2 Les femmes et le mouvement féministe pendant et après la Guerre du Chaco (années 1930)

A) L’impact de la Guerre du Chaco dans la société bolivienne

a) L’impact politique, social et culturel de la guerre[1]

La Guerre du Chaco contre le Paraguay eut lieu entre 1932 et 1935. Ce fut une guerre dévastatrice pour le pays, tant au niveau des pertes humaines qu’au niveau des pertes économiques. Elle occasiona un bouleversement majeur pour le pays culturellement, socialement et politiquement. Elle fut l’élément déclencheur de l’écroulement progressif du régime de gouvernement oligarchique qui fut finalement détruit avec la Révolution Nationale de 1952. Elle provoqua également une effervescence politique sans précédents avec la création de nouveaux partis qui voulaient en finir avec les partis traditionnels et le régime de gouvernement oligarchique en place depuis la fin du 19e siècle. Les partis politiques ne récupéreraient plus jamais leur popularité ni les bases sur lesquelles ils reposaient, malgré leurs divers efforts et tentatives dans ce but. La Bolivie qu’ils voulaient gouverner n’étaient plus la même: la culture, la société et même la politique avaient été transformées par cette guerre.

Les origines du conflit avec le Paraguay remontent à la fin de l’année 1926, lorsque fut célébrée, à Buenos Aires, une conférence où le Paraguay réclama tout le territoire du Chaco. Début décembre, des manœuvres furent entreprises par le Paraguay dans la zone de litige, entraînant la capture d’un officiel paraguayen. La réponse fut l’attaque du fortin bolivien « Vanguardia » le 8 décembre 1926. La Bolivie avait construit 11 fortins entre 1923 et 1928 dans le territoire du Chaco, et « Vanguardia » en faisait partie[2]. La prise de ce fortin eut un impact très important dans le pays. Le gouvernement reçut immédiatement l’appui de tous les partis politiques, et des démonstrations populaires furent réalisées dans les rues pendant trois jours consécutifs. Le président, Hernando Siles annula les élections municipales qui devaient avoir lieu le 9 décembre, et rompit les relations diplomatiques avec le Paraguay. Cette décision reçut l’approbation des tous les dirigeants civils. Ensuite, Siles fit appel aux réserves militaires de 1926 et 1927 et accepta des volontaires pour l’armée. Cependant, il refusa la mobilisation générale. En même temps, il accepta la proposition de médiation du Secrétaire d’État des États-Unis, Kellog, et en représailles, l’armée bolivienne prit les fortins paraguayens « Boquerón » et « Mariscal López ». Le Paraguay finit par se rétracter face à cette position d’agression, et après de longues négociations, un acte de conciliation fut signé entre les deux pays en septembre 1929[3]. Le gouvernement de Siles évita la guerre, mais seulement pendant quelques années.

En juin 1930, le Président Siles fut renversé par des mouvements populaires où les étudiants jouèrent un rôle primordial. Après ces événements, une « Junta Revolucionaria » militaire prit le pouvoir. Elle était dirigée par un cabinet civil à la tête duquel se trouvait Daniel Sánchez Bustamante, père de María Luisa Sánchez Bustamante de Urioste (voir annexe n°10). Des élections eurent lieu en 1931: Daniel Salamanca fut élu président. Cependant, lors des élections du Congrès, son parti, le « Repúblicano Genuino », subit une grande défaite face au parti libéral qui prit la plupart des sièges de l’Assemblée. Salamanca était donc un président minoritaire. La crise économique de 1930 eut un impact très fort dans le pays ; les mesures économiques nouvelles déclenchèrent une forte inflation qui provoqua un mécontentement social et politique dans tout le pays. Salamanca, de plus en plus isolé, décida d’orienter ces mécontentements vers le Paraguay, en affirmant que la Bolivie devait « marcher fort sur le Chaco » (« pisar fuerte en el Chaco »). Confiant dans le fait que le pays était suffisamment préparé pour affronter cette guerre, et malgré les avertissements de l’État Major affirmant le contraire, Salamanca ordonna la réalisation des premières opérations d’agression, vers juillet 1932. La guerre avait commencé.

Cette guerre, qui dura jusqu’en juin 1935, fut catastrophique pour les deux pays, notamment pour la Bolivie qui avait subi une défaite considérable avec la perte non seulement de l’intégralité du Chaco Boréal, mais aussi d’une grande partie de sa population. Sous cet aspect, la Guerre du Chaco était comparable à la Première Guerre Mondiale pour les pays européens. La Bolivie perdit près de 25% des hommes mobilisés: plus de 65.000 jeunes étaient morts, avaient déserté ou étaient décédés en captivité. Ce chiffre n’inclut pas tous les handicapés et blessés issus de la guerre.

La Bolivie avait perdu la guerre en raison de son manque de préparation pour un conflit d’une telle ampleur, d’une conduction militaire très déficiente, et d’une société incapable de conduire une guerre étrangère. La masse de l’armée était composée presqu’exclusivement d’indigènes aymaras et quechuas, dont la plupart étaient des colons qui travaillaient dans une situation de semi-servilisme dans les grandes exploitations agricoles détenues par l’élite économique du pays. Ils avaient combattu dans un territoire aride et hostile, situé à des milliers de kilomètres de leurs lieux d’origine, l’Altiplano et les vallées du pays, contre une armée beaucoup plus homogène socialement. Les indigènes boliviens, complètement désintégrés de la nation, ne comprenaient même pas pourquoi ils étaient dans le Chaco. Leur présence dans l’armée n’améliora pas leur statut socio-économique car les « castes » furent rigoureusement maintenues pendant la guerre. Ils étaient donc complètement ségrégués des blancs et des métis, qui occupaient en sa majorité les rangs supérieurs de l’armée.

La guerre eut un impact très profond chez ce dernier secteur de la population, les blancs et les métis, qui sortirent du conflit complètement frustrés et aigris par la défaite catastrophique. La mauvaise conduction de la politique, les erreurs militaires, la corruption administrative, et l’absentéisme de l’élite économique provoquèrent un grand sentiment de frustration au sein de cette population qui vivait pour la première fois une situation de guerre. Un vétéran explique ainsi ce sentiment:

«…Le drame du Chaco a ouvert une brèche dans les consciences. Les générations antérieures à 1932 parlent un langage ; ceux qui viennent après en parlent un autre, complètement différent. Pour ceux qui vivent cette insoutenable expérience, il y a une transmutation… des valeurs »[4].

Ce fut dans la situation de guerre que ces hommes se retrouvèrent pour la première fois face à face avec les réalités du pays: une extrême pauvreté, une population indigène complètement désintégrée de la nation, vivant dans un état de semi servilisme, discriminée et reléguée par les minorités blanches. Ces hommes remirent en question le système politique, économique et social dans lequel vivait le pays depuis la fin du 19e siècle. Cette génération d’hommes qui vécurent la guerre fut plus tard appelée la « génération du Chaco » ; ce fut de ses rangs dont sortirent les hommes qui formèrent les nouveaux partis politiques de post guerre, dont le MNR qui dirigea la Révolution Nationale de 1952.

En effet, une fois la guerre finie, une effervescence politique eut lieu dans le pays avec la création de nombreux nouveaux partis politiques. On considérait que les partis traditionnels ne répondaient plus aux aspirations de la majorité et qu’ils avaient conduit le pays à une guerre inutile et absurde. Il fallait donc chercher dans des programmes idéologiques différents.

Les partis qui surgirent dans les années 1930 étaient sous l’influence de plusieurs idéologies et courants politiques tels que le marxisme dans toutes ses tendances (stalinisme et trotskisme en particulier), la pensée indigéniste sous l’influence de Mariátegui, le fascisme en pleine application en Italie et en Espagne, le national-socialisme allemand, et le nationalisme en tant que courant éclectique et peu défini encore. Les partis traditionnels essayèrent en même temps de s’adapter à ce nouvel échiquier politique. Ainsi, le parti républicain dirigé par Bautista Saavedra (Président de la Bolivie entre 1920 et 1925), ajouta à son nom l’adjectif « socialiste », formant le « Partido de la Unión Republicana Socialista » (le « PURS » dans les années 1940). Cependant, cet ajout ne modifia en rien l’idéologie conservatrice de ce parti traditionnel. Le parti « Republicano Genuino » de Salamanca et le parti libéral maintinrent leur structure mais dans un clair procès de décadence. Carlos Víctor Aramayo, un des trois « barons de l’étain »[5] tenta en vain une recomposition des forces traditionnelles avec la création du « Partido Centrista ». Les partis de gauche, qui étaient encore minoritaires et marginaux au début des années 1920, se développèrent à la fin de cette décennie: en 1927 furent fondés le « Partido Obrero » et le « Partido Laborista » ; en 1928, le Parti Communiste de Bolivie fut créé dans la clandestinité et sous la direction de Carlos Mendoza Mamani ; en 1929, naquit le « Partido Socialista  Revolucionario » et en 1930, un nouveau « Partido Socialista ». Après la guerre, les partis de gauche prirent une force jamais connue auparavant. En 1935, surgirent les organisations « Beta Gama » et la « Confederación Socialista Boliviana » sous la direction d’Enrique Baldivieso et d’un groupe de jeunes intellectuels, futurs fondateurs du MNR en 1940. De même, les groupes de gauche exilés tels que « Izquierda Bolivana » au Chili et « Exilados » au Pérou, s’unirent pour créer un nouveau parti politique: le « Partido Obrero Revolucionario » (« POR »), fondé en 1935 par l’union des groupes de gauche exilés au Pérou et en Argentine, sous la direction de Tristan Marof et José Aguirre Gainsborg[6]. Du côte de l’extrême droite, le parti « Falange Socialista Boliviana » a été créé en 1937 sous l’influence du fascisme espagnol et sous la direction de Óscar Únzaga de la Vega.

Salamanca avait été renversé en pleine guerre, en 1934 par les principaux dirigeants de l’État Major: Peñaranda, David Toro, Germán Busch, Moscoso et d’autres officiers. En effet, depuis le début des combats, les relations entre l’État Major et le chef de l’État étaient très tendues. En 1934, Salamanca avait destitué le chef de l’État Major Peñaranda, et nommé à sa place Lanza. Le président se rendit à Villamontes avec Lanza, et une fois sur place il fut contraint de renoncer à la charge de la présidence. Il fut remplacé par Luis Tejada Sorzano qui mena les négociations de paix avec le Paraguay en 1935.

Une fois la guerre finie, plusieurs voix se dressèrent, exigeant des éclaircissements par rapport à la conduction de la guerre et à un éventuel procès contre les responsables. Face à ce danger, les jeunes officiers qui avaient participé à la guerre et remis en question l’ordre traditionnel suite à la défaite, décidèrent de renverser le gouvernement de Tejada Sorzano, le 16 mai 1936. Ce coup d’État était dirigé par Germán Busch, qui plaça David Toro à la tête de la Présidence.

Toro avait été un des officiers les plus influents de la guerre, mais sa participation dans le conflit contre le Paraguay fut beaucoup débattue, au point qu’il fut obligé d’écrire un livre pour justifier ses actions. Lorsqu’il fut élu Président, il annonça que sa mission consistait à « implanter le socialisme d’État avec la participation des partis de gauche », et qualifia par conséquent son gouvernement de « socialisme militaire ». Cependant, ces affirmations n’avaient pas de véritable sens idéologique, car son gouvernement n’entreprit jamais un programme socialiste. Il s’agissait plutôt d’un gouvernement populiste et réformiste.

Le gouvernement s’allia à la « Confédération Socialiste Bolivienne » dirigée par Enrique Baldivieso. Pour se rallier le mouvement ouvrier, Toro créa le ministère du travail, ce qui représentait une nouveauté dans l’histoire bolivienne. Ce ministère fut placé sous la direction de Waldo Alvarez, premier ouvrier en Bolivie à détenir un poste dans le cabinet des ministres. De même, Toro proposa aux groupes réformistes une Assemblée Constituante pour rédiger une nouvelle Constitution afin de répondre aux nécessités de réforme du pays. Cependant, son gouvernement ne dura pas car, le 13 juillet 1937, Germán Busch réalisa un coup d’État et prit la tête du pouvoir.

Les forces traditionnelles avaient beaucoup d’expectatives par rapport au gouvernement de Busch. En effet, la société dans son ensemble croyait qu’il suivrait une ligne beaucoup plus conservatrice que Toro et qu’il mettrait fin aux dérives radicales de celui-ci. Mais ce fut le contraire qui se produisit: Busch approfondit les réformes déjà entreprises par Toro. Il rompit alors avec les partis traditionnels qui s’unirent pour former la « Concordancia », document d’union signé par Alcides Arguedas (chef du parti libéral à l’époque), Enrique Hertzog et Demetrio Canelas. En revanche, il s’allia avec les groupes dénommés socialistes, dont le groupe formé par Enrique Baldivieso, Augusto Céspedes et Carlos Montenegro, qui soutenait le gouvernement dans le journal La Calle[7]. Le projet de former une Assemblée Constituante formulé sous Toro se réalisa sous le gouvernement de Busch. Ce fut la Convention de 1938 qui rédigea une nouvelle Constitution en accord avec les changements politiques, sociaux et culturels déclenchés par la guerre. Cette Assemblée élut Busch comme Président constitutionnel et Enrique Baldivieso comme vice-président. Un traité de paix avec le Paraguay fut finalement signé en juillet 1938.

En avril 1939, Busch se déclara dictateur et entreprit les réformes les plus poussées de son gouvernement. Un nouveau Code du Travail fut promulgué avec plusieurs mesures favorables pour les travailleurs, dont la libre disposition de leurs salaires accordée aux femmes travailleuses. Il nationalisa la Banque Centrale, et par un décret-loi du 7 juin 1939, il déclara que 100% des divises obtenues par les exportations des minéraux devaient être attribuées à l’État.

En août 1939, Busch se suicida. Carlos Quintanilla fut alors placé à la tête du pouvoir par les militaires[8]. L’ère du « socialisme militaire » était close, mais la germe des changements politiques et sociaux déclenchés par la guerre allait culminer plus tard avec la Révolution de 1952.

La Guerre du Chaco et la terrible défaite que la Bolivie essuya contre le Paraguay changèrent complètement la vision que les hommes, ayant participé à la guerre, et appartenant surtout aux classes moyennes de la société, avaient par rapport de leur pays. Dans leur nouvelle vision, le régime de gouvernement oligarchique n’avait rien fait pour pallier la pauvreté et pour intégrer la grande majorité de la population dans la vie publique et politique du pays. De cette génération d’hommes sortirent les dirigeants qui formèrent les nouveaux politiques en quête de solutions nouvelles, et même les jeunes officiers de l’armée qui établirent ce qu’ils qualifièrent de « socialisme militaire », pour répondre à la soif de changements dans la société. La Bolivie de post guerre n’était plus la même. Ces changements qui concernaient l’ensemble de la société touchèrent bien évidemment les femmes qui participèrent à l’effort de guerre de manière très active. De par leur contribution à l’effort de guerre, elles n’occupaient plus la même place au sein de la société et la perception que celle-ci avait d’elles s’était forcément transformée.

b) La participation des femmes à l’effort de guerre[9]

Lorsque le Paraguay attaqua le fortin « Boquerón », le 8 décembre 1928, les femmes de toutes les classes sociales sortirent dans les rues pour manifester contre ce qu’elles considéraient comme une agression de la part du Paraguay. Elles accédèrent à la Plaza Murillo de La Paz (place principale de la ville où se trouvent les Palais exécutif et législatif) avec des drapeaux de la Bolivie en chantant contre l’« envahisseur ».

Cependant, en 1932, lorsque la guerre avec le Paraguay semblait inévitable, plusieurs organisations féminines se prononcèrent contre la guerre. L’Association Chrétienne Féminine (« Asociación Cristiana Femenina »), fondée en 1931, organisa des discussions publiques d’opposition à la guerre et à la course mondiale aux armements. De même, le « Comité Boliviano de la Confederación Femenina de la Paz Americana », sous la direction de María Luisa S. de Siles et Victoria v. de Tejada, la Société Protectrice de l’Enfance, les dames de SanVincent de Paul, l’association de Bienfaisance de Dames, l’Athénée Féminin, la Ligue de Dames Catholiques, et le Centre Hispano Américain de Dames se prononcèrent contre la guerre devant la Société des Nations. Quelques journalistes isolées comme Martha Mendoza (voir annexe n°34) rédigèrent plusieurs articles d’opposition au conflit dans les journaux.

Pourtant, lorsque la guerre fut déclarée en juillet 1932, toutes ces organisations laissèrent de côté leurs positions pacifistes et joignirent leurs efforts pour aider les soldats et leurs familles.

Immédiatement, elles cherchèrent à coordonner le travail de la Croix Rouge bolivienne, du Rotary Club, des autorités du gouvernement, et du Préfet de Département de La Paz qui était également Président du Centre de Propagande et de Défense Nationale. La Croix Rouge bolivienne organisa le premier corps d’infirmières qui devaient se rendre sur les zones d’opérations. De même, l’Athénée Féminin, qui, à cette époque, était sous la direction de Emma Pérez de Carvajal (voir annexe n°19), se joignit au travail de la Croix Rouge en organisant deux légions de femmes pour servir le Front; la première était composée de jeunes femmes des classes moyennes et élevées et la seconde de femmes issues des classes populaires. En outre, l’Athénée octroya dix uniformes aux dix premières infirmières qui partirent au centre d’opérations au Chaco.

Le 18 juillet 1932, plus de 150.000 personnes se réunirent sur la Plaza Murillo pour faire leurs adieux aux premiers soldats qui se rendaient au Front. Les troupes boliviennes partirent de l’État Major jusqu’à la Plaza Murillo, où le Président, sa famille et la foule les attendaient. Au milieu des applaudissements, des vivats et des fleurs qui leur étaient lancées, les soldats se dirigèrent vers la Gare pour partir. Les femmes les accompagnèrent en pleurant, avec l’espoir de les revoir[10]. Les femmes de l’association Saint Vincent de Paul leurs offrirent des cocardes avec le cœur de Jésus, ainsi que des cigarettes, des biscuits, et des objets à usage personnel. Un autre groupe de femmes catholiques organisa une procession avec la vierge « del Carmen » et le drapeau national, en poussant des vivats à la Patrie et à l’armée.

Les étudiantes du Lycée « Instituto Americano » demandèrent au directeur de la Clinique Allemande, M. Beck, que des cours de secourisme soient dispensés afin qu’elles puissent s’intégrer à la Croix Rouge le plus tôt possible.

La Proviseure de l’Ecole Professionnelle Uruguay, à La Paz, Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7), et les professeures de cet établissement, organisèrent une manifestation contre le Paraguay à laquelle se joignirent d’autres établissements scolaires de la ville. Elles défilèrent en formant des colonnes qui couvraient plusieurs rues. Lorsqu’elles arrivèrent à la Plaza Murillo, elles furent ovationnées par la foule, et montèrent sur le balcon présidentiel pour prononcer des discours, incitant la foule à remplir leurs devoirs patriotiques. Ana Rosa Tornero prononça une harangue interrompue plusieurs fois par de fervents applaudissements.

Les phrases les plus remarquables de ce discours furent ainsi exprimées:

« … Hier seulement, les femmes boliviennes, nous demandions la paix (…) Aujourd’hui, face à l’outrage causé à notre patrie et en sachant qu’un peuple sauvage appelé Paraguay, tel un chacal affamé a planté ses griffes dans le cœur de nos frères, nous sentons que notre esprit se contracte car le cri du sang arrive jusqu’à nous (…) Et dans cette heure d’angoisse, nous les femmes nous replions toutes nos ailes et descendons jusqu’aux champs de bataille (…) si seulement il était possible de braquer les armes pour défendre notre intégrité nationale. Que les Paraguayens sachent que le sang des héroïnes de la Coronilla (voir annexe n°35) palpite dans nos veines, (…) que le nom de Juana Azurduy de Padilla (voir annexe n°36) illumine nos esprits, et que se trouvent ici présentes les filles de Manzaneda (voir annexe n°37) qui, le « topo[11] » à la main feront trembler l’ennemi (…) Boliviennes, répondez en cette heure d’action et promettez de travailler dans les champs de bataille (…) Contribuons toutes à défendre la souveraineté de notre Patrie. »[12]

Le discours d’Ana Rosa Tornero, assez violent, était un appel à la mobilisation des femmes pour participer à l’effort de guerre, non seulement à l’arrière-garde mais aussi dans les champs de bataille à travers le secours des soldats. En faisant appel à des héroïnes de l’Histoire de la Bolivie elle établissait une lignée avec elles, symboles du « patriotisme » et du courage de la « femme bolivienne », qui serait prête à se sacrifier pour l’honneur et la souveraineté de sa patrie. Le « patriotisme » des femmes boliviennes fut alors exalté ainsi que le rôle primordial qu’elles devaient jouer dans la guerre pour la défense de leur pays.

D’autres discours furent prononcés à cette occasion par différentes femmes dont la poétesse Olga Bruzzone (voir annexe n°38) qui lut un poème dédié aux soldats.

En outre, les lycées féminins religieux convoquèrent toutes leurs élèves et anciennes élèves à s’organiser. Un « Comité Pro Patria de los Sagrados Corazones »[13] fut formé, dirigé par Leticia Antezana de Alberdi (voir annexe n°33). Celui-ci convoqua à une réunion générale des organisations féminines à laquelle assistèrent: la Croix Rouge, l’Athénée Féminin, les Dames de Saint Vincent de Paul, la « Liga Nacional Antituberculosa », « Las Hijas de Santa Ana[14] », la Ligue de Dames Catholiques, la Société Protectrice de l’Enfance, la « Sociedad de Ex-Alumnas de los Sagrados Corazones », « Entronización del Sagrado Corazón », École Professionnelle « Uruguay », École « Vicenta Eguino », parmi d’autres. Cette convocation réunit la plupart des associations féminines existantes à l’époque, dont plusieurs de dames catholiques, ainsi que le personnel de différents lycées et écoles de femmes de la ville de La Paz. Il s’agissait de s’organiser entre associations pour contribuer à l’effort de guerre.

Le lycée « Santa Ana » commença une campagne de collecte de médicaments et de vêtements. Le personnel et les élèves envoyèrent une lettre au chef de l’État Major informant de leur décision de collaborer en confectionnant des uniformes, des sous-vêtements, des draps, et des moustiquaires, et pour remplir cette tâche elles demandaient des pièces de tissu. Elles se montrèrent également prêtes à remplacer les professeurs d’instruction primaire absents et les religieuses parties à la guerre, et préparer des paquets individuels de premiers secours.

La plupart des femmes issues des classes moyennes et élevées de la société s’intégrèrent aux associations féminines ou s’affilièrent à la Croix Rouge et à d’autres sociétés de secours. Plusieurs d’entre elles devinrent infirmières, couturières, dactylographes et commencèrent ainsi une profession qui permit à plusieurs d’entre elles de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

L’Académie de « Corte y Confección » organisa des ateliers pour confectionner des vêtements d’infirmières ; l’Association Chrétienne Féminine sous la direction de Rosa Wilson de Zavala, fit une collecte de fonds pour acquérir des draps et des vêtements ; dans le même temps, les cours de secourisme demandés par les élèves du lycée « Instituto Americano » commencèrent à s’organiser.

La Croix Rouge joua un rôle primordial en formant et en envoyant constamment des corps d’infirmières au Front.

Des institutions de « marraines de guerre » se formèrent pour soutenir matériellement et moralement les soldats mobilisés et leurs familles. Les marraines de guerre et les infirmières étaient chargées de visiter les familles des mobilisés en portant un certificat conféré par la « Liga Nacional Antituberculosa » et validé par la Croix Rouge. Elles devaient donner à ces familles des cours d’hygiène, des notions élémentaires pour préparer des aliments, des méthodes pour économiser de l’argent, pour combattre les vices et les mauvaises coutumes. Elles étaient en outre chargées de chercher des informations sur leurs parents au Front, ainsi que de rédiger ou lire des lettres pour les analphabètes. De la même manière, elles apprirent aux familles des mobilisés des notions d’histoire bolivienne, et leurs donnèrent des informations diverses telles que: les endroits où elles pouvaient trouver du travail, une assistance médicale, des écoles gratuites, de la nourriture à bas prix, etc. Chaque infirmière ou marraine de guerre avait à sa charge un nombre déterminé de familles qu’elle devait visiter une fois par semaine. Elles devaient rédiger des rapports sur leur travail et les envoyer aux autorités supérieures.

