyennes et élevées, qui partageaient les mêmes idées que celles qui les publiaient. Elles étaient également connues par les hommes intellectuels de l’époque qui, de par leurs éventuelles collaborations soutenaient les désirs et les demandes exprimés dans ces publications. Les revues circulaient donc au sein des cercles intellectuels de femmes et d’hommes qui appartenaient à l’élite intellectuelle du pays. Les demandes, souhaits et revendications exprimés dans ces revues représentaient une infime fraction de femmes du pays: celles qui avaient été les premières bénéficiaires du développement de l’éducation des femmes dans les principaux centres urbains de la Bolivie, à savoir, celles provenant des classes moyennes et élevées. Il n’y a pas de chiffres concernant le nombre de femmes qui savaient lire et écrire, ou de femmes bachelières, qui avaient une profession ou qui travaillaient dans le secteur tertiaire de l’économie dans les années 1920 qui nous donneraient un ordre de grandeur sur la présence de ces femmes au sein de la société bolivienne.

Les seuls chiffres démographiques disponibles sur la première moitié du 20e siècle en Bolivie, sont ceux provenant des recensements de 1900 et de 1950 et des études statistiques réalisées plus tard, qui concernent uniquement l’année 1950. D’après ces études, sur une population de 3.019.031 d’habitants en 1950, la population active était de 1.350.782 personnes, dont 579.894 étaient des femmes, c’est-à-dire 42% du total. À cette époque, l’axe économique était formé par les départements de La Paz, de Cochabamba et de Santa Cruz (qui avait commencé à dépasser Oruro). Cet axe regroupait 71.72% du total de la population féminine économiquement active.

Parmi la population féminine économiquement active, 75.94% avaient comme principale activité l’agriculture et l’élevage, c’est-à-dire 440.371 femmes ; seulement 8.98%, entraient dans la catégorie « Professionnelles, services domestiques et personnels », à savoir 52.074 femmes[109]; 7.76% travaillaient dans l’industrie de transformation, notamment dans les secteurs textiles et alimentaires, soit 44.999 femmes; 4.19% s’occupaient du commerce, des crédits et des assurances, c’est-à-dire 24.297 femmes. 268.758 femmes et 439.755 hommes de tout âge savaient lire et écrire en 1950, représentant un total de 708.513 personnes. Le pourcentage de femmes de tout âge sachant lire et écrire était donc de 9% de la population totale, en 1950.

Ces chiffres qui concernent la fin de notre période, nous permettent seulement d’imaginer le nombre de femmes issues des classes moyennes et élevées qui avaient une profession et qui travaillaient, dans les années 1920. Il est difficile, voire risqué d’avancer des chiffres. On peut seulement supposer que le nombre de femmes exerçant une activité professionnelle, à cette époque, était extrêmement réduit, compte tenu du fait que l’éducation des femmes avait commencé à se développer moins de 20 ans auparavant, et que les premières femmes à exercer une profession étaient apparues dans les années 1910. Il s’agissait donc d’un groupe infime de femmes au sein duquel se trouvaient les femmes féministes et journalistes des années 1920.

La diffusion et l’influence de ces revues se limitaient donc à ces cercles très restreints de femmes cultivées et d’hommes intellectuels qui constituaient l’élite intellectuelle de la Bolivie. La grande majorité des femmes du pays, dont les femmes indigènes habitant la campagne et les métisses (« cholas ») des centres urbains étaient étrangères à ces publications et au développement général du mouvement féministe dans le pays.

Les revues féminines/féministes des années 1920 ne répondaient pas à des stratégies visant à faire pression sur le gouvernement, mais à des stratégies de communication d’idées et d’objectifs des associations et des femmes féministes du pays. Elles leur servaient donc à faire connaître, à la société et aux hommes politiques, leurs demandes et leurs revendications.

Outre ces publications, les organisations féministes développèrent d’autres types d’action qui non seulement renseignaient sur leurs demandes, mais qui formulaient aussi des propositions concrètes de réformes légales dans le pays.

b) Congrès Nationaux et participation aux Congrès Internationaux

L’organisation d’un Congrès national de femmes est une idée qui surgit assez tôt au sein de l’Athénée Féminin de La Paz.

La première femme à proposer ce projet fut Ana Rosa Vázquez, dans sa thèse d’admission à l’Athénée, qui fut publiée dans la revue Eco Femenino en octobre 1923. Ce projet devait avoir lieu à l’occasion de la célébration du Centenaire de la Bolivie en 1925. L’idée était inspirée des Congrès féminins qui avaient déjà eu lieu dans d’autres pays d’Europe et d’Amérique du Sud:

« Désignée en assemblée par le centre intellectuel Athénée Féminin, pour la conférence de cet après-midi, je vous prie de bien vouloir écouter les points que j’indiquerai, sur la nécessité de convoquer un Congrès Féminin à l’occasion de la célébration du Centenaire d’Indépendance de la Bolivie.

Je ne raconterai pas l’histoire des congrès réalisés dans des centres européens et Sud-américains à l’occasion du mouvement féminin qui se développe dans le monde entier, plaidant pour les droits civils et politiques de la femme, et qui sont assez connus. »[110]

Les objectifs qui devaient être atteints par la réalisation d’un tel Congrès étaient divers. Il s’agissait d’abord de faire connaître les souhaits et demandes du « mouvement féminin » apparu en Bolivie:

« Je vais seulement vous signaler que la nécessité morale et intellectuelle de faire connaître le mouvement féminin qui a commencé dans notre société est urgente, qu’il est temps de faire comprendre les aspirations de la culture féminine et les aspirations patriotiques. »[111]

Ensuite, il s’agissait de revendiquer des réformes dans la législation afin que les droits civils soient accordés aux femmes:

« Dans un Congrès National on demanderait le changement de la législation des lois qui pèsent sur nous de manière aussi onéreuse et déprimante (…) En comptant heureusement sur un centre social et intellectuel comme l’Athénée Féminin, on appellerait des talents particulièrement reconnus dans toute la République, qui, en organisant des commissions, étudieraient les lois qui devraient être réformées. Voici la liste de quelques femmes à qui l’on pourrait confier cette tâche: María Luisa B. de Urioste (voir annexe n°10), Ugarte de Salamanca (voir annexe n°32), Adela Zamudio (voir annexe n°28), María Gutierrez de Rubin de Celis, Eduviges v. de Hertzog (voir annexe n°15), et plein d’autres encore. »[112]

Le projet pouvait également s’élargir à d’autres pays et devenir un Congrès International de femmes auquel pourraient participer les femmes intellectuelles et féministes des pays Sud-américains. Dans ce cas, il s’agirait aussi de faire connaître les demandes de la Bolivie pour récupérer son territoire côtier perdu lors de la Guerre du Pacifique (1879-1883) contre le Chili:

« Vous me direz peut-être comment l’on peut réunir un Congrès et ce que l’on pourrait y demander?

On pourrait réunir un congrès, non seulement national mais aussi international, avec l’aide des pouvoirs publics, qui en tant que connaisseurs des buts recherchés par le mouvement féminin, collaboreraient ; subventionnant et facilitant les transports pour les femmes intellectuelles des Républiques-sœurs invitées à nous honorer dans les sessions du Congrès, en célébrant notre vie d’indépendance.

Ainsi elles verraient de près nos justes aspirations de sortie vers la mer, ayant vécu jusqu’aujourd’hui entre des rochers et des montagnes enneigées ; et nous élèverions ensemble nos prières au Dieu de la justice, en tant que filles, épouses ou mères, dans le cas où nos enfants, époux et pères seraient les victimes du sacrifice de s’offrir à l’holocauste, pour protéger les sentiments d’intégrité nationale (…) Il s’avère dans tous les aspects, nécessaire d’établir des liens d’union intellectuelle avec les nations sœurs, en nommant des commissions de propagande féminine… »[113]

Il est intéressant de voir, d’après ce projet, qu’un Congrès international de femmes ait des objectifs diplomatiques non seulement par rapport aux demandes d’accès au littoral de la Bolivie, mais aussi pour éviter une guerre entre les pays Sud-américains, comme le sous-entend Ana Rosa Vázquez. Les femmes joueraient ainsi le rôle d’intermédiaires entre les gouvernements.

Ce projet ne fut finalement pas réalisé en 1925 comme il était prévu. Cependant, la même année, les membres de l’Athénée Féminin eurent l’occasion de participer à la Seconde Conférence Panaméricaine de Lima qui eut lieu en janvier 1925. Les membres de l’Athénée Féminin qui participèrent à cet événement furent Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7) et Eduviges v. de Hertzog (voir annexe n°15). La presse du Pérou publia plusieurs articles sur la visite de ces deux représentantes boliviennes, et notamment celle d’Ana Rosa Tornero[114]. Au sujet de cette participation, on connaît uniquement les 4 projets présentés par Eduviges v. de Hertzog qui portaient sur l’éducation secondaire des femmes, leur droit de vote, la création d’une Banque Protectrice des Femmes Travailleuses, et l’alphabétisation des indigènes. On a des renseignements sur les premier et deuxième projets de manière indirecte, à travers un commentaire réalisé par M. Teresa Solari (voir annexe n°29) publié dans la revue Eco Femenino de septembre 1925. Il semblerait que Hertzog ait insisté sur le besoin des femmes d’avoir une éducation secondaire, n’étant pas en contradiction avec leur rôle de femmes au foyer qu’elles devaient remplir avec « abnégation ». Dans ce sens, les femmes étaient « professeures de leur propre foyer ». En cultivant leur esprit, elles ne devaient pas s’éloigner des sciences domestiques et devaient pouvoir combiner les deux activités. Les écoles et lycées devraient donc éduquer les femmes pour qu’elles puissent se cultiver, et en même être temps de bonnes femmes au foyer.

Concernant le droit de vote, les connaissances que l’on a sur ce projet proviennent également du commentaire réalisé par M. Teresa Solari. Le droit de vote était revendiqué pour les femmes qui savaient lire et écrire, car elles se trouvaient dans la même situation « d’égalité intellectuelle et morale » que les hommes. De plus, les femmes, en tant que « dépositaires de sentiments », devaient collaborer avec les hommes dans l’élaboration des lois. Si les hommes étaient le « cerveau », les femmes étaient l’« âme » ; et les lois avaient besoin d’âme pour être véritablement justes. Les femmes devaient, en outre, élaborer des lois en accord avec leurs propres intérêts pour leur progrès et celui de la société[115].

Le troisième projet sur la création d’une Banque Protectrice des Femmes Travailleuses fut publié dans la revue Eco Femenino de mai 1925. Il s’agissait de créer une Banque ou « Maison de Prêts » pour les femmes pauvres (mères d’enfants ou veuves) qui travaillaient ou qui voulaient travailler. Cette Banque prêterait de l’argent à faibles intérêts annuels à celles qui auraient des projets professionnels divers. Les intérêts ne dépasseraient pas les 6% par an. Pour sa création, les femmes à l’aise économiquement donneraient un capital et deviendraient des actionnaires. Ces Banques seraient établies dans chaque capitale de département formant un réseau. Le personnel serait constitué par de jeunes femmes récemment diplômées d’Instituts de Commerce, dirigées par des hommes qui les initieraient à ce type de travail. Les actionnaires des Banques gagneraient 2% annuels pour leur capital fondateur. Elles seraient complètement indépendantes des Banques spéculatrices. L’argent prêté aux femmes pauvres serait surveillé afin de contrôler son bon emploi.

Il est très probable que ce projet n’ait jamais eu lieu ; lorsqu’il fut présenté à Lima, la déléguée des femmes travailleuses au Conseil Supérieur du travail ne le jugea pas viable[116].

Le quatrième et dernier projet présenté par Eduviges v. de Hertzog concernait l’alphabétisation des indigènes au Pérou et en Bolivie. En effet, la question de l’intégration des indigènes à la nation était une réflexion constante à l’époque en Bolivie, ainsi que dans d’autres pays, notamment le Pérou, dans les cercles politiques et intellectuels de l’époque. Des intellectuels comme Franz Tamayo, Alcides Arguedas en Bolivie et Carlos Mariátegui au Pérou, traitèrent cette question dans plusieurs de leurs ouvrages. La plus grande partie de la population bolivienne était constituée d’indigènes qui habitaient surtout dans les campagnes, le pays ayant une population majoritairement rurale. D’après le recensement réalisé en 1900, la Bolivie comptait 903.126 indigènes, 485.293 métis ou « cholos », et 231.088 blancs ou « criollos »[117]. Ceux qui dirigeaient le pays depuis son indépendance et qui constituaient l’élite politique, économique et intellectuelle étaient essentiellement les blancs. Une grande partie des indigènes aymaras et quechuas travaillaient en conditions semi-féodales dans les « haciendas » (exploitations agricoles) en tant que colons. Ils recevaient un lot de terre en échange de leur travail dans l’exploitation agricole de leur patron. Le système du « pongueaje » était en place à cette époque: le colon devait rendre des services gratuits au patron pendant deux semaines sur une année dans l’« hacienda » ou en ville. Ce dernier, à cette occasion pouvait louer le pongo à d’autres personnes qui avaient besoin de son travail[118].

Au début du 20e siècle, un des problèmes essentiels était la « question indigène »: que faire de la masse d’indigènes qui habitaient les campagnes et qui constituaient la plus grande partie de la population ? Il était nécessaire de trouver une réponse à cette question puisque, selon les idées de l’époque, l’une des principales causes du retard du pays était sa composition raciale. D’après cette conception, les indigènes étaient complètement « indifférents » et étrangers non seulement à ce qui se passait dans le pays, mais aussi aux coutumes occidentales, et donc à la « civilisation ».

Les réponses à la question des indigènes étaient diverses. Certains soutenaient qu’il fallait faciliter la venue de migrants « blancs » d’Europe pour « blanchir » la population. D’autres considéraient qu’il fallait intégrer les indigènes à la nation pour en faire une force de « progrès »: il fallait donc les alphabétiser et les éduquer aux valeurs chrétiennes et occidentales afin qu’ils deviennent de « bons citoyens ».

C’est dans ce contexte que s’inscrivait le projet présenté par Eduviges v. de Hertzog. Les représentantes de l‘Athénée Féminin appartenaient aux classes moyennes et élevées de la société et à l’élite « blanche » intellectuelle du pays, comme on l’a déjà vu. Elles partageaient donc les idées et conceptions qui circulaient au sein des cercles intellectuels de l’époque quant à la question des indigènes et de leur intégration au pays. Ainsi, elles considéraient que leur alphabétisation était un premier pas vers leur intégration à la nation. Celui-ci était un des principaux projets « sociaux » de l’organisation (le sujet occupe plusieurs articles dans leurs revues Eco Femenino et Indice).

Le projet présenté à la Seconde Conférence Panaméricaine de Lima apparaît comme une mission « civilisatrice » qui devait être entreprise par les femmes cultivées de la Bolivie et du Pérou, ce pays partageant une « composition raciale » similaire:

« Les indigènes semi civilisés des républiques sud-américaines, se consacrent en majeure partie à l’agriculture et aux travaux d’édification (…) Je pense que les femmes cultivées au Pérou et en Bolivie ont une grande mission d’Humanité à étudier et à mettre en pratique pour attirer et faire fondre dans la Civilisation le puissant élément autochtone, qui constitue la plus grande partie de la population de ces nations (…) Je pense que le Comité Éxécutif de la Seconde Conférence Panaméricaine de femmes doit établir les bases pour la réorganisation de l’Instruction dans les pays où la race indigène constitue presque la majorité de la population. »[119]

Le projet prévoyait l’institution d’écoles dans toutes les exploitations agricoles pour les enfants. Les adultes analphabètes assisteraient aux cours trois fois par semaine. Le projet prévoyait également l’amélioration des conditions de vie des indigènes habitant les « haciendas ». Le patron devait disposer d’eau potable et d’une habitation avec un équipement médical basique au cas où les indigènes ne pourraient être conduits à l’hôpital. Il devait également faire venir un médecin deux fois par an pour qu’il vaccine tous les colons de ses « haciendas ». De même, il devait prendre soin de l’état de sobriété de ces derniers pour qu’ils puissent travailler plus efficacement. Le patron avait le droit d’emmener les indigènes rebelles en justice, mais il ne pouvait les flageller. Il était également chargé de payer le médecin et le professeur à l’école. Si l’année était mauvaise en récoltes agricoles, le patron devait donner des graines à ses colons et leur procurer les bases essentielles pour vivre.

L’esprit paternaliste du projet fut clairement exprimé par Hertzog à la fin de sa présentation:

« La sueur versée par l’indigène fructifie la terre du patron et il est juste que ce dernier soit le père de ses colons lorsqu’il y a des malheurs à déplorer. »[120]

On ne sait pas quel fut le sort des projets présentés par les représentantes boliviennes de l’Athénée Féminin au sein de la Conférence de Lima, mais leur participation constitua un premier pas vers la création de liens et de réseaux avec les femmes intellectuelles et féministes de l’Amérique du Sud. Par ailleurs, suite à sa participation au Congrès, Ana Rosa Tornero fut invitée à participer à la Ligue Internationale de Femmes Ibériques et Hispanoaméricaines » (« Liga Internacional de Mujeres Ibéricas e Hispanoamericanas ») qui eut lieu au Mexique en 1925[121]. Malheureusement, on n’a pas pu trouver d’informations sur sa participation à ce Congrès.

Les actions des femmes de l’Athénée Féminin, en 1925, ne se limitèrent pas à la participation aux Congrès internationaux de femmes. Même si elles ne parvinrent pas à organiser un Congrès national de femmes pour le Centenaire de la Bolivie, elles se chargèrent de présenter au gouvernement un projet de modification du Code Civil, afin que les femmes puissent obtenir les droits civils. En effet, en juin 1925, elles firent appel à Benjamín H. Gallardo, jurisconsulte, civiliste et Recteur de l’Université Mayor de San Andrés de La Paz, pour qu’il réalise un projet de réforme du Code Civil bolivien qui accorde les droits civils aux femmes. Ce projet devait être présenté au Parlement en hommage au Centenaire du pays. Des commissions de femmes devaient avoir lieu pour élaborer le projet de modification sous la direction de Benjamín H. Gallardo:

«  À l’occasion de la réalisation de l’intéressante idée du docteur Benjamín H. Gallardo présentée à l’Athénée Féminin, visant à demander au Congrès une réforme législative sur les droits des femmes, ce Centre culturel a décidé de former des commissions organisatrices du projet.

On espère que tous les Centres féminins de la République, et chaque femme en particulier, participera à cette cause en y adhérant, ainsi qu’à l’appel de l’“Athénée Féminin”, car il s’agit d’une idée qui fruit de nombreux efforts sera le germe de bons résultats.

L’espoir nous encourage car nous espérons fermement que l’intelligence des Chambres sera favorable au projet, dont les points étudiés sous un aspect juste et désintéressé par le docteur Gallardo, constituent la demande la plus digne faite par la femme par rapport à ses droits. »[122]

Le projet, nommé « Projet de réintégration des droits civils de la femme », fut finalement présenté à l’Athénée Féminin par le docteur Benjamín H. Gallardo dans une conférence réalisée le 11 juillet 1925 dans les salons de l’Université Mayor de San Andrés de La Paz[123]. L’objectif de ce projet présenté par Gallardo dans son discours à l’occasion de cet événement consistait à « mettre à jour » un Code Civil « archaïque » qui n’était plus en accord avec les réalités quotidiennes des femmes boliviennes. Il était donc nécessaire qu’à l’occasion des célébrations de son Centenaire, la Bolivie puisse rénover sa législation en considérant les réformes du Code Civil présentées dans ce projet:

« Mademoiselle la Présidente de l’Athénée Féminin

Mesdames, Messieurs:

Nous arrivons au premier siècle de notre vie républicaine, et en examinant notre législation concernant les droits civils de la femme, force est de constater que le législateur bolivien ne s’est absolument pas occupé du sexe féminin, l’ayant laissé dans un état d’abandon et d’infériorité par rapport à l’homme, voire de quasi esclavage.

Notre Code Civil provenant du Code Napoléon, lui même inspiré des principes du Code Romain, considère la femme non comme une personne résolument capable d’exercer et de jouir de ses droits civils, mais, plutôt comme quelque chose d’intermédiaire entre une personne et un objet. De ces considérations émane son infériorité, ainsi que la prééminence, la supériorité et l’autorité de l’homme.

Si on observe nos coutumes sociales, le rang que la femme occupe, le niveau auquel on l’a placée grâce au développement méthodique de son esprit et de son intelligence, les considérations dont elle est digne en tant que fille, épouse ou mère, on s’aperçoit qu’il existe une grande différence entre la femme sociale et la femme envisagée légalement.

Cela signifie très clairement, que l’harmonie qui doit régner entre la loi et les coutumes sociales a disparu; que les dispositions de nos codes en ce qui concerne les femmes, sont extrêmement archaïques et vieillies, qu’elles ne sont plus adaptées à notre environnement et elles réclament à cor et à cri une réforme radicale réintégrant la femme dans ses droits civils qui ont autrefois été réduits. »[124]

Il est intéressant de constater que la demande de réforme du Code Civil se basait sur l’idée qu’il n’était plus adapté aux conditions sociales des femmes des années 1920 ; autrement dit, dans les conceptions de Gallardo et des membres de l’Athénée Féminin, la réforme du Code Civil ne répondait pas à une nécessité de provoquer des changements dans la condition sociale des femmes à travers la modification des lois ; au contraire, il s’agissait d’adapter les lois aux changements qu’avaient subi les coutumes sociales. D’après Gallardo, celles-ci plaçaient les femmes à un niveau très élevé. Les changements des coutumes sociales entre le début de la vie républicaine du pays et les années 1920 étaient dûs, bien évidemment, au développement de l’éducation des femmes des principaux centres urbains entrepris au début du 20e siècle. Dans la conception de Gallardo et des membres de l’Athénée, les femmes des années 1920 n’étaient pas celles des premières années de l’Indépendance, puisqu’elles étaient désormais des femmes éduquées et cultivées. Les lois qui régissaient leur vie sociale n’étaient donc plus adaptées à leurs conditions de vie, et ce décalage entre le social et le légal exigeait une rénovation à travers des réformes. Dans ce sens, le social  était en avance par rapport au légal, selon Gallardo et les femmes de l’Athénée. C’est ce qu’exprime Rosa Infante, présidente, à l’époque, de l’Athénée Féminin, dans son discours de remerciements à Gallardo pour le projet de réforme qu’il avait présenté:

« D’après l’exposition des motifs du projet que nous venons d’entendre de la part du remarquable civiliste et jurisconsulte docteur Gallardo, nous constatons clairement et manifestement qu’en tant qu’aimant de justice et de droit, il a su encadrer dans sa réforme si profondément étudiée, et il a su harmoniser la position sociale occupée par la femme, où elle est respectée, exaltée et considérée au même niveau que l’homme dans sa capacité mentale, voire supérieure à celui-ci dans ses sentiments délicats et sensibles prédisposés à réaliser des actes d’abnégation et de sacrifice pour le bien de ses semblables ; tandis que légalement on l’opprime car on la croit incapable d’exercer de manière satisfaisante les droits que la loi lui confère ; ainsi le projet a pour objet l’équilibre social et légal de la femme. »[125]

La célébration du Centenaire était pour eux l’occasion idéale d’entreprendre des réformes dans la législation puisqu’il s’agissait d’un moment de « refondation » du pays. Il fallait donc prendre en compte toutes les évolutions sociales du siècle de vie indépendante afin d’obtenir un Code Civil correspondant aux réalités sociales du pays.

S’il est vrai que les conditions des femmes urbaines des classes moyennes et élevées de la société s’étaient transformées avec le développement de leur éducation, l’idée d’une « exaltation » de la femme et le fait qu’on la considérait comme étant égale à l’homme intellectuellement, répondait plus à un idéal imaginé par les membres de l’Athénée Féminin qu’à une véritable réalité dans le pays, car la grande majorité des femmes n’avaient pas bénéficié du développement de l’éducation au début du 20e siècle ; par conséquent, le taux de femmes éduquées et cultivées dans le pays, était infime. Ces changements concernaient donc une petite portion de femmes, dont faisaient partie les membres de l’Athénée. En tant que femmes éduquées et cultivées, celles-ci considéraient qu’il était logique et juste qu’elles puissent obtenir les droits civils et ne plus être considérées comme des mineures devant la loi une fois mariées.

Le projet présenté par Gallardo s’était inspiré du Code Civil brésilien élaboré en 1916, qu’il considérait comme étant le plus « moderne, scientifique et méthodique » de tous. Selon Gallardo, le Code Civil bolivien n’avait pas besoin d’être refait, car cela aurait pris trop de temps ; il devait donc être modifié selon les stipulations du projet et harmonisé avec la législation bolivienne. Une réforme totale du Code Civil pourrait venir postérieurement, reprenant les réformes qui auraient déjà été entreprises concernant les droits civils des femmes.

Le projet de « réintégration des droits civils des femmes » instituait dans son article premier que les femmes avaient la pleine jouissance de leurs droits civils, qu’elles pouvaient exercer une profession ou une industrie licite, ainsi que les charges civiles pour lesquelles la Constitution n’exigeait d’autre condition que la « idoneidad » (justesse, adéquation). Cependant, l’article 2 délimitait leurs capacités civiles selon le régime matrimonial choisi:

« Article 2.- L’extension de la capacité de la femme mariée sera déterminée par le régime matrimonial des biens »[126]

Tout comme dans le Code Civil en vigueur, lorsque les femmes se mariaient, leurs droits civils étaient réduits. Ainsi, même si l’article 1er leur accordait la pleine jouissance de leurs droits civils, l’article 2 les limitait au type de régime matrimonial choisi par les époux. La femme mariée avait donc encore des limites concernant l’exercice de ses droits civils.

Cependant, le projet instituait des changements qui, non sans contradictions, accordaient certaines capacités aux femmes mariées, qui n’apparaissaient pas dans le Code Civil en vigueur.

Ainsi, d’après l’article 3 du projet, une fois mariée, la femme bolivienne ne perdait plus sa nationalité.

D’après l’article 4, les témoins aux procès devaient être âgés de plus de 21 ans et pouvaient être élus par les intéressés.

En ce qui concerne la patria potestad, le projet modifiait ce qui était considéré comme une absurdité d’après Gallardo. En effet, dans le Code Civil, les enfants étaient sous l’autorité du père légitime ou naturel, et en son absence, sous l’autorité de la mère jusqu’à sa majorité ou son émancipation. L’article 197 du Code instituait qu’après la dissolution du mariage par la mort d’un des époux, la tutelle des enfants mineurs et non émancipés appartenait de droit au survivant. D’après Gallardo, ce dernier article était absurde, car la patria potestad appartenait aux deux parents et était établie par les liens de sang entre ceux-ci et leurs enfants. Si l’un des parents mourrait, ces liens de sang n’étaient pas dissous entre le survivant et ses enfants. Le survivant devait donc exercer la patria potestad de plein droit et non pas la tutelle. Cette dernière devait être exercée uniquement à la mort des deux parents. Ainsi, l’article 5 du projet présenté par Gallardo instituait que si l’un des parents s’absentait en abandonnant des enfants mineurs, la patria potestad et l’administration des biens devaient être exercées par le conjoint restant. De même, l’article 22 établissait que si le mariage était dissout par la mort d’un des conjoints, l’exercice de la patria potestad correspondait au conjoint survivant.

L’article 130 du Code Civil, d’après lequel l’homme devait protection à sa femme et celle-ci lui devait obéissance, était remplacé par:

«Les conjoints se doivent réciproquement respect, protection et assistance. »[127]

Cet article abolissait la situation inégale et hiérarchique existant entre les deux époux dans le Code Civil en vigueur, et la remplaçait par une situation égalitaire et réciproque.

Néanmoins, le projet de Gallardo présentait quelques contradictions avec cette stipulation d’égalité: il établissait que l’homme était le chef de la société conjugale et que, par conséquent, il avait la représentation légale de la famille, ainsi que l’administration des biens communs, des acquêts, des biens patrimoniaux de la femme si l’administration de ces derniers avait été accordé au mari en vertu du régime matrimonial adopté. L’homme avait également le droit de fixer et de changer le domicile familial, et autoriser la profession de la femme et sa résidence hors du foyer conjugal. Il avait de même l’obligation de subvenir aux dépenses de la famille. La femme devait participer à ces dépenses avec les rentes de ses biens proportionnellement à leur valeur et relativement à ceux du mari, sauf s’il y existait une disposition contraire dans les capitulations matrimoniales. L’obligation qu’avait le mari de subvenir aux besoins de sa femme cessait lorsque celle-ci abandonnait sans motif justifié le foyer et qu’elle refusait d’y retourner.

Comme on peut le constater, le mari était toujours considéré comme le responsable des nécessités économiques de la famille ; il devait donc travailler par obligation afin de subvenir aux besoins de celle-ci. Si la femme contribuait à ces besoins, ce n’était que de manière auxiliaire. Ainsi, si elle travaillait, son salaire ne pouvait être considéré que comme un revenu d’appoint.

Les droits civils de la femme mariée se limitaient au régime matrimonial adopté, et l’homme conservait plusieurs charges et privilèges qui lui étaient déjà accordés dans le Code Civil, tels que la fixation du domicile et le droit d’autoriser la profession de la femme.

Une des nouveautés introduites par le projet était la « licence uxoriale »: la licence ou autorisation accordé par la femme au mari. Cette licence suivait le principe selon lequel il existait des droits et des devoirs corrélatifs au mari et à la femme. Si l’épouse était copropriétaire des acquêts, elle exerçait un droit d’avis sur l’administration de ceux-ci. D’après l’article 974 du Code Civil en vigueur, malgré que la femme fût copropriétaire des acquêts, seul le mari pouvait les aliéner, même sans le consentement de celle-ci. La licence uxoriale venait modifier cet article en établissant que le mari ne pouvait ni aliéner, ni hypothéquer ni mettre en garantie les biens immeubles ou les droits sur les immeubles de sa femme. Il ne pouvait pas non plus faire un procès en tant qu’acteur sur ces mêmes biens ou droits. Il ne pouvait pas déposer une caution compromettant la partie des acquêts de la femme, ou faire une donation avec les biens ou les profits qu’ils avaient en commun, sauf s’il s’agissait d’une donation rémunératrice ou de petite valeur. Il pouvait cependant faire des donations nuptiales à ses filles ou des dons à ses fils en raison de leur mariage ou de leur établissement économique séparé. En l’absence du consentement de la femme, que ce soit parce qu’elle refusait de consentir ou qu’elle se trouvait dans l’impossibilité de le faire, le juge pouvait la remplacer pour donner l’autorisation au mari. L’autorisation du juge, donnait de la validité aux actes du mari mais ne compromettait pas les biens de la femme. L’annulation des actes du mari réalisés sans la licence uxoriale ou sans celle du juge, pouvait être demandée uniquement par la femme et ses héritiers.

L’article 131 du Code Civil en vigueur qui obligeait la femme à habiter avec son mari et à le suivre partout où il jugeât convenable, et qui obligeait le mari à recevoir sa femme dans son domicile et à lui donner tout ce qui était nécessaire pour vivre, selon ses facultés et son état, fut ainsi modifié: « Le mari et la femme doivent habiter le domicile conjugal et chacun a le droit d’être reçu par l’autre ». Par le mariage, la femme devait adopter le nom de famille de son époux précédé de la particule « de » et assumer la condition de sa compagne et de son auxiliaire dans les charges de la famille.

D’après l’article 10 du projet, la femme ne pouvait, sans l’autorisation de son mari: 1) pratiquer les actes que celui-ci ne pouvait exercer sans le consentement de la femme ; 2) aliéner ou mettre en garantie les immeubles de son domaine particulier, quel que soit le régime matrimonial ; 3) aliéner ses droits sur les immeubles de l’autre ; 4) accepter ou renoncer à un héritage ou un legs ; 5) accepter de devenir tutrice ou curatrice ou accepter une autre charge publique ; 6) entrer dans un procès civil ou commercial sauf dans les cas indiqués dans les articles 13 et 17 du projet ; 7) exercer une profession ; 8) contracter des obligations qui impliquaient l’aliénation des biens du patrimoine. La participation du mari à l’acte, ainsi que sa confirmation ou son exécution postérieure valaient comme autorisation tacite. L’absence d’autorisation du mari pouvait être remplacée par un juge dans les cas 1 à 5 de l’article 10, et dans les cas 7 à 8, à condition que le mari ne fournisse pas les moyens de subsistance à sa femme et à ses enfants.

D’après l’article 12 du projet, la femme qui exerçait une profession, une industrie ou un acte lucratif, ou qui travaillait en tant qu’ouvrière, avait le droit de pratiquer tous les actes inhérents à son exercice et à sa défense, tout comme celui de disposer librement du produit de son travail.

D’après l’article 13, la femme était présumée autorisée par le mari pour: 1) l’achat à crédit des produits nécessaires à la vie domestique ; 2) obtenir des prêts afin d’avoir l’argent nécessaire à l’achat de ces produits ; 3) contracter les obligations concernant la profession, l’industrie, l’art ou le travail qu’elle exerçait avec l’autorisation de son mari ou celle du juge. D’après Gallardo, cet article rendait légale une pratique courante dans les coutumes sociales, car lorsque les femmes achetaient à crédit ce qui était nécessaire pour le ménage, les commerçants ne demandaient jamais l’autorisation de leurs maris, car ils supposaient qu’elles l’avaient. Il est intéressant de constater que le projet n’instituait pas que les femmes n’avaient pas besoin de l’autorisation de leurs maris pour ces actes, mais qu’elles étaient « présumées autorisées » par leurs maris. Cela signifie, que l’autorisation du mari pour ce type d’actes était toujours valable et nécessaire, mais que, pour des raisons pratiques les femmes devaient être « présumées autorisées » par leurs maris. Les actes des femmes dans ces cas, restaient dépendants de l’autorisation du mari, ne serait-ce que de manière symbolique.

D’après l’article 14 du projet, la femme mariée pouvait indépendamment de l’autorisation de son mari: 1) exercer les droits qui lui correspondaient sur les personnes et les biens de ses enfants naturels ou ceux issus d’un mariage antérieur ; 2) libérer ou revendiquer les immeubles du mariage que le mari avait mis en garantie ou aliéné, sans son consentement ou celui du juge ; 3) annuler les cautions et les donations faites par le mari ; 4) revendiquer les biens communs, meubles ou immeubles donnés ou transférés par le mari à sa concubine. La femme pouvait également, sans l’autorisation du mari, proposer l’annulation du mariage, l’action de divorce, demander les aliments qui lui correspondaient, établir un testament ou une disposition de dernière volonté. D’après l’article 17, la femme avait la direction et l’administration du mariage lorsque le mari était absent en lieu lointain ou non connu, s’il était en prison pendant plus de deux ans, ou s’il était judiciairement déclaré interdit d’actions civiles. Dans ces cas, l’administration des biens communs était accordée à la femme. Par conséquent, celle-ci pouvait disposer de ses biens particuliers et aliéner les biens communs et ceux du mari. Elle pouvait aliéner les biens immeubles communs et ceux de son époux avec une autorisation spéciale du juge. L’absence d’autorisation du mari ou du juge invalidait les actes de la femme, et cette nullité pouvait être demandée par le mari ou ses héritiers jusqu’à deux années après la dissolution de la société conjugale.

En ce qui concerne le régime matrimonial, le projet introduisait quatre types de régimes (qui n’existaient pas dans le Code Civil en vigueur): communauté universelle, communauté partielle, séparation et régime dotal. Les époux pouvaient stipuler avant le mariage le régime qui leur serait convenable.

Le régime de communauté universelle établissait la communication de tous les biens présents et futurs des conjoints ainsi que de leurs dettes. La propriété et la possession des biens étaient communes aux deux conjoints ; cependant, le seul qui pouvait les administrer était le mari.

Le régime de communauté partielle excluait de la communauté les biens que chaque conjoint possédait au moment du mariage et ceux obtenus pendant le mariage par donation ou succession. Ce régime excluait également les biens acquis avec des valeurs appartenant exclusivement à l’un des conjoints ou en subrogation des biens patrimoniaux. Il excluait de même les obligations antérieures au mariage, et celles en provenance d’actes illicites ou de quasi-délits. Les biens qui entraient dans la communauté étaient: ceux acquis pendant le mariage à titre onéreux même s’ils l’étaient seulement au nom de l’un des conjoints ; les biens acquis par donation, héritage ou legs en faveur d’un des conjoints ; les améliorations des biens propres de chaque conjoint réalisées avec des fonds communs ; les fruits des biens communs ou ceux des biens propres de chaque conjoint perçus pendant le mariage ; les fruits civils de travail ou d’industrie de chaque conjoint ou des deux. L’administration des biens du mariage revenait au mari, et les dettes contractées par celui-ci engageaient les biens communs, et à défaut de ceux-ci, les biens particuliers de chaque conjoint proportionnellement au profit obtenu par chacun d’entre eux.

Dans le régime de séparation, les biens de chaque conjoint étaient sous l’administration exclusive de chacun d’entre eux, qui pouvaient les aliéner librement, s’il s’agissait de meubles. La femme devait contribuer aux dépenses du mariage avec les rendements de ses biens, en fonction de leur valeur, sauf stipulation contraire dans le contrat « anténuptial ».

Dans le régime dotal, chacun des conjoints décrivait séparément, dans le contrat « anténuptial », les biens qui constituaient la dot, en déclarant qu’ils se soumettaient à ce régime. La dot pouvait être constituée par la future épouse ou par d’autres. Elle pouvait comprendre en tout ou en partie les biens présents et futurs de la femme. Les conjoints ne pouvaient pas augmenter la dot. Une fois la société dotale en vigueur, le mari avait le droit d’administrer les biens dotaux, d’en percevoir les fruits, et de faire usage des éventuelles actions judiciaires par rapport à ceux-ci. La femme pouvait demander la séparation de la dot lorsque la mauvaise administration du mari compromettait les biens de celui-ci et les siens. Une fois la dot séparée, la femme en exerçait l’administration, mais elle était toujours inaliénable. La dot devait être restituée par le mari à la femme, ou à ses héritiers dans le mois qui suivait la dissolution du mariage. La femme conservait la propriété et l’administration des « bienes parafernales », sans pouvoir aliéner les biens immeubles.

Le projet présenté par Gallardo accordait des droits civils à la femme mariée qu’elle n’avait pas avec le Code Civil en vigueur. Ainsi, par exemple, elle ne perdait plus sa nationalité lorsqu’elle se mariait avec un étranger et ne devait plus « obéissance » à son mari. Cependant, plusieurs limitations restaient toujours en vigueur dans le projet, car celui-ci confirmait que le mari était le chef de la société conjugale, et il lui accordait par conséquent plusieurs privilèges, dont par exemple, l’administration des biens, la fixation du domicile, et le pouvoir de permettre ou non à sa femme de réaliser des actes divers. La nouveauté introduite dans le projet était la licence uxoriale, qui limitait les actes du mari. Cependant, cette limitation était également appliquée à la femme qui, avait d’autres limitations. Il s’agissait donc d’un projet avec des réformes modérées qui ne remettait pas radicalement en question la place de la femme au sein du mariage. Celle-ci, une fois mariée, était toujours une mineure puisqu’elle avait besoin de l’autorisation de son mari pour réaliser plusieurs des actes de la vie civile. Celui-ci nécessitait de l’autorisation de sa femme mais uniquement dans l’administration des biens appartenant à celle-ci.

Le projet fut envoyé le 24 août 1925 au pouvoir législatif pour qu’il soit étudié et appliqué par les législateurs. Cependant, l’étude de ce projet fut reléguée pour l’année suivante. En 1926, les membres de l’Athénée Féminin envoyèrent une deuxième demande, sans obtenir de réponse de la part du pouvoir législatif. Des projets indépendants concernant l’octroi des droits civils aux femmes furent présentés au Parlement par les députés Ugarte, Hernandez et Herrero, mais il semblerait qu’ils n’aient jamais été débattus à l’Assemblée. Face à cette indifférence de la part du pouvoir législatif, une conférence sur les droits civils des femmes fut réalisée à l’Université Mayor de San Andrés par Betshabé Levy qui envoya une pétition au Parlement signée par toutes les femmes qui avaient participé à l’acte. De même, Raquel Ichazo Vázquez, inspectrice de l’instruction secondaire de la République, se chargea de la distribution du projet dans toutes les sociétés culturelles du pays lors d’une tournée d’inspection. Néanmoins, le pouvoir législatif de la deuxième moitié de la décennie 1920 se montra complètement indifférent au projet, ainsi qu’aux demandes réalisées par les membres et les collaboratrices de l’Athénée Féminin[128].

Le projet de cette organisation concernant la réalisation d’un Congrès National de femmes devint finalement une réalité en 1929. En effet, la première Convention Nationale féminine fut convoquée et organisée au mois de mai de cette année à La Paz par l’Athénée Féminin.

Les informations dont on dispose sur cette Convention sont malheureusement très limitées et proviennent uniquement de sources bibliographiques secondaires[129]. Cependant, l’on sait que cette Convention eut lieu dans les salons de l’Université Mayor de San Andrés, et que plusieurs organisations féminines du pays y assistèrent, notamment des organisations culturelles et de bienfaisance, des syndicats ouvriers y participèrent également. Ainsi, des déléguées de la Fédération Ouvrière du Travail (« Federación Obrera del Trabajo», « FOT »), telles que Angélica Azcui (voir annexe n°24), et Carmen Guillén y assistèrent. La première présenta une communication intitulée « Organisation ouvrière » et la seconde un « Projet de législation ouvrière pour garantir le travail des femmes de ménage ». Les membres de la Fédération Ouvrière Féminine (« Federación Obrera Femenina », « FOF), tels que Susana Rada, Catalina Mendoza et Rosa Calderón, et des déléguées du « Sindicato Femenino de Oficios Varios » y participèrent aussi.

Très rapidement, les différences de classe, et par conséquent, de conceptions et de demandes entre les femmes appartenant aux sociétés culturelles et de bienfaisance, et celles appartenant aux syndicats ouvriers se firent sentir. Les premières, qui faisaient partie des classes moyennes et élevées de la société concentraient leurs expositions sur la nécessité d’acquérir les droits civils et politiques des femmes, et traitaient les questions sociales de manière très paternaliste, faisant appel aux valeurs chrétiennes de la charité. Les secondes concentraient leurs demandes sur des problèmes de classe, tels que la lutte pour la journée de huit heures de travail, la construction de marchés, le soutien à leurs « camarades » hommes ouvriers, etc. Un abîme séparait donc les conceptions de ces femmes sur le rôle qu’elles devaient jouer dans la société, et leurs demandes concernant l’amélioration de leur condition. Les femmes syndicalistes accusèrent les femmes des classes moyennes d’être influencées par les prêtres:

« À l’occasion de la Convention Nationale des femmes réalisée à La Paz, en Bolivie, le syndicat féminin de La Paz a édité un manifeste dans lequel il expose ses points de vue par rapport au problème de l’émancipation féminine. Ce syndicat qui a une orientation libertaire, s’est présenté à cette convention, et a immédiatement manifesté qu’il se trouvait seulement dans l’opposition, car les autres délégations avaient été façonnées par les prêtres et avaient organisé la convention, non pour lutter pour l’amélioration des conditions de la moitié du genre humain, de la femme vilement dominée par l’homme et exploitée par le capitalisme, mais pour exalter la religion et introniser le cœur de Jésus dans les foyers et dans les écoles de la Bolivie. »[130]

Les femmes syndicalistes finirent par se retirer de la Convention en signe de protestation et organisèrent une manifestation de répudiation contre celle-ci à laquelle participèrent des hommes et des femmes des différents syndicats, qui prononcèrent des discours en aymara, manifestant ainsi non seulement des différences de classe avec les femmes des organisations culturelles et de bienfaisance, mais aussi des différences de culture.

La première Convention Nationale de femmes organisée par l’Athénée Féminin fut un échec. Les différences de classe et de culture entre les femmes présentes à cet événement étaient irréconciliables: les conceptions sur le rôle qu’elles devaient jouer dans la société, les demandes des divers groupes étaient complètement différentes et reflétaient leur position de classe dans la société. Les intérêts des femmes issues des classes moyennes et élevées et ceux des femmes provenant des classes populaires n’étaient pas du tout les mêmes. Une union entre ces deux secteurs pour lutter pour l’amélioration des conditions de vie des femmes en général semblait donc impossible. Le premier effort réalisé vers une union interclassiste de femmes n’eut donc aucun résultat.

Les actions réalisées par les associations féministes des années 1920 s’inscrivaient dans un cadre complètement légal et pacifiste. Au lieu de sortir dans les rues pour manifester afin de faire connaître leurs demandes à la société et aux hommes politiques, les femmes des organisations féministes des années 1920 publiaient des revues féminines culturelles et littéraires. À côté de poèmes et d’essais historiques, étaient publiés des articles sur l’éducation des femmes, des réflexions sur leur place dans la société, des articles parlant de la nécessité d’obtenir les droits civils et politiques. C’était le moyen qu’avaient trouvé les femmes cultivées issues des classes moyennes et élevées de la société et qui se proclamaient féministes, pour communiquer leurs réflexions, leurs inquiétudes et revendications par rapport à la condition des femmes dans le pays. Etant donné la durée de vie éphémère de la plupart de ces organisations, la publication de revues féminines/féministes fut la seule action réalisée par ces organisations qui disparurent assez vite avec leurs revues. La seule qui réussit à réaliser d’autres actions fut l’Athénée Féminin, de par sa durée de vie beaucoup plus longue et sa solidité. Elle réussit à créer des réseaux féministes dans le pays, mais aussi au-delà des frontières avec la présence de correspondantes dans les différentes villes du pays, d’Amérique du Sud et d’Europe. Elle s’intégra au mouvement féministe international de l’époque en faisant partie du Conseil International de femmes et du Conseil National de femmes argentines. En outre, elle participa aux Congrès internationaux de femmes réalisés au Pérou et au Mexique en 1925. Mais son action ne se limita pas à cela: des projets furent concrétisés par cette organisation afin d’obtenir les droits civils et politiques des femmes tels que la création du « projet de réintégration des droits civils des femmes » en 1925 et l’organisation de la première Convention féminine en 1929. Même si ces dernières actions échouèrent en raison de l’indifférence des hommes politiques à l’égard des projets sur l’octroi des droits civils des femmes, et en raison des différences culturelles et de classe des femmes réunies dans la Convention féminine, elles créèrent des précédents pour les organisations à venir dans les décennies suivantes.

Ainsi, ces actions que l’on a étudiées nous informent sur le mouvement féministe en tant qu’organisation collective réunissant plusieurs associations féministes en vue d’atteindre des objectifs communs. Mais qu’en était-il de l’idéologie de ce mouvement ? Qu’en était-il des motifs et des objectifs qui poussaient ces femmes à agir et à se mobiliser ? Quels étaient les fondements théoriques, éthiques et philosophiques sur lesquels elles se basaient pour donner sens à leurs actions ? Les motifs et les objectifs des femmes appartenant aux organisations féministes ont été entrevus rapidement lors de l’analyse des organisations et de leurs actions. Il s’agira désormais d’analyser en détail quels étaient les fondements théoriques, éthiques et philosophiques construits par les associations féministes des années 1920. En d’autres termes, il sera question de comprendre quel était le type de féminisme qu’elles proclamaient et auquel elles adhéraient. Comment envisageaient-elles le mouvement féministe international ? Comment s’appropriaient-elles les principes du féminisme international afin de créer un féminisme propre auquel elles pouvaient s’identifier ? Ces questions supposent que l’on étudie précisémment les demandes des différentes associations féministes mais aussi la façon dont elles inscrivaient leurs actions et leur travail dans la société.

D) Féminisme, demandes et projets 

a) Le type de féminisme revendiqué

Les fondements théoriques du féminisme revendiqués par les organisations féministes peuvent être appréhendés à travers la lecture des revues qu’elles publiaient. En effet, un grand nombre d’articles sont consacrés à la définition du féminisme, avec des réflexions sur le féminisme international de l’époque et sur ce que signifiait être féministe. Les femmes qui écrivaient pour ces revues se proclamaient elles-mêmes féministes et essayaient de donner une définition de ce qu’elles entendaient par « féminisme ». Les principes éthiques, philosophiques, littéraires et politiques de ce qui était l’idéologie de leur organisation collective se dégagent de la lecture de ces publications, nous permettant de comprendre et de cerner ce qui donnait sens à leur mobilisation.

Les féministes des années 1920, en Bolivie, montraient une constante préoccupation sur les avancées du féminisme international à l’époque. Elles publiaient très souvent des articles consacrés aux Congrès de femmes qui avaient lieu dans d’autres pays, aux actions qu’avaient réalisées les associations féministes à l’étranger, aux triomphes des féministes de l’étranger avec l’obtention des droits civils et politiques, etc. Les avancées du féminisme à l’étranger occupaient donc une place prépondérante dans leurs publications. En même temps, les féministes boliviennes estimaient qu’elles répondaient à l’appel lancé par celles des autres pays afin de lutter pour les droits des femmes. Pour elles, les Etats-Unis par exemple, étaient à l’origine du mouvement féministe qui se répandit dans les pays d’Amérique du Sud, dont la Bolivie. Elles admettaient ainsi que le féminisme international avait une influence directe sur leur mobilisation, même si elles considéraient que le féminisme en Bolivie, en était encore à ses débuts et qu’un un long chemin restait à parcourir.

C’est ce qui est exprimé dans un article de la revue Feminiflor d’octobre 1923:

« C’est avec une grande satisfaction qu’on reçoit les nouvelles des avancées que réalise dans le monde entier le Féminisme. – La femme s’est mise en action et bientôt ses rêves seront réalisés et ses justes aspirations accomplies. – Le nombre de dames cultivées et intelligentes qui forment le « Féminisme » est considérable.

C’est en Amérique du Nord où la femme a fait entendre sa voix de protestation, c’est là-bas où l’on a entendu le premier coup de clairon du Féminisme, où la femme réclame les justes droits qui lui correspondent, où la femme ne faiblit pas et continue à lutter pour un idéal commun ; c’est là où le Féminisme avance et où « La Femme » occupera bientôt sa véritable place.

La voix lancée par la femme nord-américaine s’est répercutée dans presque tous les pays de l’Amérique du Sud, réveillant les femmes de leur léthargie, elles ont entendu au loin la voix de protestation demandant justice pour la femme et elles ne sont pas restées indifférentes, elles se sont également mises en action et aujourd’hui, le « Féminisme » avance dans quelques pays de l’Amérique du Sud, où les femmes luttent pour un même idéal (…)

En Bolivie, le Féminisme s’oriente résolument, il reste encore beaucoup à faire, mais on réussira, un jour viendra où le Féminisme triomphera, non pas ce Féminisme batailleur et politique, mais le vrai Féminisme, conscient des devoirs et des droits qui placent la femme dans la véritable place qui lui correspond. Il n’y a pas si longtemps que la femme bolivienne vivait dans l’infériorité mentale par rapport à l’homme ; elle restait indifférente. Aujourd’hui, la jeunesse féminine s’illustre, lutte pour un idéal, réclame des droits pour la femme. Et le jour dans lequel la femme Bolivienne verra ses justes aspirations accomplies viendra. »[131]

Comme les rédactrices de Feminiflor admettaient que l’influence du féminisme des États-Unis avait « réveillé » celui en Amérique du Sud, et qu’elles établissaient par conséquent une filiation, une lignée directe entre les deux, elles se démarquaient de ce féminisme qu’elles qualifiaient de « batailleur et politique » pour proclamer le « vrai » féminisme: celui « conscient des devoirs et des droits ». Une contradiction surgit alors puisqu’en même temps qu’elles légitimaient le féminisme états-unien en le considérant comme étant l’origine de la « voix de protestation » des femmes en Amérique, elles le délégitimaient en impliquant qu’il s’agissait d’un faux féminisme par opposition au « vrai » féminisme. En effet, lorsqu’elles parlaient des fondements du féminisme à l’étranger, c’était toujours pour s’en démarquer et pour donner une définition propre de leur féminisme en contraste.

Contrairement à celui qu’elles revendiquaient, elles considéraient que celui des États-Unis était « batailleur » et « excessif ». D’après elles, ceci pouvait s’expliquer par la longue histoire d’oppression des femmes de ce pays avec les dogmes du puritanisme. Tout un article est consacré à ce sujet dans le numéro 22 de la revue Feminiflor:

« Contrairement à ce qu’on pense en dehors des Etats-Unis, la femme dans ce pays ne jouit pas depuis toujours de liberté. Au contraire. Dans leur cas l’idée selon laquelle la liberté est pour ceux qui la méritent, pour ceux qui savent lutter pour elle, s’applique bien.

La liberté dont jouit la femme nord-américaine ne constitue pas un de ces héritages providentiels que l’on gaspille en ignorant ce que cela a coûté de la gagner. Au contraire, les prérogatives féminines sont, dans ce pays, un droit encore en train d’être conquis, qui doit être affirmé avec emphase par la même génération qui le conquit. En un mot, même les excès d’aujourd’hui s’expliquent par l’oppression d’hier, et la « flapper » d’aujourd’hui n’est rien d’autre que cela, la réaction personnifié des aspirations contenues chez la femme coloniale par une discipline de fer sociale et religieuse (…)

Ce n’est pas par hasard que la rébellion féministe a commencé dans cette Nouvelle Angleterre, où les puritains ont fondé une théocratie non pas moins exclusivement masculine que la « mosaïque » (…) Les Pèlerins avaient des femmes, l’idée théologique d’un être impur et fatalement faible en volonté. Leurs prédicateurs l’ont maintenue dans une constante terreur de l’enfer… »[132]

Les rédactrices de la revue Feminiflor cherchaient à comprendre les causes du caractère « excessif » du féminisme aux Etats-Unis et elles en conclurent que plus les femmes avaient été reléguées et opprimées dans le passé, pour des raisons culturelles et religieuses, plus leur rébellion était « excessive », car réalisée en réaction à cette oppression. D’où, d’après elles, le modèle de la « flapper » apparue aux Etats-Unis dans les années 1920, symbole de la femme masculinisée par son comportement (elle buvait, fumait, fréquentait les clubs de jazz, conduisait des voitures, faisait du sport et avait des mœurs libérées) et par son apparence physique (cheveux courts ; silhouette androgyne et longiligne, la poitrine et la taille n’étant plus marquées). Ainsi, dans le même article, les rédactrices expliquent que le féminisme en France était beaucoup plus modéré. Cela s’expliquait par le fait que la femme française avait toujours joué un rôle d’importance dans la société:

« Une société qui s’est toujours trouvée au juste milieu, qui n’a pas passé des extrêmes de l’oppression à ceux du « suffragisme », est la société française, où la femme a occupé pendant des siècles une position propre ; maîtresse de cérémonies dans la vie sociale, vestale dans les cercles intellectuels et chef du foyer dans la famille en ce qui concerne sa gestion interne. Aux États-Unis c’est autre chose. »[133]

Le féminisme français était beaucoup plus modéré par rapport à celui des États-Unis car, d’après les rédactrices de Feminiflor, les Françaises n’avaient pas été aussi opprimées dans le passé que les femmes états-uniennes. Les grandes distinctions entre le féminisme anglo-saxon des Etats-Unis et le féminisme français, pouvaient s’expliquer, selon les rédactrices de Feminiflor, par l’histoire de chacun des pays et le rôle qu’avaient joué les femmes dans le passé. Elles distinguaient et caractérisaient deux types de féminisme existant dans le monde par l’histoire culturelle et religieuse des pays d’où ils provenaient.