Ce ne fut qu’à la fin du mois de juillet 1932, que fut organisé de manière officielle le programme des « marraines de guerre » autorisé par le Ministère de Guerre, sous la direction de Bethsabé de Iturralde. L’organisation précédente des marraines de guerre avait été réalisée spontanément par les différentes associations de femmes, dont la Croix Rouge. Le programme officiel des « marraines de guerre » établissait une responsable dans chaque département du pays, chargée d’organiser les réseaux des marraines dans son département. Les officiers et soldats qui souhaitaient avoir une marraine de guerre, devaient la contacter pour qu’une marraine leur soit attribuée. La marraine devait envoyer au soldat des paquets, des lettres d’encouragement, et s’engageait à prendre soin de sa famille. Pour financer leurs différentes activités, les marraines organisèrent plusieurs événements afin de collecter des fonds. Une kermesse fut par exemple organisée au Club de Tennis de La Paz où participèrent les femmes des classes moyennes et élevées de la société. Le travail des marraines de guerre fut intense et reconnu avec gratitude par les soldats qui exprimèrent leur reconnaissance de diverses manières selon leurs possibilités: en publiant leur reconnaissance dans les journaux, en leur offrant des moutons de leur régions, ou encore en les invitant à participer à des dîners et des fêtes en leur honneur. La société reconnut également le travail des marraines qui fut ainsi décrit dans les journaux:

« … Les femmes sont en train de mener un travail dont il est encore impossible de mesurer la magnitude. Que cette puissante force spirituelle qui part de l’âme des femmes boliviennes, soit aussi l’arme formidable et non sanglante de la défense nationale. »[15]

En même temps, les filles du Président Salamanca, Leonor et Raquel Salamanca, réunirent dans le Palais du Gouvernement plusieurs femmes des classes élevées de la ville de La Paz dont: Bethsabé de Aguirre, Gloria Tejada, María René de Aramayo (épouse de Carlos Victor Aramayo, un des trois « barons de l’étain »), Esther de Carrasco (voir annexe n°39), Rosa Iturralde de Ballivián, Felicidad de Muñoz, Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7), entre autres. Cette réunion fut à l’origine de la création de la Société Patriotique de Dames (« Sociedad Patriótica de Señoras »). La direction de cette nouvelle organisation était composée de Leonor Salamanca de Guzmán en tant que Présidente, Lucila de Tejada Sorzano en tant que vice-présidente, Elia de Otero et María Luisa Sánchez Bustamante de Urioste (voir annexe n°10) en tant que secrétaires. Peu de jours après la fondation de cette association, les femmes qui en faisaient partie réussirent à collecter une importante somme d’argent.

En outre, l’Athénée Féminin et les associations affiliées à cette organisation, lancèrent un appel à travers le Conseil International de Femmes (auquel l’Athénée était rattaché), à toutes les femmes du monde pour qu’elles réfléchissent « avec calme et impartialité » sur la « justice » et le « droit » qui accompagnaient la Bolivie dans la guerre.

Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7) créa des « Brigades Féminines » composées de groupes de femmes qui s’engageaient à aller périodiquement dans les zones d’opération du Chaco afin de porter secours aux soldats et de leur fournir du matériel (aliments, médicaments, vêtements, etc.). Les femmes qui s’engageaient devaient jouir d’une indépendance économique et rester pendant au moins trois mois dans les zones d’opération. Le succès de l’action de ces brigades poussa Ana Rosa Tornero à créer des filiales dans d’autres villes du pays, telles que Cochabamba et Santa Cruz. Pendant la guerre, Ana Rosa Tornero se rendit plusieurs fois au Chaco. À chacun de ses retours elle faisait part au public de ses voyages et de l’état des soldats au Front à travers la radio « Illimani », ou par le biais de conférences publiques réalisées dans le théâtre municipal qui se remplissait pour l’entendre. Ana Rosa Tornero était aussi correspondante de guerre du journal El Diario, dans lequel étaient publiés ses reportages. À cette époque, elle était l’unique femme parmi 9 représentants à faire partie de la direction de l’Association des Journalistes.

Deux fois par semaine, dans le Palais législatif, les jeunes femmes étudiantes des lycées écrivaient des lettres pour les paysannes analphabètes, assistées d’un traducteur qui leur dictait ce que les épouses, mères ou filles voulaient transmettre aux soldats au Front. De même, ces jeunes femmes cousaient des draps, et stérilisaient et enroulaient des bandes deux fois par semaine au Collège Militaire.

À Oruro, fut fondée la Ligue Filiale d’Oruro (« Liga Filial de Oruro ») par Laura Graciela de La Rosa Torres (voir annexe n°5), dans le but de rendre service aux soldats et à leurs familles. Ainsi, par exemple, cette organisation, dans laquelle travailla également Bethsabé Salmón Fariñas de Beltrán (voir annexe n°4), se chargea de faciliter les démarches matrimoniales pour les soldats qui voulaient se marier avant de partir au Front. Cette association était aussi chargée de la rédaction de lettres (pour les analphabètes) et de leur envoi aux soldats. De même, elle donnait des vêtements et le petit-déjeuner aux enfants des combattants. Les membres de cette association étaient les marraines de guerre des soldats. Elles créèrent la première bibliothèque militaire à Villamontes.

Partie au Front avec d’autres femmes membres de la Liga Filial pour apporter des aliments et des vêtements aux soldats, L. Graciela de La Rosa écrivit un livre sur son expérience au Front: « Mi visita a las trincheras y zanjas del velo », dont la plus grande partie du contenu fut censurée par le gouvernement.

Quelques femmes boliviennes jouèrent le rôle d’espionnes ; ce fut le cas de Rosa Aponte Moreno, Adela Bello, Elsa Aguilera, Chabela Reyes, Zoraida Alcoreza, Cristina Velasco, et Liz Morales. Elles se rendirent au Paraguay ou au Nord de l’Argentine avec de fausses identités afin d’accéder à des documents secrets sur les plans d’opération de guerre du Paraguay.

À La Paz, les principales organisations qui se mobilisèrent et réalisèrent des actions de toutes sortes pour contribuer à l’effort de guerre furent: la Ligue de Dames Catholiques de Bolivie, sous la direction d’Angélica Tapia S. de Méndez ; la Croix Rouge bolivienne, sous la direction de Bethsabé Montes ; l ‘« Asociación Femenina Pro Defensores de la Patria » (« ASFEDEPA »), sous la direction de Antonia Zalles Careaga (voir annexe n°40) ; le Comité Patriotique de Dames , sous la direction de Lucila F. de Tejada Sorzano ; l’association de Dames Saint Vincent de Paul , sous la direction de Julia B. de Saavedra ; les « Marraines de guerre », sous la direction de Bethsabé Iturralde: la « Liga Antituberculosa », sous la direction de Victoria v. de Tejada ; la société de Bienfaisance de Dames, sous la direction de M. Teresa de Gutiérrez ; la Société Protectrice de l’Enfance, sous la direction de M. Teresa de Pachecho ; l’Athénée Féminin, sous la direction de Emma Perez de Carvajal (voir annexe n°19), les anciennes élèves du lycée « Sagrados Corazones », sous la direction de María Z. de Aramayo ; les anciennes élèves du lycée « Santa Ana », sous la direction de Mercedes Z. de Velasco ; les Dames Catholiques Boliviennes, sous la direction de Matilde Gutierrez de Crespo ; les élèves du lycée « Sagrados Corazones », sous la direction de Graciela Matos Salinas ; la « Sociedad Cultural Colegio Santa Ana », sous la direction de Angélica Aldunate.

Toutes ces organisations étaient composées de femmes issues des classes moyennes et élevées de la société ; la Croix Rouge bolivienne, réformée dans chaque département pendant la guerre, finit par accepter dans ses rangs des femmes provenant des classes populaires. Celles-ci donnaient des aliments aux familles pauvres des mobilisées et certaines d’entre elles demandèrent au Gouvernement une autorisation pour que les femmes puissent participer en tant que soldats dans l’armée. Cette autorisation ne leur fut jamais accordée.

Au fur et à mesure que la guerre avançait, le travail d’assistance et de secours devenait de plus en plus intense: les hôpitaux de Sucre, surchargés, ne pouvaient plus recevoir de blessés. L’université de la ville, et d’autres bâtiments publics se transformèrent en hôpitaux.

Au début de la guerre, certains propriétaires terriens firent des donations volontaires d’une partie de leur production ; cependant, plus tard, l’État exigea de leur part ces donations.

En l’absence de leur mari, la plupart des femmes étaient désormais chefs de famille et, en tant que telles, elles devaient remplir toutes les obligations de la charge, dont principalement, subvenir aux besoins des siens. La situation pour celles qui ne travaillaient pas et qui ne se trouvaient pas dans une bonne situation économique était très difficile, car, malgré le fait qu’une loi fut promulguée en 1934 obligeant les employeurs à donner 50% du salaire des mobilisés à leurs familles, elle ne fut quasiment pas respectée. De nombreuses femmes commencèrent donc à travailler au début de la guerre, ou un peu plus tard. Plusieurs cherchèrent à se former rapidement afin de trouver un travail le plus vite possible. Il y eut une grande affluence de femmes dans les instituts de commerce et de secrétariat, qui ouvrirent plus de cours pour répondre à cette demande. Au début du conflit, l’Intendance de guerre sollicita la main d’œuvre féminine dans l’industrie textile pour la confection de vêtements. Ce type de travail attira beaucoup de femmes à tel point que le secteur fût vite saturé. Les femmes cherchèrent donc du travail dans d’autres secteurs: elles intégrèrent l’administration publique, les banques, la poste, ou les entreprises privées. Dans les villes minières, elles trouvèrent du travail à l’extérieur ou à l’intérieur de la mine malgré la croyance populaire selon laquelle les femmes qui rentraient à l’intérieur des mines portaient malheur. Une fois la guerre finie, elles furent invitées à regagner leurs foyers et leur place au sein de la famille. On considérait que l’accès massif des femmes au travail avait été une mesure temporaire en raison de la situation de guerre ; une fois le confit terminé, il n’y avait plus de raison pour que les femmes conservent leur travail ; il fallait que les hommes démobilisés puissent récupérer les leur. Ainsi, on exigea qu’elles rendent leurs postes aux démobilisés, et plusieurs femmes furent congédiées. Cependant, une partie d’entre elles conservèrent leur poste, après la guerre, s’installant ainsi dans le marché du travail et l’espace public.

Les femmes boliviennes s’organisèrent immédiatement après la déclaration de la guerre. Les associations existantes essayèrent de coordonner leurs actions et de collaborer dans tout ce qu’elles pouvaient, que ce soit en formant les premiers corps d’infirmières, en donnant des uniformes, en collectant des fonds, parmi d’autres actions. Des organisations comme la Croix Rouge jouèrent un rôle important avec l’envoi constant d’infirmières au Front, et l’organisation de marraines de guerre. D’autres organisations se formèrent dans la nécessité du moment, telles que les Brigades Féminines, la Ligue Filiale d’Oruro, l ‘« Asociación Femenina Pro Defensores de la Patria », la Société Patriotique de Dames, etc., et jouèrent un rôle important, que ce soit à l’arrière-garde ou au Front. Les femmes accédèrent massivement au marché du travail, et malgré le renvoi de plusieurs d’entre elles à la fin de la guerre, la majorité conserva son travail. Le rôle joué par les femmes ne passa pas inaperçu au sein de la société: elles avaient accédé à la sphère publique et avaient réalisé un travail de mérite à l’arrière-garde et au Front, en tant que secouristes, marraines de guerre, etc. ; elles avaient ainsi prouvé qu’elles pouvaient jouer un rôle capital et utile dans la sphère publique. La perception que la société avait des femmes et que celles-ci avaient d’elles mêmes s’était forcément transformée.

La mobilisation des femmes pendant la guerre concerna non uniquement l’assistance et le secours, mais aussi la lutte pour l’obtention des droits civils et politiques.

B) Actions du mouvement féministe pendant et après la guerre

a) Le mouvement féministe en période de guerre

L’expression « féminisme de brèches », selon laquelle le mouvement féministe s’« activerait » pendant des périodes de crise, peut s’appliquer à la Bolivie du début des années 1930, marquée par la guerre qu’elle était en train de mener contre le Paraguay. En effet, pendant le conflit, certaines femmes, conscientes du rôle qu’elles étaient en train de jouer dans la société pendant que les hommes se trouvaient au Front, et convaincues que l’importance de ce rôle devait s’accentuer après la guerre, commencèrent une campagne féministe pour l’obtention des droits civils et politiques. Une renaissance du mouvement féministe bolivien eut lieu à cette occasion, non pas dans le cadre des organisations féministes des années 1920, dont presque toutes, à l’exception de l’Athénée Féminin, avaient disparu, mais dans le cadre d’une organisation dont le seul but était d’obtenir les droits civils et politiques pour les femmes.

Les origines de cette renaissance commencèrent au début de la guerre et plusieurs facteurs contribuèrent à raviver le débat dans l’opinion publique par rapport à ce sujet. En août 1932, la féministe péruvienne, Nina Flores, visita le pays. C’était une importante dirigeante du mouvement féministe dans son pays. Invitée par la Fédération Universitaire Locale, elle réalisa une conférence à La Paz intitulée « La femme bolivienne dans le moment tragique d’aujourd’hui ». Une autre femme visita le pays, en 1932 la journaliste anglaise Rose Forbes ; ella donna des conférences sur la politique nationale et internationale de la Bolivie. Les deux femmes reçurent un accueil très favorable, les auditoriums étant remplis de gens venus les écouter[16].

La question d’octroyer les droits civils et politiques aux femmes se posait dans les journaux, et certains journalistes, écrivains et hommes politiques publièrent leurs avis. Ce fut le cas de Nazario Pardo Valle, journaliste, historien et homme politique qui défendit le suffrage féminin dans un article sous forme d’essai publié en plusieurs jours, intitulé « Le suffrage féminin: est-il possible et souhaitable de l’établir en Bolivie ? » et publié dans le journal La Calle. Pardo Valle présenta plusieurs arguments historiques pour défendre sa position et fit surtout référence aux avancées des pays à l’étranger par rapport à la question[17].

Au début de l’année 1933, fut organisée en Uruguay, une Conférence Internationale de femmes à laquelle participèrent Ana Rosa Tornero (voir annexe n°7) et Jael Oropeza (voir annexe n°41). Cette conférence avait pour objectif de réunir les femmes des pays du cône Sud afin d’harmoniser leurs luttes pour obtenir les droits civils et politiques dans leurs pays respectifs[18].

Depuis le début de la guerre, plusieurs femmes journalistes publièrent dans les journaux du pays et dans des revues féminines internationales des articles sur la nécessité des femmes d’obtenir les droits civils et politiques. Ce fut le cas de Zoila Viganó Castañón (voir annexe n°42), qui dirigeait, depuis mars 1933, la section féminine du journal La Semana Gráfica, ainsi que les sections “Crónicas heroicas”, “Problemas nacionales” et “Cuestiones Sociales”. Dans ces sections, elle publiait constamment des articles sur la condition des femmes et leurs droits, sur le féminisme, la condition des femmes à l’étranger, le rôle joué par les femmes durant la guerre, etc. Quelques-uns de ses articles étaient intitulés « Introduction à l’étude du Féminisme », « L’amour et le mariage soviétiques », « Les devoirs de la Femme envers les études », « La femme devant l’éducation civique », « Le vote de la femme brésilienne », « Les droits civils de la femme», « La femme face au problème du travail », « Mission de charité pendant la guerre », etc. Elle écrivait occasionnellement des articles dans les journaux sur la condition des femmes et leurs droits, depuis 1930, alors qu’elle était encore étudiante à l’université.

Pendant la guerre, Zoila Viganó forma avec un groupe de femmes, le Comité d’Action Féministe (« Comité de Acción Feminista »). On ne possède que très peu d’informations sur cette organisation et on ne sait pas exactement à quelle date elle a été fondée. On peut cependant supposer qu’elle a été créée entre 1933 et 1934, c’est-à-dire en pleine guerre. Il s’agissait d’une organisation qui avait pour principal but de réaliser une campagne féministe pour l’obtention immédiate des droits civils et politiques car des élections présidentielles allaient avoir lieu en novembre 1934. Le secrétariat était composé de: Zoila Viganó, Etelvina Villanueva (voir annexe n°43), María Pardo de Vargas, María Gutierrez de Medinaceli (voir annexe n°2), Herminia Carmona et María C. Lara[19].

Comme le nom de cette organisation l’indique, il s’agissait d’un « comité », c’est-à-dire un groupe de personnes chargées d’un sujet en particulier, représentant une collectivité. Ce n’était donc pas une organisation dotée d’une structure durable qui avait d’autres activités culturelles, littéraires, musicales, etc., telles que les organisations féministes des années 1920 ; il s’agissait plutôt d’une organisation qui avait comme seul objectif l’obtention des droits civils et politiques des femmes de manière immédiate.

Le Comité d’Action Féministe commença sa campagne dans ce but vers juin 1934. Celle-ci eut lieu à travers les moyens de communication publique comme la presse et la radio. Plusieurs articles furent rédigés et publiés par Zoila Viganó et Etelvina Villanueva dans les journaux La Razón[20], El Diario, La Gaceta de Bolivia, à La Paz, El Republicano à Potosí sur les motifs qui poussaient les femmes à demander les droits civils et politiques.

Dans un article intitulé « Pourquoi nous les femmes, nous demandons nos droits ? », Zoila Viganó s’exprima ainsi:

« …Le mouvement féministe que nous redémarrons aujourd’hui n’est pas une imitation des autres pays, il est l’effet des évènements actuels, c’est-à-dire, de la guerre, qui, comme tout conflit ou bouleversement entraîne avec lui des changements partiels ou radicaux dans la vie sociale, politique et économique des peuples, et en tant que telles, nous ne pouvons pas nous soustraire au devoir impératif de lutter pour nos droits, que le procès même de l’Histoire nous signale en ces moments graves de transition entre le présent et le futur du pays.

Aujourd’hui, notre patrie, en raison de l’action belligérante au Chaco, est confrontée à d’énormes difficultés que la femme est en train de surmonter, cela se voit clairement dans les bureaux publics et privés, dans les ateliers et les usines où les femmes travaillent de manière satisfaisante, ce qui nous permet d’arriver à la conclusion logique que si le sexe féminin se prête à réaliser de telles fonctions, et si elles lui sont confiées sans observations, alors il est juste de leur confier aussi le destin du pays, en leur octroyant les droits de citoyenneté pour intervenir dans le suffrage, ce qui doit nous être accordé en abandonnant les préjugés sociaux qui s’opposent à la loi d’évolution qui, forcément, est en train de marquer la conquête des droits de la femme. En nous référant concrètement à notre pays, cela fait plusieurs années qu’on permet à la femme d’occuper diverses charges dans l’administration, oubliant en quelque sorte que de telles fonctions sont inséparables de la citoyenneté, nous considérons que cette situation d’injustice ne peut pas continuer à régner, car si la femme est apte et peut exercer de telles fonctions, alors il est juste de lui reconnaître le droit de suffrage sans d’autres conditions que celles établies par la Constitution pour les hommes. Et dans ces moments où il manque des électeurs pour les comices électoraux, peut-on refuser à la mère, à l’épouse ou à la fille de celui qui offre son sang pour la patrie, son intervention sincère qui décidera le sort du pays ? »[21]

Comme l’affirme Zoila Viganó, ce mouvement féministe était le résultat des changements politiques et sociaux que la guerre avait mis en place. Ceux-ci concernaient le rôle important que les femmes étaient en train de jouer pendant cette période de crise en affrontant toutes les difficultés d’un conflit d’une telle ampleur. La place que les femmes occuppaient dans la société était donc en train de se transformer: ces dernières démontraients qu’elles pouvaient exercer les tâches auparavant dévolues exclusivement aux hommes. Il était donc juste qu’elles aient le droit de vote pour pouvoir décider du destin du pays. L’absence d’électeurs est un autre motif évoqué par Zoila Viganó pour justifier l’octroi du droit de vote aux femmes. S’il n’y avait pas d’électeurs pour voter dans les prochaines élections, car les hommes se trouvaient au Front, il était urgent d’accorder le droit de vote aux femmes. La guerre était un moment essentiel pour réclamer les droits civils et politiques, car les femmes étaient en train de prouver qu’elles pouvaient diriger le destin du pays. Zoila Viganó évoque, de la même manière, l’hypocrisie des hommes politiques qui autorisaient les femmes depuis plusieurs années à travailler dans l’administration publique sans être citoyennes. En effet, d’après l’article 34 de la Constitution en vigueur, les droits de la citoyenneté consistaient à participer en tant qu’électeur ou élu à la formation ou à l’exercice des pouvoirs publics et à être admissible dans les fonctions publiques. Cela voulait dire que seuls les citoyens avaient le droit d’accéder à des postes publics ; or les femmes exerçaient ce droit sans être des citoyennes pour autant. Si elles exerçaient ainsi l’un des droits de la citoyenneté, elles devaient pouvoir exercer l’autre qui était celui de participer aux élections.

Évoquant toujours ce qui était établi dans la Constitution, Zoila Viganó, affirme dans le même texte:

« Quel précepte constitutionnel exclut la femme de ses droits légitimes ? Aucun. Car il n’y pas d’article qui fasse des différences entre l’homme et la femme, le terme homme, employé, comprend les deux sexes. De là l’ignominieuse réalité d’une injustice dans laquelle on exige de la femme devoirs et sacrifices dans la société ou collectivité et on lui restreint les droits et les garanties qui sont des facultés authentiquement inhérentes, depuis le moment où elle s’implique dans les diverses activités participant de ce fait au développement général du pays… »[22]

L’argument selon lequel la Constitution n’excluait pas explicitement les femmes de la citoyenneté et le fait que le terme « homme » incluait les deux sexes, constituaient la preuve même que les droits de citoyenneté étaient réclamés par les femmes non pas en tant que femmes, avec leurs qualités « inhérentes » à leur sexe, mais en tant qu’individus neutres qui devaient participer aux décisions concernant le destin du pays. Le citoyen n’était plus incarné par un être masculin, et les femmes ne devaient pas devenir citoyennes en tant que femmes, sinon en tant qu’individus neutres, car en incluant les deux sexes, le terme « homme » les annulait ; aucun des deux sexes ne pouvait plus incarner la citoyenneté. En cela, les arguments utilisés par les femmes du Comité d’Action Féministe étaient tout à fait différents de ceux utilisées par les féministes des années 1920 qui réclamaient les droits politiques en tant que femmes, en mettant en avant les qualités et fonctions féminines qui seraient utiles à la patrie. Les femmes du Comité d’Action Féministe revendiquaient la citoyenneté non pas en tant que femmes, mais en tant qu’individus. Les fondements théoriques du féminisme qu’elles proclamaient se laissent entrevoir dans les articles publiés par Zoila Viganó, dans lesquels elle expose ses réflexions sur la définition du féminisme:

« Le féminisme est une attitude de lutte (…) L’on peut être féminine sans être féministe ; et une féministe est un paradoxe, un contre-sens, car la féminité est un attribut sexuel tandis que le féminisme est une position d’esprit pleinement révolutionnaire, précisément parce que son objectif est d’établir l’égalité des droits en face de ceux, absolus, de l’homme. Le Féminisme pourrait s’appeler, dans une acception sociale, antimasculinisme, car il tend à mettre fin à la tyrannie ancestrale de l’homme sur la femme humiliée. »[23]

Cet extrait est extrêmement intéressant. Zoila Viganó distingue le féminisme de la féminité, c’est-à-dire qu’une féministe ne devait pas forcément être féminine, les deux étant des choses complètement distinctes. Comme elle l’explique elle-même, la féminité n’est « qu’un attribut sexuel », c’est-à-dire un caractère propre au sexe féminin. Quant au féminisme, il s’agit d’une « position d’esprit », c’est-à-dire d’une idéologie, d’un engagement idéologique au-delà des caractères propres à un sexe déterminé. En cela, comme elle l’affirme, « une féministe est un paradoxe, un contresens » ; en effet, si la féministe réclamait les droits pour un certain groupe de personnes en particulier, (dans ce cas les femmes avec toutes leurs qualités et attributions (« féminité »)), au nom de l’égalité, elle entrait forcément dans un paradoxe car l’égalité impliquait l’absence de tout particularisme. C’est le paradoxe auquel se réfère Joan W. Scott dans son ouvrage La Citoyenne paradoxale. Les féministes françaises et les droits de l’homme: les féministes sont des « citoyennes paradoxales » car, si elles réclament les droits pour les femmes en tant que femmes, elles font appel à leur différence, alors que le citoyen neutre exclue toute différence en étant théoriquement une abstraction des différences. De même, si les femmes réclamaient l’égalité en mettant en avant la neutralité des citoyens, le fait de réclamer des droits pour un groupe en particulier (les femmes) les mettait dans une position contradictoire car l’égalité et la notion d’individu neutre excluaient tout particularisme[24]. Zoila Viganó, consciente de ces paradoxes, définit le féminisme comme une lutte contre l’oppression masculine: un « antimasculinisme », c’est-à-dire une lutte contre le « masculinisme » en tant qu’attributs donnés par la société et la culture au sexe masculin lui permettant de dominer les femmes et d’avoir des droits « absolus ». Le « masculinisme » est ainsi appréhendé par Zoila Viganó comme des relations de pouvoir et de hiérarchie à travers lesquelles l’homme avait imposé sa « tyrannie » à la femme. Elle rejoint ainsi, au moins de manière intuitive, ce que Joan W. Scott entend par genre: « …gender is a constitutive element of social relationships based on perceived differences between the sexes, and gender is a primary way of signifying relationships of power. »[25]

L’on constate donc que le type de féminisme proclamé par les femmes qui composaient le Comité d’Action Féministe se distinguait de celui revendiqué par les féministes des années 1920 qui mettaient en avant la « féminité » comme une qualité justifiant leur inclusion dans la vie politique du pays. Les féministes des années 1920 ne luttaient pas pour l’égalité des femmes avec les hommes, mais plutôt pour la mise en valeur des femmes et de ce qui était « féminin » dans la société, et cette mise en valeur impliquait l’octroi de certains droits. Leur féminisme était totalement pacifiste et leurs actions s’inscrivaient dans un cadre légal, contrairement au féminisme anglo-saxon, dit « violent ». Ici, Zoila Viganó définit le féminisme comme une « attitude de lutte » et comme « une position d’esprit pleinement révolutionnaire ». Par l’utilisation de ces expressions elle implique un certain degré de violence. Au moins en théorie, le féminisme qu’elle proclamait au nom du Comité d’Action Féministe n’était donc pas pacifiste, mais « révolutionnaire » en ce qu’elle voulait mettre fin à « la tyrannie ancestrale » des hommes. Le féminisme des membres de cette organisation se rapprochait ainsi davantage du féminisme anglo-saxon. Par le fait de revendiquer « l’égalité des droits », il se rapprochait également du féminisme « individualiste » puisque l’égalité était revendiquée par les femmes en tant qu’individus neutres, en dehors des « attributs sexuels ». En désincarnant le terme « homme » du sexe masculin employé dans la Constitution, elles faisaient appel à la notion d’individu neutre. Cela ne signifiait que les féministes du Comité d’Action Féministe niaient leur « féminité », mais elles ne la mettaient pas en avant pour justifier leur inclusion dans la vie politique du pays:

« …avec le respect et l’accomplissement des droits et des devoirs contractés avec la nation nous savons maintenir notre féminité. »[26]

Par ailleurs, le fait de réclamer les droits civils et politiques des femmes de manière immédiate, dans le contexte de guerre, les différenciait des féministes des années 1920 qui envisageaient l’acquisition des droits par étapes: les femmes devaient d’abord être éduquées et lorsqu’il y aurait un contingent suffisamment important de femmes préparées pour la politique, elles pourraient réclamer les droits civils et les droits politiques.