Ces distinctions qu’elles réalisaient entre le féminisme états-unien et le féminisme français nous permettent de proposer deux catégories de féminisme pour tenter de comprendre où les féministes boliviennes des années 1920 se situaient, et quel type de féminisme elles revendiquaient. S’il est vrai que les féminismes sont extrêmement divers et qu’il est difficile de leur attribuer des catégories qui les fixeraient artificiellement dans le temps et dans l’espace en supprimant ainsi toutes leurs subtilités, on peut malgré tout essayer de distinguer deux catégories générales d’analyse afin de distinguer et de caractériser deux types de féminisme dans le monde occidental. Cet exercice répond à un enjeu méthodologique essentiel qui est de tenter de donner une définition de l’objet de recherche étudié. Ces catégories d’analyse nous permettront de situer le type de féminisme revendiqué par les féministes des années 1920 en Bolivie, et par conséquent d’en donner une définition. Karen Offen et Marisa Ferrandis Garayo proposent deux catégories d’analyse pour cerner les féminismes ayant surgi dans le monde occidental aux 19e et 20e siècles. La première catégorie est le féminisme « relationnel » et la seconde le féminisme « individualiste ». Comme elles l’expriment: « Desde una perspectiva histórica, los argumentos de la tradición feminista relacional proponían una visión de la organización social fundada en el género pero igualitaria. Como unidad básica de la sociedad, defendían la primacía de una pareja, hombre/mujer, no jerárquica y sustentada en el compañerismo, mientras que los argumentos individualistas presentaban al individuo, con independencia del sexo o género, como la unidad básica. El feminismo relacional ponía el énfasis en los derechos de las mujeres como mujeres (definidas principalmente por sus capacidades de engendrar y/o criar) respecto de los hombres. Insistía en la distinta cualidad, en virtud de esas funciones, de la contribución de las mujeres al resto de la sociedad y reclamaba los derechos que le confería dicha contribución. Como contraste, los argumentos feministas de tradición individualista hacían hincapié en los conceptos más abstractos de los derechos humanos individuales y exaltaban la búsqueda de la independencia personal (o autonomía) en todos los aspectos de la vida, a la vez que descalificaban, desaprobaban o rechazaban por insignificantes todos los roles definidos socialmente y minimizaban la discusión de las cualidades o contribuciones relacionadas con el sexo, incluidas las responsabilidades de engendrar y sus concomitantes. »[134]

Bien évidemment, les définitions de ces catégories proposées ne se trouvent jamais de manière aussi claire et distincte dans la réalité. Il s’agit donc de catégories d’analyse et non pas de définitions fixes sur deux types de féminisme des 19e et 20e siècles dans le monde occidental. À l’intérieur de chacune de ces catégories, l’on peut trouver des idées et des fondements empruntés à l’autre. Comme les auteures l’affirment: « En los siglos anteriores podemos encontrar a menudo testimonios de ambos en las palabras de un solo individuo, o entre los miembros de un grupo concreto… »[135] Même si ces deux catégories peuvent être critiquées en tant que reflets de la pensée dualiste et binaire occidentale, elles sont utiles pour appréhender les types de féminisme dans le monde occidental: « Para que no se piense que los dos enfoques que aquí cito son sólo otro lamentable ejemplo de la tantas veces censurada lógica binaria, endémica en el pensamiento occidental, o una forma de reduccionismo, permítaseme indicar que hay razones sociológicas importantes para proponer dos y nada más que dos categorías en lugar de “variedades” o “grados relativos” de feminismo. Es cierto que estos dos modos de razonamiento reflejan el dualismo yo/otro característico del pensamiento occidental, pero continúan siendo operativos porque también reflejan las profundas diferencias de opinión que durante tanto tiempo han existido en el discurso occidental sobre las cuestiones estructurales básicas de la organización social y, en particular, sobre la relación de los individuos y de los grupos familiares con la sociedad y el estado. Si se piensa que el feminismo tiene que entenderse históricamente, deben abordarse los dos. »[136]

D’après Karen Offen et Marisa Ferrandis, le féminisme « relationnel » aurait dominé le féminisme européen au 19e siècle et aurait notamment été représenté en France, alors que le féminisme « individuel » aurait concerné le monde anglo-saxon et serait apparu à la fin du 19e siècle avec la publication, en 1869, du livre de Stuart Mill The Subjection of Women. Le féminisme « individuel », en outre, aurait marqué l’Europe pendant tout le 20e siècle. Il est clair que, comme on l’a déjà dit, ces catégories ne reflètent pas exactement la réalité: le féminisme anglo-saxon ne peut pas être réduit uniquement à la catégorie de féminisme « individuel » ni le féminisme français à la catégorie de féminisme « relationnel ». Des fondements de chacun se trouvent dans toute l’Europe, tant au 19e qu’au 20e siècle. Cependant, ces catégories nous permettent de comprendre et de distinguer à grands traits les fondements théoriques de deux types de féminisme dans le monde occidental dans lequel s’inscrit le féminisme revendiqué par les féministes boliviennes des années 1920. Dans les articles sur le féminisme qu’elles publièrent dans leurs revues on retrouve clairement les fondements théoriques qui caractérisent le féminisme « relationnel ». La vision de l’organisation sociale fondée sur le genre de manière égalitaire se retrouve dans plusieurs articles de ces revues, ainsi que le concept du couple comme unité de base, avec des relations égalitaires de « compañerismo ». La femme devait être éduquée pour pouvoir être la « compañera »,  (« la compagne ») de l’homme, non seulement dans le domaine intellectuel, mais dans tous les aspects de la vie. De même, les droits revendiqués par les féministes boliviennes le sont pour les femmes en tant que femmes et non pas en tant qu’individus neutres. Le rôle social des femmes en tant qu’êtres capables d’engendrer des enfants et de les élever est constamment exalté par les féministes boliviennes, qui considéraient que le domaine principal de la femme était le foyer (« Hogar ») avec la famille. La maternité est ainsi toujours exaltée et mise en avant comme argument pour l’obtention des droits sociaux, civils, politiques, car la mère jouait un rôle essentiel dans la société à travers la reproduction et l’éducation des futurs citoyens. Dans ce sens, les « qualités féminines » propres aux femmes n’étaient pas niées ; au contraire, elles étaient défendues et utilisées comme des arguments pour prouver que les femmes devaient obtenir leurs droits. Les femmes ayant une sensibilité beaucoup plus développée que les hommes, étaient « pur sentiment », tandis que les hommes étaient « pure raison ». Les lois devaient être élaborées avec « sentiment » et « raison » et c’est pour cela que les femmes devaient avoir le droit de participer aux comices par exemple. Cette exaltation des qualités féminines s’inscrivait dans la conception essentialiste qu’avaient les féministes boliviennes des années 1920 sur « La Femme ». Comme on a déjà pu le voir, elles parlent toujours de « la femme » au singulier et jamais « des femmes » au pluriel. Elles considéraient donc « la femme » de manière essentialiste comme une entité aux qualités immuables dans le temps et dans l’espace. « La femme » avait toujours les mêmes qualités ; les classes sociales auxquelles elle appartenait ou le temps et l’espace qu’elle habitait importaient peu. Dans ce sens, la femme avait une « essence » immuable qu’elle devait à son sexe biologique. Le genre et le sexe étaient une seule et même chose dans les conceptions des féministes boliviennes des années 1920.

Ainsi, même si à aucun moment elles ne s’identifient avec le féminisme d’un certain pays en particulier, elles se démarquent véritablement du féminisme « individualiste » anglo-saxon qu’elles considéraient comme « violent » « excessif » et « masculin » en faisant souvent référence aux actions des « suffragettes » qu’elles condamnaient clairement. C’est ce qu’exprime Bethsabé Salmón Fariñas (voir annexe n°4) en novembre 1923:

« Et notre féminisme est celui-là, pas celui qui arbore des haillons dans les comices électoraux à travers les rues et les places. Loin de ce féminisme grotesque, il y a quelque chose de plus sacré et de plus noble: le foyer (« el Hogar »). Et la femme doit apporter sa part de spiritualisme et de culture à ce foyer pour faire d’elle un être conscient et non pas une estampe décorative comme cela s’est fait jusqu’à présent. »[137]

Face à ce féminisme anglais « excessif », elles présentaient le féminisme français comme un modèle à suivre auquel elles s’identifiaient davantage:

« Le féminisme français continue à imprimer sur son œuvre une direction plus humaine et utile que son congénère anglais. Pendant que celui-ci a voté pour l’obtention du vote politique au milieu des flammes, des bombes, de la destruction des œuvres d’art et des manifestations scandaleuses, le féminisme français combat pour l’amélioration sociale de la femme et de l’enfant, et se traduit par des organisations de protection et d’aide. »[138]

La défense des qualités féminines propre aux femmes faisait partie du féminisme qu’elles proclamaient. Il s’agissait en même temps de se défendre des critiques de l’époque selon lesquelles les féministes « reniaient » leur sexe et leurs obligations au sein du foyer et de la famille. Dans le même article, Bethsabé se défend de ces critiques:

« Il est grand temps d’offrir une compréhension plus ample de nos intentions. Il est nécessaire que l’on comprenne qu’on n’est pas des renégates de notre sexe, de notre mission sacrée dans le foyer (« hogar »). On veut seulement un peu de justice. Que la femme soit éduquée et instruite pour que la patrie soit grande. »[139]

L’affiliation au féminisme international ainsi que la critique du féminisme « extrémiste » anglo-saxon représenté à travers les « suffragettes » sont également claires dans les écrits de l’Athénée Féminin:

« L’action féminine dans le monde est déjà si répandue qu’aucun pays ne peut se soustraire à son influence civilisatrice. Pour cela, l’ensemble des associations féminines représente une véritable institution sociale qui joue un rôle très important dans la société, non seulement en Europe et aux États-Unis, mais aussi dans plusieurs nations sud-américaines.

Ce souffle de culture est arrivé jusqu’à nous pas très tôt, certes, mais il n’est jamais trop tard pour entreprendre une traversée plus saine qui un jour se traduira par des œuvres d’impondérable bienfaisance.

Et quel est le Nord, l’aspiration, l’idéal que nous devons poursuivre ? Il y eut un temps où le mot « féminisme » inspirait une certaine inquiétude dans les grandes sociétés et où il représentait une notion inacceptable dans les petites nations, où il était considéré comme une voie égarée et étrangère au destin de la femme. Ne parlons pas du féminisme extrémiste, celui de la vieille fille suffragette avec des accès de fanatisme anarchiste qui est la risée du monde. Mais parlons plutôt du féminisme sage, raisonnable, fruit de la charité chrétienne et de l’amour pour la culture de la femme et de l’enfant, futur représentant du progrès national, du féminisme conseil du foyer et barrière contre le vice (…) L’Athénée Féminin commence ses premiers pas dans cet ouvrage, et un augure de confiance dans le triomphe semble provenir de tous les domaines du monde et habiter tous les cœurs, malgré les anciennes inquiétudes, car, en franchissant les portes du foyer pour chercher de nouveaux horizons pour son activité, la femme n’oublie pas ses obligations sacrées de mère et d’épouse ; une longue expérience a démontré que la femme intellectuelle est moins frivole et plus consciente de sa mission dans la société et la famille.

Ces idéaux sont-ils trop grands pour nous? Le cœur humain s’en nourrit et l’esprit d’action collective chez les femmes boliviennes, facilitera le grand ouvrage, auquel je participe modestement à travers ma foi. »[140]

Les membres de l’ Athénée Féminin estimaient qu’il était nécessaire de se défendre des accusations selon lesquelles les féministes perdaient leurs « qualités féminines »:

« Pour nous, le féminisme est le résumé d’un même accueil des lois pour l’homme et pour la femme, et nous ne croyons pas que, pour avoir les droits qui lui correspondent, la femme, doit perdre sa féminité, car celle-ci réside dans le cœur, dans l’âme ; et de simples accidents de la vie extérieure ne peuvent pas tuer un esprit: l’esprit ne meurt pas. »[141]

« La femme » était féminine par essence ; qu’elle ait des droits ne changerait donc jamais son essence ni ses qualités féminines. Dans les conceptions des femmes de l’époque, il était donc absurde et ridicule de vouloir se dégager de sa féminité. « La femme » ne devait pas sortir de son rôle de femme ni de la sphère féminine dans laquelle elle était inscrite. C’est ce qu’affirment les rédactrices d’Aspiración:

« Il semble qu’il y a un point sur lequel nous sommes toutes d’accord: la femme, en ayant plus de connaissances, n’en est pas moins femme ; mais bien entendu, elle ne doit pas tomber dans l’erreur signalée par De Maistre dans la célèbre lettre envoyée à sa fille dans laquelle il lui disait: « Certaines femmes croient que pour être distinguées elle doivent se comporter à la manière des hommes. La femme ne peut pas être supérieure sinon en tant que femme ; lorsqu’elle prétend imiter l’homme elle devient une guenon (…)

Nous, les femmes nous devons être quelque chose pour nous-mêmes, de vraies femmes dans le meilleur sens du terme… »[142]

C’est ce que déclarent également les rédactrices de Venas de Plata:

« Le féminisme a été interprété de manière diverse, la noblesse de ses intentions a été faussée. La femme, en réclamant et en défendant ses droits ne fait que demander la part qui lui correspond dans le droit et la lutte pour la vie. Elle ne prétend pas abandonner le foyer pour se lancer dans l’érudition et les tribunes ; mais sans méconnaître les obligations domestiques (qui dans ce cas cessent d’être routinières) aussi agréables que subtiles, elle désire participer aux diverses connaissances, si elle a éduqué et développé son intelligence, son critère et son jugement, pourquoi refuser qu’elle travaille intellectuellement dans la sphère qu’elle maîtrise ? »[143]

Les femmes devaient être éduquées et cultivées pour être de bonnes compagnes (« compañeras ») pour les hommes, mais elles devaient aussi être de bonnes mères, de remarquables femmes au foyer. Elles ne devaient surtout pas délaisser les tâches ménagères ni leur place au sein du foyer et de la famille, pour se cultiver. La femme cultivée, devait se vouer aux sciences, aux arts et au travail sans cesser de « régner » au sein de son foyer:

« C’est le bon jugement qui doit guider la jeune femme dans le chemin étendu du progrès, ce chemin se trouve dans les études, la culture, dans une éducation vaste et solide. Celles qui sont douées, dotées de conditions exceptionnelles, qu’elles aillent à la lutte pour les sciences, les arts et les professions libres, sans laisser de côté le foyer, pour une fausse gloire, sans perdre l’idéal selon lequel, dans les devoirs de la maison, dans le travail, dans l’art et dans tous les actes, elles doivent élever leur niveau intellectuel et moral. Car la femme est la base de l’humanité, l’éducatrice et, en tant que compagne, elle ne doit pas être inférieure à l’homme en connaissances et en culture.

La femme au foyer d’âme généreuse, simple et modeste, avec des sentiments d’artiste, doit se consacrer aux professions manuelles, car elle y trouvera les charmes qui correspondent à son caractère: les divisions qui comprennent les œuvres de dames si indispensables pour la maison sont multiplies (…) Aucune femme n’a le droit de mépriser les besognes (féminines), surtout si elles ont été ennoblies par l’aristocratie, comme Minerve, la déesse de la guerre et des savoirs, qui n’a jamais refusé de broder, les filles de Charles le Grand, avec leurs mains elles ont filé et brodé, la célèbre reine Isabel I d’Espagne, Marie Antoinette, Marie Stuart, les femmes les plus célèbres, de par leur beauté nous ont légué le souvenir de leurs travaux, comme Beatriz, Victoria Coloma et la Comtesse Gucolí, les muses de Michel Ange et de Bayron: toutes les déesses souveraines sont liées dans les ébauches vulgaires à la création féminine. »[144]

Cette défense des « qualités féminines » et du fait que se cultiver et demander les droits des femmes ne signifiait pas cesser d’être féminine et ne devait pas signifier l’abandon de ses devoirs au sein de la famille, allait de pair avec une exaltation de la maternité et du rôle social que la femme remplissait en tant que reproductrice de l’humanité et éducatrice des générations à venir. Les femmes devaient jouer un rôle essentiel à travers l’éducation de leurs enfants, et pour cela, elles devaient être éduquées et se cultiver:

« C’est précisément cela que vise le féminisme: libérer la femme du réseau de préjugés qui l’emprisonnent. Il est indispensable que la femme soit bien éduquée, sérieusement, qu’elle s’habitue à l’observation honnête et courageuse des divers phénomènes sociaux et familiaux, afin d’acquérir de l’expérience dont les fruits seront utiles aux autres. Oui, parce que nous sommes dans l’obligation de transmettre les connaissances acquises, en les améliorant autant que possible, sans égoïsme, sans malice, sans hypocrisie (…)

Madame Stael demanda à l’Empereur Napoléon, qui était selon lui la femme la plus grande du monde. Napoléon répondit avec fermeté: « Celle qui a eu le plus d’enfants. » Pour moi, la femme la plus grande du monde, n’est pas précisément celle qui a eu le plus d’enfants, sinon celle qui a su les éduquer mieux que n’importe quelle autre. La mission de la femme moderne consiste, non seulement à être une excellente épouse, une fille utile, un élément de progrès pour la société, mais aussi, plus que tout, à être une bonne mère, une mère dans le concept le plus élevé et authentique du terme. La femme doit alors s’illustrer dans l’ordre des choses pour modeler habilement l’âme de ses enfants. »[145]

Un deuxième article paru dans Eco Femenino va dans le même sens:

« Des femmes qui savent ! – c’est ce que disent les égoïstes, ceux qui pensent que nous sommes encore les esclaves du travail vulgaire. Je suis la première à comprendre la haute mission de la femme, notamment dans son destin de mère. Une femme, qui, en étant mère, doit encore être comprise, dans toute l’étendue intellectuelle, et en plus, elle doit être maîtresse de sa volonté, qui l’incite à l’action, qui ouvre le sentier pour les générations futures ; et ce sera un grand travail pour la patrie. La mère, telle une artiste, modèlera l’âme forte de ses enfants ; l’âme qui, avant de demander, cherchera, avant de pleurer, agira. »[146]

Cette exaltation de la maternité et du rôle des femmes en tant qu’éducatrices de leurs enfants se retrouve également dans la revue Venas de Plata de Potosí:

« Sous ces aspects, doit s’imposer à la femme le concept élevé suivant: il y a trois choses qui la rendent digne. La maternité, l’illustration et l’amour.

Ainsi elle réussira à être une bonne mère, une épouse exemplaire, une sœur prévenante, une fille attentive et obéissante, en un mot, elle devra être le petit bijou apprécié des vertus qui demain formeront la sage gouvernante de sa maison et la bonne éducatrice de ses enfants… »[147]

« …Que ce saint lieu où elle remplit la mission auguste de la maternité, devienne un foyer de lumière qui arrache sans pitié même les derniers brouillards de l’erreur. »[148]

À la fin de l’année 1927, la conception de la maternité qu’avaient les membres de l’Athénée Féminin, était un peu plus distanciée que celle exposée quelques années auparavant dans Eco Femenino. Cette conception accordait encore une place essentielle à la maternité et au rôle d’éducatrice de la mère, mais la fonction procréatrice n’était plus exaltée en tant que telle ; c’était surtout l’éducation donnée aux enfants par la mère comme rôle social et culturel qui était mise en avant. Dans ce sens, María Luisa Sánchez Bustamante de Urioste (voir annexe n°10) distingue ce qui constitue le sexe biologique de la femme servant à la procréation, « fonction » qu’elle partage avec les autres êtres vivants, et le rôle social et culturel que la mère exerce en tant qu’éducatrice, devant être mis en valeur et exalté. Pour bien remplir ce rôle, les mères devaient être éduquées et avoir une « morale supérieure »:

« On peut argumenter que dans son rôle de mère, elle s’acquitte envers la nature et reste, de fait, investie d’une haute mission. Il faudrait mettre quelques parenthèses ; en premier lieu, signaler que la maternité physique de l’espèce ne peut pas être une mission noble, car elles est destinée à tous les groupes du règne animal ; mais s’il s’agit de l’influence morale et sociale qu’elle peut exercer en tant que mère. C’est autre chose, et de cette vertu il ressort que sa préparation civique, intellectuelle et morale doit être supérieure, car on lui a confié la tâche de façonner, depuis ses plus tendres années, la nature et le caractère des individus utiles. Pourra-t-elle être précurseur de grands éléments sociaux, sans avoir formé, par une solide doctrine, sa conscience citoyenne, sa morale privée et ses compétences intellectuelles ? »[149]

Dans cette même revue est publié un article écrit par une écrivaine états-unienne, Dorothi Dumbar Bromley, qui, en critiquant le féminisme anglo-saxon américain, « violent », « grotesque » et « masculin », proclame les nouveaux dogmes de ce qu’elle appelle le « Féminisme Nouveau » (« Feminismo al Nuevo Estilo »). La nouvelle féministe était une femme cultivée, qui travaillait et était donc indépendante économiquement, mais elle n’abandonnait ni sa féminité ni ses devoirs au sein du foyer, ni son rôle de mère éducatrice de ses enfants:

« Il n’est pas grand temps d’abandonner le fantasme appelé féminisme ? Le « Féminisme » est devenu un terme d’opprobre pour la femme moderne, car le mot suggère soit l’ancienne école de batailleuses féministes qui utilisaient des chaussures plates dépourvues de charme féminin, soit l’espèce populaire qui lutte contre l’homme en clamant constamment la conservation de son nom de jeunes fille, l’égalité des droits, la place de la femme dans le monde et beaucoup d’autres choses. Si un homme insensé pense qu’une femme est féministe par le simple fait qu’elle a un travail ou une profession, celle-ci estimera à juste titre qu’elle aura été insultée.

Lorsque l’homme critique la « femme nouvelle » il croit qu’il existe seulement deux types de femmes: la créature instinctive qui se conforme avec le fait  « d’avoir un foyer », et la « stérile intellectuelle » qui s’inquiète uniquement « pour elle », même si le foyer et les enfants en souffrent. Mais que doit-on penser du nombre croissant de jeunes femmes qui admettent qu’une vie complète requiert le mariage et les enfants et, en plus, une carrière ou une profession ? Ces femmes, si elles réussissent à se marier, sont désireuses de réussir leur mariage, et font de l’éducation de leurs enfants un art. Mais elles sont en même temps poussées par une inéluctable force intérieure pour jouir de leurs propres droits. Et dans la simple gestion du foyer, elles voient une opportunité, car il est évident qu’une femme qui s’organise intelligemment peut économiser du temps pour ses propres recherches. Qui plus est, elles sont convaincues qu’elles seront les meilleures épouses et mères par l’exercice qu’elles acquièrent dans leurs fonctions hors du foyer.

Puisque les choses doivent être signalées à l’homme noir sur blanc, nous nous permettons d’énoncer ici les dogmes du credo de la femme moderne. Appelons-la « Féministe Nouvelle ».

Premier dogme. Il y a trois bonnes raisons pour lesquelles la Féministe Nouvelle se préoccupe d’obtenir une carrière ou un travail: d’abord, elle peut appartenir à ce type de personnes qui persistent dans un art particulier, une science ou une profession qui sera une partie inévitable de leur vie ; ensuite, elle peut sentir la nécessité de consacrer son énergie à autre chose ; enfin, il se peut qu’elle n’ait aucun autre moyen pour obtenir son indépendance économique (…)

Deuxième dogme. Malgré tout, elle ne vivra pas uniquement pour son travail, car elle considère qu’une femme qui ne parle que de son travail, a un horizon aussi restreint que celle qui ne parle que de son foyer et de ses enfants. Elle refusera, par conséquent, d’abandonner ses intérêts personnels pour le bien de son travail (…)

Troisième dogme. Elle n’est pas hostile à l’autre sexe. Au contraire, elle préfère travailler avec les hommes plutôt qu’avec les femmes, car leurs méthodes sont plus directes et leur vision plus ample ; et elle découvre qu’elle peut traiter avec eux sur la base d’une véritable fraternité (…)

Quatrième dogme. Par le même corollaire, la Féministe Nouvelle ne professe aucune loyauté envers la femme dans son ensemble, même si elle croit fortement en la femme individuelle (…)

Cinquième dogme. La Féministe Nouvelle est si loin des féministes primitives qu’elle est contrariée par la psychologie qui a guidé certaines d’entre elles à renoncer à l’homme en même temps qu’elles l’imitent avec leurs cheveux courts et leurs vêtements masculins. Elle n’est pas aussi élégamment vêtue que la femme de société, mais malgré tout, elle est chaque année mieux habillée et soignée que la femme d’affaires. En ce qui concerne les manières et le maniérisme, elle n’a le moindre désir d’imiter l’homme. Au contraire, elle préfère conserver les modulations de sa voix, la qualité de ses gestes purement féminins, tels que la nature voulût qu’ils fussent.

Sixième dogme. Des cris de combat vides de sens paraissent à la Féministe Nouvelle d’un goût aussi mauvais que les costumes et les manières masculines (…)

Huitième dogme. Elle admet qu’un époux et des enfants sont nécessaires pour le développement complet de la femme, même si elle sait que celle-ci est douée de degrés de passion et d’instinct maternel divers (…) »[150]

Le féminisme que proclamaient les féministes boliviennes était donc loin du féminisme « individuel » anglo-saxon, dont le modèle était la suffragette, la « vieille fille », « violente » et « masculine ». Les féministes boliviennes ne voulaient en aucun cas être comprises et vues ainsi. Elles s’efforçaient de démontrer que leur féminisme, le seul vrai et légitime, selon elles, ne proclamait pas l’abandon du foyer ou de la famille, ni la perte de l’essence des femmes: leurs vertus et qualités féminines. Au contraire, elles voulaient démontrer que les féministes étaient des femmes éduquées, cultivées, qui, lorsqu’elles travaillaient, savaient concilier parfaitement vie professionnelle et indépendante et accomplissement de devoirs conjugaux et familiaux, au sein du foyer, auquel elles consacraient une grande partie de leur énergie afin d’éduquer leurs enfants dans les connaissances et les vertus morales pour qu’ils deviennent d’excellents citoyens. L’homme était, non pas un concurrent, mais un compagnon dans la vie. Les femmes ne devaient envahir l’espace masculin ni par leur comportement ni par la volonté de réaliser des tâches et des travaux purement masculins. Elles devaient rester purement féminines et exceller dans les domaines féminins. C’était par leurs qualités essentiellement féminines qu’elles pouvaient contribuer au « progrès de la patrie », puisqu’elles avaient un sens de la morale et une sensibilité plus développés que les hommes. Il est clair que, pour les féministes boliviennes des années 1920, qui appartenaient toutes aux classes moyennes et élevées de la société, ces fondements théoriques constituaient un idéal de vie qui leur était accessible de par leur position sociale. Il est très probable que la plupart d’entre elles étaient secondées à la maison par des domestiques, ce qui leur permettait d’assister à des activités culturelles et de se charger de l’organisation de leurs associations. Combiner vie intellectuelle et vie domestique semblait réalisable pour ces femmes, même si elles appréhendaient avec humour les contradictions et les difficultés de la tâche.