La campagne féministe du Comité d’Action Féministe se réalisa également à travers la radio. Des conférences sur l’obtention des droits civils et politiques furent réalisées, auxquelles participa le docteur José María Gutiérrez, chef du Parti Libéral. Ce dernier fut le premier parti politique à soutenir officiellement, en 1934, les demandes pour l’obtention des droits civils et politiques des femmes. Le docteur José María Gutiérrez, qui avait obtenu la chaire de Droit Constitutionnel à la faculté de Droit de l’Université Mayor de San Andres de La Paz, participa à la campagne du Comité d’Action Féministe en réalisant la première du cycle de conférences diffusées à la radio « Illimani » sur la nécessité des femmes d’obtenir les droits civils et politiques. Ce cycle commença aux alentours d’octobre 1934, avec les paroles du docteur José María Gutiérrez qui s’exprima ainsi à propos de l’obtention des droits civils et politiques des femmes:

« Il y a des esprits pusillanimes et pessimistes, même parmi les femmes cultivées, qui considèrent que le moment n’est pas encore arrivé pour que leur soit reconnu l’exercice des droits politiques, comme si pour cela, une grande expérience et un formidable bagage de connaissances devaient être requis. De telles personnes oublient que la femme bolivienne exerce, depuis plusieurs années, des charges publiques dans l’administration, qu’elle s’est consacrée à l’enseignement et qu’aujourd’hui, elle remplace parfaitement l’homme dans les activités commerciales et industrielles.

La guerre du Chaco a démontré de manière éloquente que la femme sait prêter des services efficaces, car elle a organisé des associations philanthropiques, chargées d’apaiser la douleur humaine, aidant les prisonniers, les invalides et les blessés, en leur fournissant toutes sortes de ressources ; elle a organisé une campagne continue pour que la correspondance soit distribuée; des femmes distinguées servent en tant qu’infirmières sur le champ de bataille et des commissions féminines sont allées visiter notre courageuse armée, en lui transmettant les affectueuses et respectueuses salutations des éléments de l’arrière-garde (…)

Ces circonstances auraient dû pousser le gouvernement à octroyer sans tarder l’exercice des droits politiques à la femme ; une fois ceux-ci octroyés ou reconnus, il serait plus facile pour le Parlement de modifier la loi civile en corrigeant les énormes injustices relatives au régime des biens dans le mariage.

J’ai été et je suis encore un ardent défenseur de l’émancipation juridique et politique de la femme, je crois fortement que si le droit à intervenir dans les affaires publiques du pays lui est accordé, en lui octroyant la citoyenneté active et passive, elle fera un usage très discret de cette prérogative, car elle n’oubliera jamais que la société et la famille réclament l’accomplissement de devoirs sacrés et inexcusables et elle ne cessera jamais d’être la Reine du foyer. »[27]

De par leur contribution à la vie sociale et culturelle du pays depuis plusieurs années et leur participation à l’effort de guerre, les femmes méritaient obtenir des droits civils et politiques. Le droit de vote devait d’abord leur être accordé et la législation civile serait ensuite modifiée plus facilement. Cependant, le docteur José María Gutiérrez ne remettait pas en question la place que les femmes devaient occuper au sein de la famille; au contraire, cette place était exaltée. La politique ne devait pas distraire les femmes de leurs devoirs et de leurs obligations principales au sein du foyer.

En ce qui concerne le travail, le chef du parti libéral considérait qu’elles devaient recevoir le même salaire que les hommes pour un travail égal:

« Finalement, dans le domaine des revendications féminines, on ne doit pas oublier que si le travail est aussi efficace que celui de l’homme, il n’y a aucun motif pour que leur rémunération soit inférieure. Il est alors injuste que des inégalités soient établies dans le domaine économique. La femme doit faire l’objet de considérations spéciales à certaines époques de sa vie, dans lesquelles le travail peut altérer sa santé et compromettre celle de sa progéniture. »[28]

En plus de l’égalité des salaires, les femmes devaient pouvoir bénéficier d’une protection lorsqu’elles étaient enceintes, même s’il n’est pas clair dans cette conférence quel type de protection proposait José María Gutiérrez.

Quelques mois avant ce cycle de conférences mises en place par le Comité d’Action Féministe, des « Semaines féminines » avaient été organisées à la radio « Illimani », où des conférences sur les femmes furent réalisées par plusieurs hommes intellectuels. Ainsi, le poète Raúl Jaimes Freyre, traita de « La femme artiste », Alberto de Santa Cruz parla de « La femme intellectuelle », l’historien Luis S. Crespo réalisa une conférence intitulée « La femme dans notre histoire ». Ces conférences furent réalisées dans le cadre du programme « La semaine féminine » de la radio « Illimani ». Ce programme incluait en outre des interventions de femmes intellectuelles, poétesses, musiciennes, chanteuses qui récitaient leurs poèmes, chantaient, jouaient du piano, etc. Des poétesses telles que Aida Ballón Sanjinés (voir annexe n°44), Olga Bruzzone (voir annexe n°38), Yolanda Bedregal (voir annexe n°45), Margarita Nuñez del Prado (voir annexe n°46) et Aida Carvajal (voir annexe n°47) déclamèrent des poèmes. Des musiciennes comme Yolanda Pando Zalles (voir annexe n°48) réalisèrent des présentations de piano. Des femmes intellectuelles, telles que Julia Reyes Ortiz de Canedo (voir annexe n°49) et María Luisa Sánchez Bustamante de Urioste (voir annexe n°10), prononcèrent des discours.

Il semblerait que ce programme eût du succès car la radio « Illimani » décida de le prolonger pendant plusieurs semaines. Un autre programme fut lancé à la même radio « Illimani » pendant plusieurs semaines: « Hora patriótica femenina » dans lequel intervenaient plusieurs femmes intellectuelles, telles que Zoila Viganó chargée de la section “Lettres”.

Le travail du Comité d’Action Féministe eut un certain succès car après la campagne réalisée dans les journaux et la radio, et à la suite de la demande faite par les membres de cette organisation au gouvernement[29], trois députés, Corveza, Zenteno et Herrera présentèrent un projet de loi visant à accorder les droits civils et politiques aux femmes. Le travail et la campagne féministe du Comité eurent des échos dans la presse chilienne comme le démontre un article du journal La Razón:

« Le travail bien orienté du Comité d’Action Féministe atteint une considérable divulgation dans la presse étrangère et son action pratique mérite des applaudissements et des arguments pertinents.

Nous reproduisons ce que dit le Mercurio de Valparaíso à ce sujet:

 

« LA FEMME BOLIVIENNE RÉCLAME LES DROITS CIVILS ET POLITIQUES »

Des communiqués que l’on a reçus récemment nous apportent des informations sur la campagne qu’a entreprise la femme bolivienne pour les droits civils et politiques. Des articles de presse signés par des prestigieuses dames de La Paz, des présentations aux pouvoirs publics, des campagnes au sein de sociétés et de cercles intellectuels, et tout cela vise, à l’heure actuelle, à atteindre cette aspiration, qui a déjà été réalisée dans d’autres pays, et en partie dans le nôtre.

En écho à cette campagne, les représentants nationaux, messieurs Corveza, Zenteno et Herrera ont présenté au Parlement bolivien un projet de loi pour accorder ces droits à la femme. En s’appuyant sur ce projet, le Comité d’Action Féministe, par l’intermédiaire de ses secrétaires de relations et de gouvernement respectivement, mesdemoiselles Zoila Viganó Castañón et Etelvina Villanueva, ont fait une présentation aux pouvoirs publics en sollicitant le soutien au projet déjà mentionné.

Le Code Civil de la Bolivie est similaire à celui de plusieurs pays de notre Amérique. Il laisse la femme dans une infériorité évidente par rapport à l’homme, et aujourd’hui, durant ces heures où une guerre maintient en tension la société et les éléments du gouvernement de l’Altiplano, la femme fait preuve de courage et d’abnégation, elles ont ainsi constitué un capital pour représenter aux congressistes leur situation d’égalité devant la loi et les droits.

La femme bolivienne, en réclamant la place qui lui correspond politiquement et civilement, met en relief, encore une fois, son aspiration à l’amélioration sociale et à l’élévation du concept d’égalité de ses droits vis-à-vis à l’homme. »[30]

Dans le cadre de cette campagne, un Registre Civique Féminin fut ouvert à la fin du mois d’août 1934 par le « Comité » afin que les femmes puissent s’inscrire pour voter aux élections de novembre.

En outre, un Comité Féministe fut également formé à Cochabamba. Il se joignit à son homologue de La Paz pour la pétition des droits civils et politiques au Parlement. Le message envoyé par cette organisation au Comité d’Action Féministe afin d’unir leurs idéaux, et celui envoyé à la Chambre des Députés furent publiés dans le journal El Diario:

« LE COMITÉ FÉMINISTE ADHÈRE À LA PÉTITION DU VOTE

Il était dirigé au Comité d’Action Féministe et à la chambre des députés.

 

DE COCHABAMBA

 

Le Comité Féministe de Cochabamba a envoyé les notes suivantes au comité similaire de La Paz et à la Chambre des députés:

Le Comité Féministe de Cochabamba considère qu’il est d’une très grande importance d’unifier les idéologies et les aspirations de la femme consciente, orientant l’effort collectif vers une seule volonté, et adhère aux activités du Comité Central de La Paz, secondant l’œuvre de celui-ci pour les droits de la femme.

À travers ce motif, nous vous prions d’agréer nos considérations les plus distinguées: Mercedes Anaya de Urquidi (voir annexe n°31), María Quiroga (voir annexe n°30), Cira Aguayo Moreno (voir annexe n°51), Flora de Calvimonte, Mercedes Rodríguez (voir annexe n°55), Elena Redón Mujía et Guinda Lina Loayza.

Le Comité d’Action Féministe de Cochabamba envoie à la Chambre des députés son adhésion à la protection des droits de la femme.

LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS DE LA PAZ

Le Comité d’Action Féministe de Cochabamba prête résolument son soutien à la pétition élevée de son homologue de La Paz devant le pouvoir Législatif, relative à la reconnaissance et à la déclaration des droits civils et politiques de la femme en Bolivie, en ouvrant la voie de la justice aux idéaux avancés de la femme et à la stricte morale sociale et politique.

Signé. Présidente du Comité. »[31]

Le Comité de Cochabamba était rattaché à celui de La Paz. Parmi ses membres, on retrouve Mercedes Anaya de Urquidi (voir annexe n°31), et María Quiroga de Montenegro (voir annexe n°30), fondatrice et directrice de la revue Anhelos.

Cependant, malgré toute la campagne réalisée par le Comité d’Action Féministe de La Paz, et le soutien que celui-ci reçut de son homologue de Cochabamba, il semblerait que le projet de loi présenté par les députés Corveza, Zenteno et Herrera afin d’accorder les droits civils et politiques aux femmes n’ait jamais été débattu au sein du Parlement. Ce sujet ne figure à aucun moment dans les débats parlementaires de l’époque. Il est probable que dans le contexte de la guerre, les parlementaires aient considéré que la discussion de ce projet de loi était d’une importance secondaire face aux problèmes liés à la guerre que le pays devait affronter.

En outre, la campagne du Comité d’Action Féministe de La Paz ne reçut pas le soutien d’autres organisations féminines ni de certaines femmes intellectuelles et journalistes.

En octobre 1934, une Convention de Femmes fut organisée à la ville d’Oruro par l ‘« Asociación Femenina Pro Defensores de la Patria » (« ASFEDEPA »), organisation déjà mentionnée et chargée d’aider les soldats et leurs familles. À cette occasion, le Comité d’Action Féministe de La Paz fit parvenir un message de solidarité aux organisations présentes à la Convention dans lequel il demandait qu’elle proclame la revendication des droits civils et politiques pour les femmes. Ce message rédigé par Zoila Viganó et remis à Antonia Zalles de Careaga (voir annexe n°40) fut publié dans le journal La Razón:

« En cette heure de deuil pour la patrie et depuis l’Altiplano de La Paz nous vous envoyons ce message afin que vous l’accueilliez à bras ouverts car il provient du cœur et est destiné à embrasser votre esprit.

La Convention qui se réalisera dans la ville-sœur d’Oruro sera la consécration de la pratique appliquée au sentiment philanthropique féminin et sera le bilan des forces spirituelles et éthiques, mises en évidence dans cet état de guerre subi par le pays. Les vertus de la femme s’apprécient lorsque les nations sont soumises à rude épreuve, à des moments désespérés, et dans cette circonstance douloureuse pour la patrie, vous démontrez la noble mission qui correspond à la femme (…)

Nous participons à distance à travers notre voix fraternelle et notre voix fervente de collaboration (…)

La fusion à la fois unique et grande doit naître de votre convention solennelle, de l’âme de toutes les femmes boliviennes, qui réclameront avec hauteur leurs droits, en témoignant au nom des conquêtes sociales que nous les femmes, nous démontrons de l’intérêt pour ce problème qui est à la fois un problème de culture et un problème social et politique (…)

C’est à vous femmes de la première Convention, femmes de cœur et d’esprit que revient d’accomplir le devoir de faire face sincérement au problème féminin du droit.

Unissons-nous ! Ensemble, nous lancerons la voix de notre propre rédemption, et en Bolivie, au Nord comme au sud, en Orient comme en Occident, se feront sentir les palpitations de solidarité et l’élan annonciateur de jours meilleurs.

Ce message envoyé avec des frémissements de foi est entre les mains de la distinguée doña Antonia Zalles de Careaga qui étendra à la femme bolivienne la main sincère de la femme de La Paz, représentée par le Secrétariat du Comité d’Action Féministe, mesdames Etelvina Villanueva, María Pardo de Vargas, María G. de Medinaceli, Herminia Carmona et María C. de Lara.

Recevez notre collaboration positive et immédiate.

Zoila Viganó Castañón »[32]

Cependant, la Convention des femmes réunie à Oruro rejeta la proposition de réclamer les droits civils et politiques en arguant que les sujets touchés par le Congrès étaient strictement liés à la Défense Nationale du pays:

« Il a été décidé d’envoyer une communication au Comité d’Action Féministe de La Paz, en refusant la suggestion de demander vote et droits pour la femme, car le travail de la Convention concerne exclusivement des affaires en rapport avec la Défense Nationale. »[33]

Effectivement, la Convention avait réuni les organisations créées pour assister les soldats et leurs familles. Plusieurs organisations se trouvaient présentes ; parmi elles, on peut citer: l ‘« Asociación Femenina Pro Defensores de la Patria » (« ASFEDEPA »), la « Liga Filial de Oruro », la « Juventud Católica Femenina » de La Paz, la « Sociedad Pro Prisioneros » d’Oruro, la  « Asociación Educacionista », la Croix Rouge d’Oruro. Les sujets débattus lors de cette Convention furent, entre autres: le paiement des appointements et des pensions aux familles des mobilisés car ils étaient en retard ; les devoirs de l’arrière-garde ; l’attention accordée aux mutilés, aux malades, aux blessés ; la protection des familles des mobilisés ; l’alphabétisation des évacués dans les hôpitaux d’arrière-garde ; les embusqués ; l’envoi de paquets et du courrier aux mobilisés ; la situation des prisonniers de guerre ; la fin de la guerre, etc[34].

Les membres de la Convention d’Oruro n’étaient pas les seules à considérer qu’il était inopportun de demander les droits civils et politiques pour les femmes dans le contexte tragique de la guerre, dans lequel d’autres problèmes étaient prioritaires. En effet, un certain nombre d’organisations et de femmes journalistes et intellectuelles s’opposèrent à la campagne pour les droits civils et politiques des femmes en considérant qu’il s’agissait d’une demande égoïste et qu’il fallait donner la priorité à d’autres sujets.

Ce fut le cas de l’Athénée Féminin qui considérait que les problèmes liés à la guerre devaient avoir la priorité dans les débats du Parlement et que les femmes pouvaient attendre quelques années pour redémarrer la campagne afin d’obtenir les droits civils et politiques. Dans la section féminine de La Semana Gráfica, dirigée par Zoila Viganó, la question suivante fut posée aux lectrices: « Êtes-vous pour les droits civils et politiques des femmes ? » Emma Perez del Castillo de Carvajal (voir annexe n°19) alors présidente de l’Athénée Féminin répondit ainsi:

« Je considère que le moment de douloureuse incertitude que traverse la femme bolivienne, dont la tragédie du Chaco a endeuillé le foyer, ne permet que de concentrer toute son énergie pour défendre la Patrie, en cherchant par tous les moyens une paix honorable avec le Paraguay.

Et je pense aussi que l’actuel Parlement limitera son travail au chapitre fondamental qui nous accable, en réduisant à son expression minimale le nombre de sessions.

L’impératif patriotique et le sens commun imposent d’abandonner les problèmes secondaires, qui en étant approuvés ou refusés, graviteront sur l’exigu Budget National.

Lorsque l’Athénée Féminin a adopté le Projet de Loi qui a accordé la jouissance des droits civils et politiques à la femme, les circonstances, diamétralement opposées à celles d’aujourd’hui, permettaient l’énorme gaspillage de temps, d’argent et de paroles « dans le détail » dans lesquels la Chambre de députés s’était investie en ce temps-là.

Je crois alors que la femme bolivienne, fidèle à sa tradition glorieuse et stoïque, doit seulement souhaiter que les activités et l’argent ne soient pas déviés au détriment de nos soldats, reportant à une meilleure occasion les questions secondaires.

De plus: les corporations féminines doivent demander aux Chambres l’ajournement du projet qui, pour le moment, constitue une ruse politique, détournant l’attention de l’opinion publique.

D’autre part, les projets anodins et brisés qu’ils présentent ne sont pas en accord avec les idéaux de la femme bolivienne qui lutte depuis dix ans pour l’approbation intégrale de ses droits civils et politiques.

Peu importe d’attendre deux ou trois années de plus, pourvu que l’on ne devienne pas des complices inconscientes de l’objectif poursuivi par l’éternelle politique politicienne « criolla ».

Nous devons penser à quelque chose de plus noble et de plus sacré: toute une génération détruite, anéantie pour toujours nous contemple depuis l’infini.

Et la guerre nous rend cette charge humaine: des jeunes hommes amaigris, le teint jaunâtre, exsangues, fiévreux comme si dans leurs veines, se fermentait toute la boue de la jungle, demandent notre aide.

La Paz, Septembre 1er, 1933.

Emma Perez de Carvajal. »[35]

L’Athénée Féminin, qui avait été le plus actif défenseur des droits civils et politiques des femmes dans les années 1920, décida de consacrer entièrement ses activités à l’assistance et au secours des mobilisés et de leurs familles, laissant pour plus tard les revendications féministes. Par ailleurs, selon Emma Perez Carvajal, le projet présenté n’était pas complet et ne répondait pas aux revendications pour lesquelles l’Athénée Féminin avait lutté pendant 10 ans, depuis la présentation du « Projet de réintégration des droits civils de la femme », et ne servait donc qu’à distraire la population des problèmes liés à la guerre. Malheureusement, le projet de loi présenté par les députés Corveza, Zenteno et Herrera est introuvable ; il aurait été intéressant de le comparer avec celui présenté au Parlement par l’Athénée en 1925.

Les membres de l’Athénée n’étaient pas les seules à estimer que demander les droits civils et politiques pour les femmes en période de guerre était inopportun. Des femmes journalistes publièrent plusieurs articles dans les journaux, attaquant la position des membres du « Comité d’Acción Feminista » qu’elles considéraient comme égoïste en ce temps de guerre. Ce fut le cas de Gloria Serrano (voir annexe n°50) et de Martha Mendoza (voir annexe n°34).

Gloria Serrano entama un débat avec Zoila Viganó dans les journaux, affirmant qu’il était « inhumain » de demander les droits des femmes alors que les soldats étaient en train de mourir au Front, et argua que les Boliviennes n’étaient pas suffisamment préparées pour voter:

« En défiant le risque d’être accusée de « pasatista » et de réactionnaire, je n’approuve pas la campagne féministe qui a commencé il y a quelques jours.

Ce n’est pas parce que je suis considérée comme une femme aux idées avancées qui lutte pour sa libération, que je me déclarerai propagandiste d’une cause qui n’est pas encore suffisamment mûre.

Des expériences amères nous montrent quotidiennement que nous ne devons pas nous lancer dans des aventures sans être suffisamment préparés. Et la femme bolivienne ne l’est pas pour le suffrage électoral.

La moyenne culturelle de la femme est presque nulle. On ne va pas juger le total, de la minime proportion qu’offre le pourcentage d’un groupe de femmes intellectuelles qui occupent un fauteuil de cérémonie dans le domaine des lettres et des arts. Ce groupe cultivé est réduit. En revanche, le nombre de femmes analphabètes et semi alphabètes est vaste. Car le fait de savoir lire et écrire n’est pas un facteur qui marque un haut degré culturel (…)

Avant de penser à des triomphes électoraux, préparons-nous et préparons la camarade prolétaire. L’exclure parce qu’elle n’est pas munie du bagage culturel nécessaire serait injuste. La lancer dans le suffrage, serait dangereux (…)

Les plis du drapeau sont tachés du sang des combattants, humectés des larmes versées par les femmes en proie à la douleur, et c’est inhumain de penser à nous et à nos droits. »[36]

Zoila Viganó répondit à cet article de la manière suivante:

« Suite au mouvement féministe que nous avons entamé, la presse a fait connaître des avis de nature diverse, entre autres, celui de Gloria Serrano, dont les appréciations m’obligent à consolider mes idées exprimées dans un article antérieur, publié à La Razón et à la Gaceta de Bolivia.