De telles proclamations n’allaient pas sans contradictions puisque souvent pendant que les rédactrices se proclamaient féministes, elles publiaient, dans leurs revues, des collaborations masculines qui exprimaient clairement leur opposition au féminisme. Ainsi, la revue Feminiflor, pour son édition d’anniversaire, publia les articles de deux hommes qui étaient non seulement opposés au féminisme mais aussi à l’existence de femmes intellectuelles. Le premier, qui signa sous le pseudonyme de Nolo Beas s’exprimait ainsi:

« L’état de grâce du monde s’appelle femme.

Le féminisme a un peu de force. La féminité n’a que grâce.

Ô, oui ! La femme doit d’abord être femme, ensuite être femme, et enfin elle doit être un cœur.

Ces femmes qui utilisent des lunettes sont très dangereuses, tout comme ces hommes qui se maquillent avec du rimmel et de la poudre de riz.

La femme, pour être femme, doit être charmante, féminine et pour être aimée, elle doit être doublement féminine. C’est-à-dire belle, et en plus elle doit avoir honte d’être jolie.

L’organe de la beauté chez les femmes est le cœur. Les femmes dont le cœur leur est monté à la tête sont très laides. La pensée est comme la fumée, elle salit terriblement la cheminée.

Je ne sais pas quoi faire entre une femme adorablement belle et une femme délicieusement pensante. C’est fatal, la femme belle séduit, et celle qui pense nous fait dire: admirable ! Je préfère que la femme séduise, car finalement, nous les hommes, on est tous plus ou moins des Adams, et on n’a pas coupé le cordon de la tradition biblique.

La femme n’est pas « sauvée » en mangeant la pomme de la science, après avoir mangé le fruit « interdit » elle continue à être femme: c’est cela la féminité (…)

Pour cela ; le féminisme est bon pour les féministes. Par contre, la féminité fait danser des enthousiasmes dans mon cœur et sur la douceur de mon cerveau, en son honneur réalisent une grande fête la beauté, l’amour, la culture. »[151]

Les féministes étaient clairement vues comme des êtres masculins ; elles n’étaient ni des hommes ni des femmes, mais des êtres d’une « espèce à part » dont l’utilité était mise en question. C’est ce qu’exprime Fabián Vaca Chávez, directeur du journal El Diario, avec un article dans la même revue:

« Plusieurs fois, je me suis mis à méditer sur ce que signifie le féminisme, sur ce qu’on doit faire en faveur des femmes, nous les hommes qui présumons être avancés, et qui par galanterie ou par conviction, voulons bien nous conduire avec le beau sexe.

Et, même avant d’entrer dans l’analyse du problème, je n’ai pas pu me soustraire à la suggestion d’examiner ce que représente, en face de l’esthétique, la femme féministe: Grande, robuste, musclée et solide, très masculine dans la voix, la démarche, le geste et l’expression, la femelle leader appartient à un genre intermédiaire entre l’homme et la femme, qui, en n’étant ni l’un ni l’autre, n’est pas neutre non plus, mais elle appartient à une espèce à part.

Le meilleur et seul argument qui existe en faveur du féminisme, de ses droits et prérogatives, de ses égalités et de ses rébellions réside-t-il dans l’existence des hommes inférieurs, sans volonté, sans intelligence et sans cœur ? Mais, la femme a besoin-t-elle de la loi, de la démocratie ou du droit pour être égale, voire supérieure à l’homme, pour légiférer et diriger le destin de son foyer et même celui de son peuple ? J’ai vu des sourires qui valaient plus qu’une péroraison ; j’ai entendu des mots plus efficaces qu’un code ; et j’ai senti l’influence décisive et irrémédiable d’une larme ou d’une caresse. Et tout cela loin du forum, du parlement et des comices, où, pour gouverner, il est nécessaire d’imposer et pour vaincre, il est souvent nécessaire de faire semblant. »[152]

Ces contradictions semblent également visibles à travers le seul groupe de femmes qui niait une position ouvertement féministe dans les premiers numéros de leur revue, et en même temps assumait exactement les mêmes revendications que leurs homologues, réclamant, entre autres, l’obtention des droits civils des femmes. C’est le cas des rédactrices d’Anhelos qui dans le premier numéro de leur revue, se montrent assez prudentes quant à l’utilisation du terme « féministe »:

« … Le moment est arrivé pour que la femme de Cochabamba assume une attitude, non pas féministe dans toute l’acception du terme, pour laquelle elle n’est pas suffisamment préparée, mais une attitude qui lui permette de se faire connaître comme amatrice de l’instruction et de l’éducation intégrale avec un critère élevé, propre et serein, elle doit être douce, cultivée et religieuse, sans fanatisme ; la fille et la sœur exemplaire, la femme au foyer, maîtresse modèle de ses enfants, une épouse dont le mari partage tous les idéaux, en trouvant en elle une collaboratrice consciente et assidue ; une femme qui lègue des enfants utiles pour sa patrie. »[153]

 

«  “Je ne suis pas féministe”, nous disait il y a peu madame Charlotte Perkins Gilman, auteure distinguée de L’indépendance économique de la femme (The Economic Independence of Women) et d’autres ouvrages aussi inspirateurs qu’originaux sur le rôle de la femme dans la société.

Une telle révélation pourrait être déconcertante pour beaucoup de personnes qui, en étant informées de l’œuvre étendue de madame Gilman, ne se sont pas rendues compte encore de la véritable signification de la lutte pour l’émancipation intellectuelle, morale et économique de la femme. Pour la majorité, un tel effort se traduit par le mot « féminisme » et c’est pour cela que nous voulons déclarer qu’il n’y a pas de femmes féministes. Nous qui jouissons de la triple émancipation à laquelle on a fait référence, nous travaillons pour que nos sœurs les moins privilégiées puissent un jour profiter des mêmes privilèges que nous, non pas parce qu’on désire les rendre conscientes de leurs droits et de leurs devoirs en tant que membres d’un sexe, mais parce que nous croyons qu’elles doivent sentir la responsabilité de la bonne marche de la communauté dans laquelle elles vivent et de la nation à laquelle elles appartiennent. Et en sentant une telle responsabilité, nous voulons qu’elles soient suffisamment qualifiées pour contribuer au progrès de leur peuple dans la forme qui soit le plus en accord avec leurs habiletés.

La femme communément désignée comme féministe, est plutôt une humaniste, si avec ce mot, l’on peut décrire la sphère de ses intérêts dans tout le bien qu’elle désire, non seulement pour les femmes, mais aussi pour les enfants et les hommes de tous les couleurs et de toute race. Sa dévotion pour la cause de la femme se base dans sa croyance selon laquelle l’humanité ne peut atteindre la plénitude de son développement véritable que lorsque les hommes et les femmes travaillent comme des égaux, et que lorsque la femme, qui détient la marche du progrès prenne sa place non pas pour profiter des droits, mais pour servir. Féministes ? Quelle absurdité ! Nous ne pouvons concevoir rien de pire qu’un monde gouverné et dirigé exclusivement par des hommes, à moins que ce soit un monde régi par des femmes, car celui-ci n’appartient à aucun sexe en particulier. Il a été fait pour les deux, et dans sa marche, les idéaux de l’homme et de la femme doivent s’unir pour l’améliorer. »[154]

Cependant, un peu plus tard, dans le numéro 4 de la revue Anhelos, les rédactrices exprimèrent la volonté de lutter pour l’obtention des droits civils des femmes, en faisant référence aux avancées réalisées dans ce domaine, non seulement dans les pays où le féminisme était actif, mais aussi dans d’autres pays du monde. Elles mentionnèrent également le Congrès Panaméricain de la Havane, réuni en 1928, dont le but était de lutter pour l’obtention des droits civils et politiques des femmes du continent américain.

Ces apparentes contradictions dans les publications des féministes boliviennes des années 1920 font preuve non pas d’un manque de rigueur et de logique, mais plutôt du fait que leur idéologie était en train de se construire. Leurs articles, souvent rédigés par différentes collaboratrices, sont plus des réflexions sur ce que constituait le féminisme à l’étranger et le féminisme en Bolivie, sur ce que signifiait être féministe, etc., que des manifestes avec des programmes clairs et bien définis. Néanmoins, ce qui est clair c’est qu’elles se distinguaient du féminisme « individualiste » anglo-saxon. Leurs principes et fondements appartenaient à la catégorie du féminisme « relationnel », avec la mise en avant du couple égalitaire comme unité de base de la société, leur insistance sur le « compañerismo » dans les relations de couple, les revendications des droits des femmes en tant que femmes, avec une focalisation sur les qualités essentiellement féminines et les rôles « naturels » de la femme, à savoir la maternité et l’éducation des enfants.

Les rédactrices d’Anhelos, tout comme leurs homologues, critiquaient le féminisme « individualiste » anglo-saxon, mais au lieu de redéfinir leur propre féminisme, elles refusaientt d’utiliser ce terme et préférèrent le remplacer par « humanisme », car elles ne désiraient pas que leur combat soit réduit à la lutte des droits des femmes mais au « progrès » social et au « progrès » de la nation en général.

L’objectif de contribuer au « progrès de la nation » était partagé par toutes les autres féministes boliviennes des années 1920. Le « patriotisme » de la Bolivienne était un thème récurrent dans leurs écrits. Ainsi, la revendication des droits des femmes qu’elles proclamaient était toujours accompagnée de l’argument selon lequel il fallait contribuer au « progrès de la patrie ». Si les femmes revendiquaient leurs droits c’était pour pouvoir contribuer au « progrès » de leur nation. La caractéristique propre au féminisme proclamé par les féministes boliviennes des années 1920 était donc d’exalter les « valeurs patriotiques » des femmes. Dans ce sens, les revendications des femmes ne prenaient sens que si elles contribuaient au « progrès de la patrie ».

La notion de « progrès » avancée par les femmes des années 1920 provient, bien évidemment, de l’idéologie « positiviste » de la fin du 19e siècle dont s’étaient imprégnés les intellectuels et hommes politiques sud-américains de la fin du 19e et du début du 20e siècle. Le « progrès de la patrie » était donc un thème omniprésent dans les écrits de l’époque: le développement de l’industrie, des sciences et des technologies devraient faire avancer le pays vers le « progrès ». C’était un thème d’autant plus obsédant pour les intellectuels boliviens de l’époque que leur pays était extrêmement pauvre et sous-développé, et qu’ils s’interrogeaient continuellement sur les raisons de ce retard et les moyens de le résoudre. L’élite intellectuelle, économique et politique bolivienne voulait placer la Bolivie au sein des nations « civilisées » et « avancées » et non pas parmi les nations « sous-développées » et « sauvages ». Les féministes des années 1920, imprégnées de ces idées, s’approprièrent cette notion de « progrès » pour l’inclure dans leur idéologie féministe. L’intégration des femmes à la vie politique de la nation, avec l’obtention des droits civils et politiques placerait la Bolivie au sein même des nations « civilisées ». Une fois les femmes intégrées à la vie politique et sociale, elles pourraient contribuer au « progrès » de leur nation.

C’est ce qu’exprimaient les rédactrices de Feminiflor:

« Aucune de nous n’ignore le sentiment d’amour et de gratitude de notre cœur envers notre patrie ; c’est un amour sublime, grand, comparable uniquement à l’amour maternel ; ce sentiment qui n’a pas de limites s’appelle patriotisme. Le vrai patriotisme consiste à améliorer notre pays autant que possible, en corrigeant tout ce qui est mauvais et imparfait et en encourageant tout ce qui est bon, en contribuant, avec notre travail intellectuel ou manuel, à faire de notre patrie une nation grande et heureuse.

Or, vous me demanderez.

Comment pouvons-nous contribuer à l’amélioration et à l’honneur de notre patrie ? Très facilement, en étudiant et en travaillant avec constance pour nous rendre utiles plus tard, non seulement pour la patrie, mais aussi pour l’humanité, comme nos dignes professeures qui, là où elles sont, sèment la semence vivifiante du bien et de l’instruction qui ouvre la porte au progrès de toute civilisation passée (…)

Ainsi, demain, dans un avenir proche, notre patrie sera grande, heureuse et respectée par toutes les nations du monde, et toutes répéteront avec enthousiasme comme nous en ce moment:

VIVE LA BOLIVIE ! »[155]

Dans cette même perspective s’inscrivait l’idée que les femmes devaient se cultiver et être éduquées afin de former de « bons citoyens » pour l’avenir de la patrie. La maternité et l’éducation des enfants étaient alors exaltées. Ces idées étaient par exemple exprimées dans la revue Eco Femenino:

« Qu’il n’y aient plus d’éternelles responsables des foyers détruits par l’ignorance ou la maladresse des mères. N’assistons plus à l’irrémédiable angoisse des enfants, qui manquent de tendresse maternelle.

Finis les époux égarés et les citoyens sans foi ni convictions, – sans pureté ni valeurs propres.

La Patrie n’avancera plus cahin-caha, car ses hommes seront alimentés, avec des enseignements sublimes et de solides principes que seul le concours d’une mère, d’une mère cultivée, peut inculquer (…)

Préparons-la à la gloire infaillible d’être mère pour de vrai ; – la plus sacrosainte de ses missions (…)

« Depuis que la première femme accoucha du deuxième homme sur terre, l’avenir de l’humanité se trouve entre les mains des femmes. »[156]

« Parmi tous ces égoïsmes, et même au dessus de son amour, se trouve la patrie. Et si celui qu’elle aime est capable de l’élever, elle ne doit pas être un obstacle.

Mot qui encourage, qui stimule et réveille les énergies ; amour qui donne foi et confiance. C’est ça être une femme bolivienne ! Car du sein de son amour sortiront les hommes qui rendront la patrie grande et glorieuse.

Et elle est déjà mère !

Alors, sa bonté, sa tendresse, son amour infini sera le ciseau qui sculptera sur l’âme de ses enfants, la forme de toutes les vertus.

Car la mère, et seulement elle, est responsable envers Dieu, et envers la patrie, de l’âme de ses enfants.

Car d’une femme noble et bonne, naît un enfant bon et noble, comme d’un rosier naît une rose. »[157]

L’exaltation du rôle de la mère en tant que fondement de l’idéologie des féministes des années 1920 ne prenait sens que dans les idéaux « patriotiques » de « progrès ». La revendication de leurs objectifs était toujours accompagnée de cet appel au « patriotisme » et au  « progrès de la nation ». Leurs revendications féministes s’inscrivaient donc dans cette exaltation de la « patrie », puisque leur plus grand objectif était son « progrès ». Leur idéologie féministe n’avait de sens que si elle était inscrite dans la volonté d’atteindre cet objectif.

C’est pourquoi les rédactrices de la revue Aspiración intitulèrent le premier article du premier numéro de la revue « Pour la patrie »:

« Le patriotisme saint que la femme bolivienne, nous le comprenons ainsi, est appelée à exalter et à diffuser chez les petits, dans le vaste champ du foyer et de l’école. Oui, femmes de Bolivie, insufflez-leur l’amour à la patrie, la réalisation de leurs plus chères aspirations ; apprenez-leur que notre patrie est pauvre car elle est dépourvue de la plus riche Étoile de notre Blason, qui, solitaire dans le lointain brille sans cesse pour le cœur bolivien, et dites-leur, qu’ils sont appelés à la reconquérir pour que la Bolivie soit prospère.

La femme qui aime véritablement son foyer n’omet aucun dicton de son cœur qui tend à le rendre plus beau: elle ne méprise aucun détail qui le rende aimable pour ceux qui dorment et dans son esprit elle a toujours l’image de sa maison. De la même manière nous sommes celles qui aimons véritablement la Bolivie nous ne devons pas omettre notre participation, si petite soit elle ; car un détail que l’on considère comme insignifiant, une action isolée, une initiative ou l’effort pour l’amélioration intellectuelle, morale et physique, sont des éléments qui constituent son prestige et qui tendent à conquérir son progrès. »[158]

Les autres revues annonçaient également les mêmes objectifs dans les premiers numéros de leurs revues. Ainsi, Venas de Plata de Potosí relate:

« La femme bolivienne est destinée à remplir la mission la plus sublime, la plus dévouée et sainte ; former et fortifier le cœur avec de sages doctrines de moralité, en tant que mère, épouse ou fille de ceux qui, demain, sculpteront en lettres d’or le grand nom de notre patrie aimée. »[159]

Ou encore Anhelos de Cochabamba dans un article intitulé « Le patriotisme de la femme »:

« Ces sentiments s’unissent à la promesse de demain et le patriotisme s’élève.

De cet amour au foyer si connu, d’abord aveugle, ensuite réfléchi, avec les années et l’expérience, naît l’amour à la patrie ; et cet amour constitue l’espoir des peuples ; et cet espoir des peuples marque le niveau moral du monde, à travers les époques qu’il traverse.

Sparte, la République inimitée de l’archipel hellénique, est la représentation la plus brillante de la femme au foyer, de la femme dans la patrie. »[160]

Le foyer (« hogar ») était souvent représenté comme la patrie à une plus petite échelle. Le travail des femmes au foyer se répercutait et se projetait à l’échelle de la nation toute entière. C’est pour cette raison que le rôle de la maternité et de l’éducation des enfants avait une place centrale dans l’idéologie des féministes boliviennes des années 1920, car c’était au sein du foyer que se formaient les  citoyens de « l’avenir ».

Les objectifs patriotiques énoncés dans les revues faisaient toujours référence à la nécessité de récupérer le littoral, comme on a déjà pu le voir. Un des rôles essentiels des mères était de parler aux enfants de ce territoire perdu contre le Chili dans la Guerre du Pacifique (1879-1883), pour que ce soit eux-mêmes qui le récupèrent. Les intellectuels et hommes politiques de l’époque considéraient que l’une des raisons du retard de la Bolivie, en plus de sa composition raciale, était son enclavement au milieu des terres. La Bolivie ne pourrait jamais atteindre le « progrès » si le territoire côtier perdu n’était pas récupéré.

Au sein de ce féminisme « relationnel » dont les fondements et les revendications s’inscrivaient dans l’objectif très large du « progrès de la patrie », des demandes étaient formulées par les associations féministes de l’époque en vue d’atteindre l’émancipation sociale, culturelle et politique des femmes.

b) Quelles demandes ?

En étudiant les associations féministes, leurs actions et le type de féminisme qu’elles proclamaient, on a pu entrevoir quelles étaient les demandes des féministes boliviennes des années 1920. Dans cette partie, il s’agira donc de connaître plus en détail comment ces demandes étaient formulées, quelle était la logique qui les liait et quelles étaient les revendications spécifiques de chaque association.

La demande qui apparaissait comme étant la plus importante, et celle qui était partagée par toutes les associations féministes des années 1920, concernait l’amélioration et développement de l’éducation des femmes. Bénéficiaires du développement de cette éducation au début du 20e siècle, ces femmes appartenant aux classes moyennes et élevées de la société étaient très souvent, comme on peut le voir dans les biographies en annexe, des professeures et proviseures de lycées de filles dans le pays. L’amélioration de l’éducation des femmes était donc un objectif primordial pour elles, car elles considéraient que la voie première vers l’émancipation des femmes était leur éducation. Elles devaient d’abord être éduquées, puis acquérir les droits civils et politiques, car, selon elles, une femme ignorante ne pourrait jamais bénéficier des avantages procurés par l’obtention des droits civils et politiques.

Une grande partie des articles des revues étaient consacrés au sujet de l’éducation des femmes: quelle était la meilleure éducation qu’elles pouvaient recevoir ? Ces articles mettaient surtout l’accent sur l’importance que devait avoir leur éducation au sein des priorités du gouvernement car les femmes étaient les éducatrices des futures générations et le « progrès » dépendait de leur éducation:

« Si l’éducation de l’homme est utile et importante, celle de la femme comme un puissant facteur social l’est encore plus, c’est à elle à qui est confié le progrès des nations et l’avenir de la race, et par conséquent, en tant que compagne et collaboratrice de l’homme, non seulement dans l’ordre pédagogique, mais aussi dans l’ordre sociologique et moral, un effort puissant de soin et d’énergie doit être dédié à l’éducation moderne de la femme. »[161]

La revue Venas de Plata concevait son travail dans le but de faire progresser l’éducation féminine. Les articles consacrés à présenter les objectifs de la revue s’intitulaient « Vers la culture féminine » et « Idéal que l’on poursuit: l’éducation de la femme »[162].

La revue Anhelos plaçait l’éducation de la femme comme objectif principal. Cette dernière devait être améliorée et élargie à d’autres catégories de femmes:

« Voici un thème extrêmement important dans la vie d’un peuple et d’une société: l’éducation de la femme.

Il n’y pas longtemps qu’on considérait qu’il était dangereux de cultiver les remarquables qualités intellectuelles de la belle moitié du genre humain: on estimait qu’il était utopique de penser à des femmes médecins, avocats, journalistes, etc., etc., mais l’histoire de la civilisation du monde qui avance à grands pas, nous démontre, dans les faits, une belle réalité en ce qui concerne l’évolution du talent féminin.

C’était ainsi pendant le Moyen Âge et l’époque de la Renaissance. Deux ou trois siècles plus tard, les droits et privilèges de la femme sont reconnus en Espagne, en France, en Italie, en Belgique ; les États-Unis sont l’un des premiers pays à déclarer solennellement les droits de la femme, en la considérant comme femme au foyer, et en même temps compagne et citoyenne consciente de ses devoirs et de son rôle dans la société. En effet, si nos sœurs de l’autre côté de la mer, plus chanceuses que nous, progressent et se développent, s’instruisent et proclament leurs droits, va-t-on nous considérer comme inférieures et va-t-on rester de marbre si on nous prive des jouissances les plus saines et les plus pures de la vie ? Nos facultés mentales sont les mêmes: la seule chose dont on a besoin, c’est de compléter notre éducation de la manière la plus parfaite possible, de nous développer culturellement et socialement pour être de véritables femmes au foyer: car la savante nature nous a signalé aussi nos obligations en tant que premières conseillères et amies des générations de l’avenir, premières à imprimer les qualités morales dans la psyché des enfants.

Tous les regards doivent alors être dirigés pour aider à cultiver notre intelligence, à ouvrir la voie dans les Lycées, dans les Universités, dans les Écoles Professionnelles, qui tendent à élargir nos connaissances, à encourager notre travail, notre effort personnel, sans que l’on sorte de notre rôle féminin et des liens que nous avons pour former le sanctuaire sacré du foyer.

Il est nécessaire que l’on tente de développer notre propre personnalité, en ouvrant une campagne contre l’ignorance, en luttant sans cesse pour la prospérité de notre patrie et la grandeur de l’humanité ; traçons un programme simple dans sa forme, mais vaste dans ce qu’il comprend:

  1. Solide campagne contre l’ignorance.
  2. L’Éducation de la Femme, comme le problème le plus transcendantal pour la prospérité de la Nation bolivienne.
  3. La femme doit recevoir une éducation élargie.
  4. Création et multiplication de Collèges, Lycées, Universités, Écoles Professionnelles, pour femmes: Esthétique – Musique et Peinture – Photographie, Statuaire, sont des arts propres à la femme.
  5. Enseignement de la Puériculture et de l’Économie Domestique, de la Clinique pour femmes et enfants.
  6. Culture Physique de la Femme, Exercices sportifs et récréatifs, Hygiène.
  7. Connaissances de l’Instruction Civique – Leur importance.
  8. Méthodes et systèmes modernes d’enseignement.
  9. Cours d’hygiène dictés par un professionnel dans les écoles secondaires.

Lorsque nous aurons rempli le PREMIER POINT consigné dans ce programme, avec toute l’étendue et la perfection qu’il requiert, en élargissant notre action vers la femme du peuple, jusqu’à arriver à l’indigène de nos petits villages, on pourra proclamer l’émancipation de la femme bolivienne basée sur l’éducation et la culture. Pendant ce temps, il est nécessaire de travailler sans repos, d’étudier tous les problèmes nous concernant et concernant notre environnement ; solliciter la coopération des hauts Pouvoirs de l’État ; faire comprendre aux pères de famille la nécessité d’éduquer les jeunes filles, en bannissant les préjugés d’après lesquels l’instruction de la femme est d’importance secondaire et les études pourraient l’écarter de ses devoirs d’épouse et de mère. D’autre part, selon un préjugué, nous ne sommes pas capables d’entreprendre des études aussi intenses que les hommes ; cependant, le grand cataclysme du Vieux Continent en 1914, a mis en évidence devant le monder entier, la manière dont la Femme s’en est tirée dans toutes les activités destinées exclusivement à l’homme. Ainsi, la seule chose qui nous reste à faire est de travailler intensément pour l’Éducation et l’Instruction de la Femme bolivienne, en donnant un premier pas solide et sûr pour nous conduire vers de vastes horizons ! »[163]

Dans son essai sur « Les devoirs de la Femme bolivienne », Elodia Ballivián de Ligerón place l’éducation des femmes indigènes comme une des obligations prioritaires à réaliser.

L’éducation des femmes devait donc non seulement être améliorée mais aussi élargie aux femmes des classes populaires urbaines et rurales.

Dans la logique des féministes de l’époque, seules les femmes éduquées et cultivées pouvaient profiter des avantages procurés par l’obtention des droits civils.

L’obtention des droits civils était une autre demande partagée par toutes les associations féministes des années 1920. Toutes les revues mentionnaient, à un moment ou à un autre, la nécessité, pour les femmes d’obtenir leurs droits civils. Certaines revues accordaient plus d’importance à ce thème en lui consacrant plusieurs articles, telles que Eco Femenino, Indice, Anhelos, tandis que les autres comme Feminiflor, Aspiración, Venas de Plata l’englobaient souvent sous d’autres sujets tels que l’éducation de la femme, la rôle que la femme jouait et devait jouer dans la société. Ces dernières revues plaçaient leurs priorités sur l’éducation des femmes et, dans ce sens, elles envisageaient l’obtention des droits civils à plus long terme, une fois que les femmes seraient émancipées grâce à leur éducation. La seule organisation qui accordait autant d’importance à l’obtention des droits civils qu’à celle de l’éducation des femmes était l’Athénée Féminin. Les membres de cette organisation considéraient qu’il était grand temps qu’elles obtiennent les droits civils car les lois qui régissaient leur vie sociale et civile étaient trop archaïques et en total décalage. Pour cette raison, elles initièrent l’élaboration d’un projet de réforme du Code Civil, en vue d’obtenir les droits civils, comme on l’a déjà vu.

Étant la seule organisation toujours existante en 1926, l’ Athénée Féminin fut aussi la seule à soutenir le projet de Loi du Divorce Absolu, présenté pour la première fois en 1926[164]. Ce projet ne fut finalement pas débattu cette année-là mais 6 ans plus tard, en 1932. Il fut alors approuvé sans grands débats au sein de la Chambre des députés. Cependant, au Sénat, les débats se prolongèrent pendant plusieurs jours et ce fut également un sujet extrêmement polémique au sein de la société bolivienne. Les débats occupaient alors plusieurs pages des journaux. Il s’agissait d’une loi extrêmement controversée car très avancée pour l’époque: elle autorisait, entre autres, le divorce par consentement mutuel après deux ans de mariage, le divorce par séparation de corps après trois ans, le divorce par séparation de fait après 5 ans[165]. Le divorce relatif existait en Bolivie avant 1932, et consistait en la séparation des corps et des biens; néanmoins, aucune dissolution juridique du lien conjugal n’avait lieu et, par conséquent, les conjoints ne pouvaient pas se remarier. Lorsque la loi du Divorce Absolu fut débattue en 1932, ceux qui la soutenaient argumentaient que le mariage était un contrat civil comme n’importe quel autre et en tant que tel, il devait pouvoir être dissout[166]. Le divorce signifierait une libération pour les femmes habitant sous le joug de mauvais maris qui gaspillaient leurs fortunes. Ceux qui étaient contre pensaient qu’il s’agissait d’une loi qui allait à l’encontre des dogmes catholiques, et même si l’État bolivien permettait la liberté des cultes, l’article 2 de la Constitution proclamait le pays comme une nation catholique. Par le divorce, les femmes seraient répudiées par leurs maris, laissées à l’abandon et dans la ruine économique sans pouvoir se remarier, car il était facile pour un homme de se remarier, mais pas pour une femme qui avait « perdu ses charmes et sa virginité ». Le divorce signifiait la destruction des familles et par conséquent, la destruction de la société bolivienne[167]. Plusieurs organisations de femmes catholiques s’opposèrent publiquement à la loi en envoyant des lettres qui demandaient que cette loi, qui était une « atteinte contre la morale », ne fût jamais approuvée. Des conférences s’opposant à l’approbation de cette loi furent également réalisées par les femmes catholiques, dont d’anciens membres de l’Athénée Féminin, comme Leticia Antezana de Alberdi (voir annexe n°33). La position officielle de l’Athénée Féminin soutenait toujours cette loi car elle constituait, d’après la plupart de ces membres, une émancipation pour les femmes. Des conférences furent prononcées par les membres de cette association comme María Gutierrez de Medinaceli (voir annexe n°2), pour faire connaître aux femmes les avantages de cette loi[168]. Malheureusement, le contenu de ces conférences demeure introuvable. Néanmoins, la société, les femmes et même les féministes se montrèrent complètement divisés par rapport à cette question. La loi fut finalement approuvée le 15 avril 1932, mais la polémique continua au sein de la société bolivienne pendant longtemps.