L’auteure de Jirones Kollavinos commence en disant qu’elle ne peut se « déclarer propagandiste d’une cause qui n’est pas suffisamment mûre », ce qui veut dire qu’elle attend que le mouvement féministe atteigne son développement maximal, pour se prononcer en sa faveur ; tandis que nous nous pensons d’une manière différente, nous croyons que toute doctrine, toute aspiration ou conquête, ne naît jamais « mûre », mais elle se développe peu à peu jusqu’à atteindre sa plénitude à travers la gestation de luttes ardues, en suivant un procès naturel et logique d’évolution ayant caractérisé tous les changements politiques, sociaux et économiques du monde. Même si pour beaucoup, notre mouvement semble improvisé et prématuré, nous croyons accomplir un devoir en organisant une action sincère et résolue pour la conquête des droits politiques et civils de la femme bolivienne, tenant compte des caractéristiques et des problèmes que le pays présente pour cet aspect.

Elle affirme que « la moyenne culturelle de la femme est presque nulle ». Probablement personne ne dira le contraire, mais il est aussi vrai que toutes les conquêtes démocratiques ont été faites par des masses analphabètes qui se sont passionnées pour certains idéaux forgés par une minorité d’hommes ; il en résulte que nous ne pouvons pas attendre des masses de femmes cultivées pour les conquêtes qu’elles soutiennent, alors, ce que nous devons faire, c’est leur donner la consigne de l’idéal qui les incitera à lutter pour leur réalisation, et ceci n’est pas une question de culture, car les masses ou collectivités qui œuvrent sont guidées plus par leurs sentiments que par leur cerveau (…)

Nonobstant, le fait que notre Constitution Politique dit que pour participer aux comices électoraux il suffit de savoir « lire et écrire », Gloria Serrano, affirme: «  le fait de savoir lire et écrire n’est pas un facteur qui marque un haut degré culturel », mais qui pense que « savoir lire et écrire » est synonyme de culture ? Peut-on exiger des masses un haut degré culturel ? Nous comprenons qu’elles peuvent avoir une instruction relative, mais la culture peut seulement concerner un nombre déterminé d’hommes ou de femmes, qui l’ont acquise en conséquence de leurs études et de leurs recherches (…)

Nous ne pouvons pas nous résigner à attendre que la période de post guerre consacre nos droits pour lesquels nous n’aurions pas lutté, nous n’ignorons pas non plus que cette période de post guerre amène probablement des changements politiques, sociaux et économiques, or, si elle consacre nos droits, que ce soit après avoir accompli le devoir de lancer le cri d’alerte aux femmes boliviennes, et avant que les évènements nous surprennent à une heure imprévue.

Finalement, nous plaidons pour toutes les femmes, les mères, épouses et filles qui subissent la douleur et la misère de la guerre, et qui doivent faire des nombreux sacrifices et on leur refuse leurs droits. Nous luttons contre ces injustices ! »[37]

À cet article Gloria Serrano répondit en insistant sur l’« égoïsme » que signifiait le fait de demander les droits civils et politiques dans le contexte tragique de la guerre:

« Même si cela semble une redondance, je ne cesserai de répéter qu’à l’heure actuelle où vit la patrie, c’est un crime égoïste de donner la préférence à des projets d’amélioration féministe, louables en temps de paix.

La femme qui est abnégation et oubli de soi-même, ne peut toutefois pas fermer les yeux devant la situation présente. Serait-il humain, en voyant son père, son frère ou son enfant mourir –au lieu d’aller soulager avec sa présence l’agonie désespérante, qu’elle aille discuter avec sa voisine de prétendus droits …

On ne voit nulle part le bien-être – matériel et intellectuel – que l’obtention des droits civils pourrait apporter à la femme bolivienne. »[38]

Gloria Serrano ne fut pas la seule femme journaliste à s’être opposée à la campagne féministe du Comité d’Action Féministe ; Martha Mendoza (voir annexe n°34) publia également plusieurs articles arguant que la femme n’était pas encore préparée prête à voter, et que le vote, d’ailleurs, ne servait ni aux hommes ni aux femmes car les procès électoraux étaient extrêmement corrompus dans le pays. Cependant, Martha Mendoza considérait que la demande pour l’obtention des droits civils était légitime[39].

L’éclatement de la guerre fut l’occasion, pour un groupe de femmes conscientes du rôle qu’elles étaient en train de jouer dans l’arrière-garde, de réclamer leurs droits civils et politiques. La contribution des femmes à l’effort de guerre et le manque d’électeurs étaient les principaux arguments pour justifier la nécessité d’octroyer ces droits. Le débat autour de cette question fut ravivé au début de la guerre et s’intensifia avec la campagne réalisée par le Comité d’Action Féministe à travers les journaux et la radio, ce qui poussa trois députés à présenter un projet de loi afin d’octroyer les droits civils et politiques aux femmes. Cependant, le projet ne fut pas débattu au sein de l’Assemblée et la campagne réalisée ne fut pas soutenue par toutes les organisations féminines qui considéraient qu’il était inopportun de demander ces droits en raison de la situation tragique qu’affrontait la Bolivie. L’« égoïsme » devait être laissé de côte et l’on devait plutôt se concentrer avec « abnégation » sur l’assistance et le secours des mobilisés et leurs familles. La question des droits civils et politiques était une question secondaire qui ne méritait pas d’être discutée dans de telles circonstances. La campagne féministe qui eut lieu pendant la guerre ne remporta aucun succès, mais elle contribua à raviver le débat dans l’opinion publique concernant cette question.

Dans la période de d’après-guerre, les principales dirigeantes du Comité d’Action Féministe formèrent deux organisations beaucoup plus institutionnalisées avec d’autres objectifs et d’autres stratégies que celles développées pendant la guerre.

b) Le mouvement féministe d’après-guerre

Après leur expérience avec le Comité d’Action Féministe pendant la guerre, Etelvina Villanueva (voir annexe n°43) et Zoila Viganó (voir annexe n°42) fondèrent chacune, en 1935, deux organisations différentes: la Légion Féminine d’Éducation Populaire Amérique (« Legión Femenina de Educación Popular América », « LFEPA ») et l’Union de Femmes Américaines (« Unión de Mujeres Americanas », « UMA ») respectivement. Ces deux organisations étaient les satellites, en Bolivie, des organisations internationales portant le même nom. Hormis l’obtention des droits civils et politiques, les objectifs de ces deux organisations étaient désormais plus larges et s’inscrivaient dans le contexte de changements politiques et sociaux déclenchés par la guerre. La structure, les objectifs et les stratégies de ces deux organisations étaient donc très différents de ceux présentés pendant la guerre.

La Légion Féminine d’Éducation Populaire Amérique: un féminisme « socialiste » ?

La  Légion Féminine d’Éducation Populaire Amérique fut créée à La Paz le 20 décembre 1935 par Etelvina Villanueva (voir annexe n°43), qui avait été nommée Déléguée à la Présidence Internationale, par la présidente de la direction centrale de l’Institution, Rosa Borja de Icaza, qui se trouvait à Guayaquil, Équateur. Etelvina Villanueva fut ainsi autorisée à fonder les satellites de l’organisation dans d’autres villes de Bolivie: Santa Cruz, Oruro, Trinidad, Sucre, Cochabamba, Potosí et Tarija. Il semblerait que la création de cette organisation eut pour origine la décision du Comité d’Action Féministe de s’affilier à la Légion Féminine d’Éducation Populaire Amérique de Valparaíso au Chili. En effet, en janvier 1935, un message fut envoyé par le Comité d’Action Féministe de La Paz à la Légion de Valparaíso, l’informant de leur volonté de s’affilier à celle-ci afin d’arriver à une action féministe collective à l’échelle continentale. Ce message fut publié dans la revue Nosotras de Santiago du Chili[40]:

« COMITÉ ACCIÓN FEMENISTA – LA PAZ, BOLIVIA.

Décembre 1934

Présidente de la Légion Féminine d’Éducation Populaire.

– Valparaíso:

Suite à une décision prise dans une assemblée du Comité d’Action Féministe, fondé en Bolivie et dont le siège est à La Paz, j’ai l’honneur de m’adresser à vous pour vous faire connaître le désir qu’ont les membres de déployer un effort collectif pour la défense sociale, économique et politique de la femme, jusqu’à obtenir la rédemption complète de la situation dans laquelle elle a été placée jusqu’alors.

Dans ce but et en reconnaissant les prestiges mérités dont jouit votre très noble institution, le Comité d’Action Féministe a décidé de s’affilier à la Légion Féminine d’Éducation Populaire afin de parvenir à une action conjointe pour la défense de nos droits et de permettre le rapprochement de toutes les femmes du continent américain.

Je remercie au nom des membres de mon organisation, l’acceuil fraternel qui nous sera octroyé.

Je vous prie de recevoir mes salutations les plus distinguées.

Zoila Viganó Castañón, Secrétaire de Relations. »[41]

Il est probable qu’à la suite de ce message, les membres du Comité d’Action Féministe aient été mis en relation avec la Présidente de la Légion Féminine d’Éducation Populaire, Rosa Borja de Icaza, qui nomma Etelvina Villanueva Présidente de l’organisation en Bolivie. En effet, en août 1935, Rosa Borja de Icaza envoya une lettre à Etelvina Villanueva pour informer qu’elle avait pensé à elle concernant la fondation de cette organisation:

« Guayaquil, 29 août 1935.

(…) En ce moment je suis en contact avec le Venezuela, le Costa Rica et le Panamá, et j’aspire à la réalisation d’un Congrès International Féminin. Ainsi, en considérant la coopération de la Bolivie, j’ai pensé que votre intelligence et votre prestige feraient de vous la personne idéale pour intervenir dans cette œuvre sociale, dont les bénéfices en termes de solidarité entre nos peuples seront également incalculables…

Tandis que la tragédie de la guerre s’achève, commence celle qui est la véritable, la plus intense, la plus douloureuse pour ces pauvres nations qui sont abattues, épuisées et désarmées matériellement qu’intellectuellement. Le moment est venu, ma chère amie Etelvina, de former une nouvelle humanité, d’unifier la pensée vers des horizons plus vastes, plus chrétiens, plus humains. Faire de ce terrain, laissé en friche par la poudre, les rancœurs, le désespoir et la mort, un champ fécond pour les orientations sociales modernes.

Inculquer les enfants, guider les mères dans les sentiers tracés par la justice et le droit. Enterrer sous l’énorme poids de la raison, de la logique et de la nécessité de vivre tout un échafaudage d’ambitions, d’impiétés, d’ « inégalités », qui ont caractérisé et qui caractérisent encore notre structure politique « criolla ».

C’est une belle opportunité pour la Bolivie et le Paraguay, que d’ériger notre nouvel édifice social avec l’expérience, dure et amère, obtenue dans les tranchées, dans la jungle, et dans les précipices.

Que cette nouvelle Génération soit le Héraut Annonciateur de la Paix et de la Justice Sociale dans notre continent !

S’élever, c’est vivre !

Rosa Borja de Icaza

(Présidente Internationale de la L.F.E.P.A.) »[42]

Cette lettre nous laisse entrevoir les objectifs de la nouvelle Légion Féminine, fondée par Etelvina Villanueva. Rosa Borja parle d’« œuvre sociale », d’« orientations sociales », d’« inégalités », ce qui montre que la nouvelle organisation devait avoir des objectifs d’amélioration « sociale » dans le contexte de changements politiques, sociaux, culturels de post-guerre.

En effet, la Légion Féminine de Bolivie avait une orientation sociale très marquée et ses objectifs étaient vastes. C’est ce que laisse entendre son organisation et son règlement:

« Finalité

La Légion Féminine d’Éducation Populaire Amérique, a pour fins basiques les postulats suivants:

  1. –Liens Américains Féminins.
  2. – Assistance Sociale.
  3. – Développement de la culture Féminine.
  4. – Défense Sociale de l’Enfant.
  5. – Libération de la Femme.
  6. – Postulats de paix nationale et internationale

 

Art. 1° La Légion Féminine d’Éducation Populaire Amérique, affirmera la création de réseaux et la création de solidarité avec les femmes du Continent indo-américain.

 

Art. 2° Elle travaillera pour l’union et la compréhension des aspirations de la femme bolivienne, en faisant écho de ses initiatives et de son travail culturel et social.

 

Art. 3° Il n’y aura pas de séparation des classes sociales, ni d’état civil, religieux ou doctrinaire.

 

Art. 4° On essayera par tous les moyens de divulguer l’importance de la professionnalisation de la femme ; dans les diverses activités sociales, artistiques, éducatives, commerciales, etc.

 

Art. 5° La Légion Féminine d’Éducation Populaire Amérique, s’étendra aux centres scolaires avec le nom de « Legión Femenina pour Enfants ». Un programme de coopération et de mutualisme socio-scolaire se développera, en accord avec les nécessités de l’environnement familial de l’enfant.

 

Programme Idéologique

Art. 6° Le programme idéologique contient:

  • Égalité des Droits Civils et Politiques avec l’homme.
  • Ratification du Traité de Nationalisation Féminine.
  • Défense de la Mère célibataire.
  • Droits sociaux et juridiques de l’Enfant.
  • Diffusion de la doctrine pacifiste.
  • Université Populaire pour femmes.
  • Établir et reconnaître la Journée de la femme de ménage.
  • Rendre digne la mission de Mère et d’Épouse.
  • Professionnalisation féminine qui rend digne l’indépendance économique de la femme.
  • Abolition du Règlement de la prostitution, à travers la collaboration médico – sociale.
  • Responsabilité sexuelle dans la défense des enfants.
  • Combattre le jeu et l’alcoolisme.
  • Mixité dans les Écoles et Lycées.
  • Éducation sexuelle.
  • Enseignement pratique de puériculture et de premiers secours.
  • Bibliothèque pour femmes.
  • Syndicalisation féminine.
  • Porte-parole féminin.

Membres

Art. 7° Seront membres de la L.F.E.P.A. toutes les femmes qui souhaitent collaborer à l’action sociale, dans n’importe quel secteur ou activité de leur préférence.

Art. 8° Las membres ont l’obligation de maintenir un journal qui exprime les postulats du Programme Idéologique.

Art. 9° Pour être membre, l’on doit solliciter son inscription dans le Livre des Registres de la « Legión” et offrir un texte à la Bibliothèque. Il y aura des membres Honoraires et des membres Actives.

Direction

Art. 10° La direction sera composée d’une Présidente Nationale ; d’une Présidente Départementale ou Provinciale et ses respectives Vice-présidentes, Secrétaires, Trésorières et onze Directrices d’organisation en: Art, Culture, Assistance Sociale, Défense Juridique, Ateliers, Sports, Bibliothèques, Réseaux Culturels et Légions pour enfants, Action Littéraire.

Art. 11° Les Directrices seront autonomes dans leurs programmes de travail respectifs, en envoyant un bilan annuel à la Présidence Nationale.

Art. 12° La Direction se réunira en sessions chaque semaine, elle convoquera l’Assemblée Générale pour les résolutions importantes ou la rénovation de la Direction, Congrès, etc. »[43]

Comme on peut le voir, le contenu des objectifs et du « Programme Idéologique » de la Légion Féminine était clairement voué à une action d’amélioration sociale des femmes et des enfants. L’un de ses objectifs principaux était la création de liens avec les autres femmes du continent américain ce qui était favorisé par la structure internationale de l’organisation. L’on constate une nette orientation vers la défense et l’amélioration des conditions de vie des femmes et des enfants qui passe par la défense du travail de la mère en général et des mères célibataires. Les femmes des classes populaires occupent une place primordiale dans les objectifs d’assistance de l’organisation qui envisage la création d’Universités Populaires, de l’établissement de la journée de la femme de ménage, la syndicalisation féminine, et l’abolition du règlement sur la prostitution. Ce qui est nouveau, c’est l’objectif de prendre en main l’éducation sexuelle, projet qu’aucune organisation féminine n’avait présenté jusqu’alors. L’obtention des Droits Civils et Politiques pour les femmes apparaît comme un objectif parmi d’autres, même si celui-ci avait une importance prépondérante pour l’organisation, comme on le verra plus tard.

Le programme de la Légion Féminine était très vaste et avait une orientation sociale très marquée. Cette organisation diffère ainsi de toutes les organisations des années 1920, et notamment de l’Athénée Féminin, qui avait également des projets sociaux parfois similaires à ceux de la Légion Féminine (protection du travail de la femme, combat contre les vices et l’alcoolisme, bibliothèque féminine, etc.) mais ils étaient envisagés de manière paternaliste, comme des œuvres de charité et non pas comme des mesures promouvant des changements sociaux plus profonds. L’Athénée Féminin était une organisation beaucoup plus élitiste dont les projets sociaux et de bienfaisance se réalisaient sous l’impulsion de la valeur chrétienne de la charité que toute femme de la bourgeoisie devait réaliser, alors que la Légion Féminine avait une orientation sociale beaucoup plus claire qui intégrait les femmes des classes populaires tant dans ses objectifs sociaux que dans sa composition. Comme l’annonce le règlement, « il n’y aura pas de séparation des classes sociales ». L’Athénée Féminin, en théorie, acceptait les femmes de toute classe sociale et de tous les crédos religieux ; cependant, dans la pratique, il était composé uniquement par des femmes des classes moyennes et élevées en raison des conditions matérielles et culturelles requises pour devenir membre. La Légion Féminine demandait également des conditions matérielles, mais beaucoup plus modestes comme le maintien d’un journal, et la donation d’un texte pour la bibliothèque. L’orientation plus sociale de la Légion Féminine, qu’Etelvina Villanueva qualifia elle-même de « socialiste » lors de la production de son livre Acción Socialista de la mujer en Bolivia (qui contient de nombreux documents concernant le travail de l’organisation), s’inscrit dans le contexte de l’après-guerre d’effervescence politique visant à répondre à la frustration de la société par la défaite et à la recherche de nouvelles orientations idéologiques. L’orientation sociale de la Légion Féminine est en effet un produit du contexte des changements politiques, sociaux et culturels qu’avait déclenché la guerre, où le « socialisme » occupait une place prépondérante dans les actions et les discours, même si de manière très diverse et parfois vide de contenu idéologique. L’amélioration de la société dans son ensemble était désormais un objectif annoncé par les gouvernements du « socialisme militaire », des nouveaux partis politiques, et des partis traditionnels comme le « Partido Repúblicano Genuino » qui ajouta l’adjectif « socialista » à sa dénomination. L‘Athénée Féminin était une organisation de femmes appartenant à l’élite économique, mais également intellectuelle du pays, qui soutenait et légitimait le gouvernement oligarchique. Les projets sociaux de ces femmes s’inscrivaient dans la mission de charité de leur position sociale, et non dans un projet de changements plus profonds de la société. La Légion Féminine, qui était également composée de femmes issues des classes élevées, mais surtout des classes moyennes, avait une orientation sociale plus marquée qui n’était pas envisagée comme une œuvre de charité mais était influencée par les courants idéologiques et politiques de l’époque qui recherchaient l’amélioration de la société dans son ensemble et qui remettaient surtout en question le régime oligarchique et les partis traditionnels. Ces derniers avaient mené à la défaite tragique et n’avaient rien fait pour améliorer les conditions de vie de la plus grande partie de la population. Le contenu de l’idéologie et du programme de la Légion Féminine répondait au mécontentement social des secteurs populaires et des classes moyennes de la société, qui soutenaient des changements profonds dans l’exercice du pouvoir. Comme l’affirme Gloria Ardaya: « …el Ateneo Femenino reflejó, por una parte, la hegemonía política de los sectores dominantes y el nacimiento de los sectores medios algunos de los cuales se constituyeron en fuerzas de apoyo del Estado oligárquico; y por otra, un movimiento en sentido contrario, la rebeldía de sectores medios de mujeres profesionales por ingresar al ámbito público. La LFEPA fue una señal del divorcio de las capas medias con la clase dominante y de la constitución de éstas como factor de cambio ante el fracaso de la Guerra del Chaco (1932-1935). [44]»

Les femmes qui composaient les directions des différents satellites de la Légion Féminine étaient les suivantes[45]:

 

La Paz:

  • Présidente: María Tubert de Estéban (voir annexe n°62).
  • Secrétaire: María Angélica Panozo (voir annexe n°65).
  • Secretaria de Actas: Ana Rosa Vázquez (voir annexe n°9).
  • Directrices:
  • De l’action juridique: Josefa Rocabado.
  • De l’action Sociale: Elvira Bedregal (voir annexe n°52)
  • De l’Art et de la Propagande: Leonor Díaz Romero (voir annexe n°16) et Alina Ballón (voir annexe n°23)
  • Des Services Sanitaires: Antonieta de la Riva.
  • De l’Assistance Sociale: Ana Miranda.

Sucre:

  • Présidente: Carmela Zuazo.
  • Secrétaire: Carmen Acebey.
  • Secrétaire d’Actes: Angélica Ramírez.
  • Trésorière: María Jesús Balcázar.
  • Directrices:
  • De la Presse et de la Propagande: Aurora de Miranda, Rebeca Salazar Brito (voir annexe n°53) et Isabel Mendoza (voir annexe n°54).
  • De l’Action Juridique: Agar Peñaranda.
  • De l’Art et de l’Action Sociale: Elena Paravicini.

Cochabamba:

  • Présidente: Cira Aguayo y Moreno (voir annexe n°51).
  • Secrétaire: Fidelia Corral de Sánchez (voir annexe n°22)
  • Directrices:
  • De l’Action Sociale: María Quiroga Vargas (voir annexe n°30).
  • De l’Action Juridique: Luisa Mendoza (voir annexe n°60).
  • De l’Action Mutualiste: Mercedes Rodríguez (voir annexe n°55).
  • De l’Action Littéraire: Mercedes Anaya de Urquidi (voir annexe n°31).
  • De la Presse et de la Propagande: Aury Albornoz.
  • Des Réseaux: Rosa Fernández de Carrasco.
  • De la Bienfaisance: Lola Anaya et Sara Segaloski.
  • De la Bibliothèque: Rosa Morales Guillén (voir annexe n°61).
  • Des Sports: Elsa Anaya F.
  • Des Ateliers: María Martínez de Vargas.

Oruro:

  • Présidente: Amelia Chopitea (voir annexe n°56).
  • Secrétaire: Paz Nery Nava (voir annexe n°57).
  • Secrétaire de Correspondance: Neptalí Gallo Peñaranda.
  • Secrétaire de Bienfaisance: Emilia Cruz.
  • Trésorière: Carmen Deheza.

Santa Cruz:

  • Présidente: Blanca C. de Herrera.
  • Vice-Présidente: Elena Tejada de Mercado.
  • Secrétaire: Romana Gutiérrez.
  • Secrétaire d’Actes: Adelaida S. Galvarro.
  • Directrices:
  • De la Culture: María Vaca Díez et Peregrina Ortiz.
  • De l’Assistance Sociale: María Luisa Castro et Rosa Suárez.
  • De l’Action Juridique: Adela v. de Quintela et Rosa Gutiérrez.
  • De l’Art: Rogelia Rojo et Hortensia Gutiérrez.
  • De la Presse et de la Propagande: Elvira de Chávez (voir annexe n°59).
  • Des Sports: Edith Chávez (fille de Elvira de Chávez) et Olga Moreno.
  • De la Bibliothèque: Juana Mercado et Mary Justiniano.
  • Des Membres du Conseil: Aurora Arrien, Luz Castro, Manuela Galvarro, Elia Krutzfeld, Elba Amelunge, Adriana Peredo, Eloísa Rivero, Alicia Rivero, Alicia Suárez.

Trinidad:

  • Présidente: Rosa T. Melgar
  • Vice-Présidente: Celia Monasterios.
  • Secrétaire d’Actes: Mary Rivero.
  • Secrétaire de Correspondance: Dory Aponte B.
  • Trésorière: Susana Bello L.

Potosí:

  • Présidente: Etelvina Villanueva (voir annexe n°43)
  • Secrétaire: Carmen Aurora Valda Cortez.
  • Trésorière: Rita del Río.
  • Directrices:
  • De la Culture: Raquel Carmona (voir annexe n°58).
  • De l’Action Sociale: Marina Zuleta.
  • De l’Art: María de Sehger.
  • De l’Action Juridique: Nelly Parada.
  • De la Presse et de la Propagande: Inés Cortez.
  • Des Sports: María Scheille de La Faye.
  • De la Bibliothèque: Casta Rivera.