Peu de temps après la promulgation de la loi, les demandes de divorce explosèrent dans le pays. Les procès de divorce qui étaient publiés dans les journaux, montrent l’ampleur des chiffres car, environ 5 à 7 demandes de divorce avaient lieu chaque jour. Deux mois plus tard, 157 demandes de divorce furent traitées par les 5 tribunaux de La Paz, dont 88 de la part des hommes et 69 de la part des femmes. Au bout d’un an de la promulgation de la loi, 400 demandes de divorce furent traitées dans la même ville, dont 55% provenant des femmes. Face à ces chiffres croissants, l’Église établit certaines mesures dans le but de limiter le nombre de divorcés au sein des fidèles catholiques. Un Congrès d’évêques se réunit à Cochabamba, où l’on décida d’instaurer l’usage obligatoire d’un carnet de profession catholique, de refuser tout service religieux aux divorcés et à leurs familles, et d’entreprendre une campagne catholique contre le divorce dans tous les lycées catholiques. La loi provoquait d’autant plus de polémique au sein de la société qu’elle fut proclamée quelques mois avant le début de la Guerre du Chaco (juillet 1932) et que les mobilisés craignaient devoir affronter les demandes de divorce de la part de leurs femmes à leur retour[169]. La polémique s’étendit pendant les années 1930, et même dans la première moitié des années 1940. En 1944, soit 12 ans plus tard, un projet d’abrogation de la loi fut présenté au Parlement qui finalement le rejeta. À cette occasion, les débats et la polémique se ravivèrent avec autant de force  qu’en 1932: pour certains, cette loi avait provoqué de gros dégâts dans la société et était responsable de la « crise morale » que traversait le pays.

En ce qui concerne les droits politiques, l’Athénée Féminin fut la seule organisation qui affichait clairement comme l’une de ses priorités, en plus de l’obtention des droits civils, le suffrage féminin. Les revues Eco Femenino et Indice furent les seules à parler du sujet et à exprimer la nécessité de lutter pour atteindre cet objectif. Il semblerait donc que pour les autres revues et organisations l’obtention du suffrage féminin était un objectif lointain, qui ferait suite au développement de l’éducation de femmes et à l’obtention des droits civils. Plusieurs de ces revues faisaient référence aux avancées des autres pays concernant la question et parlaient de l’intégration de la femme dans la vie de la nation, toutefois, elles ne mentionnaient pas, à proprement parler, la nécessité d’obtenir le suffrage féminin en Bolivie. Les rédactrices de ces revues pensaient qu’elles étaient probablement en retard par rapport aux autres nations concernant l’éducation féminine et l’obtention des droits civils. Le droit de vote n’apparaissait donc pas dans leurs objectifs à court terme. Même si l’Athénée Féminin accordait beaucoup d’importance au suffrage féminin, comme le montrent les articles publiés dans ses revues et les projets présentés par Eduviges v. de Hertzog (voir annexe n°15) à la Seconde Conférence Panaméricaine de Lima en 1925, aucune action concrète en vue d’atteindre ce but ne fut réalisée par cette organisation dans les années 1920. Tout comme leurs collègues, les membres de l’Athénée Féminin estimaient que l’éducation des femmes devait être développée avant qu’elles obtiennent le droit de vote, car elles devaient être préparées pour d’abord envahir les municipes, et ensuite le Congrès. En d’autres termes, les membres de l’Athénée envisageaient d’obtenir en premier lieu les droits civils, puis le droit de vote pour les élections municipales, et plus tard le droit de vote pour les élections nationales. Cependant, contrairement à leurs collèges, les membres de l’Athénée Féminin envisageaient l’obtention du suffrage féminin le « plus tôt possible »:

« On a déjà parlé et écrit sur des modifications législatives, on a demandé l’égalité en accordant une personnalité à la femme, en la libérant de sa minorité au sein du mariage ; on a considéré les possibilités permettant d’atteindre le droit de vote.

Sur ce dernier point je pense que nous les femmes boliviennes, nous avons toutes été contaminées par le désir de résurgence personnelle et collective, dans cette ère mondiale de progrès et d’action, nous sommes toutes parfaitement d’accord sur le fond de ce problème et nous marchons ensemble, d’un pas solide vers ce progrès. Mais il y en a certaines, qui impatientes, veulent atteindre la fin, au lieu de commencer par le début, et, à mon avis, le succès de notre campagne dépend des débuts justes et équilibrés, il faut tracer un plan de combat.

L’exception ne peut pas faire la règle. Avant tout, nous devons travailler pour donner au pays un plus grand contingent de femmes préparées pour les chaires, la tribune et les sciences, et ainsi mobilisées avec ces puissantes armes de combat, nous forcerons à grands coups les portes des municipes, puis celles du Congrès.

Quand ? Le plus tôt possible, et soyons de ferventes travailleuses dans notre cause pour atteindre la culmination de notre perfectionnement intellectuel.

C’est seulement ainsi que la femme bolivienne pourra se vanter d’avoir dépassé l’homme, ayant alors cultivé son intelligence, orienté ses buts et dominé ses passions, elle sera un élément effectif, une force dynamique dans la vie de notre démocratie, elle pourra se placer avantageusement alors, à côté de tant de congressistes qui, en un siècle bientôt, de vie indépendante, ont uniquement offert à la patrie des fruits médiocres et nuls.

Certaines de mes collègues pensent que pour entrer de plein fouet dans les activités politiques, la femme doit seulement être revêtue au début, d’honnêteté et de bonne volonté, et acquérir avec l’exercice, une habileté professionnelle. Nous avons besoin, en plus des principales qualités citées et indispensables à tout citoyen, homme ou femme, d’envahir les universités et de travailler beaucoup pour bannir de notre sexe l’ignorance accablante ; de former un milieu pour que les hommes et les femmes abandonnent leurs préjugés, en considérant que la femme a seulement besoin d’étudier et de penser lorsque lui ont été refusés les biens de la fortune et de la beauté ; lorsqu’elle n’est plus toute jeune, lorsqu’elle ne s’est pas mariée.

Il faut remarquer que l’élément féminin le plus préparé pour le moment en Bolivie est le normalien. Ce groupe de femmes est arrivé dans les salles de classe avec une certaine amertume vis-à-vis de l’inégalité au sein de son propre sexe et ainsi a commencé la lutte et, ô prodige ! Beaucoup d’entre elles ont découvert, une fois que le voile épais qui enveloppait leurs esprits est tombé, un champ d’action tout neuf et beau qui leur était offert. »[170]

Les membres de l’Athénée Féminin envisageaient donc l’obtention du suffrage féminin dans son programme, mais elles considéraient que les femmes devaient d’abord se préparer pour être à la mesure des charges qu’elles devraient assumer une fois élues dans les comices électoraux. Les femmes de l’Athénée Féminin envisageaient le droit de vote dans le cadre libéral qui régissait les élections en Bolivie: c’est-à-dire qu’elles acceptaient les conditions requises pour devenir citoyennes comme savoir lire et écrire. Elles n’avaient donc pas une conception démocratique du droit de vote incluant la participation de toutes les femmes et/ou de tous les hommes aux comices. Leurs demandes s’inscrivaient dans le cadre libéral de démocratie qui était en place en Bolivie à l’époque.

Les programmes des organisations féministes n’étaient pas uniquement constitués de demandes mais aussi de projets sociaux. Les féministes boliviennes de l’époque considéraient que les femmes devaient prendre en considération, tant les droits, que devoirs. Leurs idées sur la contribution au « progrès de la patrie » s’accompagnaient de projets sociaux de service à la communauté, à la société, et au pays.

c) Les projets envisagés 

Les membres des organisations féministes des années 1920 envisageaient plusieurs projets sociaux car elles considéraient qu’elles avaient le devoir de servir la société au bénéfice du « progrès » du pays. Sans se présenter comme des associations de bienfaisance, elles considéraient, cependant, qu’elles avaient un rôle à jouer dans le « progrès » social. C’est le cas de l’Athénée Féminin qui, comme on l’a déjà vu, annonçait dans ses statuts qu’« elle admettrait dans son sein l’étude de tous les problèmes sociaux » et que toutes les associations « qui travaillaient pour le bien public » trouveraient de la collaboration dans cette association[171]. Plusieurs projets sociaux furent donc envisagés par ces organisations, et notamment par l’Athénée Féminin qui, de par sa durée de vie, fut l’association la plus active de toutes.

La base sur laquelle se réalisaient et se justifiaient certaines des actions sociales de ces organisations était la valeur chrétienne de la charité. Celle-ci était considérée comme une vertu très importante, particulièrement chez les femmes, qui avaient la mission de servir avec « abnégation » la société. Plusieurs articles des revues féminines/féministes mettaient en avant le rôle de service que la femme devait entreprendre au sein de la société, et exaltaient certaines vertus « féminines » comme l’« abnégation » et l’« amour ». C’est sur ces bases idéologiques et chrétiennes que se fondaient et se justifiaient les actions sociales des féministes de l’époque.

Le plus souvent, les actions réalisées par ces organisations étaient ponctuelles, elles ne relevaient donc pas de projets à long terme. C’est le cas par exemple de la soirée littéraire et musicale réalisée par les membres du Centre Artistique et Intellectuel de Femmes d’Oruro le 22 décembre 1922, pour collecter des fonds au bénéfice des orphelins du Chili, à la suite d’un tremblement de terre qui avait provoqué la destruction de plusieurs villages[172].

Par ailleurs, les revues publiaient des informations sur les actions de charité réalisées par les membres de leurs associations ; citons à titre d’exemple l’organisation d’une société de charité pour la « Protection de l’Enfant et des personnes âgées », réalisée par Isabel v. de Haillot (voir annexe n°20), membre de l’Athénée Féminin, au sein de l’école « Lindaura Campero » qu’elle dirigeait[173].

D’autres actions, non pas de charité mais d’aide financière à d’autres institutions, furent réalisées par l’Athénée Féminin avec des buts patriotiques. comme la collecte de fonds organisée entre décembre 1927 et janvier 1928 pour le Comité Pro-Aviation Chaco. Ces fonds étaient destinés à contribuer au financement de l’aviation de la Bolivie qui serait mobilisée dans le cas d’une guerre contre le Paraguay pour protéger le territoire du Chaco (Sud-Est du pays). En effet, les différends frontaliers avec le Paraguay commencèrent dès la fin de 1926, et l’éventualité d’une guerre fut alors envisagée. Cependant, le Président Hernando Siles à l’époque, résolut ces problèmes et évita la guerre en 1929. Ces conflits frontaliers conduisirent finalement les deux pays à la guerre en 1932, comme on le verra plus tard.

À part ces actions sociales souvent de charité et parfois patriotiques, l’Athénée Féminin envisagea des projets sociaux à plus long terme. Ainsi, ceux présentés par Eduviges v. de Hertzog (voir annexe n°15) à la Seconde Conférence Panaméricaine de femmes à Lima, en 1925, sur l’éducation secondaire des femmes, l’alphabétisation des indigènes et la création d’une Banque Protectrice des femmes travailleuses, que l’on a déjà étudiés, s’inscrivaient dans cette optique.

D’autres projets furent envisagés, comme la création d’une Ligue Antialcoolique pour combattre le vice de l’alcool qui était vu comme une plaie sociale[174], ou encore la création d’un Comité d’Hygiène Sociale destiné à combattre la prostitution. En outre, des projets récréatifs furent conçus comme la création de parcs scolaires pour les enfants.

On ne sait pas si ces derniers furent finalement réalisés ou pas ; il est probable que non, par manque d’argent.

Pour mener à bien ses actions sociales, l’Athénée Féminin était affiliée à diverses associations féminines telles que la Société de Bienfaisance des Dames (« Sociedad de Beneficiencia de Señoras »), la Société Protectrice de l’Enfance et la Ligue d’Employées de Commerce et de l’Industrie. Les représentantes de ces associations faisaient partie de la direction de l’Athénée Féminin en tant que membres du Conseil.

Si les organisations féministes des années 1920 envisageaient des œuvres de charité, de bienfaisance et des projets sociaux, c’était d’abord parce qu’elles considéraient qu’un des principaux rôles des femmes dans la société était de servir les autres. Les femmes devaient donc faire preuve de charité et d’abnégation envers la société. Mais un tel service ne devait pas s’arrêter là car les féministes boliviennes considéraient qu’elles devaient contribuer en tant que femmes au « progrès social » pour le bénéfice du pays. Leurs projets s’inscrivaient donc dans les visions patriotiques du « progrès » qu’elles formulaient dans leur revue. Leurs associations ne devaient pas servir uniquement à lutter pour la cause des femmes, elles devaient être aussi utiles et profitables à la communauté et à la nation afin de contribuer au « progrès de la patrie », d’où la conception de projets à plus long terme comme l’alphabétisation des indigènes. 

Étudier les fondements idéologiques des organisations féministes des années 1920 en Bolivie implique également étudier leurs demandes afin de mieux comprendre leurs objectifs: comment celles-ci étaient-elles formulées ? Quelle logique les liait ? Et comment envisageaient-elles l’émancipation des femmes. Pour ce faire, il convient d’étudier comment ces organisations se concevaient et s’inscrivaient au sein même de la société et du pays: quel était le rôle qu’elles estimaient devoir jouer au sein de leur communauté ? D’où l’étude des projets sociaux qu’elles envisageaient soit comme des œuvres de charité, soit comme des œuvres patriotiques pour contribuer au « progrès » non seulement de la société mais aussi de la patrie. De leur position de classe privilégiée, ces femmes agissaient d’après les principes et valeurs chrétiens de la charité et de la compassion: l’aide au plus pauvre et au plus défavorisé. De par leur appartenance à l’élite intellectuelle et économique du pays, elles partageaient les visions et les idées courantes à l’époque sur l’intégration des indigènes à la nation. Sous des conceptions totalement paternalistes, guidées par des valeurs de charité et de compassion, ces femmes envisageaient l’intégration des indigènes au pays à travers l’alphabétisation et la « civilisation ». Aucune réforme de changements sociaux plus profonds ne fut jamais proposée par celles qui partageaient le modèle libéral politique et économique qui s’était imposé à la fin du 19e siècle dans leur pays.

Les organisations féministes des années 1920 eurent une durée de vie relativement courte tout comme les revues qu’elles publiaient. Ces associations éphémères, furent dissoutes quelques années après leur création. Le peu de temps dont elles disposèrent limita énormément leur capacité d’action, qui, la plupart du temps, se réduisait à la publication de revues féminines/féministes. L’Athénée Féminin, intégrée au mouvement féministe international et ayant créé un réseau féministe en Bolivie fut la seule organisations solide. Sa durée de vie plus longue lui permit également de réaliser plusieurs actions concrètes telles que la participation aux Congrès Internationaux de femmes, l’organisation d’un Congrès National de femmes ou encore la réalisation de projets de modification de lois afin d’obtenir les droits civils des femmes. Ce fut finalement cette organisation qui guida le mouvement féministe des années 1920 en Bolivie.

Les femmes qui composaient ces organisations appartenaient toutes à l’élite non seulement économique mais aussi intellectuelle du pays. Il s’agissait d’un secteur de la population féminine extrêmement restreint. Il est difficile d’avancer des chiffres, à défaut de leur existence, mais l’on peut en déduire, se penchant sur les chiffres postérieurs, qu’il s’agissait d’un nombre infime de femmes organisées dans la lutte pour la cause féminine. L’influence et la diffusion de leurs publications étaient donc réduites aux cercles intellectuels de l’époque. La seule fois où une union avec les femmes issues des classes populaires fut tentée, fut un échec, en raison des différences culturelles et sociales abyssales entre ces deux secteurs de la population.

Malgré le caractère éphémère de ces organisations, la plupart des femmes qui les fondèrent et en firent partie ne disparurent pas de la lutte pour la cause féminine dans les années suivantes. Une grande partie d’entre elles jouèrent un rôle important dans la Guerre du Chaco et fondèrent ou s’intégrèrent aux nouvelles organisations qui surgirent dans les années 1930, dans un contexte de guerre et d’après-guerre totalement différent de celui des années 1920.


  1. ROSSELS, Beatriz, Las mujeres en la Historia de Bolivia. Imágenes y realidades del siglo XIX, Anthropos, La Paz – Bolivia, 2001.
  2. « Idea corriente en el hogar, es esa de que las hijas no deben saber sino lo indispensable para desempeñar seductor papel en la vida social; y se las educa solo para ese fin. Las jóvenes poseen una cultura muy rudimentaria, pero son diestras en comentar los acontecimientos menudos del día (…) Poco se les da a los padres que sean cultas sus hijas. En ellas exigen, con preferencia a conocimientos de orden general, variada colección de oraciones, de esas en que, por hacerlo mejor, se desfigura y deforma la idea de divinidad y se convierte a Dios en celoso guardián de nuestros actos y cómplice de nuestras miserias. – “Los hombres no buscan más que el placer”- dicen los padres; y conviértense en severísimos guardianes de la virtud de sus hijas. Les ocultan cuidadosamente el conocimiento y valor de las cosas y acciones, y en todo les hacen ver encadenamiento de hechos tendientes a procurar su caída. Las jóvenes son recatadas hasta la ñoñería, no por convicción, sino por temor al pecado, primero, y al castigo después. De esta lamentable concepción pedagógica, de semejante abandono espiritual, nace la falta de preocupaciones intelectuales en la mujer boliviana, cuyo solo anhelo es seducir por las exterioridades ostensibles en la riqueza del trapo o de la pluma (…) Y nace la necesidad de la simulación primero, la cual engendra la de la apariencia… y toda apariencia se paga. Este de igual modo, es resultado de la educación dada en los colegios religiosos (…) Al salir de estos colegios, las niñas llevan al hogar de sus padres pobre y flaca cultura. Se compone de un poco de geografía, otro poco de historia, algo de matemáticas, pocas frases de francés cuyo significado generalmente no comprenden; dos o tres pañuelos bordados, no por ellas sino por las maestras, tres o cuatro ejercicios de piano, y como natural complemento, un amor propio exagerado y un fanatismo estrecho; cerrado, intolerante, el cual, conservado en el hogar, es perpetuado en las costumbres rígidas, cristalizadas, de un quietismo desesperante. No hay acto, no hay situación en la vida de una mujer en que no se mezcle, sino la madrecita, el confesor…” Alcides Arguedas, La Mujer Boliviana. Su Rol Social (1909), tiré de OPORTO ORDOÑEZ, Luis, Las mujeres en la Historia de Bolivia. Imágenes y realidades del siglo 20 (1900-1950), Antología, Anthropos, La Paz – Bolivia, 2001.
  3. KLEIN, Herbert S., Orígenes de la revolución nacional boliviana. La crisis de la generación del Chaco, Librería Editorial G.U.M., La Paz, (n.d.)
  4. OPORTO ORDOÑEZ, Luis, Las mujeres en la Historia de Bolivia. Imágenes y realidades del siglo 20 (1900-1950), Antología, Anthropos, La Paz – Bolivia, 2001.
  5. « Yo no salí de la primera promoción de mujeres; creo que salí de la tercera o cuarta. De mis compañeras sólo quedamos 6 hasta el bachillerato, pero al examen nos presentamos solo cuatro: Carmen Rosa Torres Ballivián, Esther Lanza, Rosa Aparicio y yo. Dimos el examen en el Colegio Ayacucho, en medio de miles de muchachos. No nos tomaron las pruebas a solas sino rodeadas de todo el colegio que había puesto expectativa en ello. Pero los profesores tenían mano férrea, querían demostrar a los alumnos que no porque éramos mujeres ellos eran más tolerantes; más bien nos apretaron peor. Yo pasé bien, contenta, sólo en matemáticas por poco me aplazo porque nunca me han gustado los números.” Témoignage extrait d’un entretien vidéo avec Bethsabé Salmón, réalisé par Eva Urquidi, filmé et édité par Miriam Ernst et Miguel Cusicanqui à Quito (Équateur) à la fin des années 1980. Cet entretien a partiellement été transcrit par C. DE VEGA Magalí et FLORES BEDREGAL Teresa, et apparaît sous le titre de « Con el periodismo en las venas. Testimonio de la jefe de redacción Bethsabé Salmón de Beltrán », dans l’ouvrage de BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  6. « Una de las causas determinantes de la falta de actividad y entusiasmo dentro de los Liceos… es la total desigualdad en los presupuestos económicos de los Liceos de Señoritas, con relación a los colegios de varones y aún más todavía entre los mismos liceos, no obstante de que el trabajo es absolutamente igual », (La Enseñanza Nacional Femenina, 1927, p. 45), extrait de MEDINACELLI, Ximena, Alterando la rutina. Mujeres en las ciudades de Bolivia 1920 – 1930, CIDEM, La Paz – Bolivia, 1989, p. 36.
  7. « El Ministro dijo que el decreto no prohibía el matrimonio, sino solamente establecía una disyuntiva entre el casarse y atender el hogar o no casarse y atender la escuela. Añadió que si un hombre se casa, seguramente lo hará con intenciones de sostener su hogar y no permitiría a su mujer que trabaje. Agregó que cuando una mujer se casa es víctima de perturbaciones de carácter fisiológico.” (La República, 01/01/1924) extrait de MEDINACELLI, Ximena, Alterando la rutina. Mujeres en las ciudades de Bolivia 1920 – 1930, CIDEM, La Paz, Bolivia, 1989, p.38.
  8. MEDINACELLI, Ximena, Alterando la rutina. Mujeres en las ciudades de Bolivia 1920 – 1930, CIDEM, La Paz, Bolivia, 1989.
  9. “Está el hijo bajo la autoridad del padre legítimo o natural y en su defecto de la madre hasta la mayoridad o emancipación.”, extrait de MACEDONIO Urquidi José Antonio, La Condición Jurídica o Situación legal de la mujer en Bolivia, 3e Édition, Cochabamba, 1937, p.18.
  10. “El marido debe protección a su mujer, y ésta obediencia a su marido”, extrait de MACEDONIO Urquidi José Antonio, La Condición Jurídica o Situación legal de la mujer en Bolivia, 3e Édition, Cochabamba, 1937, p. 19.
  11. « La mujer casada no tiene otro domicilio que el de su marido. », extrait de MACEDONIO Urquidi José Antonio, La Condición Jurídica o Situación legal de la mujer en Bolivia, 3e Édition, Cochabamba, 1937, p.25.
  12. “La mujer boliviana casada con un extranjero sigue la condición de su marido.” extrait de MACEDONIO Urquidi José Antonio, La Condición Jurídica o Situación legal de la mujer en Bolivia, 3e Édition, Cochabamba, 1937, p. 20.
  13. “Si el marido está impedido o ausente, el juez, con conocimiento de causa puede autorizar a la mujer, sea para comparecer en juicio sea para contratar.” extrait de MACEDONIO Urquidi José Antonio, La Condición Jurídica o Situación legal de la mujer en Bolivia, 3e Edition, Cochabamba, 1937, p. 20.
  14. MACEDONIO Urquidi José Antonio, La Condición Jurídica o Situación legal de la mujer en Bolivia, 3e Édition, Cochabamba, 1937.
  15. « Era una agrupación informal. En vez de pasar los domingos solo en reposo o recreaciónm preferíamos pasarlo leyendo libros, comentando diferentes asuntos. De ahí que le pusimos el nombre de centro intelectual. » Entretien avec Laura Graciela de la Rosa Torres à Cochabamba (Bolivie) en 1987, réalisé par Sandra Aliaga Bruch, et apparaissant sous le titre de « “Eramos audaces” Testimonio de la Directora Laura G. de La Rosa Torres » dans l’ouvrage de BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  16. « El centro nació en realidad de pura frivolidad; queríamos bailar, queríamos enamorar, queríamos recitar, cantar. Nos reunimos todo un grupo de niñas de la sociedad de Oruro y formamos esta organización con la idea de hacer arte, lecturas, comentarios y también, por qué no decirlo, para departir con amigos y enamorados. En ese sentido, nos reuníamos en distintas casa de familia cada domingo. Allí recitábamos, cantábamos. Tres amigas éramos las recitadoras de siempre, qué versos no me aprendía… ». Témoignage extrait d’un entretien vidéo avec Bethsabé Salmón, réalisé par Eva Urquidi, filmé et édité par Miriam Ernst et Miguel Cusicanqui à Quito (Équateur) à la fin des années 1980. Cet entretien a partiellement été transcrit par C. DE VEGA Magalí et FLORES BEDREGAL Teresa, et apparaît sous le titre de « Con el periodismo en las venas. Testimonio de la jefe de redacción Bethsabé Salmón de Beltrán », dans l’ouvrage de BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  17. « En el centro éramos más o menos unas cuarenta o cincuenta personas. Todas eran amigas leales, sinceras. Habían algunas de camaradería única… » Entretien avec Laura Graciela de la Rosa Torres à Cochabamba (Bolivie) en 1987, réalisé par Sandra Aliaga Bruch, et apparaissant sous le titre de « “Eramos audaces” Testimonio de la Directora Laura G. de La Rosa Torres » dans l’ouvrage de BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  18. « Cuando nos seguíamos reuniendo, llevábamos libros que recién se publicaban como los de Alfonsina Storni; en fin, otros. Comentábamos y leíamos, y un día dijimos por qué no hacemos un resumen y una composición para el próximo domingo (…) Nos reuníamos religiosamente pero no todo era baile. El ambiente empezó a cambiar. Comenzamos a preguntarnos qué queríamos como mujeres, qué buscábamos, a dónde íbamos. Fuimos encauzando poco a poco nuestras inquietudes y llegamos a expresar nuestros reclamos. Así, llegamos a hacer carne la necesidad de reivindicaciones de la mujer boliviana, alcanzamos a percibir, el lugar que debía tener ésta en nuestra sociedad. El haber nacido mujeres no nos iba a hacer seres inferiores. Teníamos que luchar para superarnos, para ser iguales que los hombres, con los mismos privilegios, los mismos derechos, la misma instrucción y para ganar el mismo espacio del que los hombres gozaban. » Témoignage extrait d’un entretien vidéo avec Bethsabé Salmón, réalisé par Eva Urquidi, filmé et édité par Miriam Ernst et Miguel Cusicanqui à Quito (Équateur) à la fin des années 1980. Cet entretien a partiellement été transcrit par C. DE VEGA Magalí et FLORES BEDREGAL Teresa, et apparaît sous le titre de « Con el periodismo en las venas. Testimonio de la jefe de redacción Bethsabé Salmón de Beltrán », dans l’ouvrage de BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  19. « Estimuladas por nuestras hermanas de la ciudad de Pagador y alentadas con su ejemplo, ensayamos una labor completamente nueva para nosotras. » dans Feminiflor n°7, Novembre 1921, Oruro. Archivo Nacional de Bolivia, Sucre, Bolivie.
  20. « Quizás nuestros entusiasmos son superiores a nuestras aptitudes; pero creemos cumplir nuestra misión contribuyendo a la noble labor de enaltecer a la mujer, desgraciadamente tan deprimida en nuestro país, por prejuicios tan profundamente arraigados, que es tiempo ya de corregir. Demostrando que las mujeres podemos tanto como los hombres; que ese ser frágil y delicado, como nos llaman, puede luchar con tanto ahínco y perseverancia como ellos. » Idem.
  21. « IRIS: en nombre de la muchachada femenina de Oruro, y a nombre de “Feminiflor”, vuestra hermana mayor, yo os saludo, como así, a nuestras hermanas espirituales, tus valientes y esforzadas Redactoras, para quienes deseamos el más franco éxito, en la difícil tarea que hoy han empezado. Balneario de Cala-Cala, 14 de Noviembre de 1921.
    Laura G. De la Rosa T. » Idem.
  22. « A las distinguidas redactoras de Feminiflor.
    Estimadas señoritas:
    Haciendo eco a la voz lanzada por Feminiflor, las hijas del Tunari valientemente nos hemos lanzado a la carrera del periodismo. Ahí va la diminuta “Iris”.
    Hoy ve la luz por vez primera ¿qué efecto les causará?
    No lo sabemos.
    Sin embargo, creemos que a su llegada a Oruro, Feminiflor la acogerá benévolamente y demostrará francamente a su nueva hermana que ha surgido a la luz para ser su adicta compañera ya en las luchas como en los triunfos.
    Con este motivo nos es grato también manifestar a ustedes nuestra profunda simpatía y adhesión por la labor eficaz que despliegan en Feminiflor.
    Y al saludarlas cariñosamente presentamos a ustedes nuestra más sincera amistad.
    Elena Gutierrez Reza, María Antonia Arteaga, María Teresa Urquidi R.
    Cuerpo de redacción.
    Cochabamba, 11 de noviembre de 1921. » Idem.
  23. « Cochabamba, 6 de marzo de 1924.
    Srtas. Redactoras de Venas de Plata, Potosí.
    Distinguidas señoritas:
    Agradecemos a Uds. Por el envío del primer número de la revista Venas de Plata, que acabamos de recibir.
    Ha sido una sorpresa gratísima para nosotras la lectura de Venas de Plata. Sus artículos muestran claramente la pureza de ideales en que se han inspirado sus redactoras.
    Las muchachas cochabambinas han encontrado un obstáculo, insalvable de inmediato en el ambiente y es por ello que Iris ha dejado de editarse. Pero todas se mantienen llenas de esperanza, luchando para poder reanudar sus labores.
    La mesa directiva de Iris envía a Uds. un fraternal saludo, anhelando que Feminiflor, Iris, Ideal Femenino y Venas de Plata, sean los lazos que unan a Oruro, La Paz, Potosí, Cochabamba y que pronto veamos surgir paladines femeninos en los departamentos de nuestra amada patria que aún carecen de ellos.
    Somos de Uds. attas. servidoras.
    María Teresa Urquidi,
    Directora.
    Marina Montenegro Quiroga,
    Administradora. » Dans Venas de Plata n° 2, 1er avril 1924, Potosí, Archivo Nacional de Bolivia, Sucre.
  24. « Periodismo.
    El ‘Centro Intelectual’ de la ciudad de Cochabamba ha fundado una revista con el nombre de Reflejos. Enviamos a sus Redactoras nuestras sinceras felicitaciones y aplausos.
    Retribuimos gustosas el canje. » Dans Feminiflor n°16, octobre 1922, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  25. « El amanecer del 25 de mayo, en medio de una aurora sonriente y de efluvios de luz anuncia un día glorioso para nuestras hermanas del Pagador. Feminiflor llega a los dos años de vida, lo que implica un nuevo triunfo, dos años de ardua lucha en el escabroso sendero del periodismo, dos años de constante trabajo en el horizonte intelectual.
    Al celebrar esta fecha suenan victoriosas las campanas del derecho y de la justicia anunciando el aniversario del paladín de bellos sentimientos que emanan de un búcaro de primorosas flores cuyos aromáticos ideales embriagan el campo femenino. Al recordar este día el eco del regocijo, repercute en los corazones de sus hermanas de anhelos y combate.
    Feminiflor que dio el primer clarinazo de periodismo femenino siente hoy el orgullo de los triunfadores; esa alborada de la juventud ciñe su frente con la aureola de la gloria.
    Así como la flor muere con poesía, el soldado con heroísmo al lado de su fusil y el piloto desafiando al cóndor, del mismo modo las que esgrimimos la pluma debemos sacrificar si es posible nuestra vida en aras de nuestras aspiraciones defendiendo con valor los fueros del heroísmo femenino.
    Vosotras, compañeras de periodismo, habéis abogado con el arma de la realidad a esos espíritus carcomidos por el pesimismo; hoy en el terreno cultural flambea la bandera de la victoria, bajo cuyos pliegues se halla grabado el nombre de Feminiflor. Un nuevo sol alumbra el huerto florido, sol que refleja la perseverancia y vivifica los capullos que entreabren sus pétalos a las actividades de la vida. Ideal Femenino se asocia al júbilo de Feminiflor y sus redactoras os envían palabras vehementes de felicitación, y al formular prosperidad por sus hermanas repiten: Luchemos hasta vencer y morir gloriosas impulsadas por las palabras de un célebre escritor que dice: “Donde no hay combate no hay victoria.” 
    Ana Rosa Tornero A.
    Directora de Ideal Femenino. » Dans Feminiflor n°22, 25 mai 1923, Oruro, Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  26. « El Ateneo de la Juventud.
    En este importante centro cultural de La Paz, acaba de fundarse una sección especial femenina, tendiente a cultivar las artes.
    Dignamente presididas por la señora Bustamante Urioste este núcleo de selectos espíritus, ha dado un paso más en el progreso femenino; rodeadas de un ambiente intelectual de gran valía, que sabrá darles estímulo, y contribuir a su progreso, es de esperar que llegue para Ateneo de la Juventud, días de verdaderos triunfos, que elevarán a la mujer boliviana.
    Feminiflor que no puede ser indiferente a nada de lo que signifique evolución y adelanto en las esferas femeninas, se complace en enviar en la persona de la señora Bustamante al Ateneo de la Juventud, su calurosa felicitación augurándoles brillante éxito en su innovadora tarea. » Dans Feminiflor n°22, mai 1923, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  27. « Le voy a explicar los orígenes de su fundación. Yo viví en Chile mucho tiempo y vi que las mujeres trabajaban mucho por su país y su cultura, mientras que acá la que aprendía algo se quedaba en su casa.
    Yo vine con la idea de fundar una institución de mujeres al estilo del Club de Señoras de Santiago de Chile que era muy hermoso en ese tiempo, claro que allá hay fortunas inmensas, acá somos tan pobres…
    Me encontré con unos amigos que habían creado el Ateneo de la Juventud hacia dos años mientras yo estaba de viaje. Me gustó esta institución y convinimos en que yo fundaría el Ateneo Femenino, pero claro, ellos se quisieron meter a nuestro Ateneo, y como yo soy esencialmente feminista, les dije que no; que haríamos un pacto de colaborarnos pero los hombres no intervendrían en nuestros asuntos. Yo no quería que se metan los hombres –no porque era enemiga de ellos– al contrario –yo he tenido grandes amigos y nunca los hombres me han hecho daño alguno– pero anteriormente había tenido la experiencia de la discriminación hacia las mujeres por parte de ellos o sea que NO podía aceptar esa intromisión. Yo creé un dicho un poco chistoso que decía: “Déjenos escribir a las mujeres disparates, no nos censuren.”
    En nuestro Ateneo hicimos cultura y sobretodo feminismo; lo primero que quisimos fueron los derechos civiles y luego los políticos. La primera institución en Bolivia que se atrevió a reclamar los derechos políticos fue el Ateneo. Y los muchachos – tan atrasados que eran – nos silbaban diciendo “Estas locas, habían querido ser diputadas”. Yo hasta ahora no he sido diputada, no porque no haya querido, sino que siempre estuve en partidos de oposición, y claro, nunca salen; pero si he candidateado. » Entretien avec María Luisa Sánchez Bustamante réalisé par Mariana Baptista Alvarez à La Paz, en 1979 et paru dans l’article « Evolución de la mujer boliviana en los últimos 50 años » dans l’édition « Bodas de Oro » du journal Ultima Hora, en avril 1979.
  28. « “Eco Femenino”.
    Órgano del “Ateneo Femenino”, cuya aparición se anuncia para estos días y que será dirigido por la Srta. Ana Rosa Tornero. No dudamos que con el nuevo colega femenino, nos ligará idénticos sentimientos de progreso e ideales elevados, que tiendan a un fin primordial e inaplazable: la unión y armonía de la familia boliviana.
    Aspiración felicita efusivamente al “Ateneo Femenino” en su digna representante la distinguida Sra. M. Luisa B. de Urioste, por ésta innovación en su entusiasta labor en bien de la cultura femenina. » in Aspiración, n°1, septembre 1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  29. « Estatutos
    del ‘Ateneo Femenino’ de La Paz.
    Capitulo I.
    Fines de la sociedad.
    1º.- Se organiza en la ciudad de La Paz, en el mes de abril de 1928, una sociedad femenina autónoma con fines intelectuales, artísticos y de bien público, dará cabida en su seno al estudio de todos los problemas sociales y en especial a los que atañen a la mujer en su condición civil y jurídica.
    2.º- La sociedad trabajará por el mejoramiento cultural femenino en las distintas esferas sociales; fomentará el despertar, desarrollo y perfeccionamiento de las inteligencias; protegerá el profesionalismo y trabajo de la mujer.
    3.º- Esta sociedad se llamará ATENEO FEMENINO y en ella encontrarán libertad para desarrollar sus ideas todas las mujeres bolivianas y extranjeras. Así mismo, estarán abiertas sus puertas para las sociedad que laboren por el progreso público, las que recibirán colaboración moral y efectiva y las que podrán tener delegados, que formen parte del directorio, en calidad de Miembros de su Consejo.
    4.º- Para llegar al mejor éxito de sus fines, la asociación sostendrá, por cuenta propia una ‘Biblioteca Pública’, una ‘Caja de Fondos y Auxilio’ para la mujer profesional e intelectual, la publicación de revistas y anales, propiciará conferencias, concursos femeninos e infantiles, cursos de educación complementaria, etc., etc. » Dans Indice n°3, s.d.,1928. Collection privée de Martha Nardín Rivas, belle-fille de María Luisa Sánchez Bustamante.
  30. Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  31. Eco Femenino, n°13, mai 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  32. Eco Femenino, n°14, juillet 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  33. Eco Femenino, n°2, octobre 1923, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  34. Eco Femenino, n°13 mai 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  35. Eco Femenino, n°14 juillet 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  36. Feminiflor, n° 25, novembre 1923, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  37. Eco Femenino, n°9, septembre 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  38. Eco Femenino, n°14, juillet 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  39. Eco Femenino, n°2, octobre 1923, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  40. BARRAGÁN Rossana, QAYUM Seemin, SOUX María Luisa, De terratenientes a amas de casa. Mujeres de la élite de La Paz en la primera mitad del siglo 20, Serie “Protagonistas de la Historia”, Editores: Ministerio de Desarrollo Humano, Secretaría de Asunto Étnicos, de Género y Generacionales, Subsecretaría de Asuntos de Género,La Paz, Bolivie, 1997.
  41. Eco Femenino n°7, juin 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  42. Eco Femenino n°9, septembre 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  43. Eco Femenino, n°14, juillet 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  44. Eco Femenino, n°14, juillet 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  45. « BIBLIOTECA: Desde la fundación del Ateneo, se ha perseguido con insistencia para incrementar nuestra biblioteca, porque la conceptuamos de gran utilidad, no solo para beber en las fuentes sanas del saber, la renovación de ideas; sino también formar un centro de lectura y ofrecer a las damas que nos honran asistiendo a este hogar. Se ha incrementado con algunas obras; sin embargo, es reducida todavía, pocas personas entusiastas han contribuido al pedido que hemos hecho… » in Indice n°1, décembre 1927, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  46. « Los Hogares Internacionales consiguen una propaganda beneficiosa par el país que los posee; envían datos, realizan canjes valiosos con sociedades análogas y establecen una corriente de comunicación con todas las naciones, así como también ofrecen oportunidades de poder enviar delegadas o grupos estudiosos que a título de amistad, encuentran un campo amplio de instrucción y recreo.
    Respecto a los demás puntos de la república, el establecimiento de un Hogar Femenino sería, en Bolivia, de simpáticas prerrogativas, ya que ningún país como el nuestro necesita trabajar por la unidad nacional. Todos los años se nos harían visitas de comisiones inter – departamentales y también, las mujeres que por asuntos profesionales, artísticos o de estudio se verían en la necesidad de llegar solas, encontrarían siempre que pertenecieran a sociedades con relaciones y pactos con el Hogar Femenino, alojamiento resguardado y cooperación efectiva. » Indice n°2, janvier 1928, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  47. Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  48. Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  49. « REVISTA ECO: La falta de recursos que carece la institución, ha sido una de las causas primordiales para que se suspenda la edición de la Revista Eco, la que llegó a tener mucha circulación y prestigio tanto en el exterior como en el interior de la República; ésta era la porta-voz de nuestros ideales, la que reflejaba el trabajo de las socias, en cada página estaban estampadas sus ideas según sus aficiones a lo artístico, literario, histórico que se escribía con verdadero fervor. » Indice n°1, janvier 1928, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  50. « FONDOS: Merced a las gestiones de la meritoria presidenta Honoraria, señora María Luisa de Urioste, que siempre me ha colaborado en todos los asuntos del Ateneo, como que es, el alma que la anima y le da vida; ha conseguido que el supremo Gobierno le asigne, a esta institución, una pequeña partida, con la que ha podido hacer frente a las necesidades de mayor urgencia. Así mismo la suscrita, por su parte solicitó al ex-prefecto, Sr. Arturo Prudencio, otra subvención, la que fue atendida con toda gentileza, aunque limitada, se la consideró como un auxiliar poderoso pues impulsó nuestras actividades. Se ha adquirido un piano, el que hacía falta para dar realce a nuestras sesiones públicas y con este motivo, se ha formado la sección musical artística, compuesta por distinguidas señoritas y dirigida por la competente y entusiasta ateneísta señora Matilde Bruno… » Indice, n°1, janvier 1928, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  51. « Se pone en conocimiento de las asociadas que el estado económico de la sociedad deja mucho que desear, esperándose sin embargo, que con los disposiciones tomadas se ingresará al próximo año con grandes mejoras de la sección. La Tesorera. » Indice, n°1, janvier 1928, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  52. « En la ciudad de La Paz se ha formado un “Ateneo Femenino” el que hoy está en plena actividad y sus esfuerzos en pro de la mujer prometen dar frutos vigorosos y sanos.
    Habiendo trazado un programa de nacionalismo y amplia labor cultural en toda la República, se dirige hoy a las mujeres de la ilustre tierra del Pagador que haciendo eco a este llamamiento trabajen también ellas por el engrandecimiento de la Patria, haciendo que sus mujeres despierten del letargo del que hasta hoy han estado sumidas por falta de iniciativas e ideas propias. » Feminiflor, n°25, novembre 1923, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  53. « Al pedir que se funde en Oruro, un nuevo “Ateneo Femenino” autónomo del nuestro, queremos estrechar vínculos de unión sagrada con nuestras hermanas orureñas con las que de hoy en adelante tendremos una misma causa, los mimos ideales y una sola voluntad para luchar e ir tras el triunfo. » Feminiflor, n°25, novembre 1923, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  54. « Una significación espiritual nos congrega en esta mansión del Arte, el Ateneo Femenino de La Paz, agrupación de selectas culturas, en vía a las mujeres de esta tierra un mensaje de fraternidad.
    La constante y universal preocupación para el mejoramiento de la mujer y que inquieta todas las mentes estudiosas y superiores no podía ser sustraída del espiritualismo que anima a la juventud del norte, y lógicamente esa misión se ha impuesto un grupo de cultas damas de aquella ciudad, que sumando su labor y esfuerzo al de varias instituciones similares de la República, anhelan para la mujer un progreso cultural máximo que arrancándole del marco de ancestrales prejuicios la eleve a un plano superior, con un valor social activo. » Eco Femenino, n°4, janvier 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  55. « El Ateneo Femenino de La Paz, de corta vida aún, pero de intensa y eficiente lavbor es sin duda la primera institución cultural femenina de la República.
    De aquel templo viene a nosotros una de sus vestales trayéndonos el lazo cordial que anudando nuestros corazones ha de dar un solo ritmo a nuestros esfuerzos.
    Feliz mensajera de idealismo: Volved a vuestro alero y decid a las mujeres de vuestra tierra, que también aquí tenemos el alma rebozante de nobles anhelos e ideales, de aspiración hacia una mañana mejor, y que si sola andamos trabajosamente un largo trecho ya del camino, y con vosotras, y con todas las mujeres de Bolivia, forjaremos un provenir más justo para todas las generaciones venideras, teniendo por lema: abnegación y perseverancia.
    Volved y decid a nuestras hermanas que la mujer orureña, no es una indiferente, no una cobarde y que su alma grande, abriga el mismo anhelo que vosotras. Que trabajará, que luchará, para un día triunfar y seguir una senda más igualitaria, más conciente y más noble. Y viviendo en el Arte, en el deber y el patriotismo Bolivia, será poderosa.
    En vos deposito ante el Ateneo Femenino de La Paz, estas flores, sencillos lazos que significarán, una sola alma, entre la mujer boliviana. » Eco Femenino, n°4, janvier 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  56. La Patria, 11 novembre 1923, Oruro. Tiré de Eco Femenino, n°4, janvier 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  57. Eco Femenino, n°4, janvier 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  58. Eco Femenino, n°7, juin 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  59. « El 5 de abril pasado el Ateneo Femenino ofreció un té literario a sus consocias señoritas Sánchez Bustamante con motivo de su viaje a Europa (…) La señorita Carmen S. Bustamante recibió el nombramiento de socia corresponsal del Ateneo y la misión de establecer comunicación entre dicha institución y las agrupaciones femeninas de Europa. » Eco Femenino, n°7, juin 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  60. « Y allende los mares, rompiendo el hilo de vuestros ensueños acordaos que sois Corresponsal del Ateneo. Comunicadnos las impresiones de arte y belleza en que se halle empapada vuestra alma, pero sobretodo habladnos del ideal, la cultura y liberación de la Mujer. Estudiad sus nuevas orientaciones para que al retornar del viaje venga con vos un abundante contingente de ideas buenas y nuevas que nos sirvan de guía en el noble sendero que nos hemos trazado.
    Decid a nuestras hermanas del continente viejo, que aquí también la mujer está despertando al balbuceo de la doctrina feminista y decidles más en nombre de esta Casa cultural, decidles, repito, que la mujer boliviana mira muy alto y muy lejos, porque a fuerza de contemplar nuestras plateadas cimas intocadas y el horizonte azul de nuestras pampas sin fin, se han habituado su retina y alma a la pureza de las nieves y a la libertad infinita; pero haced algo práctico igualmente: pedidles su ayuda a la consecución de nuestro magno ideal: el MAR. » Eco Femenino n°7, juin 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  61. Eco Femenino n°13, mai 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  62. Eco Femenino, n°14, juillet 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  63. « Como en sesión especial llevada a cabo en marzo del presente año, se resolvió la federación del ATENEO FEMENINO de La Paz al Consejo Internacional de Mujeres, creemos muy oportuno dar a conocer algunas conclusiones del Congreso Internacional Femenino, celebrado en Ginebra del 7 al 11 de junio próximo pasado.
    En vista de numerosas comunicaciones recibidas, pidiendo nuestra federación y de interesantes publicaciones enviadas, el ATENEO FEMENINO, acogió entusiasta su unión al Consejo Internacional de Mujeres; además resolvió ampliar su programa de trabajo para ofrecer mayor cooperación social, todo lo que fue oportunamente comunicado a la presidenta del citado Consejo, Lady Aberdeen y Temair, quién en comunicación del 18 de Julio pasado, anima a las socias del ATENEO FEMENINO de La Paz, para llegar pronto a una estrecha armonía de actividades. » Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  64. Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  65. « Con fecha 22 de Septiembre recibió la Presidenta de la institución, un oficio del Consejo Nacional de Mujeres Argentinas, pidiendo la federación del Ateneo Femenino para unir con sólidos lazos la labor femenina y feminista de las mujeres latino-americanas. La comunicación fue sometida a la asamblea del 17 de Octubre último, habiéndose resuelto aceptar tan honrosa como importante cooperación. » Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  66. « Deseamos en todas las ciudades importantes, corresponsales mujeres que se dediquen a cualquier actividad social o profesional. Mándenos su retrato y datos para remitirle el carnet de corresponsal de INDICE.