Tarija:

  • Présidente: Adela Hoyos.
  • Secrétaire: N. Hoyos

Comme on peut le constater, plusieurs femmes qui étaient membres des organisations de 1920, notamment de l’Athénée Féminin dans les Directions des Légions Féminines en Bolivie apparaissent ici. C’est le cas de Ana Rosa Vázquez (voir annexe n°9), qui avait été également membre du Centre Idéal Féminin et directrice de la revue Aspiración. C’est également le cas de Leonor Díaz Romero (voir annexe n°16), Alina Ballón (voir annexe n°23), Fidelia Corral de Sánchez (voir annexe n°22) et de Raquel Carmona (voir annexe n°58). Il est intéressant de souligner également que la plupart des membres du Comité d’Action Féministe de Cochabamba font partie de la direction de la Légion Féminine de cette ville. C’est le cas de Cira Aguayo Moreno (voir annexe n°51), Mercedes Rodríguez (voir annexe n°55), María Quiroga Vargas (voir annexe n°30) et Mercedes Anaya de Urquidi (voir annexe n°31), ces deux dernières ayant été les fondatrices et directrices de la revue Anhelos. Cela sinifie que la Légion Féminine de Cochabamba était organisée en grande partie avec les membres du Comité d’Action Féministe de cette ville.

Les membres du Comité d’Action Féministe de La Paz et de Cochabamba recomposèrent en grande partie les Légions Féminines de la Bolivie sous la direction d’Etelvina Villanueva.

En outre, chaque direction de la Légion Féminine était relativement large en personnel et développement selon les villes. Ainsi, les directions des Légions Féminines de La Paz, Sucre, Santa Cruz, Potosí et notamment Cochabamba étaient les plus développées avec plusieurs directrices couvrant un vaste champ d’activités (sports, culture, littérature, assistance sociale, bibliothèque). Ce développement pourrait s’expliquer par l’ancienneté de leur fondation, alors que les directions d’Oruro, Trinidad et Tarija sont moins développées et semblent avoir été fondées après les autres. La Légion Féminine de Bolivie était présente dans toutes les capitales de département à l’époque[46], ce qui signifie qu’elle avait une extension nationale très importante. Aucune autre organisation féministe n’avait auparavant connu pareille extension.

La Légion Féminine de Bolivie disposait d’un journal nommé Despertar qui était édité à Potosí, et que l’on n’a malheureusement pas pu consulter.

Les activités des Légions Féminines étaient diverses et variées selon les villes. On connaît les activités de l’organisation dans les différentes villes pour l’année 1936. La Légion Féminine de Santa Cruz, sous la direction de Blanca C. de Herrera, était chargée de la création d’une École Nocturne pour femmes à laquelle assistaient des femmes ouvrières. Des cours de morale, de mathématiques basiques, d’espagnol, d’hygiène, de puériculture et d’instruction civique y étaient dispensés. La  Légion Féminine de Trinidad s’occupait de réaliser plusieurs fêtes et kermesses afin de réunir des fonds pour la construction d’une Annexe Sanitaire à l’Hôpital Guadalupe de la ville, ainsi que la Légion Féminine de Potosí, qui réalisa une séance de cinéma pour collecter des fonds. La Légion Féminine de Sucre, devait encourager la lecture dans la ville en créant une journée à cet effet tous les samedis.

À Oruro, sous la direction d’Amelia Chopitea (voir annexe n°56), la Légion Féminine de cette ville était chargée de la construction du Pavillon pour enfants dans l’Hôpital Municipal de la ville. De même, la Légion Féminine d’Oruro, devait réaliser une enquête sur les Droits Civils et Politiques des femmes en juin 1936. Cette enquête, semble-t-il, fut envoyée à des personnalités importantes de la ville en raison de leur « prestige intellectuel ». Les questions de l’enquête étaient les suivantes:

« Compte tenu de votre prestige intellectuel, nous sollicitons votre avis précieux, et nous vous invitons à prendre part à cette enquête pour répondre aux questions suivantes:

 

Première – D’après vos observations, la femme bolivienne est-elle suffisamment préparée pour que lui soient octroyés les Droits Civils et Politiques ?

 

Deuxième – Croyez-vous qu’il est juste et équitable qu’elle soit encore exclue de ces droits, même si elle réunit les conditions avantageuses pour le libre exercice de ceux-ci ?

 

Troisième – À votre avis, doit-on accorder les Droits Civils et Politiques à la femme bolivienne ?

 

Quatrième – Quelles seraient vos suggestions pour orienter l’initiative de ces droits ?

 

Dans l’espoir d’obtenir une réponse de votre part, qui orientera les activités sur un thème d’une actualité palpitante nous vous prions de recevoir nos salutations distinguées.

(Signé) Docteure Amelia Chopitea, Présidente. – Paz Nery Nava, Secrétaire. »[47]

On ne connaît malheureusement pas les réponses de cette enquête. Cependant, à la suite de cette action, la Légion Féminine de Potosí se chargea d’envoyer une lettre, en juillet 1936, à la Junte Militaire dirigée par le Président de la République David Toro, en lui demandant l’octroi des droits civils et politiques aux femmes. Cette lettre, qui fut qualifiée par les membres de la Légion Féminine de « manifeste », laisse entrevoir comment la Légion Féminine s’inscrit dans un contexte de changements politiques de l’époque d’après-guerre où le socialisme occupait une place importante au sein des discours pour parler de l’amélioration de conditions de vie des plus défavorisés:

« “Plénitude des Droits Civils et reconnaissance

des Droits Politiques pour la femme

qui possède un titre Universitaire ou Professionnel

ou un métier qui garantisse son indépendance économique.” »

(Du Programme d’Action Socialiste, Officiel.)

 

Messieurs les membres très distingués de la JUNTE MILITAIRE DE GOUVERNEMENT : 

 

L’évolution socio–économique qui s’est opérée au sein de la Nation comprend dans son idéologie l’avènement équitable du droit pour les intérêts collectifs.

Dans ce sens, la personnalité féminine ne peut pas rester reléguée au second plan, victime de préjugés, d’humiliations et d’inégalités au sein de l’agrégat social ; pour ces raisons, en nous basant sur les postulats d’équité et de justice qu’envisage le programme du GOUVERNEMENT SOCIALISTE, la Légion Féminine d’Éducation Populaire Amérique, dans le cadre du réalisme défini par des aspirations de survie qui agitent l’âme nationale, demande sincèrement à l’actuel Gouvernement, la reconnaissance des Droits Civils et Politiques féminins.

La femme d’après guerre, estime sa participation opportune en tant qu’élément de formation juridique indiscutable, par rapport à la gestion des intérêts publics. En effet, la femme, professionnelle ou universitaire, a atteint un équilibre avec le citoyen dépassant dans plusieurs cas l’électeur moyen. Si comme ce dernier, elle n’a pas mérité la protection des lois, en avançant dans le monde de la lutte monétaire, sans autre bouclier que sa volonté, elle DEMANDE LA RECONNAISSANCE de ses droits légitimes. Non pas pour grossir les rangs des politiciens fanatiques, mais pour coopérer à la réalisation d’une formule plus humaine, veillant à une distribution équitable du travail, une rémunération juste, l’implantation du salaire minimum pour la femme prolétaire, l’interdiction du travail pour les enfants : en définitive, lutter pour abolir l’exploitation du capitalisme afin de protéger la Mère et l’Enfant.

Les articles de la législation de la bourgeoisie, qui a marqué son Régime par des contre-sens absurdes, n’a pas pensé à la femme, et ses lois ont été fabriquées par l’homme et pour l’homme. Mais aujourd’hui, au nom de la confraternité la plus vaste, la Légion Féminine d’Éducation Populaire Amérique aspire à ce que homme et femme marchent ensemble, sans rivalité, sans haine, ni prépondérance, en reconnaissant uniquement l’être dans le champ juridique et social.

La femme ne fuit pas les responsabilités, mais elle ne veut pas non plus être victime de lois égoïstes, qui lui ont uniquement légué une lutte inégale, en plaçant à l’horizon des obstacles invincibles et en faisant taire la juste protestation issue du poids des responsabilités et des devoirs. Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, qui n’échappent pas à la clairvoyance et aux nobles fins que poursuit la respectable Junte du gouvernement, la Légion Féminine d’Éducation Populaire Amérique au nom de la femme bolivienne, implore que soit mis en pratique, l’en-tête de ce Manifeste, envisagé dans le PROGRAMME du Gouvernement Socialiste.

Pour l’Union Fraternelle de la Bolivie.

(Signé) Etelvina Villanueva, Présidente Nationale.- Aurora Valda Cortez, Secrétaire d’Action Juridique.- Nelly Parada, Secrétaire Générale. »[48]

En vue de demander les droits civils et politiques des femmes, les membres de la Légion Féminine s’appuyèrent sur le programme officiel du gouvernement dans lequel celui-ci annonçait l’octroi des droits civils aux femmes et du droit de vote restreint à celles qui possédaient un titre universitaire ou professionnel, ou encore un métier qui leur permette d’être indépendantes économiquement. Elles firent appel au programme socialiste du gouvernement qui visait l’amélioration des conditions de vie des plus défavorisées, groupe dans lequel elles incluaient celles qui avaient été délaissées par les gouvernements oligarchiques antérieurs. Les membres de la Légion Féminine ne remirent pas en question les conditions imposées par le programme du gouvernement pour accorder le droit de vote (possession de titre universitaire, professionnel ou métier). Elles acceptaient ainsi que le droit de vote fût accordé à un secteur restreint de la population féminine. Le programme du gouvernement était assez vague car il ne définissait pas clairement ce qui était entendu par « métier ». Si avoir un « métier » signifiait travailler, une grande partie des femmes des classes populaires (qui travaillaient en tant qu’ouvrières, femmes de ménage, dans le commerce, les marchés, etc.) seraient des électrices potentielles. Dans tous les cas, la Légion Féminine acceptait ces conditions requises qui n’étaient pas les mêmes pour les hommes, puisque ceux-ci devaient savoir lire et écrire pour pouvoir voter.

Le ton et le contenu de ce « manifeste » s’inscrivent complètement dans le contexte d’après-guerre de dénonciation des gouvernements oligarchiques et de mise en avant du « socialisme » comme une doctrine visant à pallier les inégalités sociales à laquelle se rattachait, tout au moins théoriquement, la Légion Féminine par ce manifeste.

En réponse à cette lettre, le président David Toro, par le décret-loi du 21 octobre 1936, accorda les Droits Civils aux femmes. Cependant, ce décret, dont on parlera plus en détail ultérieurement, ne fut jamais appliqué.

Une des actions les plus importantes de la Légion Féminine fut l’organisation d’un Congrès National de « legionarias » en novembre 1936 à Cochabamba. Des ouvriers représentant des syndicats de la ville de Cochabamba étaient présents. Le Docteur José Macedonio Urquidi s’y trouvait également[49].

Dans ce Congrès plusieurs thèmes furent discutés et plusieurs projets furent approuvés concernant le pacifisme, l’éducation de la femme, la nécessité de créer des cours d’éducation sexuelle pour les jeunes filles, des orphelinats, d’établir les recherches en paternité, de protéger les mères célibataires avec la création d’ateliers et d’agences d’emploi pour celles-ci, d’ouvrier des bibliothèques populaires, la création de Maisons de bienfaisance pour les sans-abris, des maisons de réhabilitation morale pour les enfants délinquants, de mettre en place des subventions pour les femmes de ménage, les ouvrières et les femmes enceintes, de créer des réseaux avec les femmes d’Amérique, de prôner l’égalité de salaire entre les femmes et les hommes pour le même travail, l’égalité des enfants devant la loi, l’abolition de la peine de mort, ou de créer des crèches dans les lieux de travail des femmes entre autres. Cependant, dans le Congrès les contradictions et les conflits de l’organisation par la composition hétérogène de ses membres furent révélés. En effet, des conflits surgirent à propos d’un article rédigé par le clergé de Sucre, dans le journal catholique El Lábaro qui attaquait la Légion Féminine. La présidente de cette organisation se plaignit de ces attaques, qui furent condamnées par la plupart des membres présentes ; celles-ci affirmèrent que le « cléricalisme était la perversion de la femme » et qu’elles devaient se « défaire des soutanes ». Fidelia Corral Zambrana de Sánchez (voir annexe n°22) s’opposa à ces condamnations et se mit à défendre la religion catholique et le clergé. Finalement, elle se retira du Congrès avec d’autres femmes en dénonçant ses orientations « communistes » et le fait qu’elle avaient été « trompées » car elle croyait que le Congrès ne toucherait pas des sujets religieux ou politiques. La question de l’obtention des droits politiques fut également controversée. Certains membres des Légions Féminines s’opposaient au droit de vote des femmes car elles considéraient que la femme bolivienne n’était pas encore prête à participer aux élections. Ce fut le cas de Luisa Mendoza (voir annexe n°60), Cira Aguayo (voir annexe n°51), Fidelia Corral de Sánchez (voir annexe n°22), et Angélica Panozo de Videa (voir annexe n°65). Cira Aguayo argua que les femmes n’étaient pas préparées à assumer les droits politiques car elles étaient encore sous la tutelle de leurs parents, frères, et amoureux[50]. En réponse à cet argument, Elodia Ballivián de Ligerón (voir annexe n°12) affirma qu’elle se sentait blessée dans sa propre dignité de femme libre, n’admettant l’aide de personne[51].

Ces conflits et divergences qui provoquèrent le désordre et les disputes au sein du Congrès, révèlent que la composition de la Légion Féminine était assez hétérogène et que les conceptions des femmes qui constituaient les légions étaient très différentes. Les réactions des hommes de gauche, dans la presse, concernant les disputes de la Convention sont très intéressantes. Plusieurs applaudirent le travail de Etelvina Villanueva et d’autres membres de la Légion Féminine avançant que finalement, il s’était crée un bloc de femmes « socialistes » qui combattaient de manière légitime les bigotes qui avaient « inventé le mot “charité” pour humilier » au lieu d’agir sous le verbe « servir ». Ainsi, par les conflits surgis au sein du Congrès, deux positions furent signalées par l’opinion publique, et notamment par les secteurs de gauche, l’une « conservatrice » des membres de la bourgeoisie, qui représentait le gouvernement oligarchique déchu, et l’autre « socialiste » luttant pour le progrès social de l’ensemble de la société, et particulièrement pour les plus défavorisés, non pas pour faire de la charité mais par la loi du « service » et les droits humains.

La Légion Féminine n’eut pas une durée de vie assez longue car ses actions se limitèrent aux années 1930, après la guerre. La Légion Féminine fut le produit du contexte de l’après guerre d’effervescence politique où les classes populaires et moyennes de la société cherchaient de nouvelles orientations politiques, dont le « socialisme » qui fut utilisé de manière très diverse par le gouvernement, par les partis politiques et même par la Légion Féminine dont les objectifs et le programme idéologique concernaient l’amélioration des conditions de vie des femmes. Malgré cette orientation, la Légion Féminine était une organisation très hétérogène dans sa composition, et par conséquent, dans les tendances et orientations qu’elle poursuivait. Elle était composée, rappelons-le, de femmes issues des classes élevées ayant appartenu à l’Athénée Féminin par exemple, et aussi de femmes provenant des classes moyennes de la société. Tandis que dans les organisations des années 1920, les femmes des classes moyennes soutenaient politiquement le gouvernement oligarchique, en même temps qu’elles essayaient de se frayer un chemin dans la vie publique, dans la Légion Féminine, dans le contexte d’après guerre, elles s’opposaient au gouvernement oligarchique et cherchaient d’autres orientations politiques, d’où les divergences surgies au sein de la Légion Féminine à l’occasion de leur Congrès.

La Légion Féminine ne fut pas la seule organisation qui surgit après la guerre du sein des Comités d’Action Féministe de La Paz et de Cochabamba, Zoila Viganó fonda en même temps le satellite en Bolivie de l’Union de Femmes Américaines.

L’Union de Femmes Américaines

Malheureusement, on dispose de beaucoup moins d’informations sur cette organisation. Elle fut créée par Zoila Viganó aux alentours de septembre 1935 à La Paz en tant que section bolivienne de l’organisation internationale « Unión de Mujeres Americanas » (« UMA ») qui avait son siège à New York. Celle-ci avait été fondée par la mexicaine, Margarita Robles, qui avait participé à la Conférence Internationale des femmes réalisée en 1933 à Montevideo. Des sections de cette organisation s’étaient déjà formées dans plusieurs pays de l’Amérique Latine[52].

Lors de sa visite à Buenos Aires, en novembre 1935, Zoila Viganó fut interviewée dans le journal Crítica. À la question « quels sont les buts de l’Association des Femmes d’Amérique ? » elle répondit:

« Le but de la société est d’intensifier l’éducation et la culture de la femme, en favorisant en même temps toutes ses revendications tant de nature politique que civile. En même temps, nous maintenons un programme ibéro-américaniste, car nous luttons ardemment pour l’union politique et économique de nos nations et, par conséquent, nous combattons l’impérialisme étranger qui est la cause de plusieurs de leurs tragédies, et qui réduit considérablement son indépendance politique. »[53]

L’UMA de Bolivie, tout comme la Légion Féminine, était donc rattachée à une organisation internationale plus vaste dont l’un des objectifs principaux était la création de liens entre femmes latino-américaines afin d’organiser une lutte commune pour leurs revendications. L’éducation et la culture de la femme apparaissaient comme un des objectifs principaux de l’organisation, ainsi que l’obtention des droits civils et politiques des femmes. La lutte contre « l’impérialisme » à laquelle se réfère Zoila Viganó est liée à la thèse la plus courante pour expliquer les motifs qui déclenchèrent la guerre contre le Paraguay. Selon cette thèse, le conflit aurait été promu par l’impérialisme qui se reflétait dans l’affrontement entre la Compagnie pétrolière Standard Oil qui opérait en Bolivie et l’anglo-hollandaise Royal Dutch Shell, dont la compagnie subsidiaire allait opérer dans le Chaco Boréal car l’on supposait que des puits de pétrole se trouvaient dans cette région. La Standard Oil se serait trouvée bloquée, parce qu’elle ne pouvait pas exporter le pétrole bolivien par la rivière Paraguay, bloquée par les Paraguayens, et que l’Argentine prétendait exploiter elle même le pétrole situé au Nord du pays. La présence de la Standard gênait donc les Argentins qui s’opposèrent à la construction d’un pipeline entre la Bolivie et l’Argentine. La Standard Oil aurait donc poussé à la guerre entre la Bolivie et le Paraguay pour satisfaire ses intérêts[54].

Les objectifs de l’UMA s’inscrivaient donc dans le contexte d’après guerre dans lequel les femmes boliviennes voulaient développer des liens avec les autres pays pour favoriser le pacifisme entre nations.

L’on ne connaît pas la structure et l’organisation de l’UMA à La Paz, mais l’on a des informations sur celle de son homologue fondé à Cochabamba en mars 1936. L’on peut supposer que l’organisation et la structure de l’UMA de La Paz étaient similaires à celles de l’UMA de Cochabamba. Celle-ci comprenait une Secrétaire de gouvernement, Maritza Cuadros Quiroga, et des Secrétaires de liens et des réseaux continentaux, María Teresa Urquidi (voir annexe n°6) et Julia Villazón. L’organisation comptait également plusieurs sections couvrant diverses activités: pro paix, pro éducation des indigènes, pro orphelins de guerre, pro prisonniers de guerre, propagande, culture de la femme, droits féminins (charge tenue par Lily Cámara Ugarte et Cira Aguayo (voir annexe n°51), pro défense de l’enfance déshéritée, beaux-arts, pro morale, liens avec les ouvriers (dont s’occupait Rosa Morales (voir annexe n°61), presse, pro législation sociale de la femme (dont s’occupait Luisa Mendoza (voir annexe n°60), bibliothèque, bienfaisance, actes, économie, statistique, présentations littéraires et artistiques[55].

Les champs couverts par l’organisation étaient très divers et liés au contexte de guerre. Ainsi par exemple, les sections pro paix, pro orphelins de guerre, prisonniers. Tout comme la Légion Féminine, l’UMA couvrait un secteur social avec les sections de liens avec les ouvriers, pro défense de l’enfance déshéritée, pro législation Sociale de la femme. L’organisation avait des projets semblables à ceux de l’Athénée Féminin avec l’existence des sections pro éducation indigène et bienfaisance. Il est difficile de savoir de quelle manière les projets sociaux étaient envisagés par l’organisation, compte tenu du peu d’informations dont on dispose. Il est également difficile de savoir si l’organisation avait une orientation « socialiste » comme la Légion Féminine dans le contexte d’après-guerre, ou s’il s’agissait d’une organisation plus « bourgeoise » comme l’Athénée Féminin. Dans tous les cas, les sections existantes laissent entrevoir qu’un tel contexte avait fortement influencé l’organisation de la société avec les sections destinées à affronter les problèmes liés à l’après-guerre, la volonté de créer des liens avec les classes populaires et la préoccupation pour la législation sociale de la femme.

Des membres de la Légion Féminine de Cochabamba, telles que Cira Aguayo, Luisa Mendoza et Rosa Morales, étaient également membres de l’UMA de cette ville. On ignore quelles étaient les relations que les deux organisations entretenaient: étaient-elles de collaboration ou de concurrence ? Il est probable qu’elles aient collaboré par la présence de membres des deux côtés, et par le fait qu’Etelvina Villanueva et Zoila Viganó avaient travaillé ensemble dans le Comité d’Action Féministe de La Paz (sauf dans le cas d’une éventuelle dispute entre ces deux dirigeantes).

Zoila Viganó fonda d’autres satellites de l’UMA à Oruro et à Santa Cruz.

Le journal El Diario accorda une section féminine à l’organisation, également dirigée par Zoila Viganó où étaient publiés des articles relatifs aux droits des femmes, ainsi que des textes littéraires.

La guerre du Chaco entraîna un bouleversement majeur en Bolivie ; la défaite catastrophique fut source de frustrations et d’amertumes d’une génération qui remit en question le régime de gouvernement oligarchique qui existait dans le pays depuis la fin du 19e siècle. Les classes moyennes de la société, qui avaient soutenu le gouvernement avant la guerre, se mirent à chercher de nouvelles orientations politiques pour répondre aux frustrations et aux mécontentements qui avaient surgi après le conflit avec le Paraguay. Une effervescence politique s’ensuivit à la fin de la guerre ; les bases du régime de gouvernement oligarchique commencèrent à s’écrouler.

La guerre entraîna également un bouleversement majeur dans la vie des femmes comme nous l’avons examiné. Elles contribuèrent à l’effort de guerre de manière importante à travers les organisations de secours et d’assistance aux mobilisés et à leurs familles. Le rôle qu’elles jouèrent durant la guerre permit à un certain groupe de femmes de prendre conscience de l’importance de la contribution des femmes en ce moment de crise. Le mouvement féministe se raviva avec une campagne menée afin d’obtenir les droits civils et politiques des femmes. Cependant, cette dernière était considérée comme l’expression d’un certain égoïsme dans les circonstances tragiques de la guerre, et n’obtint aucun résultat. Les stratégies des femmes qui l’avaient lancé, changèrent donc après la guerre. Des organisations rattachées à des institutions internationales furent créées avec des objectifs beaucoup plus larges comprenant des inquiétudes sociales. Les stratégies et objectifs de ces nouvelles organisations féministes s’inscrivaient dans le contexte d’après-guerre où il fallait s’affilier à des organisations internationales pour promouvoir le pacifisme ; il importait aussi de répondre aux problèmes sociaux aggravés avec la crise économique et avec la guerre et où de nouvelles doctrines comme le « socialisme » apparaissaient comme des réponses possibles utiles à la reconstruction du pays. L’UMA, mais surtout la Légion Féminine furent les produits de ce contexte d’après-guerre où les féministes durent adapter leurs stratégies et objectifs au contexte social et politique. Il ne suffisait plus de réclamer les droits civils et politiques comme elles l’avaient fait pendant la guerre, il fallait créer des organisations de structure internationale comprenant aussi des objectifs d’amélioration des conditions de vie de la société toute entière.

Le débat créé par les féministes pendant et après la guerre sur l’obtention des droits civils et politiques eut une répercussion dans la sphère politique. Ces droits furent débattus et considérés en vain par les hommes politiques.

C) Quelques avancées vers l’octroi des droits civils et politiques aux femmes… qui ne menèrent nulle part.

a) Le décret-loi de David Toro octroyant les droits civils aux femmes jamais mis en application

À la suite de la lettre envoyée par la Légion Féminine à la Junte militaire du gouvernement réclamant l’octroi des droits civils et politiques aux femmes en accord avec le programme officiel du gouvernement, le Président, David Toro, répondit favorablement par une lettre à la Légion Féminine, assurant que le gouvernement « socialiste » se chargerait d’octroyer les droits civils aux femmes[56]. Des commissions furent organisées en juillet et août pour étudier les droits civils de la femme. Finalement, un décret-loi leur octroyant les droits civils fut proclamé le 21 octobre 1936. Cependant, pour des raisons qui nous sont inconnues, ce décret-loi ne fut jamais appliqué.

Le « Projet de réintégration des droits civils de la femme », réalisé par Benjamín H. Gallardo et présenté au Parlement par l’Athénée Féminin en 1925, servit de base à la réalisation du décret de Toro. Celui-ci reprit presque tous les articles du projet de Gallardo, quasiment à l’identique, avec de légères modifications et quelques suppressions.

Ainsi, le décret de Toro étant presque identique au projet de Benjamín H. Gallardo déjà étudié dans la première partie de ce travail, on se limitera ici à présenter uniquement les modifications apportées au projet original par ce décret.

La présentation des considérations du décret fut ainsi exprimée dans le décret:

« DÉCRET SUPRÊME DU 21 OCTOBRE 1936.

 

Furent légiférés les droits civils de la femme et le régime juridique et économique de la société conjugale.

 

Le colonel David Toro R.

Président de la Junte Militaire de Gouvernement.

 

 

CONSIDÉRANT:

Que l’incapacité civile de la femme répond seulement à une fiction juridique, tendant à la protéger sous l’autorité du mari en discréditant sa personnalité.

Que de tels droits de la femme, examinés dans les codes en vigueur, comme une personne membre de la société conjugale, ont été soumis à une révision générale.

Que l’évolution du droit civil a incorporé des réformes radicales dans le régime conjugal, reconnues par les principales nations.

Que des réputés jurisconsultes nationaux, comme Aspiazu, Canedo, Toro et d’autres, en s’occupant d’une matière si importante, ont déjà effectué de précieuses études, parmi lesquelles on distingue celle du docteur Benjamín H. Gallardo extraite de la législation brésilienne du 1er janvier 1916.

Que de cette étude a été éliminé tout ce qui peut faire l’objet de confusion, en examinant le texte même de la réforme brésilienne et en réalisant une étude sur les conditions et capacités du pays ;

Qu’un des postulats du gouvernement socialiste est de reconnaître à la femme bolivienne le libre exercice de ses droits civils. »[57]

Le projet de Gallardo établissait, dans l’article 7, que les futurs mariés devaient apporter un certificat médical pour prouver qu’ils n’avaient pas de maladies contagieuses. Cet article fut éliminé dans le décret de Toro.

Le décret de Toro reprenait l’article selon lequel le mari était le chef de la famille conjugale avec toutes les prérogatives que cela impliquait (représentation légale de la famille, administration de biens communs et patrimoniaux de la femme, droit de fixer et de changer le domicile de la famille, subvenir aux besoins de la famille), cependant, il éliminait l’article du projet de Gallardo selon lequel le mari avait le droit d’autoriser la profession de la femme et sa résidence hors du foyer conjugal.

L’article du projet de Gallardo selon lequel en cas d’absence d’un des conjoints la patria potestad correspondait au conjoint présent, fut remplacé par « En cas d’absence, d’empêchement, interdiction ou mort du mari, l’exercice de la patria potestad et l’administration des biens correspond à la femme ».

Concernant la licence uxoriale, le décret de Toro reprit tous les articles du projet de Gallardo, à exception de celui qui établissait que le mari ne pouvait, sans le consentement de sa femme, faire des donations avec des biens communs sauf s’il s’agissait d’une donation rémunératrice ou de petite valeur. Cet article fut remplacé par « (Quel que soit le régime des biens, le mari ne peut sans le consentement de sa femme): faire des donations avec les biens communs ».

L’article selon lequel la femme ne pouvait exercer une profession sans le consentement de son mari fut éliminé par le décret de Toro.

L’article 12 du projet de Gallardo stipulant que la femme qui exerçait une profession, une industrie ou un acte lucratif, ou qui travaillait en tant qu’ouvrière, avait le droit de pratiquer tous les actes inhérents à son exercice et à sa défense, tout comme le droit de disposer librement du produit de son travail, fut remplacé par « La femme qui exerce une profession, une industrie ou un acte lucratif, ou qui travaille comme ouvrière a le droit de faire usage de toutes les actions inhérentes à son exercice ».

Dans le projet de Gallardo, la femme mariée pouvait, sans l’autorisation de son mari, libérer ou revendiquer les immeubles du mariage que celui-ci avait mis en garantie ou aliéné, sans le consentement de sa femme ou du juge. Dans le décret de Toro, la femme pouvait « libérer ou revendiquer les immeubles du mariage que le mari avait mis en garantie ou aliéné ». De même, si dans le projet de Gallardo la femme pouvait revendiquer les biens communs, meubles ou immeubles donnés ou transférés par le mari à sa concubine, dans le nouveau décret, la femme pouvait réaliser cette action pour les biens communs, meubles ou immeubles transférés par le mari à quiconque.

Le reste du décret concernant les types de régimes matrimoniaux est presque identique au projet de Gallardo, avec l’ajout de quelques précisions concernant surtout le régime dotal[58].

Comme on le voit, les modifications apportées par le décret-loi de Toro au projet original élaboré par Benjamin H. Gallardo sont minimes. Les modifications principales concernent l’exercice professionnel de la femme. Dans le décret de Toro, celle-ci n’avait plus besoin de l’autorisation de son mari pour exercer une profession et faire usage de toutes les actions qu’impliquait cet exercice.

Le décret protégeait davantage les biens communs et les biens de la femme ne permettant pas au mari de faire des donations ou de les transférer sans l’autorisation de la femme.

Ce décret fut critiqué par des jurisconsultes tels que José Macedonio Urquidi et José María Gutierrez qui avaient été les défenseurs des droits civils et politiques des femmes. Ils considéraient qu’ayant été réalisé en 1916, le Code Civil brésilien sur lequel se basait ce décret était archaïque pour l’époque, qu’il était complexe et long, et qu’il ne libérait pas vraiment la femme de la dépendance maritale[59]. Le docteur José María Gutierrez, invité par l’UMA, réalisa une conférence en novembre 1936 pour discuter de la Loi du Divorce Absolu qu’il soutenait mais il considérait qu’elle faisait l’objet d’abus de la part de la population, et pour débattre des modifications qui devraient se réaliser par le décret-loi de Toro[60]. Il est probable que ce décret n’ait pas bénéficié du soutien suffisant et que, pour cette raison, il n’ait jamais été appliqué.

Cependant, même si ce décret ne fut jamais appliqué, le fait que le gouvernement ait pris en compte les demandes des membres de la Légion Féminine pour élaborer un décret de loi octroyant les droits civils aux femmes, montre que, dans le contexte de changements d’après guerre, la question d’accorder les droits civils et politiques aux femmes fut une question débattue non seulement dans la société mais aussi dans la sphère politique. C’est ce qui fut aussi révélé dans la Convention de 1938 où la question d’accorder le droit de vote aux femmes fit polémique au sein de l’Assemblée.

b) La Convention de 1938 et le débat sur le suffrage féminin

Les changements politiques, culturels et économiques qu’était en train de subir la Bolivie impliquaient des changements d’une plus grande profondeur dans le gouvernement et les principes qui régissaient le pays pour répondre à la soif des demandes et des aspirations nouvelles de la société bolivienne d’après-guerre. Ainsi, la question de réunir une Assemblée Constituante se posa au sein du gouvernement de Toro. Cependant, cette dernière se réunit finalement sous le gouvernement de Busch au milieu de l’année 1938.

La convocation à la Convention Nationale de 1938 représenta un moment historique dans le développement politique de la Bolivie. Comme l’affirme Herbert Klein: « Por una parte representaba la cristalización del pensamiento de post-guerra y echó los cimientos para el crecimiento de la izquierda nacional y la elaboración de su programa. »[61]

Cette Convention eut lieu du 24 mai à la fin du mois d’octobre 1938, après que la Bolivie vécut trois ans de gouvernement sans Parlement. Jusqu’à cette date, elle avait été régie par la Constitution de 1880: une Constitution typiquement libérale du 19e siècle, qui faisait de la propriété privée un droit sacré et où l’État intervenait très peu dans la sphère économique et sociale sous la prémisse du « laisser-faire ». La Constitution de 1938 était le signe que le pays affrontait une nouvelle période de son histoire et qu’on voulait tourner la page du libéralisme de 1880. Cette nouvelle Constitution était très importante en ce qu’elle modifiait quelques principes essentiels restés inchangés depuis 1826. Ces changements venaient en partie des courants du « constitutionnalisme social » qui s’inspiraient de la Constitution mexicaine de 1917. L’ère du « constitutionnalisme social », en Amérique Latine, fut marquée par la rupture avec les principes des constitutions du 19e siècle qui prônaient un gouvernement limité et la protection des droits individuels contre l’intervention de l’État, et surtout la protection de la propriété privée. Une grande partie des pays latino-américains rédigèrent de nouvelles constitutions au début du 20e siècle, qui stipulaient les responsabilités sociales du capital, les droits économiques du travailleur, et la responsabilité de l’État pour le bien-être de l’ensemble de ses citoyens. Le droit à la propriété privée n’était plus sacré ; il était désormais compris comme un droit social en liaison directe avec son utilité pour la collectivité. L’État était responsable de la société: il se devait d’éduquer et de garantir la santé des citoyens et de protéger les femmes et les enfants. Il s’agissait d’un interventionnisme d’État, qui s’opposait au « laisser-faire », de l’époque antérieure. La plupart de ces idées furent héritées du radicalisme et du socialisme européen, mais aussi du mouvement indigéniste latino-américain du 20e siècle, tout au moins dans les pays indo-américains qui cherchaient à travers leurs constitutions à détruire les liens féodaux qui maintenaient les indigènes exclus de la vie nationale. Telle fut l’expérience de la Bolivie en 1938, qui inaugurait une nouvelle période de son histoire avec cette Constitution.

Les parlementaires réunis à cette Convention venaient de tous bords: des représentants très conservateurs de l’oligarchie minière et des propriétaires fonciers ; quelques-uns parmi les plus grands intellectuels de gauche de l’époque ; des communistes qui n’avaient jamais occupé de fonction publique ; des dirigeants ouvriers qui occupaient pour la première fois dans l’histoire Bolivienne la charge de députés, et même un paysan indigène. La presse des partis traditionnels attaqua durement la composition hétéroclite de cette Convention, qu’elle qualifia de « populace illettrée ». Parmi les intellectuels présents à cette Convention, on peut mentionner Augusto Guzmán qui était à la fois écrivain, critique littéraire, historien et homme politique de gauche. Il était professeur de littérature, de droit minier, et d’histoire de l’art dans les Universités de La Paz et de Cochabamba. Il était membre de l’Académie de Langue et d’Histoire. Il avait participé à la Guerre du Chaco et avait été prisonnier de guerre au Paraguay, fait qui lui inspira l’écriture de son chef-d’œuvre Prisionero de Guerra  (1937). Augusto Céspedes faisait également partie de la Convention. Écrivain et homme politique de gauche, il avait participé à la Guerre du Chaco. Cette expérience lui inspira la rédaction d’un livre de contes intitulé Sangre de Mestizos (1936). Carlos Medinaceli était aussi un des grands intellectuels présents à cette Assemblée. Écrivain et homme politique de gauche, né à Potosí, il avait fondé la revue et le groupe littéraires  Gesta Bárbara,  dans cette ville. Son ouvrage le plus célèbre fut La Chaskañawi, publié en 1947 mais rédigé à la fin des années 1920. On peut également citer Nazario Pardo Valle, écrivain, journaliste et intellectuel qui collaborait avec le journal La Calle.

Les principaux dirigeants de la gauche socialiste et radicale présents à cette Convention étaient Carlos Medinaceli, Augusto Céspedes, Balcázar, Eguino Zaballa, Renato Riverín, Arriata, Siñani, Alvarez (les deux derniers étant des dirigeants ouvriers) Victor Paz Estenssoro et Walter Guevara Arze. Ces deux derniers furent plus tard les principaux dirigeants du Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (MNR)[62].

Une fois réunis dans la Convention, les parlementaires exprimèrent la mission et les objectifs qu’ils accordaient à la nouvelle Constitution qu’ils s’apprêtaient à rédiger, avec une conscience claire du moment tournant et historique qu’ils étaient en train de vivre. Pour eux, il s’agissait de créer un monde nouveau pour la génération du Chaco, et la nouvelle Constitution serait un acte de remise en question de l’ordre ancien. Ainsi, le ministre du gouvernement, le colonel César B. Menacho, exprima ce sentiment lorsqu’il salua la Convention lors de la première session en affirmant:

« Nous sommes en train de vivre, messieurs les députés, un moment indubitablement historique. La Guerre du Chaco a créé une nouvelle conscience collective et la réflexion précise de cette évolution doit être le travail que vous allez réaliser dans cette Chambre… Nous sommes à un moment où les événements perplexes, semblent hésiter, pour prendre une nouvelle impulsion avec une renaissance totale de leurs forces spirituelles et matérielles. (…) N’oubliez pas qu’à travers le principe idéologique que vous allez découvrir, la Convention de 1938, guidera sûrement les générations des cinquante ans à venir. »[63]

Une des questions essentielles que l’Assemblée législative de 1938 débattit fut celle d’accorder la citoyenneté aux femmes en leur octroyant le droit de vote. En juin 1938, le gouvernement envoya des projets avec des changements importants en relation avec la citoyenneté, la nationalité et la famille. Concernant la citoyenneté, le pouvoir exécutif proposa que le droit de vote soit accordé aux femmes[64]. Les débats par rapport à cette question commencèrent le 11 août 1938 et durèrent quatre jours. Pendant ces débats, la question apparut dans les journaux avec la publication d’articles divers d’hommes qui considéraient que les femmes perdraient leur féminité et qu’elles laisseraient de côté leurs obligations familiales en s’immisçant dans les luttes politiques[65]. D’autres journalistes, en voulant faire de l’humour sur la question, arguaient que les femmes voteraient pour le candidat le plus « beau » ou le plus « bigot »[66]. Le débat s’intensifia avec la publication d’articles de femmes qui attendaient que justice leur soit enfin faite en leur accordant le suffrage[67]. Plusieurs femmes de La Paz, Cochabamba et Oruro envoyèrent des pétitions à l’Assemblée demandant aux députés que le droit de vote leur soit accordé[68]. Les institutions culturelles de femmes de La Paz, dont la « Comisión Interamericana Pro Derechos de la Mujer », la « Unión Femenina Social » et la « Unión Femenina de Fraternidad Pro Cultura de la Mujer », envoyèrent un message aux députés de l’Assemblée indiquant que les lois étaient dictées sans distinction de sexe et que les députés devaient accomplir les devoirs « socialistes » auxquels ils s’étaient engagés[69]. L’UMA envoya également une pétition qui mentionnait les avancées des autres pays par rapport à la question, le travail des femmes dans l’administration publique, et le fait que l’intervention des femmes dans les élections servirait à les « moraliser ». Plusieurs femmes étaient présentes à l’Assemblée pour écouter les débats, mais il semblerait que vers la fin de ceux-ci, leur présence fut moins importante[70]. Ayant entendu et lu dans les journaux les arguments s’opposant au suffrage féminin, plusieurs femmes dénoncèrent les arguments utilisés par les parlementaires opposants à la radio et dans les journaux[71]. La question ne passa donc pas inaperçue dans où le débat provoqua diverses réactions.

Nombreux furent les thèmes et les arguments mis en avant dans la Convention, pour défendre ou s’opposer au suffrage féminin.

Parmi les arguments en faveur du suffrage féminin, un des plus cités fut celui selon lequel les femmes devaient avoir le droit de vote car, par leur travail, elles contribuaient à l’économie et à la richesse du pays. Elles étaient présentes dans l’administration publique, dans les entreprises privées, le commerce, l’éducation, ainsi que dans un très grand nombre de secteurs où elles avaient réussi à s’implanter. En effet, les parlementaires avaient conscience de la présence massive des femmes sur le marché du travail, ce qui posait de nouveaux enjeux sociaux et politiques. Ainsi, comme l’affirma le parlementaire Rodríguez Vázquez:

« Dans notre pays, l’influence qu’a réussi à avoir la femme dans l’ordre social et dans d’autres activités, est très grande »[72].

Les femmes ne pouvaient plus être comprises uniquement dans la sphère familiale et privée, puisque visiblement et concrètement, elles étaient rentrées dans la sphère publique par l’accès massif au marché du travail et par le fait de travailler dans des postes qui auparavant, étaient uniquement occupés par les hommes. La société et les hommes politiques de l’époque étaient confrontés à une réalité indéniable de post-guerre à laquelle ils devaient faire face avec toutes les conséquences sociales et politiques que cela impliquait, comme la reconnaissance des droits civils et politiques des femmes, en vertu de leur participation à la richesse de l’État. Comme l’explique le parlementaire Fajardo:

« La femme contribue au maintien de l’État avec le paiement des impôts et le travail dans les fonctions publiques : par conséquent, elle a des responsabilités envers la société et envers la patrie. Même si l’homme effectue son service militaire, la femme donne des enfants, dont elle se détache en cas de guerre. Elle mérite donc d’être bien considérée, et elle mérite aussi le droit à la citoyenneté. Nous devons prendre en compte le fait que les femmes ont atteint non seulement les postes publics, mais aussi le commerce et l’industrie, car une grande quantité d’ouvrières et d’employées occupent ces domaines. »[73]

Ou encore, comme le dit le parlementaire Villarroel Claure:

« Un autre aspect est lié à la participation de la femme comme facteur économique au sein de l’organisation de l’État. En observant l’environnement dans lequel nous vivons, on voit que la femme, surtout celle issue de la classe moyenne, ne contribue pas seulement à sa production personnelle mais elle est aussi parvenue à écarter l’homme dans certaines activités. Les femmes ayant des intérêts économiques, que ce soit dans leur propriété ou leur travail, il est logique qu’on ne puisse pas les priver de défendre leurs droits, en refusant leur intervention dans la formation des pouvoirs de la nation. »[74] 

La guerre avait profondément changé la réalité du pays car les femmes avaient été contraintes d’accéder massivement au marché du travail, à contribuer à l’effort de guerre et à subir les tragédies de la guerre. Les difficultés que certaines avaient dû affronter pendant et après la guerre, à travers le travail et les conséquences du conflit, leur donnait une certaine légitimité à vouloir s’intéresser à la chose publique puisque désormais, comme résultat de la guerre, elles faisaient partie de la sphère publique avec leurs spécificités et leurs nécessités propres. Ainsi, comme le parlementaire Flores Jiménez l’affirma:

« Les femmes ont un indice de nécessité qui doit être interprété avec un critère et une sensation propres à elles-mêmes. Les employées d’État qui forment déjà une catégorie de plus de mille cinq-cents personnes, avec une capacité acquise dans des activités de fonction publique ou privée, sont en condition d’apprécier les phénomènes sociaux avec un critère propre, bien que différent à celui des hommes. Les veuves, les mères de famille, celles qui possèdent un diplôme universitaire et finalement les mères des combattants morts pendant la guerre, forment quatre catégories de femmes qui, non seulement ont parfaitement raison d’intervenir, mais ont également la capacité de participer avec l’homme dans l’entreprise de construction du gouvernement, non pas comme éligibles mais comme électrices. (…) Je formule la modification suivante : ‘Auront le droit politique ou le vote, les catégories de femmes suivantes : 1°., celles qui ont un diplôme universitaire ; 2°., les employées d’État, de commerce et des industries urbaines qui sont syndicalisées; 3°., les veuves qui sont mères de famille ; 4°., les mères d’anciens combattants morts pendant la guerre.’ »[75]

La réalité de l’accès massif des femmes au travail était claire et les parlementaires en avaient bien conscience. Pour certains, cette entrée massive des femmes dans le marché du travail avait forcément des conséquences politiques et sociales, puisque certains pensaient que si la femme travaillait, que ce soit dans l’administration publique, le commerce, l’industrie, etc., il était juste que les femmes puissent participer à la sphère politique pour faire connaître leurs nécessités propres, liées à leurs activités professionnelles. Pour d’autres, à part le travail, l’éducation et le fait d’avoir directement subi les conséquences de la guerre (veuve, mère de famille, ou mère d’un ancien combattant), leur donnaient une légitimité certaine à participer à la vie politique. En travaillant, les femmes s’intégraient de fait dans la sphère publique, ce qui leur donnait légitimement le droit d’être rattachées à ce domaine et de participer à la formation des pouvoirs publics, d’autant plus que, seuls les citoyens pouvaient travailler dans l’administration publique ; les femmes bénéficiaient de ce droit sans pour autant être citoyennes ; il y avait donc une inconsistance dans la loi qu’il faillait corriger.