    Estamos dispuestos a entablar relaciones y a realizar pactos amistosos con todas las sociedades del mundo que tengan programa de trabajo similar al nuestro.
    Subministramos datos sobre Bolivia en materia administrativa, política, pedagógica, bibliográfica etc., a quien lo solicite y estamos empeñadas en ayudar a los extranjeros a conocer nuestro país y servirles de guía en viajes que realicen en territorio boliviano.
    Podemos encargarnos del envío de libros nacionales y de canje de publicaciones en beneficio de la biblioteca pública del Ateneo Femenino. » Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  67. Indice, n°2, janvier 1928, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  68. « Feminiflor surgió en el seno del Centro Artístico e Intelectual de Señoritas que la iniciativa de Laura de La Rosa, admirable amiga, fundó en Oruro allá por 1921. Sentimos las socias la necesidad de contar con un vehículo de prensa propio para divulgar nuestras inquietudes cívicas y culturales y para luchar por la causa de la mujer. Y, sin ninguna experiencia ni muchos prolegómenos, nos echamos a escribir y a publicar.
    Era una bulliciosa cooperativa de chiquillas. Cada una hizo lo que pudo. Destacar noticias de importancia para las mujeres. Escoger versos. Aplaudir ciertas medidas. Comentar problemas, proponer soluciones. Criticar lo que nos parecía indeseable. Dar paso también al entretenimiento y al buen humor. Brindar datos útiles para la vida del hogar. Y, por supuesto, mendigar avisos e inventar concursos para atraer al público. Trabajamos mucho pero disfrutamos todavía mucho más en los afanes de nuestra juventud y aventura. » Discours de Bethsabé Salmón Fariñas de Beltrán lors de l’hommage rendu aux fondatrices de Feminiflor par le Cercle des Femmes Journalistes de La Paz en 1977, et publié dans BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  69. « Ha pasado más de medio siglo desde entonces, pero todavía recuerdo vívidamente aquella mañana de sol y alegría en que salió nuestro primer número. Caímos como abejas sobre los chivaletes de la imprenta Teller, contemplando con alborozo cómo nuestros artículos pasaban del papel a la forma tangible. Tiznadas y ansiosas pero llenas de gozo, festejamos a punto de entregar la edición a los canillitas cuando invadieron el taller amigos y enamorados nuestros. Uniformados con sacos oscuros y pantalones claros, nos sorprendieron brindándose a la revista como suplementeros. Y se lanzaron a las calles de aquel dorado Oruro voceando: “¡Feminiflor! ¡Feminiflor de hoy díaaa!”
    La ciudad se asombró de ver a los jóvenes “pitucos” vendiendo revistas y, más aún, de ver a varones sirviendo de canillitas a una revista de mujeres. Sin embargo, por curiosidad o por simpatía, los compradores agotaron esa primera edición en pocas horas, pagando a veinte centavos el ejemplar. ¿Se imaginan nuestra emoción? » Idem.
  70. « Nos acuotamos al principio todas con pequeñas sumas. Después quien nos mantuvo e hizo que nuestro ideal se volviera realidad fue el comercio de Oruro que nos recibió con los brazos abiertos; nunca nos hizo fallar un aviso. Los avisos cubrían el importe del periódico, a veces nos sobraba algún dinero. » Témoignage extrait d’un entretien vidéo avec Bethsabé Salmón, réalisé par Eva Urquidi, filmé et édité par Miriam Ernst et Miguel Cusicanqui à Quito (Équateur) à la fin des années 1980. Cet entretien a partiellement été transcrit par C. DE VEGA Magalí et FLORES BEDREGAL Teresa, et apparaît sous le titre de « Con el periodismo en las venas. Testimonio de la jefe de redacción Bethsabé Salmón de Beltrán », dans l’ouvrage de BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  71. Idem.
  72. CRESPO R. Alberto, « El periodismo boliviano de los años 20 », dans BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  73. « La colaboración, la acogida que nos brindó el público… Pensábamos que podía haber colaboración de alguno que otro, pero como un anís ¿no? Pero, todo el mundo contribuyó a que siguiéramos adelante, a que la mujer accediera al campo periodístico y a otros campos, a que ella no se someta solamente a sus caprichos y a las cosas femeninas. Muchos comprendieron que, sin dejar de ser femenina, una podía abarcar otros campos. » Entretien réalisé avec Laura Graciela de la Rosa Torres à Cochabamba – Bolivie en 1987 par Sandra Aliaga Bruch, et inclus sous le titre de « “Eramos audaces” Testimonio de la Directora Laura G. de La Rosa Torres » dans l’ouvrage de BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  74. « – Hubo reacciones adversas a la revista?
    – Alguna que otra, muy poca cosa. Casi todos la leían con mucha simpatía. Todas las redactoras eran algo menores que yo, chiquillas que inspiraban simpatía, interés, y creo por eso nos ayudaban mucho en lo que podían. » Témoignage tiré de la transcription d’un entretien vidéo avec Bethsabé Salmón par Eva Urquidi, filmé et édité par Miriam Ernst et Miguel Cusicanqui à Quito – Equateur à la fin des années 1980. La transcription partielle de l’entretien fut réalisée par C. de Vega Magalí et FLORES Bedregal Teresa, et incluse sous le titre de « Con el periodismo en las venas. Testimonio de la jefe de redacción Bethsabé Salmón de Beltrán », dans l’ouvrage de BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  75. « Pocos, contados son los que dan mérito, los que comprenden la intención al menos de nuestro esfuerzo; los más son indiferentes u hostiles a nuestros propósitos, pero, ¿saben siquiera acaso esos espíritus intransigentes y miopes por qué?… ¿Hacemos mal tal vez en anhelar para la mujer de esta nuestra patria un mejoramiento moral e intelectual? Nuestras tendencias no se encaminan a un bienestar común, a un elevamiento moral superior? Una mujer que haya ganado en cultura y educación, desmerecerá por ello a sus padres, esposos e hijos? No será bien para el hombre mismo este progreso? Y con todo, no nos preocupa demasiado el que las masas nos comprendan, el número se anula ante la calidad y nos basta la opinión sana y el consejo maduro que verdaderos valores intelectuales quieran darnos para enderezar cuando nuestra senda esté errada o darnos luz cuando nos falte ella, con esa ayuda y más que todo con nuestra fe cuyos votos renovamos hoy como lo hicimos ayer y lo haremos en otros días como éste, seguiremos ascendiendo cuesta arriba la montaña pese a nuestros detractores y no importe a los incrédulos. » Feminiflor, n°22, mai 1923, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  76. Idem.
  77. « – La criticaron por haber ido a trabajar en una oficina? – Sí, mucho. Mi madre era la que padecía las críticas; a veces hasta lloraba, pero yo le decía que no sufriera que yo iba a estudiar y a trabajar, que las mujeres también tenemos derecho; los hombres estudian y trabajan; por qué nosotras no? Era una rebelde. » Témoignage extrait d’un entretien vidéo avec Bethsabé Salmón, réalisé par Eva Urquidi, filmé et édité par Miriam Ernst et Miguel Cusicanqui à Quito (Équateur) à la fin des années 1980. Cet entretien a partiellement été transcrit par C. DE VEGA Magalí et FLORES BEDREGAL Teresa, et apparaît sous le titre de « Con el periodismo en las venas. Testimonio de la jefe de redacción Bethsabé Salmón de Beltrán », dans l’ouvrage de BELTRAN Luis Ramiro (comp.), “Feminiflor” Un hito en el periodismo femenino de Bolivia”, CIMCA, Círculo de Mujeres Periodistas, CIDEM, (n.d.).
  78. «  En ese tiempo el lujo de la mujer era el sombrero. Nadie que se apreciaba podía salir sin sombrero. Pero nosotras, Isabel y yo, íbamos con el sombrero en la mano, para decir “tengo sombrero pero no me lo pongo”. Era otra rebeldía y tras de nosotras todas las mujeres se quitaron el sombrero y al final la gente dejó de molestar con ese detalle. » Idem.
  79. « Siempre adelante ! », Marden. Devise de la revue.
  80. « Amamos de verdad a Bolivia y en ésta pequeña revista tenéis nuestro modesto concurso como prueba eficiente de ello. Bolivia es el móvil de nuestras acciones y la luz que alumbra nuestro ideal de progreso.
    Anhelamos que Aspiración, colme nuestros deseos de ser propulsora de los nobles ideales de enaltecimiento femenino y aspiramos a que sea el tibio nido a donde se reconcentren de toda la República, almas sinceras, ansiosas de luz, de belleza y bondad. » Aspiración, n°1, septembre 1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  81. « Al levantar el lábaro de cuanto signifique altruismo, han dirigido su pensamiento hacia la realización de los más nobles ideales que persigue la mujer.
    Consecuentes con este principio, harán cuando esté a su alcance por levantar su cultura, despertar sus actividades y estimular allá donde se vea que falte el aliento. » Aspiración, n°1, septembre 1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  82. «  La mujer de superiores ideales no debe limitar sus conocimientos y creer que su finalidad está realizada con ostentar un resonante título, no. Debe ser tan capacitada para levantar la pluma que cristalice sus sentimientos, como para coger la escoba que ponga límpida su casa; para guisar apetitosos platos, como para triunfar en la cancha de tenis; para cultivar las plantas con amor como para discutir concienzudamente asuntos trascendentales. Esta complejidad de aspiraciones encarnará nuestra revista. » Aspiración, n°1, septembre 1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  83. Idem.
  84. Aspiración, n°2, octobre 1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  85. Aspiración, n°3, novembre 1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  86. Aspiración, n°2, octobre1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  87. Aspiración, n°5, février 1924, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  88. Idem.
  89. Idem.
  90. « La mujer ya no debe ser ignorante, la mujer sea soltera o casada debe gozar de la plenitud de sus derechos civiles e ir resueltamente a la conquista de los derechos políticos; la mujer finalmente debe invadir el campo de la propaganda escrita, mediante la prensa, para reclamar las garantías que la sociedad le debe en orden a su debilidad, a su indefensión.
    Principalmente debe pedir la reforma de nuestras leyes que representan la más abominable injusticia al poner sobre ella el peso de todos los deberes y ninguno de los derechos para volver por el respeto a su vida, a su honor y a su fortuna.
    A Uds. les corresponde la gloria de romper en Bolivia los prejuicios cristalizados, acometiendo una empresa periodística que seguramente ha de tener eficaces resultados.
    Esta carta quiero que sea un estímulo para esa noble tarea, que no podrá ser perfectamente cumplida sino cuando la mujer boliviana se halle, como la mujer inglesa, rodeada de todo género de garantías por la ley y por la sociedad. » Aspiración, n°2, octobre1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  91. « Hemos recibido el primer número de esta revista femenina, que nos trae en sus páginas muy bonitos y atrayentes artículos literarios y de información local, a más de abundante material gráfico, que revela a todas luces el interés de la redacción en presentar una revista que esté de acuerdo con nuestro medio social y la aceptación que seguramente tendrá en nuestro público lector y en especial en el sexo femenino cuyos ideales defiende, tendiendo a su mayor adelanto cultural y patriótico, será una justa retribución al esfuerzo de sus redactoras.
    Vaya nuestra palabra de aliento y felicitación al cuerpo de redacción personificado por las señoritas Rosa Viscarra Heredia, Matty Carmona Rodo y Ana Rosa Vázquez G., y esperamos no decaigan sus laudables entusiasmos preconizadores de la marcha del feminismo consciente de sus deberes y derechos en la sociedad. » Aspiración, n°2, octobre 1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  92. « Amar el deber y reconocer el derecho », Montesquieu. Devise de la revue.
  93. À la fois écrivain et historien, il fut l’un des intellectuels les plus importants du début du 20e siècle en Bolivie. Homme politique, il remplit plusieurs missions diplomatiques en Europe, et fut également sénateur et député. Il est surtout connu par ses réflexions et ses travaux sur la condition des indigènes dans le pays. La question de l’intégration des indigènes dans la nation était l’un des sujets les plus importants et les plus débattus dans la société à cette époque. Alcides Arguedas publia plusieurs ouvrages, dont les plus notoires sont Pueblo Enfermo (1909) et Raza de Bronce (1919), dans lesquels il fait une description « psychologique » des indigènes du pays et essaye de démontrer que leur non- intégration à la nation, constituait l’une des principales causes du retard et du sous-développement du pays.
  94. Eco Femenino, n°13, mai 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  95. Eco Femenino, n°7, juin 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  96. Indice, n°3, s.d., 1928, La Paz. Collection personnelle de Martha Nardín Rivas.
  97. Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  98. Indice, n°2, janvier 1928, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  99. Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  100. « Luz más luz », Goethe. Devise de la revue.
  101. Venas de Plata, n°2, avril 1924, Potosí. Archivo Nacional de Bolivia, Sucre – Bolivie.
  102. « Solo queremos el engrandecimiento y el adelanto de Bolivia, y para esto nos aprestamos fuertes de corazón, con esos sentimientos nobles y puros, que la sabia naturaleza ha dotado a la mujer.
    No aportamos un gran caudal de conocimientos, solo un esfuerzo propio nos guía a la conquista de un puesto culminante en el mundo civilizado. Nuestra labor será de estudio, de perseverancia en el periodismo, deseando que surjan también otras hojas como el portavoz elocuente del pensar y sentir de la mujer.
    Pueblo potosino, acoged nuestra Revista que no persigue el elogio ni el fatuo aplauso de los que son retrógrados en todos los actos de la vida.
    Acogedla, aunque esta pequeña obra fuere dirigida por muchachas entusiastas, que llenas del más ferviente anhelo, desean contribuir a la magna fecha boliviana, con una letra más que sale de uno de sus departamentos, para que sea el baluarte del progreso feminista.
    Acogedla siquiera para nuestro estímulo. Laura Córdova. » Idem.
  103. Idem.
  104. Venas de Plata, n°2, avril 1924, Potosí. Archivo Nacional de Bolivia, Sucre – Bolivie.
  105. Venas de Plata, n°1, février 1924, Potosí. Archivo Nacional de Bolivia, Sucre – Bolivie.
  106. Venas de Plata, n°2, avril 1924, Potosí. Archivo Nacional de Bolivia, Sucre – Bolivie.
  107. « Por la elevación moral y cultural de la mujer ». Devise de la revue.
  108. « Es llegado el momento en que la mujer cochabambina asuma una actitud, no feminista en toda la acepción de la palabra, para lo cual no está lo bastante preparada, pero sí, de darse a conocer como amante de la instrucción y educación integral, de criterio elevado, propio y sereno, la dulce, la culta y religiosa sin fanatismo; la hija y hermana ejemplar, la mujer del hogar que sea la primera maestra modelo de sus hijos, la que sea una esposa con quien departa el marido todos sus ideales, hallando en ella una coadyuvadora consciente y asidua; aquella que legue a su patria hijos de provecho. » Anhelos, n°1, juillet 1929, Cochabamba. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  109. La dénomination de cette catégorie est extrêmement vague et prête à confusion. Il semblerait qu’elle englobe les femmes ayant un titre professionnel, ainsi que celles travaillant comme femmes de ménage. D’après Luis OPORTO ORDOÑEZ dans Las mujeres en la Historia de Bolivia. Imágenes y realidades del siglo 20 (1900-1950), Antología, Anthropos, La Paz, Bolivie, 2001, cette catégorie concerne les femmes ayant un titre professionnel et appartenant aux classes moyennes et élevées de la société. Cependant, d’après María Isabel Arauco dans Mujeres en la Revolución Nacional: Las Barzolas, Distribución CINCO, La Paz, 1984, cette catégorie concerne surtout les femmes de ménage. Il semblerait que la dénomination de la catégorie englobe à la fois : les femmes ayant un titre professionnel et celles travaillant dans les services domestiques. Il est donc difficile de savoir combien de femmes possédaient un titre professionnel en 1950.
  110. « Designada en junta, por el centro intelectual “Ateneo Femenino”, para la conferencia de esta tarde, he de rogaros prestéis vuestra bondadosa atención a los ligeros apuntes que indicaré, acerca de la necesidad de convocar un Congreso Femenino, con motivo de recordar y festejar el Centenario de Bolivia en su vida de Independencia.
    No he de hacer historia de los congresos realizados en centros europeos y sudamericanos, con motivo del movimiento femenino que se realiza en todo el mundo, abogando por los derechos civiles y políticos de la mujer, y que son bastante conocidos. » Eco Femenino, n°2, octobre 1923, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  111. « Tan solo he de manifestaros, que es de urgente necesidad moral e intelectual, dejar conocer el movimiento femenino, que se ha iniciado en nuestro mundo social, con motivo de hacer comprender sus aspiraciones de cultura femenina y anhelos patrióticos. » Idem.
  112. « En un Congreso Nacional, pediríamos que cambien la legislación de las leyes, que pesan sobre nosotros en forma tan onerosa y deprimente (…) Contando felizmente con un centro social e intelectual como el “Ateneo Femenino”, este centro, llamaría a talentos particularmente reconocidos de toda la república, quiénes, organizando comisiones, estudiarían las leyes que se podría pedir sean reformadas. He aquí algunas de las señoras de quienes podíamos confiar: María Luisa B. de Urioste, Ugarte de Salamanca, Adela Zamudio, María Gutiérrez de Rubín de Celis, Eduviges v. de Hertzog y muchas otras más. » Idem.
  113. « Me diréis tal ves, ¿y cómo se puede reunir un Congreso; y qué pediríamos en él?
    Se podría reunir un congreso, no sólo nacional, sino hasta internacional, con la ayuda de los poderes públicos, quiénes, conocedores de los fines que persigue el movimiento femenino, deberían colaborar, subvencionar y facilitar los transportes, a las mujeres intelectuales de las repúblicas hermanas invitadas a honrarnos en las sesiones del Congreso, festejando nuestra vida de independencia.
    Así verían de cerca nuestras justas aspiraciones de salida al mar, viviendo como hasta ahora, entre breñas y nevados; para elevar juntas, nuestras oraciones al Dios de la justicia, desde el momento, que como hijas, esposas o madres, nuestros hijos, esposos o padres, serían las víctimas del sacrificio de ofrecerse en holocausto, amparando los sentimientos de integridad nacional (…) Es de todo punto necesario establecer lazos de unión intelectual con las naciones hermanas, nombrando comisiones de propaganda femenina… » Idem.
  114. Eco Femenino, n°13, mai 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  115. Eco Femenino, n°15, septembre 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  116. Eco Femenino, n°13, mai 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  117. KLEIN, Herbert S., Orígenes de la revolución nacional boliviana. La crisis de la generación del Chaco, Librería Editorial G.U.M., La Paz, (n.d.), p. 34.
  118. BARRAGÁN Rossana, QAYUM Seemin, SOUX María Luisa, De terratenientes a amas de casa. Mujeres de la élite de La Paz en la primera mitad del siglo 20, Serie “Protagonistas de la Historia”, Editores: Ministerio de Desarrollo Humano, Secretaría de Asunto Étnicos, de Género y Generacionales, Subsecretaría de Asuntos de Género,La Paz, Bolivie, 1997.
  119. « Los indios semi-civilizados de las Repúblicas Sud-Americanas, en su mayor parte se dedican a la agricultura y a los trabajos de edificación (…) Creo que las mujeres cultas del Perú y Bolivia tienen una grande misión de Humanidad que estudiar y poner en práctica para atraer y confundir en la Civilización al poderoso elemento autóctono parte muy grande de la población de estas naciones (…) Yo creo que el Comité Ejecutivo de la Segunda Conferencia Pan-Americana de Mujeres, debe sentar las bases para la reorganización de la Instrucción en los países donde la raza indígena casi es mayoría. » Eco Femenino, n°14, juillet 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  120. « El sudor vertido por el indio fructifica la heredad del patrón y es justo que este sea padre de sus colonos cuando hay desgracias que lamentar. » Idem.
  121. Eco Femenino, n°13, mai 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  122. « Con motivo de llevarse a cabo la interesante idea del doctor Benjamín H. Gallardo, presentada al Ateneo Femenino, con objeto de pedir al H. Congreso de este la reforma legislativa en cuanto a los derechos de la mujer incumbe, ha resuelto este Centro cultural formar sus comisiones organizadoras de este proyecto.
    Es de esperar que todos los Centros femeninos de la República, y cada mujer en particular, concurra con su adhesión a la causa, al llamado que hará el Ateneo Femenino, ya que se trata de una idea que laborada con el esfuerzo ha de ser germen de benéficos resultados.
    La esperanza nos alienta porque confiamos en que la inteligencia de la H. H. Cámaras ha de ser asequible al proyecto, cuyos puntos estudiados, con criterio justo y desinteresados por el doctor Gallardo, constituyen el reclamo más digno que hará la mujer de sus derechos. » Eco Femenino, n°14, juillet 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  123. Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. . Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  124. « Señorita Presidenta del Ateneo Femenino:
    Señoras, Señores:
    Llegamos a la primera centuria de vida republicana, y al examinar nuestra legislación en lo que se refiere a los derechos civiles de la mujer se ve con profundo sentimiento, que el legislador boliviano no se ha ocupado absolutamente del sexo femenino, dejándolo en estado de abandono y de inferioridad relativamente al varón y en una cuasi esclavitud.
    Nuestro Código Civil que reconoce como origen el Código Napoleón, informado en los principios del Derecho Romano, considera a la mujer no como una persona absolutamente capaz del ejercicio y goce de los derechos civiles, sino, menos que relativamente, como algo intermediario entre la persona y la cosa, y de ahí emana la inferioridad de ella, la preeminencia y superioridad del varón y su derecho de señorío.
    Cuando se observan nuestras costumbres sociales, el rango que la mujer ocupa en ellas, la altura a que la hemos colocado con el cultivo metódico de su espíritu y de su inteligencia, las consideraciones a que es acreedora como hija, como esposa y como madre, se ve que hay una diferencia muy profunda entre la mujer social y la mujer legalmente contemplada.
    Quiere decir esto y manifiesta muy a las claras, que ha desaparecido y no existe la armonía que debe reinar entre la ley y las costumbres sociales; que las disposiciones de nuestros códigos en lo referente a la mujer, pecan de arcaicas y añejas, que no se adaptan a nuestro medio ambiente y que reclaman a voces una reforma radical reintegrándola a la mujer en sus derechos civiles que otrora fueron mermados. » Exposición de motivos y proyecto de ley de Reintegración de los derechos civiles de la mujer. Conferencia que tuvo lugar en el Ateneo Femenino, en el mes de Julio de 1925, por el jurisconsulto y Civilista Dr. Benjamín H. Gallardo, Rector de la Universidad Mayor de San Andrés. Talleres “La República”, La Paz – Bolivia. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  125. « Según la exposición de motivos del proyecto que acabamos de escuchar al destacado civilista y jurisconsulto doctor Gallardo, vemos de una manera clara y manifiesta que, amante de la justicia y del derecho, ha sabido encuadrar en su reforma tan profundamente estudiada, y ha logrado armonizar la posición social que ocupa la mujer, donde es respetada, enaltecida y considerada al nivel del hombre en su capacidad mental y aun superior a éste en sus sentimientos delicados y sensibles y predispuestos a realizar actos de abnegación y sacrificio, en bien de sus semejantes; mientras que legalmente, se la deprime porque se la cree incapaz de poder ejercer con suficiente criterio los derechos que la ley otorga; luego el proyecto tiene por objeto nivelarla social y legalmente. » Idem.
  126. « Artículo 2.- La extensión de la capacidad de la mujer casada se determinará por el régimen matrimonial de los bienes. » Idem.
  127. « Los cónyuges se deben recíprocamente respeto, protección y asistencia. » Idem.
  128. Indice n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  129. MEDINACELLI, Ximena, Alterando la rutina. Mujeres en las ciudades de Bolivia 1920 – 1930, CIDEM, La Paz, Bolivie, 1989.
  130. « Con motivo de la convención nacional de mujeres realizada en La Paz, Bolivia, el sindicato femenino de La Paz editó un manifiesto en que expone sus puntos de vista frente al problema de la emancipación femenina. Dicho sindicato que tiene orientación libertaria, hízose presente en dicha convención, y se puso de manifiesto de inmediato que se hallaba sólo en la oposición, pues las demás delegaciones eran hechura de los curas y habían organizado la convención, no para luchar por mejorar las condiciones de la mitad del género humano, de la mujer vilmente dominada por el hombre y explotada por el capitalismo, sino para exaltar la religión y entronizar el corazón de Jesús en los hogares y en las escuelas de Bolivia. » Extrait de MEDINACELLI, Ximena, Alterando la rutina. Mujeres en las ciudades de Bolivia 1920 – 1930, CIDEM, La Paz – Bolivia, 1989.
  131. « Con gran satisfacción recibimos las noticias que llegan hasta nosotras de los avances que en todo el mundo está haciendo el Feminismo.- La mujer se ha puesto en acción y muy pronto ha de ver realizados sus sueños y cumplidas sus aspiraciones.- Es considerable el número de damas cultas e inteligentes que forman el “Feminismo”.
    Fue en América del Norte donde la mujer hizo escuchar su voz de protesta, fue allí donde se escuchó el primer clarinazo del Feminismo, donde la mujer reclama los justos derechos que a ella le corresponden; donde la mujer no desmaya y sigue luchando por un común ideal; es allí donde el Feminismo avanza y donde pronto ha de ocupar “La Mujer” su verdadero puesto.
    La voz lanzada por la mujer Norteamericana ha repercutido en casi todos los países de Sud América despertando a la mujer del letargo en que se hallaba, han escuchado a lo lejos la voz de protesta pidiendo justicia para la mujer y no han permanecido indiferentes, se han puesto también en acción y hoy el “Feminismo avanza en algunos países de Sur América; donde las mujeres luchan por un mismo ideal (…)
    En Bolivia el Feminismo viene orientándose decididamente, aún falta mucho por hacer, pero se conseguirá, día llegará en que triunfe el Feminismo, no ese Feminismo batallador y político, sino el verdadero feminismo; consciente de deberes y derechos que coloca a la mujer en el verdadero puesto que a ella le corresponde. Hasta hace pocos años la mujer Boliviana ha vivido en inferioridad mental con respecto del hombre; permanecía indiferente.- Hoy la juventud femenina se ilustra, lucha por un ideal, reclama para la mujer sus derechos. Y día llegará en que la mujer Boliviana vea cumplida sus justas aspiraciones. » Feminiflor, n°24, octobre 1924, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  132. « Contrariamente a lo que se cree fuera de Estados Unidos, la mujer de este país no gozó siempre de libertad. Por el contrario. En su caso queda bien aplicado aquello de que la libertad es para aquellos que la merecen, para los que saben pelear por ella.
    La libertad de que goza la mujer norteamericana no es ninguna de esas herencias providenciales que se derrocha por pura ignorancia de lo que ha costado ganarla. Las prerrogativas femeninas son por el contrario en este país un derecho todavía conquistado, el que debe ser afirmado con énfasis por la misma generación que lo conquistó. En una palabra, hasta los excesos de hoy se explican por la opresión de ayer, y la “flapper” del día de hoy no es más que eso, la reacción personificada de los anhelos contenidos en la mujer colonial por una férrea disciplina social y religiosa (…)
    No en balde la rebelión feminista comenzó en esa Nueva Inglaterra donde los puritanos habían fundado una teocracia no menos exclusivamente masculina que la mosaica (…) Los Peregrinos tenían de la mujer la idea del ser impuro y fatalmente flaco de voluntad. Sus predicadores la mantenían en perpetuo terror del infierno… » Feminiflor, n°22, mai 1923, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  133. « Como un término medio de una sociedad que no ha tenido que pasar de los extremos de la opresión a los del sufragismo, tenemos la sociedad francesa, donde la mujer ha ocupado por siglos una posición propia; de directora de ceremonias en la vida social, de vestal en los círculos intelectuales y de jefe del hogar en la familia, por lo que toca a su manejo interno. En Estados Unidos es otra cosa. » Idem.
  134. OFFEN Karen et FERRANDIS Garayo Marisa, « Definir el feminismo : Un análisis historico comparativo », Historia Social, n°9 (Winter 1991), p.103-135.
  135. Idem.
  136. Idem.
  137. « Y ese es nuestro feminismo, no aquel que enarbola harapos en los comicios electorales por calles y plazuelas. Lejos de ese feminismo grotesco hay algo más sagrado y más noble: el Hogar. Y a ese hogar debe la mujer llevar su acuotación de espiritualismo y cultura, que hagan de ella un ser consciente y no una estampa decorativa como hasta hoy. » Feminiflor, n°25, novembre 1923, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  138. « El feminismo francés continúa imprimiendo a su obra otra dirección más humana y más útil que su congénere el inglés. Mientras éste luchó por el voto político por medio del fuego, de las bombas de la destrucción de las obras de arte y de las manifestaciones escandalosas, el francés combate por el mejoramiento social de la mujer y del niño, y se traduce en organizaciones de protección y de ayuda. » Aspiración, n°2, octobre 1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  139. « Es tiempo ya de dar una comprensión más amplia a nuestras intenciones. Es necesario que se comprenda que no somos renegadas de nuestro sexo, de nuestra sacra misión en el hogar. No queremos sino un poco de justicia. Que se eduque y se instruya a la mujer para que la patria sea grande. » Idem.
  140. « La acción femenina en el mundo es ya tan extensa, que ningún país pudiera sustraerse a su influencia civilizadora. Por ello, el conjunto de las asociaciones femeninas representa, no solamente en Europa y Estados Unidos, sino también en muchas naciones sud-americanas, una verdadera institución social que juega rol importantísimo en la sociedad.
    Ese hálito de cultura ha llegado hasta nosotros no muy temprano, ciertamente, pero nunca tarde para emprender la cruzada de salud que un día se traducirá en obras de imponderable beneficio.
    Y ¿cuál es nuestro Norte, la aspiración, el ideal que debemos perseguir? Hubo un tiempo en que la palabra “feminismo” inspiraba cierta inquietud en las grandes sociedades y algo como una noción inaceptable en las pequeñas, donde se le consideraba como un camino extraviado y ajeno al destino de la mujer. No hablemos del feminismo extremista, el de la solterona sufragista con arranques de fanatismo anarquista que mueve a risa en el mundo. Hablemos sí del feminismo cuerdo, razonador, fruto de la caridad cristiana y del amor a la cultura de la mujer y del niño, futuro exponente del adelanto nacional; del feminismo, consejo del hogar y barrera contra el vicio (…) El Ateneo Femenino inicia sus primeros pasos en esa obra y un augurio de confianza en el triunfo parece venir de todos los ámbitos del mundo y vivir en todos los corazones, a pesar de todas las preocupaciones antiguas, porque al franquear las puertas del hogar para buscar nuevos horizontes a su actividad la mujer no abandona sus sagradas obligaciones de madre y de esposa; larga experiencia ha demostrado que la mujer intelectual es menos frívola y más consciente de su misión en la sociedad y en la familia.