Si une grande partie des femmes avaient accédé massivement au marché du travail, surtout après la guerre du Chaco, c’était parce qu’une grande partie d’entre elles possédaient la culture et la formation nécessaires pour exercer leur profession et avoir une vie indépendante. L’éducation des femmes fut également un argument très utilisé pour justifier leur inclusion dans la vie politique, d’autant plus qu’une des conditions nécessaires pour être citoyen était savoir lire et écrire. Il semblait donc absurde d’écarter de l’exercice de ce droit les femmes qui remplissaient cette condition. Ainsi, comme le déclara le parlementaire Ayala Gamboa:

« Il n’est pas possible qu’un domestique, par exemple, ait plus de droit qu’une demoiselle cultivée, qui a suivi tous les cycles de l’instruction. Pourquoi celle qui a le plus de capacités ne peut pas participer par le vote à la formation des pouvoirs publics ? Avoir le baccalauréat devrait être une condition exigible pour la femme, ainsi, elle pourrait intervenir dans l’exercice du droit de la citoyenneté. La femme peut aussi montrer sa capacité sous cet aspect, car nous sommes tous témoins que celle-ci en tant que facteur économique, produit parfois plus que l’homme. En résumé, je désire ardemment et je voterai pour que la Convention accorde le droit de suffrage à la femme, pour qu’elle participe comme électrice et qu’elle soit éligible aux charges municipales, pour le moins.  »[76]

De son côté le parlementaire Pardo Valle affirmait:

« Contrairement à ce que l’on a manifesté dans cette salle, les dames et demoiselles aptes au bon usage des droits politiques en question sont nombreuses. D’ailleurs, les femmes qui ont des meilleures capacités que les hommes s’élèvent à des milliers. Il y a des femmes professionnelles, dotées de diplômes universitaires et académiques, qui, néanmoins, se trouvent en marge de ce droit, tandis que plusieurs électeurs actuels lisent à peine et gribouillent avec difficulté leur propre nom. En ce qui concerne la moralité et la compréhension des devoirs civiques, il n’y a pas de comparaison possible. »[77]

Le parlementaire Burgoa allait dans le même sens:

« Je ne trouve aucune raison de nier l’exercice de ce droit légitime à la femme qui sait lire et écrire, c’est-à-dire, à celle qui est suffisamment apte à pouvoir intervenir comme électrice et pouvant être éligible et prendre part ainsi aux intérêts de la chose publique. Sans aucun doute, il existe dans le pays environ 20.000 femmes qui ont la capacité d’exercer les droits politiques, parfois dans de meilleures conditions que certains hommes. (…) Cette mesure, qui est pour moi indispensable à l’heure actuelle, viendra augmenter le pourcentage d’éléments conscients dans l’électorat du pays, puisque je suis convaincu qu’il y a plus de 20.000 électeurs de sexe masculin, qui savent à peine écrire leur nom et n’ont pas conscience de ce qu’ils font ; par conséquent, il n’est pas possible que cette grande partie d’éléments capables et préparés soient subordonnés à d’autres qui peuvent à peine signer. »[78]

Ainsi, pour certains parlementaires, c’était le critère de l’éducation (et donc celui de classe) qui devait primer devant le critère du sexe, même si les ambiguïtés étaient nombreuses. En effet, la plupart de ceux qui défendaient la capacité des femmes à participer à la vie politique étaient d’accord pour qu’on accorde le droit de vote uniquement à celles possédant un diplôme universitaire ou ayant suivi l’instruction secondaire ou primaire ; autrement dit, les critères à remplir pour voter étaient tout de même plus élevés que ceux exigés aux hommes qui devaient seulement savoir lire et écrire. Le parlementaire Anaya l’exprima:

« Je suis pour l’octroi du droit de vote à la femme, mais de manière restreinte, en le limitant à celles qui, en raison de leur culture sont dignes de ce droit, qui implique la liberté de critère, la liberté de raisonnement et la liberté de conviction. (…) Il importe alors qu’une conscience civique soit capable d’influer et de modifier l’ambiance actuelle, de manière progressive, jusqu’à atteindre le vrai concept de souveraineté nationale. Nous y parviendrons si nous accordons le droit de citoyenneté aux femmes qui ont un diplôme universitaire ou professionnel et celles qui ont la renommée de femmes cultivées, comme les écrivaines, les poétesses, etc.»[79]

En plus de constituer une mesure juste et légitime, puisque les femmes, de par leur présence sur le marché du travail et leurs capacités, méritaient le droit de vote, celle-ci s’avérait utile car elle permettrait de « moraliser » les élections corrompues dans le pays par des pratiques frauduleuses. En effet, une grande partie des parlementaires considérait que les femmes étaient un élément moralisateur, car, par leur nature, elles étaient plus respectueuses des valeurs morales que les hommes. Les inclure dans la vie politique était donc utile pour en finir avec la violence, la fraude et la corruption qui caractérisaient la vie politique bolivienne. Ainsi, comme l’affirmait le député Nazario Pardo Valle:

« Il est nécessaire d’admettre cette vérité : dans la majorité des cas, la femme révèle des qualités qui s’avèrent peu fréquentes chez l’homme, telles que l’honnêteté, la ponctualité, et l’absence de vices. Tandis que le nombre de citoyens souffrant de graves défauts moraux qui les rendent inaptes au bon exercice des droits politiques est innombrable, plusieurs femmes pourraient les remplacer avec avantage. »[80]

Le député Fajardo s’exprimait ainsi:

« On ne doit pas oublier que les luttes politiques, comme toute manifestation sociale, sont susceptibles d’humanisation. Si nous accordons l’intervention à la femme dans les luttes politiques, il est très probable que ces manifestations s’humaniseront par le respect que mérite la femme. »[81]

Les avancées à l’étranger concernant la question étaient également présentes dans l’esprit d’une partie des parlementaires qui considéraient que la plupart des nations civilisées avaient déjà franchi le pas en octroyant le droit de vote aux femmes. C’est ce qu’exprime le parlementaire Pardo Valle:

« Dans le monde il n’y a aucun pays civilisé où la femme soit exclue de la fonction publique. Et si en Bolivie on lui reconnaît des aptitudes et une certaine efficacité, pourquoi le droit de vote lui serait-il nié ?»[82]

Les résultats du suffrage féminin, dans ces pays, étaient satisfaisants. Il s’agissait donc d’une mesure positive pour la vie politique des différentes nations. C’est ce qu’entend démontrer le député Jordán Cuellar en citant l’exemple des États-Unis:

« Aux États-Unis, où le vote féminin existe, des femmes gouverneurs, parlementaires, etc., exercent une haute fonction avec habileté, et la présence de la femme américaine au sein des campagnes électorales de cette nation a eu véritablement la vertu d’apaiser les violences politiques. Le socialisme a été mis en place grâce à son intervention efficace dans les affaires de l’État. »[83]

Pourtant, nombreuses furent les interventions qui s’opposèrent à cette mesure jugée, « prématurée » et « dangereuse ». Parmi les arguments contre le suffrage féminin, un des plus cités était celui selon lequel les femmes appartenaient à la « nature » et les hommes à « l’histoire ». Il s’agissait de deux sphères complètement distinctes; vouloir les dépasser était une atteinte dangereuse à l’ordre des choses, s’opposant à l’« harmonie » des sexes, qui avait déjà été troublée pendant la Guerre du Chaco, où les femmes, dans l’urgence du moment, avaient dû accéder aux espaces exclusivement dévolus aux hommes. Comme l’affirme Augusto Guzmán:

«  L’humanité est divisée en deux sexes qui jouent des rôles absolument distincts, même s’ils se complètent dans l’histoire, ils sont essentiellement différents, non pas par la volonté des législateurs, mais parce que la nature a établi fatalement la différence sexuelle. Si nous accordons les droits politiques à la femme, nous continuerons à accentuer ce décentrage de la sensibilité féminine opérée à l’occasion de la guerre du Chaco (…) Je parle fondamentalement du projet d’accorder les droits politiques à la femme dans les mêmes conditions qu’à l’homme, ce qui me paraît absolument dangereux pour les institutions du pays. Je ne nie pas que les auteurs du projet soient inspirés par un esprit généreux, mais ils sont dans l’erreur en pensant que la femme peut s’identifier à l’homme (…) La femme ne peut pas intervenir en politique parce que l’on introduirait la méconnaissance dans les mariages, la perturbation la plus profonde dans les relations de deux êtres de sexe différent. Si, dans la vie conjugale des disputes se produisent fréquemment, que se passerait-il si l’on conduisait la femme aux luttes des partis, à l’exacerbation des passions politiques ? Si une telle chose arrivait, on aurait tout simplement conspiré contre la fonction sociale de la femme, on l’aurait transformé en un être qui aurait perdu sa qualité naturelle, pour acquérir une personnalité artificielle masculinisée. » [84]

Que la femme veuille transgresser les limites de la sphère qui lui était dévolue, c’est-à-dire, la sphère privée de la famille, du foyer, de la maisonnée, était inacceptable pour certains parlementaires. Qu’elle envahisse l’espace masculin, à savoir, l’espace public, celui de la politique et de l’Histoire était considéré comme une aberration, d’où les attaques nombreuses à la figure qu’incarnait cette transgression et ce brouillage de sphères et d’identités masculines et féminines: la « flapper » ou la « garçonne », icône de la femme « moderne ». La figure de la « garçonne » était apparue en France dans le roman de Victor Margueritte, intitulé « La Garçonne », publié en 1922, qui présentait une femme ayant décidé de mener une vie libre avec des partenaires multiples. Cette figure était devenue une mode dans ce qu’on appelle les « années folles » qui commencèrent à la fin de la Première Guerre Mondiale, et se terminèrent en 1929. Le terme était synonyme de femme émancipée, active et autonome, fumant, buvant, s’adonnant à des pratiques sportives, conduisant des voitures, et ayant des mœurs libérées, affichant des liaisons hors mariage, voire son homosexualité ou sa bisexualité. Dans la mode, le look de la « garçonne » émergea à Paris, sous l’impulsion de Coco Chanel principalement. L’allure de la « garçonne » se caractérisait par une silhouette androgyne et longiligne, où n’étaient plus marquées ni la poitrine, ni la taille, et par le port des cheveux courts. L’équivalent de la « garçonne » aux États-Unis était la figure de la « flapper », qui se caractérisait également par la liberté des mœurs, la mobilité, l’autonomie, la fréquentation des clubs de jazz. Cette figure était apparue en 1920 dans le film « The Flapper » de Frances Marion. La figure de la « garçonne » et de la « flapper » étaient diffusées au cinéma, et plusieurs actrices incarnaient cette figure comme Louise Brooks, Clara Bow et Joan Crawford. D’ailleurs, en 1936, sortit l’adaptation cinématographique du roman de Victor Margueritte, « La Garçonne », sous la direction de Jean de Limur.

En 1938, on se trouvait au cœur de cette mode et les figures de la « flapper » et de la « garçonne » étaient très présentes dans les esprits de l’époque. Ainsi, les parlementaires ne manquaient de s’y référer pour décrire le comportement immoral et transgressif des femmes des classes élevées principalement, qui, d’après eux, ne méritaient pas d’obtenir le droit de vote. Dans l’esprit des parlementaires, si les femmes voulaient participer à la vie politique c’était dans un désir de « masculinisation » déjà exprimée par leur comportement.

C’est ce qu’exprime en partie le député Augusto Guzmán:

« Si une telle chose arrivait, on aurait tout simplement conspiré contre la fonction sociale de la femme, on l’aurait transformé en un être qui aurait perdu sa qualité naturelle, pour acquérir une personnalité artificielle masculinisée… »[85]

Le parlementaire Flores Jiménez, qui avait très bien compris la référence à laquelle Guzmán faisait allusion, répondit:

« Un autre aspect semble alarmer le conventionnel Guzmán, peut-être très touché par la littérature de Victor Margueritte, avec « La Garçonne » qui raconte les modifications de l’esprit de la femme après 1918… »

Cette figure incarnée dans le comportement des femmes des classes moyennes et élevées était produite, selon le parlementaire Araúz, par les changements liés à la « modernité », ce qui scandalisait le député:

« La vie moderne nous envahit avec fureur, avec cet ensemble de coutumes qui s’appelle modernisme, et qui s’est introduits dans les foyers boliviens, par la facilité avec laquelle les peuples qui n’ont pas une civilisation avancée assimilent les défauts et les vices. La seule chose que la Bolivienne a appris, de la société appelée moderne, sont les vices des hommes, de telle façon qu’elle va bientôt les dépasser. Jadis, dans les foyers, une jeune fille de 15 ans devait se cacher pour fumer ; aujourd’hui, une jeune fille de cet âge fume dans les rues et chez elle avec ses parents, la seule chose qu’on ne lui pardonne pas, c’est qu’elle fume sans grâce. (…) Auparavant, aucune femme ne visitait les bars ; aujourd’hui on voit des filles de 15 ans, dans les lieux où l’on s’amuse, fumant et buvant des cocktails, et lançant des blagues qui feraient rougir un carabinier. Auparavant, la femme ne voulait pas être égale à l’homme, nos mères se contentaient d’êtres des femmes au foyer, la vie politique leur était égale, mais pas la vie domestique ; maintenant, nous arrivons à l’extrême où la femme a appris tous les vices masculins, par ce désir d’imitation, et en plus, elle veut se plonger dans les luttes politiques. (…) De nos jours, les mères, au lieu de se préoccuper de l’éducation de leurs enfants, préfèrent jouer au « baccara », au bridge, fumer et boire ; aucune maison ne manque de salle de jeux. (…) Lorsqu’un mari veut mettre fin à ces excès, la femme a tout simplement recours au divorce, pour se libérer de l’obstacle qui s’oppose à ses caprices. »[86]

À la fin de cette intervention, la plupart des parlementaires semblaient avoir été touchés par les paroles du député Araúz, car ils répondirent par des applaudissements.

Le parlementaire Liendo fit également référence à la figure de la « flapper » pour s’opposer à l’octroi du droit de vote aux femmes des classes moyennes et élevées qui incarnent cette figure:

« Et pour ne pas perdre plus de temps, je me limite à exprimer, brièvement, mon avis contre le vote féminin, car, en réalité, les seules qui pourraient avoir ce droit seraient les « cholas » et les « indias », des éléments productifs, mais pas les «flappers » qui perdent leur temps entre cocktails et volutes de fumée. »[87]

Faire appel aux figures de la « garçonne » et de la « flapper » pour justifier leur opposition au suffrage féminin disqualifiait moralement le comportement des femmes éduquées des classes moyennes et élevées, qui ne méritaient pas de devenir citoyennes parce qu’elles transgressaient les lois morales, et qu’elles voulaient entrer dans une sphère qui ne leur était pas réservée: la sphère publique, celle des hommes. Les figures de la « garçonne » et de la « flapper » représentaient les craintes d’une partie des hommes politiques de voir les femmes hors de la sphère privée et familiale. Ces deux figures représentaient également le désir des femmes de sortir de l’espace privé pour entrer dans l’espace public: en allant dans les bars, en fumant, en buvant, en conduisant des voitures, etc., elles entraient dans la sphère publique de l’homme, et se « masculinisaient ». Ces deux figures étaient le résultat des transformations produites par la Première Guerre Mondiale en Europe, où les femmes entrèrent massivement dans le marché du travail et par conséquent, dans la sphère publique. Le même phénomène s’était opéré en Bolivie avec la guerre du Chaco.

Attaquer la « garçonne » et la « flapper » était une manière d’attaquer les femmes de la bourgeoisie, dont leur modes de vie et leur travail étaient discrédités par les parlementaires. En effet, pour contrer les arguments défendant le suffrage féminin, qui mettaient en avant la présence des femmes sur le marché du travail, les parlementaires, surtout ceux de gauche, disqualifièrent le travail exercé par les femmes des classes moyennes et élevées. En effet, plusieurs parlementaires considéraient que ces femmes travaillaient par pure « frivolité » et non pas par nécessité. Ils utilisaient des arguments liés à une disqualification morale du travail, mais ils ne nièrent jamais la présence des femmes dans l’espace public à travers le travail comme une réalité claire et absolue. Ils confirmèrent leur présence dans l’espace public et celle massive, dans le marché du travail en citant le travail des femmes des classes populaires, des métisses (« cholas ») et des indigènes, qui d’après eux, réalisaient le « vrai » travail. Or, comme ils le savaient parfaitement, la plupart des femmes des classes populaires qui travaillaient ne savaient ni lire ni écrire, et ne pouvaient donc pas, devenir citoyennes. Celles qui potentiellement pouvaient avoir le droit de vote (car elles savaient lire et écrire), ne réalisaient pas un « vrai » travail et ne méritaient donc pas de devenir citoyennes. Telle était la logique des arguments des parlementaires qui se prononcèrent contre le suffrage féminin. L’explication d’ Araúz O. allait dans ce sens:

« Je vais expliquer au parlementaire Rodríguez Vázquez, pourquoi les femmes occupent des postes publics. Dans d’autres lieux, le travail rend digne, parce qu’il répond à la satisfaction de nécessités supérieures, essentielles, par exemple, le maintien du foyer. En Bolivie, la femme est en train de discréditer le travail, parce que les papas et les mamans qui ont besoin d’argent pour le jeu, pour les cigarettes, pour les boissons et pour toutes ces frivolités, ont résolu le problème en faisant en sorte que leurs filles occupent des postes publics, où, en tout commodité, elles reçoivent ce dont elles ont besoin, non pas pour les nécessités de la vie mais pour leurs frivolités. »[88]

Le parlementaire Céspedes suivait cette ligne de pensée en faisant référence au travail des femmes des classes populaires, et en confirmant l’importance du travail et de la production pour la citoyenneté:

« Dans l’aspect économique, il faut partir d’un principe : la citoyenneté n’est fondée que dans la capacité productrice à travers laquelle tout élément qui contribue à l’économie a le droit de surveiller son rang à partir de l’ État. (…) La femme Bolivienne – celle de la classe dominante – a atteint cette capacité en proportion relative, mais en échange, cette vertu du travail et de la production est atteinte par les classes métisses et indigènes féminines de notre pays. La « chola » est admirable par sa force productrice, son dynamisme social et son sens de la vie. La « chola » a réalisé, sans théories, la parfaite émancipation sexuelle et économique de la femme. La métisse est indépendante dans son économie, comme elle est indépendante dans le choix de son compagnon, elle élève et prend soin de ses enfants, et à certaines occasions, elle entretient même l’homme.(…) En ce qui concerne « la india », bien qu’elle ne soit pas socialement émancipée, elle conserve une solidarité communautaire avec l’homme dans la société indigène, dans laquelle elle travaille à égalité avec lui, en constituant un facteur économique irremplaçable du foyer. Ces deux types de femmes sont économiquement émancipées, alors que la femme blanche ne l’est pas. (…) Alors : s’il s’agit d’adopter le suffrage féminin, on donnerait précisément le droit de vote à la femme non émancipée, et on le refuserait de fait à celle qui est réellement libre, à savoir, à la métisse et à « la india ». »[89]

Cette intervention valut à Céspedes les huées des femmes présentes à la Convention.

Le parlementaire Liendo s’exprima brièvement sur la question:

« Et pour ne pas perdre plus de temps, je me limite à exprimer, brièvement, mon avis contre le vote féminin, car, en réalité, les seules qui pourraient avoir ce droit seraient les « cholas » et les « indias », des éléments productifs, mais pas les «flappers » qui perdent leur temps entre cocktails et volutes de fumée. »[90]

On comprend bien que ces attaques qui provenaient, pour la plupart de parlementaires de gauche servent à discréditer les femmes des élites qui représentaient la « décadence » de l’oligarchie qui avait mené le pays à la défaite. L’on observe la défense des femmes issues des classes populaires comme l’indigène et surtout la métisse qui étaient considérées comme les « véritables » forces productrices de la nation. Cependant, le système électoral étant restreint à ceux qui savaient lire et écrire, la plupart des femmes des classes populaires n’allaient pas être qualifiées pour voter. Dans ce cas, la question n’avait plus besoin d’être discutée, aucune femme ne pouvait voter.

En ce qui concerne le développement de l’éducation et la formation des femmes, la plupart des parlementaires ne niaient pas l’existence des femmes cultivées qui mériteraient le droit de vote, mais ils considéraient qu’elles représentaient une infime minorité pour qu’on leur accorde ce droit.

Ainsi, le parlementaire Balcázar affirma:

« Bien que dans notre pays, il existe des dames et des demoiselles cultivées qui peuvent très bien exercer la citoyenneté, on ne peut pas non plus légiférer pour vingt ou trente personnes. »[91]

En vue de leur refuser le droit de vote et de démontrer que les femmes cultivées appartenaient à une très petite minorité, les parlementaires s’appuyèrent aussi sur une sorte de pessimisme en lien avec le développement éducatif et culturel de la Bolivie en général. Ils essayèrent de démontrer que, si la plus grande partie de la population, y compris les hommes n’était pas suffisamment éduquée, la situation était pire pour les femmes puisque le développement de leur éducation était tout récent. C’est ce que tenta de démontrer le parlementaire Echazú:

« Maintenant nous voyons ce qui se passe dans la réalité de notre pays. L’élément privilégié, dans tous les domaines, voire pour acquérir une certaine culture en Bolivie a toujours été l’homme ; la femme a commencé à assister aux cours dans les universités et les lycées tout récemment, depuis vingt ans. Auparavant, elle ne le faisait pas à cause des préjugés sociaux et religieux, c’est pourquoi la plupart d’entre elles, même celles de race blanche, ne sont pas en mesure de concurrencer l’homme. (…) Si la femme bolivienne est encore dans un retard considérable, et si elle a commencé à se cultiver et à se préparer pour l’exercice de ses droits tout récemment, nous ne pouvons pas devancer les choses en leur accordant la citoyenneté, car, loin de lui faire du bien, on lui ferait un mal positif, car on pourrait même arriver à la dissolution du foyer. » [92]

Le parlementaire Landívar Zambrana présenta le même type d’argument:

« Une des raisons attribuées au retard dans lequel se trouve la Bolivie est le niveau culturel très bas de ses hommes. Si cela est une vérité, dont la cause se trouve dans le manque d’universités, d’écoles et d’éducation à la maison, que pourrait-on dire de la femme qui réclame des droits politiques ? »[93]

Comme on l’a déjà mentionné auparavant, il n’y a pas de chiffres concernant la quantité de femmes exerçant une profession, présentes sur le marché du travail durant les années qui précédent 1950. Il est donc très difficile d’avancer des chiffres pour la fin des années 1930. Cependant, en 1950, sur une population de 3.019.031 habitants, 75.94% s’occupaient principalement de l’agriculture et de l’élevage, c’est-à-dire, 440.371 femmes ; 8.98%, entraient dans la catégorie « Professionnelles, services domestiques et personnels », à savoir 52.074 femmes ; 7.76% travaillaient dans l’industrie de transformation, notamment dans les secteurs textiles et alimentaires, soit 44.999 femmes; 4.19% s’occupaient du commerce, des crédits et des assurances, soit 24.297 femmes. Et seulement 268.758 femmes de tout âge, savaient lire et écrire, c’est-à-dire 9% de la population totale. Ainsi, l’on peut imaginer qu’à la fin des années 1930, ces chiffres étaient encore beaucoup plus faibles. Sans aller jusqu’à affirmer, comme le fit le parlementaire Balcázar en exagérant, que le nombre de femmes cultivées se réduisait à 20 ou 30 personnes, il est clair que ce secteur était très réduit par rapport au reste de la population.

Cependant, au-delà de ces arguments, une des raisons principales visant à s’opposer à l’octroi du droit de vote aux femmes était la famille. Si la femme obtenait le droit de vote, les familles seraient dissoutes, car celle-ci laisserait de côté ses obligations au sein de sa famille. Face à « l’invasion » progressive de l’espace public par la femme, la plupart des parlementaires craignaient que la femme quitte l’espace qu’ils considéraient qui leur était réservée: l’espace privé, à savoir, l’espace de la famille et de la maisonnée. La « mission » de la femme au sein de la famille fut ainsi exaltée par une grande partie de parlementaires. C’est sous cette logique que s’exprima le parlementaire Ardaya:

« Mon vote par conséquent, monsieur le Président, sera négatif, que la femme me pardonne, je veux encore la voir, malgré tout, dans le sanctuaire du foyer, vénérée. »[94]

Le parlementaire García Agreda alla dans le même sens:

« En ce qui concerne le suffrage féminin, je suis contre, car la femme exerce dans la terre la haute mission de former le foyer, de prendre soin des enfants, de former son esprit, etc. (…) Si l’on permet que la femme intervienne dans les luttes des partis, les disputes électorales, on ne fera que perturber les foyers et provoquer leur dissolution. Il n’est pas possible que les mères se mêlent à la politique, et que pour cela elles abandonnent leurs enfants et leur foyer. Des pays comme le Brésil, l’Argentine, le Chili n’ont pas osé introduire dans leur législation cette réforme. L’œuvre de tout législateur est de ne pas créer des éléments de perturbation pour le foyer et l’ordre social ; au contraire, cette œuvre doit se caractériser par son renforcement. En accord avec ce qu’exprimait le conventionnel Araúz, je ne crois pas qu’il y ait un seul conventionnel, chef de famille, qui permette que sa femme et ses enfants, s’installent dans des bars ou des hôtels pour jouer, fumer et boire, et encore moins qu’ils prennent part aux élections. »[95]

La place des femmes n’était pas dans les sphères publique et politique, même si elles avaient la capacité de les intégrer, car naturellement elle était dans la sphère familiale.

C’est ce que essaya de démontrer le parlementaire Quiroga:

« Il est vrai que dans la composition d’un peuple, il existe, comme dans le notre, des éléments féminins dotés d’une grande capacité, qui se rendent dignes d’exercer des fonctions comme celle de Président de la République, Ministres d’État, députés, chargés de la diplomatie, membres de la Cour Suprême, de la Cour de District, etc. ; mais la place de la femme n’est pas dans les bureaux publics, ni dans le Parlement, ni dans la magistrature, ni dans les comices politiques, mais dans la maison, où elle est appelée à accomplir la belle mission que lui a confié la nature, et où, au contraire, elle manque de temps pour remplir son devoir en s’occupant de son conjoint et de ses enfants, surtout pour concourir au gouvernement intelligent de l’économie domestique. » [96]

Comme on exaltait la mission « sacrée » et « naturelle » au sein du foyer, s’exprimait la crainte que les femmes quittent leur propre espace, ce qui risquait de compromettre l’équilibre familial. Les femmes devaient avoir des enfants pour défendre le pays en cas de guerre. Cette peur de la dissolution des familles s’exprimait d’autant plus fort qu’en 1932, fut proclamée la Loi du Divorce Absolu, qui était, d’après certains parlementaires, la cause principale de la séparation et de la « destruction » des familles. Ceux qui dénonçaient cette loi redoutaient la dissolution de familles à laquelle elle contribuait. Le parlementaire Vargas Soto, attaqua cette loi et exprima, dans le même temps la crainte de voir les femmes abandonner leurs familles:

« Ensuite, une autre erreur des dernières années a été la loi du divorce absolu. Depuis qu’elle a été proclamée, les foyers boliviens ont commencé à se dissoudre. Qui en sont les victimes ? Les pauvres femmes qui sont trompées sous couvert de tous les subterfuges de lois qu’utilisent les hommes pour justifier leurs déviations. (…) Et pour conclure, si la Convention permet que la femme accède aux fonctions politiques, je présenterai un projet de loi où l’Etat prendra en charge l’éducation des enfants, car sûrement il n’y aura plus personne dans les foyers pour répondre à ces besoins. Nous voyons dans nos habitudes de débauche que la plupart des parents passent généralement ses heures dans les clubs et les bars, et si en plus on arrache la femme de son foyer pour la mêler aux luttes politiques, les enfants seront complètement abandonnés, et par conséquent, on assistera au bouleversement total de la famille.  »[97]

L’exaltation de la mission de la femme au sein du foyer vient soutenir l’idée traditionnellement admise selon laquelle elle doit rester dans la sphère privée, du foyer et de la famille. Pour certains parlementaires, il était inconcevable qu’elle participe à la vie politique et qu’elle transgresse la loi de la nature qui la reléguait à la maison pour exercer sa mission la plus « sacrée »: la maternité.