    ¿Son estos ideales demasiado grandes para nuestra fuerza? De ellos vive el corazón humano y un espíritu de acción colectiva en las mujeres bolivianas facilitará la grande obra, en servicio de la cual, yo pongo el escaso concurso de mi fe. » Eco Femenino, n°4, janvier 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  141. « Para nosotros feminismo es el resumen de igual acogida por las leyes al hombre y a la mujer y no creemos que por tener los derechos que le correspondan, la mujer. Pierda su feminidad, pues, ella reside en el corazón, en el alma; y meros accidentes de la vida exterior no pueden matar un espíritu: el espíritu no muere. » Eco Femenino, n°9, septembre 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  142. « Parece que hay un punto en el que todas estamos conformes: el de que la mujer, por saber más, no es menos mujer; pero bien entendido, que no debe incurrise en el error señalado por De Maistre en la famosa carta a su hija, cuando le decía: “Ciertas mujeres creen que para ser distinguidas deben ser a la manera de los hombres. La mujer no puede ser superior sino como mujer; desde que pretende emular al hombre se convierte en mona (…)
    Las mujeres debemos ser algo por nosotras mismas, verdaderas mujeres en el sentido pleno y mejor de la palabra… » Aspiración, n°2, octobre 1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  143. « El feminismo ha sido interpretado diversamente, mucho se ha falseado la nobleza de sus intenciones. La mujer al reclamar y defender sus derechos no hace sino pedir la parte que le corresponde en el derecho y la lucha por la vida. No pretende abandonar el hogar, para lanzarse al doctorismo y a la tribuna; pero sin desconocer las obligaciones domésticas (que en este caso dejan de ser rutinarias), tan agradables como sutiles, quiere tener participación en lo que respecta a los diversos conocimientos, si ha educado y desarrollado su inteligencia, su criterio y juicio ¿por qué se le ha de negar que trabaje intelectualmente en la esfera que domina? » Venas de Plata, n°2, avril 1924, Potosí. Archivo Nacional de Bolivia, Sucre – Bolivie.
  144. « Es el buen juicio el que debe guiar a la joven por el amplio camino del progreso, este camino será hallado con el estudio, la cultura, con una educación vasta y sólida. Las que están dotadas de las condiciones excepcionales vayan a la lucha de las ciencias, artes y profesiones libres, sin dejar el cielo de su hogar, por una falsa gloria, sin perder el ideal de que dentro de los deberes de la casa, en el trabajo, en el arte y en todos sus actos deben elevar su nivel intelectual y moral; porque la mujer es la base de la humanidad, la educadora y como compañera no debe ser inferior al hombre, en conocimientos y en cultura.
    La mujer del hogar de alma buena, sencilla y modesta, con sentimientos de artista, debe consagrarse a las profesiones manuales, porque en ellas hallará los encantos que a su carácter se encuadren: son varias las divisiones que comprenden las obras de damas, tan indispensables para la casa (…) Ninguna mujer tiene derecho a despreciar las labores, mucho más si estas han sido ennoblecidas por la aristocracia, como Minerva, la diosa de la guerra y la sabiduría que jamás desdeñó bordar, las hijas de Carlo Magno, con sus reales manos hilaron y bordaron, la célebre Reina Isabel I de España, María Antonieta, María Stuart, las mujeres más célebres por su hermosura, nos legaron el recuerdo de sus trabajos como Beatriz, Victoria Coloma y la Condesa Gucolí, las musas de Miguel Angel y Bayron; todas las diosas soberanas están enlazadas en los bosquejos vulgares a la creación femenina. » Feminiflor, n°25, novembre 1923, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  145. « Precisamente a eso tiende el feminismo: a liberar a la mujer de las redes de prejuicios que la aprisionan. Es indispensable que la mujer se eduque bien, seriamente; que se acostumbre a la observación honrada y valiente de los diversos fenómenos sociales y familiares, con el objeto de adquirir experiencia cuyos frutos podrán ser útiles a las demás. Sí, porque estamos en la obligación de devolver los conocimientos adquiridos, mejorándolos en lo posible, sin egoísmo, sin malicia, sin hipocresía (…)
    Madame Stael preguntó al Emperador Napoleón, cuál era, según su concepto, la mujer más grande del mundo. Napoleón contestó con firmeza: “La que ha tenido más hijos.” Para mí, la mujer más grande del mundo, no es precisamente aquella que ha tenido más hijos, sino la que ha sabido educarlos mejor que ninguna otra. La misión de la mujer moderna consiste, no sólo en procurar ser una excelente esposa, una hija útil, un elemento de progreso para la sociedad, sino también, más que nada, en ser una buena madre, madre en el concepto más alto y genuino del vocablo. La mujer debe, pues, ilustrarse bien en todo orden de cosas para modelar hábilmente el alma de sus hijos. » Eco Femenino, n°13, mai 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  146. « – Mujeres, que saben! – esto dicen, los egoístas, los que piensan que, aún somos, esclavas del trabajo vulgar. Yo soy la primera en comprender, la alta misión de la mujer, sobre todo, en su destino, como madre. Mujer, que al ser madre, está más obligada a ser comprendida, en toda la extensión intelectual; y además; dueña de la voluntad, que la induzca a la acción abra la senda, para las generaciones futuras; y esta será labor grande para la patria. La madre, cual artista, modelará el alma fuerte de sus hijos; el alma, que, antes de pedir busque, antes de llorar obre. » Eco Femenino, n°13, mai 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  147. « Bajo estos aspectos se debe imponer en la mujer el siguiente elevado concepto: Que hay tres cosas que la dignifican. Maternidad, Ilustración y Amor.
    Así llegará a ser buena madre, ejemplar esposa, hermana solícita, hija atenta y obediente, en una palabra, deberá constituir el preciado joyel de virtudes que mañana formarán a la sabia gobernadora de su casa y a la buena educadora de sus hijos… » Venas de Plata, n°1, février 1924, Potosí. Archivo Nacional de Bolivia, Sucre, Bolivie.
  148. « …y que ese recinto santo donde ella desempeña la misión augusta de la maternidad, se convierta en un foco de luz que desgarre sin piedad hasta las últimas nieblas del error. » Idem.
  149. « Puede argüirse que en su rol de madre ella cumple con la naturaleza y queda, de hecho, investida de una alta misión. Habría que hacer algunos paréntesis; en primer término, señalar que la maternidad física de la especie no puede nunca ser una noble misión, ya que a ella están destinadas todos los grupos del reino animal; pero que si se trata de la influencia moral y social que como madre puede ejercer, es otra cosa y en tal virtud resalta la necesidad de que su preparación cívica, intelectual y moral sea superior, ya que en ella está encomendado el plasmar desde los tiernos años, la índole y carácter de individuos útiles. ¿Y podrá ella ser precursora de súper-elementos sociales, sin tener formada con sólida doctrina su conciencia ciudadana, su moral privada y su competencia intelectual? » Indice, n°1, décembre 1927, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  150. « ¿No es ya tiempo de que abandonemos el fantasma llamado feminista? El “Feminismo” se ha convertido en un vocablo de oprobio para la mujer moderna, puesto que la palabra sugiere, o la antigua escuela de batalladoras feministas que usaban tacones bajos y poseían poco del encanto femenino o la popular especia que antagoniza al hombre con su constante clamor acerca de la conservación de sus nombres de doncellas, la igualdad de derechos, el lugar de la mujer en el mundo y muchas otras causas. Si un desatinado varón asume que una mujer es feminista por el mero hecho de que posee un empleo o una profesión, ésta se considerará justificadamente insultada.
    Cuando el hombre corriente critica a la “nueva mujer” trabaja bajo la ilusión de que existen solamente dos tipos de mujeres, la criatura de instinto que se contenta con “tener un hogar”, y la “estéril intelectual” que solamente se preocupa de “ella misma”, aunque el hogar y los hijos padezcan. Pero ¿qué debemos pensar acerca del constantemente creciente grupo de mujeres jóvenes que admiten que una vida completa reclama el casamiento e hijos, y además una carrera o profesión? Estas mujeres, si llegan a casarse, están deseosas de llegar a un gran éxito en su casamiento, y hacen de la crianza de sus hijos un arte. Pero a la vez, son movidas por una inescapable compulsión interior de ser personas en su propio derecho. Y en esta era de sencillo manejo del hogar ven ellas su oportunidad, pues es obvio que una mujer que traza sus planes inteligentemente puede ahorrar algún tiempo para sus propias investigaciones. Es más, están convencidas de que serán mejores esposas y madres por el ejercicio que adquieren en sus funciones fuera del hogar.
    Puesto que al hombre han de señalársele las cosas en blanco y negro, nos permitimos enunciar aquí los dogmas del credo de la mujer moderna. Llamémosla “Feminista al Nuevo Estilo”.
    Primer dogma. Hay tres buenas razones por que la Feminista al Nuevo Estilo se preocupa por obtener una carrera o un trabajo: primera, puede pertenecer a esa clase de personas que persisten en que cierto arte, ciencia o profesión ha de ser parte inevitable de sus vidas; segundo, puede sentir la necesidad de una halagadora salida para su energía; tercera, puede que no tenga oro medio de obtener su independencia económica (…)
    Segundo dogma. Con todo, ella no ha de vivir para su trabajo solamente, pues cree que una mujer que solamente habla de su trabajo tiene un horizonte tan estrecho como la que habla solamente del hogar y de sus hijos. Rehusará, por tanto, abandonar todos sus intereses personales en bien de su trabajo (…) Tercer dogma. No es hostil al otro sexo. Por el contrario, le agrada trabajar con los hombres más que con las mujeres, pues sus métodos son más directos y su visión más amplia; y descubre que puede tratar con ellos sobre la base de una franca confraternidad (…)
    Cuarto dogma. Por el mismo corolario, la Feminista al Nuevo Estilo no profesa lealtad ninguna a la mujer en conjunto, aunque aferradamente cree en la mujer individual (…)
    Quinto dogma. La Feminista al Nuevo Estilo está tan lejos de las feministas primitivas, que se encuentra contrariada con la psicología que ha guiado a algunas de ellas a renunciar del hombre a la vez que lo imitan con su pelo corto y ropa masculina. No estará tan elegantemente vestida como la mujer de sociedad, con todo cada año está mejor vestida y mejor arreglada que la mujer profesional de negocios. En lo que respecta a las maneras y manierismo no tiene el menor deseo de imitar al hombre. Por el contrario, prefiere conservar las modulaciones de su voz y la calidad de sus gestos puramente femeninos, tal cual la naturaleza quiso que fueran.
    Sexto dogma. Gritos vacíos de combate parecen a la Feminista al Nuevo Estilo de tan mal gusto como el traje y las maneras masculinas (…)
    Octavo dogma. Concede que un esposo e hijos son necesarios para el completo desarrollo de la mujer corriente aunque sabe que la mujer está dotada muy variadamente en grado de pasión e instinto maternal (…) » Indice, n°2, janvier 1928, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  151. « El estado de gracia del mundo se llama mujer.
    El feminismo tiene algo de fuerza. La feminidad solo tiene gracia.
    ¡Oh, sí! La mujer primero debe ser mujer, segundo debe ser mujer, y tercero debe ser un corazón.
    Son muy peligrosas esas mujeres que se ponen lentes, tan peligrosas como esos hombres que se maquillan con rimel y polvos de arroz.
    La mujer, para ser mujer, encantadora, femenina; y para ser amada, dos veces femenina. Es decir, bella, con el aditamento indispensable que tenga vergüenza de ser linda.
    El órgano de la belleza en las mujeres es el corazón. A las mujeres que se les ha subido el corazón a la cabeza se las mira muy feas. El pensamiento como el humo, tizna terriblemente la chimenea.
    Yo no sé que hacer entre una mujer adorablemente bella, y una mujer deliciosamente pensadora. Es fatal, la mujer bella seduce y la mujer que piensa nos hace decir: ¡admirable! Prefiero que la mujer seduzca, porque al fin y al cabo todos los hombres somos más o menos Adanes, y aún no hemos roto el cordón umbilical de la tradición bíblica. A la mujer no la “salva” el que coma la manzana de la ciencia, después de comer el fruto “prohibido” sigue siendo mujer: eso es la feminidad (…)
    Por eso; el feminismo es bueno para las feministas.  En cambio la feminidad me hace bailar entusiasmos en el corazón, y sobre la tersura de mi cerebro en su honor realizan una gran fiesta la belleza, el amor, la cultura.» Feminiflor, n°22, mai 1923, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  152. « Muchas veces me he puesto a meditar sobre lo que significa el feminismo, sobre lo que debemos hacer a favor de las mujeres los hombres que presumimos de avanzados y los que, por galantería o por convicción queremos quedar bien con el bello sexo.
    Y, aún antes de entrar en el análisis del problema, no he podido sustraerme a la sugestión, de examinar lo que representa ante la estética la mujer feminista: Alta, fornida, musculosa y recia, con mucho de varón en la voz, en el andar, en el gesto y en la expresión, la hembra líder pertenece a un género intermedio entre el hombre y la mujer, que sin ser lo uno ni lo otro tampoco es neutra, sino que pertenece a una especie aparte.
    Acaso el mejor u el único argumento que existe a favor del feminismo, de sus derechos y prerrogativas, de sus igualdades y de sus rebeldías, es la existencia de los hombres inferiores, sin voluntad, sin inteligencia y sin corazón. Pero ¿acaso necesita la mujer de la ley, de la democracia o del derecho para ser igual o hasta superior al hombre, para legislar y para dirigir los destinos de su hogar y aún los de su pueblo? Yo he visto sonrisas que valían más que una peroración; he oído palabras más eficaces que un código; y he sentido influencia decisiva e inapelable de una lágrima o de una caricia. Y todo esto lejos del foro, del parlamento y de los comicios, donde para gobernar es necesario imponer, y donde para vencer es muchas veces preciso fingir. » Idem.
  153. « Es llegado el momento en que la mujer cochabambina asuma una actitud, no feminista en toda la acepción de la palabra, para lo cual no está lo bastante preparada, pero sí, de darse a conocer como amante de la instrucción y educación integral, de criterio elevado, propio y sereno, la dulce, la culta y religiosa sin fanatismo; la hija y hermana ejemplar, la mujer del hogar que sea la primera maestra modelo de sus hijos, la que sea una esposa con quien departa el marido todos sus ideales, hallando en ella una coadyuvadora consciente y asidua; aquella que legue a su patria hijos de provecho. » Anhelos, n°1, juillet 1929, Cochabamba. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  154. « “No soy feminista”, nos decía hace poco la señora Charlotte Perkins Gilman, distinguida autora de La Independencia Económica de la Mujer (The Economic Independence of Women) y de muchas obras tan inspiradoras como originales sobre la actuación de la mujer en la sociedad.
    Tal revelación podría ser desconcertante para muchas personas que estando informadas de la obra tan extensa de la señora Gilman no se han dado aún cuenta del verdadero significado de la lucha por la emancipación intelectual, moral y económica de la mujer. Para la mayoría tal esfuerzo se traduce en la palabra “feminismo” y por tal razón queremos declarar que no hay mujeres feministas. Todas aquellas que gozamos de la triple emancipación a que hemos hecho referencia, trabajamos porque nuestras hermanas menos afortunadas puedan algún día disfrutar de los mismos privilegios que nosotras, no porque deseamos hacerlas conscientes de sus derechos y deberes como miembros de un sexo, sino porque creemos que deben sentir la responsabilidad por la buena marcha de la comunidad en que viven y por la nación a la que pertenecen. Y sintiendo tal responsabilidad queremos que estén debidamente capacitadas para contribuir al adelanto de su pueblo en la forma que más esté de acuerdo con sus habilidades.
    La mujer comúnmente designada como feminista no es tal, sino más bien humanista, si con esa palabra podemos describir la esfera de sus intereses en todo lo bueno que desea no solamente para las mujeres sino también para los niños y los hombres de todos colores y razas. Su devoción a la causa de la mujer se basa en la creencia de que la humanidad no puede llegar a la plenitud de su desarrollo verdadero hasta que los hombres y mujeres trabajen como iguales, hasta que la mujer que ha detenido la marcha del progreso tome su lugar no para disfrutar de derechos, sino para servir. ¿Feministas? ¡Qué absurdo! No podemos concebir nada peor que un mundo gobernado y dirigido exclusivamente por hombres a menos que sea un mundo regido por mujeres, pues este no pertenece a ninguno de los dos sexos en particular. Fue hecho para los dos, y en su marcha los ideales del hombre y de la mujer deben por necesidad unirse para mejorarlo. » Anhelos, n°2, agosto 1929, Cochabamba. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  155. « Ninguna de nosotras ignora el sentimiento de amor y gratitud que abriga nuestro corazón hacia nuestra patria; es un amor sublime, grande, comparable únicamente al amor materno, éste sentimiento que no tiene límites, se llama patriotismo. El verdadero patriotismo consiste en mejorar nuestro país lo más que se puede, corrigiendo todo lo malo e imperfecto que en él existe y fomentando todo lo bueno, contribuyendo con nuestro trabajo intelectual o manual a hacerla grande y feliz.
    Ahora me preguntan ustedes.
    ¿Cómo nosotras podemos contribuir a la mejora y honra de la patria? Muy fácilmente, estudiando y trabajando con constancia para hacernos más tarde útiles, no solo a la patria, sino a la humanidad, como nuestras dignas profesoras que por doquiera que pasan van sembrando la semilla vivificadora del bien y de la instrucción que abre la puerta del progreso de toda pasada civilización (…)
    Así mañana, en día no lejano, nuestra patria será grande feliz y respetada por todas las naciones del mundo y todas repetirán con entusiasmo como nosotras en este momento: ¡VIVA BOLIVIA! » Feminiflor, n°10, février 1922, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  156. « No hayan más, las eternas irresponsables de los destrozados hogares por la ignorancia o torpeza de muchas madres. No presenciemos ya, la irremediable congoja de hijos, a quienes faltó maternal ternura.
    Acabaránse los descarriados esposos y los ciudadanos sin fe ni convicciones,- sin pureza ni valores propios.
    La Patria no andará en los tumbos que hoy, porque serán alimentados sus hombres, con sublimes enseñanzas y sólidos principios que sólo el concurso de una madre, una madre culta, puede dar (…) Preparémosla a la sin par gloria de ser madres de verdad; – la misión más sacrosanta de ella (…) “Desde que la primera mujer echó al segundo hombre al mundo, el porvenir de la humanidad está en manos de las mujeres”. » Eco Femenino, n°9, septembre 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  157. « Por sobre todos sus egoísmos, y aún por encima de su amor, está la patria. Y si aquél a quien ama es capaz de engrandecerla; ella no debe ser un obstáculo.
    Palabra que aliente; acicate que despierte las energías; amor que de fe y confianza. ¡Eso debe ser la mujer boliviana! ¡Porque del seno de su amor saldrán los hombres que harán grande y gloriosa la patria!
    ¡Y ya es madre!
    Entonces, su bondad, su ternura, su infinito amor será el cincel que esculpa en el alma de sus hijos la forma de todas las virtudes. Que la madre, y solo ella, es responsable ante Dios, y la patria, del alma de sus hijos.
    Que de una madre noble y buena, sale un hijo bueno y noble, como de un rosal sale una rosa. » Eco Femenino, n°7, juin 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  158. « Patriotismo santo que la mujer boliviana, así lo entendemos, está llamada a exaltar y a difundir en los pequeñuelos, en el vasto campo del hogar y de la escuela. Sí, mujeres de Bolivia infundidles con el amor a la patria, la realización de sus más caras aspiraciones; enseñadles que nuestra patria está pobre porque le falta la Estrella más rica de nuestro Escudo, que solitaria y en la lejanía efulge sin cesar para el corazón boliviano y que ellos son los llamados a reconquistarla para que Bolivia sea próspera.
    La mujer que ama de veras su hogar, no omite ningún dictado de su corazón que tienda a embellecerlo: no desprecia ningún detalle que lo haga amable para los que su lecho cobija y en su mente siempre fija está la imagen de su casita. Del mismo modo las que amamos de veras a Bolivia, no debemos omitir nuestro concurso por pequeño que sea; porque ya un detalle que lo consideramos insignificante; ya una acción aislada; una iniciativa, o el afán de mejoramiento intelectual, moral o físico, son elementos que constituyen su prestigio y que tienden a conquistar su progreso. » Aspiración, n°1, septembre 1923, La Paz. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  159. « La mujer boliviana está destinada a cumplir la misión más sublime, la más abnegada, y santa; formar y fortalecer el corazón con sabias doctrinas de moralidad, ya sea como madre, esposa o hija de los que mañana esculpirán con letras de oro el gran nombre de nuestra amada patria. » Venas de Plata, n°1, février 1924, Potosí. Archivo Nacional de Bolivia, Sucre – Bolivie.
  160. « Esos sentimientos se unen a la promesa del mañana, y se levanta el patriotismo.
    De ese tan conocido amor al hogar, ciego primero, reflexivo después, con los años y la experiencia, nace el amor a la patria, y ese amor es la esperanza de los pueblos; y esa esperanza de los pueblos marca el nivel moral del mundo, en las épocas que atraviesa.
    Esparta, la república inimitada del Archipiélago helénico, es la representación más brillante de la mujer en el hogar, de la mujer en la patria. » Anhelos, n°2, août 1929, Cochabamba. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  161. « Si la educación del hombre es útil e importante, lo es en más alto grado la de la mujer como poderoso factor social, a ella está encomendado el progreso de las naciones y el provenir de la raza, y por lo tanto, como compañera y colaboradora del hombre, no sólo en el orden pedagógico, sino también en el sociológico y moral, ha de dedicarse un poderoso esfuerzo de cuidado y energía en la moderna educación de la mujer. » Eco Femenino, n°2, octobre 1923, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  162. Venas de Plata, n°1, février 1924, Potosí. Archivo Nacional de Bolivia, Sucre, Bolivie.
  163. « He aquí un tema importantísimo en la vida de un pueblo y de una sociedad: la educación de la mujer.
    Hasta hace muy pocos años, se conceptuaba un peligro cultivar las relevantes cualidades intelectuales de que está dotada la bella mitad del género humano: se consideraba una utopía pensar en mujeres médicos, abogados, periodistas, etc., etc., pero la historia de la civilización del mundo que avanza a pasos gigantescos, nos demuestra, con los hechos, una hermosa realidad en lo referente a la evolución del talento femenino.
    Así, durante la Edad Media y en la época del Renacimiento, dos o tres siglos más tarde, los derechos de la mujer son reconocidos en España, Francia, Italia, Bélgica; siendo Estados Unidos uno de los primeros países en declarar solemnemente los derechos de la mujer, considerándosela a la vez que ama de gobierno, compañera y ciudadana consciente de sus deberes y de su papel en la sociedad. En efecto, si nuestras hermanas de allende los mares, con mejor suerte que la nuestra progresan y se desarrollan, se instruyen y proclaman sus derechos; -nosotras- ¿nos conceptuaremos inferiores y nos inmovilizaremos privándonos de los goces más sanos y puros de la vida? Nuestras facultades mentales son las mismas, lo único que necesitamos es completar nuestra educación de la manera más perfecta posible, desarrollarnos cultural y socialmente para ser verdaderas mujeres de hogar; puesto que la sabia naturaleza, nos ha señalado también nuestras obligaciones como a las primeras consejeras y amigas de las generaciones del porvenir, como a las primeras que imprimimos las cualidades morales en la psiquis infantil.
    Todas las miradas deben, pues, dirigirse a cultivar nuestra inteligencia; a abrirnos paso en los Liceos, en las Universidades, en las Escuelas Profesionales que tiendan a ampliar nuestros conocimientos, alentando nuestra labor, nuestro esfuerzo personal, sin sacarnos como algunos pretenden, de nuestro papel femenino y de los vínculos que tenemos para formar el santuario sagrado del hogar.
    Preciso es que, tratemos de desarrollar nuestra propia personalidad, abriendo una verdadera campaña contra la ignorancia, luchando sin descanso por la prosperidad de nuestra patria y por la grandeza de la humanidad, tracémonos un programa sencillo en su forma, pero vasto en su comprensión:
    I- Decidida campaña contra la ignorancia.
    II- La Educación de la Mujer como el problema más trascendental para la prosperidad de la Nación Boliviana.
    III- Debe darse a la mujer una Educación amplia.
    IV- Creación y multiplicación de Colegios, Liceos, Universidades, Escuelas Profesionales para mujeres: Estética – Música y Pintura – Fotografía, Estatuaria, son artes propias a la mujer.
    V- Enseñanza de Puericultura y Economía Doméstica, Clínica para mujeres y niños.
    VI- Cultura Física de la Mujer, Ejercicios gimnásticos y recreativos. Higiene. V
    II- Conocimientos de Instrucción Cívica. Su importancia.
    VIII- Métodos y sistemas modernos de enseñanza.
    IX- Cursos de higiene dictados por un profesional en los colegios secundarios.
    Cuando hayamos llenado el PRIMER PUNTO consignado en este programa, con toda la amplitud y perfección que requiere, extendiendo nuestra acción hacia la mujer del pueblo, hasta llegar a la indígena de nuestras aldeas, podremos proclamar la emancipación de la mujer boliviana a base de educación y cultura. Entre tanto, es necesario trabajar sin descanso, estudiar constantemente todos los problemas referentes a nosotras y a nuestro medio ambiente; solicitar la cooperación de los altos Poderes del Estado; hacer comprender a los padres de familia, la necesidad de educar a las jóvenes, desterrando prejuicios de que la instrucción en la mujer es de importancia muy secundaria y que el estudio podría más bien distraerla de sus deberes de esposa y de madre. Por otra parte, existe la idea de que no somos capaces de emprender estudios tan intensos como los del hombre; sin embargo, el gran cataclismo del Viejo Continente en 1914, ha puesto de manifiesto, ante el mundo entero, cómo la Mujer se ha desenvuelto en todas las actividades destinadas exclusivamente al hombre. De manera, pues, que lo único que nos toca hacer es trabajar intensamente por la Educación e Instrucción de la Mujer Boliviana, dando así el primer paso firme y seguro que nos conduzca a un porvenir de vastos horizontes! » Anhelos, n° 1, juillet 1929, Cochabamba. Centro de Informaciôn y Desarrollo de la Mujer (CIDEM), La Paz, Bolivie.
  164. OPORTO ORDOÑEZ, Luis, Las mujeres en la Historia de Bolivia. Imágenes y realidades del siglo 20 (1900-1950), Antología, Anthropos, La Paz, Bolivie, 2001.
  165. Les autres raisons permettant le divorce incluaient : l’adultère de la part de l’un des conjoints, la tentative d’homicide de l’un des conjoints contre l’autre, la prostitution de la femme par le mari, ou des enfants, par l’un des deux conjoints, l’abandon volontaire de l’un des conjoints pendant plus d’un an, l’état d’ébriété permanent, la folie ou les maladies contagieuses chroniques et incurables, les sévices, injures graves ou mauvais traitements rendant insupportable la vie à deux. Les conjoints divorcés pouvaient se remarier entre eux, mais ne pouvaient citer les causes du premier divorce dans une deuxième procédure de divorce.
  166. Le mariage civil existait en Bolivie depuis le 11 octobre 1911.
  167. Redactor del Senado, sesiones extraordinarias, 1932, p. 188-679, Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  168. OPORTO ORDOÑEZ, Luis, Las mujeres en la Historia de Bolivia. Imágenes y realidades del siglo 20 (1900-1950), Antología, Anthropos, La Paz – Bolivia, 2001.
  169. DURÁN JORDÁN Florencia et SEOANE F. Ana María, El complejo mundo de la mujer durante la Guerra del Chaco, Editores: Ministerio de Desarrollo Humano, Secretaría de Asunto Étnicos, de Género y Generacionales, Subsecretaría de Asuntos de Género, La Paz – Bolivia, 1997.
  170. « Se ha hablado ya y escrito sobre modificaciones legislativas, se ha pedido la igualdad dando a la mujer personalidad, libertándola de su minoridad dentro del matrimonio, se han considerado las posibilidades de alcanzar el voto.
    Sobre este último punto, todas las mujeres bolivianas que hemos sido contaminadas del deseo de resurgimiento personal y colectivo, en esta era mundial de progreso y acción, creo que estamos en el fondo de este problema de perfecto acuerdo y que marchamos de conjunto, con paso seguro hacia él. Solo que algunas impacientes quieren llegar al fin antes de comenzar por el principio, y en mi concepto: está el éxito de nuestra campaña en tener justos y equilibrados comienzos en trazar el plan de combate.
    Una excepción no puede hacer una regla. Antes que nada debemos procurar, trabajar, por dar al país un mayor contingente de mujer preparadas para la cátedra, la tribuna y la ciencia, y entonces movilizadas con estas poderosas armas de combate forzaremos a golpe tendido las puertas de los municipios, primero, y luego las del Congreso.
    ¿Cuándo? Lo más pronto posible y seamos fervientes trabajadoras en nuestra causa para llegar luego a la culminación de nuestro perfeccionamiento intelectual. Sólo así la mujer boliviana podrá vanagloriarse de haber superado al hombre, en el sentido de que, cultivada su inteligencia, orientadas sus miras y dominadas sus pasiones, será elemento efectivo, fuerza dinámica en la vida de nuestra democracia, con ventaja podrá colocarse, entonces, al lado de tantos congresales que en un siglo, pronto, de vida independiente, sólo han ofrendado a la patria frutos de medianía y nulidad.
    Algunas de mis compañeras, creen, que para entrar, la mujer de lleno en las actividades políticas, sólo ha de presentarse revestida, en el comienzo de honradez de miras y buena voluntad, adquiriendo con el ejercicio, la pericia profesional. Necesitamos además de las principales cualidades citadas e indispensables a todo ciudadano, hombre o mujer, invadir las universidades y trabajar mucho para desterrar de nuestro sexo la abrumadora ignorancia; formar un ambiente para que hombres y mujeres abandonen los prejuicios que tienen, considerando que una mujer sólo necesita estudiar y pensar cuando le han sido negados los bienes de la fortuna y de la belleza; cuando ha dejado de ser joven; cuando no se ha casado.
    Adviértase que el elemento femenino más preparado por el momento en Bolivia es el normalista. Todo ese grupo de mujer llegó a las aulas talvez con la amargura de la desigualdad dentro de su propio sexo y así comenzó la ruda lucha y ¡oh, prodigio!, muchas descubrieron, caído el tupido velo que envolvía sus mentes, un hermoso y nuevo campo de acción que se les ofrecía. » Eco Femenino, n°4 janvier 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  171. Indice n°3, s.d.,1928. Collection privée de Martha Nardín Rivas, belle-fille de María Luisa Sánchez Bustamante.
  172. Feminiflor, n°18, décembre 1922, Oruro. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  173. Eco Femenino, n°14, juillet 1925, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.
  174. Eco Femenino, n°4, janvier 1924, La Paz. Hemeroteca de la Universidad Mayor de San Andrés, La Paz, Bolivie.


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