Ce furent les derniers arguments qui l’emportèrent au sein de l’Assemblée puisque finalement, on refusa aux femmes le droit de vote. À la fin du débat, sur un total de 86 députés présents, 31 votèrent pour l’octroi du suffrage féminin et 55 contre celui-ci. Pendant les débats, sur 32 parlementaires qui se prononcèrent sur le suffrage féminin, 15 étaient pour le suffrage féminin (partiel ou total), et 17 se prononcèrent contre. Ainsi, malgré le caractère « révolutionnaire » accordé à la Convention de 1938, celle-ci n’osa pas adopter le suffrage féminin.

Les années 1930 marquées par la guerre furent une période de profondes mutations en Bolivie, tant dans le domaine culturel et économique que dans le domaine politique où les partis traditionnels commencèrent une période de décadence. La vie des femmes fut également transformée par leur contribution à l’effort de guerre et leur entrée massive dans le marché du travail. Celles-ci occupaient une nouvelle place dans la société et dans la sphère publique, ce dont étaient conscientes les féministes qui élaborèrent une campagne pour l’obtention des droits civils et politiques. À la fin de la guerre, les stratégies et les objectifs qu’adoptèrent ces mêmes féministes devaient être en accord avec le contexte de post-guerre où régnait le mécontentement social, surtout des classes moyennes en quête d’autres orientations politiques. Les nouvelles organisations féministes ne pouvaient plus se contenter de réaliser des activités culturelles, d’exiger leurs droits civils et politiques et d’envisager les problèmes sociaux sous le prisme de la charité comme dans les années 1920. Elles devaient embrasser des objectifs plus larges s’inscrivant sous les auspices du « socialisme » revendiqué à l’époque, et qui visaient à l’amélioration des conditions de vie des plus défavorisés, des éternels laissés pour compte sous les gouvernements oligarchiques. Le rapprochement avec les femmes des classes populaires et la prise en compte des revendications sociales des femmes firent partie intégrante des programmes de ces organisations qui avaient dès lors une structure internationale. Les mutations produites par la guerre et la nouvelle place occupée par les femmes dans la société provoquèrent un véritable débat au sein de la société sur la question de leur accorder ou non les droits civils et politiques ; la polémique sur ce sujet ayant atteint deux points culminants en 1934 et en 1938. Ni la société ni le gouvernement de post-guerre ne furent indifférents aux demandes des féministes. Ainsi, le gouvernement de Toro proclama un décret-loi visant à leur octroyer les droits civils en 1936. Cependant, ce décret ne fut jamais appliqué. Le suffrage féminin fut débattu pendant 4 jours au sein de la Convention Nationale de 1938, sans être adopté à la fin. La seule mesure favorable aux femmes adoptée dans cette Convention fut celle de l’article 41 établissant que la femme mariée avec un étranger ne perdait plus sa nationalité.

Les années 1940 marquées par l’écroulement final du régime de gouvernement oligarchique apportèrent certains succès dont la première participation politique des femmes au sein des élections municipales, et leur intégration dans les partis politiques, tels que le MNR.


  1. La plupart des informations sur l’impact social, politique et culturel de la Guerre du Chaco proviennent de KLEIN, Herbert S., Orígenes de la revolución nacional boliviana. La crisis de la generación del Chaco, Librería Editorial G.U.M., La Paz, (n.d.) et de MESA (de) José, GISBERT Teresa, MESA Gisbert Carlos D., Manual de Historia de Bolivia, Editorial Gisbert, La Paz, 2008.
  2. MESA (de) José, GISBERT Teresa, MESA Gisbert Carlos D., Manual de Historia de Bolivia, Editorial Gisbert, La Paz, 2008.
  3. KLEIN, Herbert S., Orígenes de la revolución nacional boliviana. La crisis de la generación del Chaco, Librería Editorial G.U.M., La Paz, (n.d.).
  4. « El drama del Chaco abrió una amplia brecha en la conciencia. Las generaciones anteriores a 1932 hablan un lenguaje; y los que vienen después otro completamente diferente. Para aquellos que viven esta insostenible experiencia, hay una transmutación de… valores. » KLEIN, Herbert S., Orígenes de la revolución nacional boliviana. La crisis de la generación del Chaco, Librería Editorial G.U.M., La Paz, (n.d.), p. 214.
  5. Trois hommes dont les entreprises contrôlaient 80% des industries d’étain et 80% des exportations en Bolivie pendant la première moitié du 20e siècle étaient appelés les « barons de l’étain ». Avant 1941, leurs entreprises produisaient jusqu’à ¼ de la production totale d’étain dans le monde. Ces trois hommes étaient : Simón I. Patiño, Hoschild, et Aramayo. DUNKERLEY, James, Rebelión en las venas, Trad. Rose Marie Vargas Jastram, Plural Editores, La Paz, Bolivie, 2003.
  6. Tristan Marof, dont le vrai nom est Gustavo Navarro, fut l’un des dirigeants les plus importants de la gauche bolivienne, car il reflétait dans ses premières années de militance politique la radicalisation des intellectuels des années 1920 et 1930 qui incitèrent au changement de la société bolivienne de leur époque. Né à Sucre en 1889, il a d’abord été membre du parti républicain. Lors d’un voyage en Europe, il devint marxiste et écrivit un ouvrage important: La justicia del inca (1926) dans lequel il affirma : « Terre au peuple, mines à l’État ». Il fut le fondateur du « Partido Obrero Revolucionario » en 1935. Cependant, en 1938, il rompit avec l’autre fondateur du parti, José Aguirre, et créa le Partido Socialista Obrero Boliviano. MESA (de) José, GISBERT Teresa, MESA Gisbert Carlos D., Manual de Historia de Bolivia, Editorial Gisbert, La Paz, 2008.
  7. La Calle, journal du Parti Socialiste au début des années 1930, était sous la direction de Carlos Montenegro. et Augusto Céspedes.
  8. MESA (de) José, GISBERT Teresa, MESA Gisbert Carlos D., Manual de Historia de Bolivia, Editorial Gisbert, La Paz, 2008.
  9. La plupart des informations sur la participation des femmes boliviennes à la Guerre du Chaco sont extraites de l’ouvrage DURÁN JORDÁN Florencia et SEOANE F. Ana María, El complejo mundo de la mujer durante la Guerra del Chaco, Editores: Ministerio de Desarrollo Humano, Secretaría de Asunto Étnicos, de Género y Generacionales, Subsecretaría de Asuntos de Género, La Paz, Bolivie, 1997.
  10. Une « cueca » encore célèbre aujourd’hui fut composée à cette époque, elle évoquait les adieux entre les femmes et les soldats qui partaient au « Vert Enfer », c’est-à-dire, au Chaco (« Infierno verde » titre de la cueca). La « cueca » est un type de musique et une danse sud-américaine à deux qui semble provenir de la « Jota » espagnole. Elle est reconnue comme étant une danse typique de plusieurs pays tels que la Bolivie, l’Argentine, le Chili (qui l’a déclaré « danse nationale ») et le Pérou avec des variantes tant dans le rythme de la musique que dans les chorégraphies.
  11. Le « topo » est une sorte de broche-épingle en argent qui sert à accrocher les « mantas » des « cholas » (femmes métisses) en Bolivie. La « manta » était un accessoire vestimentaire féminin typiquement espagnol qui se portait sur les épaules ; il fut adopté comme un des accessoires vestimentaires essentiels de la « chola ». Avec sa forme pointue, le « topo » pouvait être utilisé comme une arme.
  12. « … Ayer nomás las mujeres bolivianas pedimos la paz (…) Hoy frente al ultraje inferido a nuestra Patria y sabiendo que un pueblo salvaje llamado Paraguay cual chacal hambriento había hincado sus garras en el corazón de nuestros hermanos sentimos que nuestro espíritu se encoge de rebelión porque también llega hasta nosotros el grito de la sangre (…) Y en esta hora de angustia nos alistamos todas las mujeres para replegar nuestras alas y descender en los campos de batalla (…) Si posible fuera empuñar las armas en defensa de la integridad nacional. Sepan los paraguayos que palpita en nuestras venas, la sangre de las heroínas de la Coronilla, (…) que ilumina nuestros espíritus el nombre de Juana Azurduy de Padilla y que se hallan aquí presentes las hijas de la Manzaneda, que con el topo en la mano harán temblar al enemigo (…) Mujeres bolivianas, responded en esta hora con la acción y prometeos trabajar en los campos de batalla (…) ayudemos a defender la soberanía de la Patria. » Extrait de DURÁN JORDÁN Florencia et SEOANE F. Ana María, El complejo mundo de la mujer durante la Guerra del Chaco, Editores: Ministerio de Desarrollo Humano, Secretaría de Asunto Étnicos, de Género y Generacionales, Subsecretaría de Asuntos de Género, La Paz, Bolivie, 1997.
  13. « Sagrados Corazones » était un lycée catholique pour filles.
  14. « Santa Ana » était également un lycée catholique pour filles.
  15. « …Las mujeres están llevando una labor cuya magnitud no es posible todavía medir. Que esta poderosa fuerza espiritual que parte del alma de las mujeres bolivianas, sea también el arma formidable e incruenta de la defensa nacional. » El Diario, 7 novembre 1934. Tiré de DURÁN JORDÁN Florencia et SEOANE F. Ana María, El complejo mundo de la mujer durante la Guerra del Chaco, Editores: Ministerio de Desarrollo Humano, Secretaría de Asunto Étnicos, de Género y Generacionales, Subsecretaría de Asuntos de Género, La Paz, Bolivie, 1997.
  16. DURÁN JORDÁN Florencia et SEOANE F. Ana María, El complejo mundo de la mujer durante la Guerra del Chaco, Editores: Ministerio de Desarrollo Humano, Secretaría de Asunto Étnicos, de Género y Generacionales, Subsecretaría de Asuntos de Género, La Paz, Bolivie, 1997.
  17. La Calle, 21, 23, 27 et 28 décembre 1933, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  18. DURÁN JORDÁN Florencia et SEOANE F. Ana María, El complejo mundo de la mujer durante la Guerra del Chaco, Editores: Ministerio de Desarrollo Humano, Secretaría de Asunto Étnicos, de Género y Generacionales, Subsecretaría de Asuntos de Género, La Paz, Bolivie, 1997.
  19. La Razón, 21 octobre 1934, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  20. La Razón fut fondé en 1916 sous la direction financière de Bautista Saavedra, dirigeant du « Partido Rapublicano » et président de la Bolivie de 1920 à 1925. Le journal, dirigé par David Alvéstegui, devint le journal du « Partido Repúblicano Genuino » en 1921.
  21. « …El movimiento feminista que hoy reiniciamos no es imitación a otros países, sino, es el efecto de los acontecimiento actuales, es decir de la guerra, que como todo conflicto o conmoción grande trae consigo cambios parciales o radicales dentro de la vida social, política y económica de los pueblos, y como tal, nosotras no podemos sustraernos al imperativo deber de luchar por nuestros derechos, que el proceso mismo de la Historia nos señala en estos momentos graves de transición entre el presente y el futuro del país.
    Hoy en día nuestra patria, debido a la acción bélica del Chaco se ve frente a enormes dificultades que la mujer las viene allanando, así quedaron claros en las oficinas públicas y fábricas que las mujeres desempeñan satisfactoriamente, llegando a la conclusión lógica que si el sexo femenino se presta para realizar estas funciones y si se le confía sin observaciones, entonces es de estricta justicia, también confiarles su intervención en los destinos del país, otorgándole los derechos de ciudadanía para intervenir en el sufragio, lo cual debe concedérsenos dejando a un lado los prejuicios sociales, que se oponen contra la ley de evolución que forzosamente va marcando la conquista de los derechos de la mujer. Refiriéndome concretamente a nuestros país, hace muchos años que se la autoriza a ocupar distintos cargos dentro de la administración, olvidándose tendenciosamente de que tales funciones son inseparables de la ciudadanía, nosotras consideramos que esta situación de injusticia palpable no puede seguir imperando, pues si la mujer es apta y permitida para tales funciones entonces es equitativo reconocerle el derecho al sufragio, sin más condiciones que las que establece la Constitución para los varones. Y en estos momentos de escasez de electores por la ausencia de ciudadanos para los comicios electorales puede negársele a la madre, a la esposa o a la hija de aquel que brinda su sangre por la patria su franca intervención que ha de decidir la suerte del país? » La Razón, 21 septembre, 1934. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  22. « ¿Qué precepto constitucional excluye a la mujer de sus legítimos derechos? Ninguno. Pues no hay artíiculo que haga diferencias entre el varón y la mujer, el término hombre, empleado, abarca a ambos sexos. De allí que la oprobiosa realidad de una injusticia en que se le exige a la mujer deberes y sacrificios dentro de la sociedad o colectividad y se le restringe los derechos y garantías que le son facultades genuinamente inherentes, desde el momento que pone su aporte en diversas actividades dentro del desarrollo general del país… » Idem.
  23. « El feminismo es actitud de lucha (…) Se puede ser femenina sin ser feminista; y una feminista es una paradoja, un contra sentido, simplemente porque la feminidad es atributo sexual mientras el feminismo es una posición de espíritu plenamente revolucionaria, precisamente porque su objetivo es establecer la igualdad de derechos frente a los absolutos del hombre. El Feminismo podría llamarse, en acepción social: antimasculinismo, pues tiende q dar fin con la tiranía ancestral del varón sobre la mujer humillada. » La Semana Gráfica, n.d, 1934, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  24. SCOTT, Joan W., La citoyenne paradoxale. Les féministes françaises et les droits de l’homme, Albin Michel, Paris, 1998.
  25. SCOTT, Joan W., « Gender : A Useful Category for Historical Analysis », Vol. 91, n°5, décembre 1986, p. 1067.
  26. « … junto al respeto y cumplimiento de los deberes contraídos con la nación sabemos mantener nuestra feminidad. » La Gaceta de Bolivia, 29 septembre 1934, année I, n°14, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  27. « Hay espíritus pusilánimes y pesimistas, aún de mujeres cultas, que consideran que todavía no ha llegado el momento de que se les reconozca el ejercicio de los derechos políticos, como si para ello se requiriese una gran experiencia y un formidable bagaje de conocimientos. Olvidan tales personas, que la mujer boliviana, hace muchos años que se ha dedicado a la enseñanza y que hoy día suple satisfactoriamente al hombre en las actividades comerciales e industriales.
    La guerra del chaco ha comprobado en forma elocuente que la mujer presta servicios eficientes, pues ha organizado asociaciones filantrópicas, encargadas de mitigar el dolor humano, ayudando a los prisioneros, inválidos y heridos proporcionándoles toda clase de recursos; ha hecho una campaña incesante para que la correspondencia se distribuya con oportunidad; distinguidas damas sirven de enfermeras en el mismo campo de batalla y han ido comisiones femeninas a visitar a nuestro valeroso ejército, llevándole el cariño y respetuoso saludo de los elementos de la retaguardia (…)
    Estas circunstancias las deberían haber inducido al gobierno a otorgar sin mayor dilación a la mujer el ejercicio de sus derechos políticos; concedidos o reconocidos éstos sería muy fácil que el parlamento se preocupe de modificar la ley civil, corrigiendo las enormes injusticias relativas al régimen de bienes dentro del matrimonio.
    He sido y soy ardiente propugnador de la emancipación jurídica y política de la mujer, creo firmemente que si se le reconoce el derecho a intervenir en los asuntos públicos del país, otorgándole la ciudadanía activa y pasiva ha de hacer un uso discretísimo de esa prerrogativa pues nunca olvidará que la sociedad y la familia reclaman de ella el cumplimiento de deberes sagrados e inexcusables y jamás dejará de ser la Reina del hogar. » La Razón, 21 octobre 1934, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  28. « Finalmente en el terreno de las reivindicaciones femeninas no ha de olvidarse que si el trabajo de la mujer es tan eficiente como el del hombre, no hay motivo alguno para que su remuneración sea inferior. Es pues injusto que se establezcan desigualdades en el campo económico y a aquella debe guardársele especiales consideraciones en ciertas épocas de la vida, en que el trabajo puede alterar su salud y comprometer la de la prole. » Idem.
  29. Universal, 4 septembre 1934, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz-Bolivie.
  30. « La labor bien orientada del COMITÉ DE ACCIÓN FEMINISTA alcanza amplia divulgación en la prensa extranjera y su acción práctica es aplaudible con razonables argumentos. Reproducimos lo que al respecto dice el Mercurio de Valparaíso:
    “LA MUJER BOLIVIANA RECLAMA DERECHOS CIVILES Y POLÍTICOS”
    Comunicaciones que se han recibido últimamente, nos traen la noticia de la campaña que ha emprendido la mujer boliviana en pro de la conquista de derechos civiles y políticos. Artículos de prensa firmados por prestigiosas dama paceñas, presentaciones a los poderes públicos, campañas societarias y de círculos intelectuales, y todo ello tiende en la hora presente, a conseguir ese anhelo, que ya en otros países se ha plasmado, incluso en parte en el nuestro.
    Haciéndose eco de esta campaña, los representantes nacionales, señores Corveza, Zenteno y Herrera han presentado al Parlamento boliviano un proyecto de ley para conceder aquellos derechos a la mujer. Apoyándose en ese proyecto, el Comité de Acción Feminista, por intermedio de sus secretarios de relaciones y gobierno respectivamente, señoritas Zoila Viganó Castañón et Etelvina Villanueva, han hecho una presentación a los poderes públicos solicitando el apoyo al ya mencionado proyecto.
    El Código Civil de Bolivia, es como el de muchos países de nuestra América. Deja a la mujer en manifiesta inferioridad con relación al varón, y hoy, en estas horas en que una guerra mantiene en tensión a la sociedad y elementos del gobierno del Altiplano, la mujer ha dado prueba de coraje y abnegación, del cual hacen ellas caudal para representar a los congresales su situación de igualdad ante la ley y los derechos.
    La mujer Boliviana, al reclamar el puesto que le corresponde política y civilmente, pone de relieve una vez más su anhelo de mejoramiento social y elevación en el concepto de la igualdad de derechos con el hombre. » La Razón, 9 décembre 1934, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  31. « COMITÉ FEMINISTA QUE SE ADHIERE A PETICIÓN DEL VOTO.
    Dirigióse al Comité de Acción Feminista y a la Cámara de Diputados.
    DE COCHABAMBA.
    El Comité Feminista de Cochabamba ha dirigido las siguientes notas al comité similar de La Paz y a la Cámara de Diputados:
    El Comité Feminista de Cochabamba, considera que es de máxima importancia el unificar los ideales y aspiraciones de la mujer consciente, encauzando el esfuerzo colectivo a una sola voluntad, y se adhiere a las actividades del Comité Central de La Paz, secundando la obra de éste en pro de los derechos de la mujer.
    Con este motivo les reiteramos nuestras más altas consideraciones. Atentamente: Mercedes Anaya Urquidi, María Quiroga, Cira Aguayo Moreno, Flora de Calvimonte, Mercedes Rodríguez, Elena Redón Mujía y Guinda Lina Loayza.
    El Comité de Acción Feminista de Cochabamba, envía a la Cámara de Diputados su adhesión a la protección de los derechos de la mujer.
    CÁMARA DE DIPUTADOS DE LA PAZ.
    Comité de Acción Feminista de Cochabamba, presta resueltamente su apoyo a la petición de su similar de La Paz, elevada ante poder Legislativo, relativa al reconocimiento y declaración de los derechos civiles y políticos de la mujer en Bolivia, dando paso en justicia a los ideales avanzados de la mujer y estricta moral social y política. (Fdo.). Presidenta Comité. » El Diario, 26 octobre 1934, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  32. « En esta hora de luto de la patria y desde el Altiplano de La Paz os enviamos este mensaje a fin de que lo acojáis con los brazos abiertos ya que él va de corazón a corazón de mujer y con el hado de abrazar vuestro espíritu (…)
    La Convención a realizarse en la hermana ciudad de Oruro será la consagración de la práctica diligente del sentimiento filantrópico femenino y significará el balance de las fuerzas espirituales y éticas, que se ha venido evidenciando en este estado de guerra que sufre el país. Las virtudes de la mujer se aquilatan cuando las naciones se someten a pruebas rudas, a trances desesperantes, en nuestra noble misión que le corresponde a la mujer (…)
    Os articulamos por sobre la distancia nuestra voz fraterna y nuestra decisión fervorosa de colaboración (…)
    De vuestra convención solemne debe nacer la fusión grande y única del alma de todas las mujeres bolivianas, las cuales reclamarán altivamente sus derechos, atestiguando en nombre de las conquistas sociales, que las mujeres demostramos interés por este problema que a la vez que de cultura es problema social y político (…)
    A vosotras mujeres de la Primera Convención, mujeres de corazón y espíritu, corresponde cumplir con el deber de encarar en forma franca el problema femenino derecho.
    ¡Unámonos! Agrupadas lanzaremos la voz altiva de nuestra propia redención, y en Bolivia, en norte y sud, en oriente y occidente, se sentirán las palpitaciones de solidaridad y el impulso augurador de mejores días.
    Este mensaje enviado con estremecimientos de fe, queda en poder de la distinguida señora doña Antonia Zalles de Careaga, que tenderá a la mujer boliviana la mano sincera de la mujer paceña, representada por la secretaría del “Comité de Acción Feminista”, señoras Etelvina Villanueva, María Pardo de Vargas, María G. de Medinaceli, Herminia Carmona y María C. v. de Lara.
    Tenéis nuestra colaboración positiva e inmediata. Zoila Viganó Castañón. » La Razón, 21 octobre 1934, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  33. « Se resolvió dirigir una comunicación al Comité de Acción Feminista de La Paz, negando la sugerencia de pedir voto y derecho para la mujer por referirse las labores de la Convención a asuntos exclusivamente relacionados con la Defensa Nacional. » La Patria, 11 octobre 1934, Oruro. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  34. Idem.
  35. « Considero que el momento de dolorosa incertidumbre por el que atraviesa la mujer boliviana, cuyo hogar ha enlutado la tragedia del Chaco, no permite otra cosa que enfocar todas nuestras energías a la defensa de la Patria, buscando por todos los medios posibles una paz honrosa con el Paraguay.
    Y pienso también que el actual Parlamento circunscribirá sus labores al capítulo fundamental que nos agobia, reduciendo a su mínima expresión el número de sesiones.
    El imperativo patriótico y el sentido común, imponen dejar de lado problemas secundarios que al aprobarse o rechazarse, han de gravitar hondamente sobre el exiguo Presupuesto Nacional.
    Cuando el Ateneo Femenino prohijó el Proyecto de Ley que acordaba el goce de los derechos civiles y políticos de la mujer, las circunstancias, diametralmente opuestas a las de hoy, permitían el enorme despilfarro de tiempo, dinero y oratoria al “por menor” que invirtió la Cámara de Diputados en aquel entonces.
    Creo pues, que la mujer boliviana, fiel a su tradición gloriosa y estoica, solamente debe anhelar que no se distraigan actividades y dineros en detrimento de nuestros soldados, dejando para mejor ocasión, cuestiones secundarias.
    Algo más: las corporaciones femeninas deben pedir a las Cámaras el aplazamiento del Proyecto, que por el momento sólo constituye un ardid político que desvía la atención de la opinión pública.
    Por otra parte, los proyectos anodinos y tronchados que presentan no están de acuerdo con los ideales de la mujer boliviana que desde hace diez años viene luchando por la aprobación integral de sus derechos civiles y políticos.
    Nada importa esperar dos o tres años más a fin de no hacernos cómplices inconscientes del objetivo perseguido por la eterna politiquería criolla.
    Hay algo más noble y sagrado en qué pensar: toda una generación destruida y aniquilada para siempre, nos contempla desde el infinito.
    Y esa cara humana que nos devuelve la guerra: muchachos flacos, amarillos, exangües, calenturientos, cual si en sus venas fermentase todo el cieno de la selva, pide nuestra ayuda.
    La Paz, Septiembre 1ero, de 1933. Emma Perez de Carvajal. » La Semana Gráfica, septembre 1933, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  36. « Desafiando el riesgo de ser tachada de pasatista y reaccionaria, no voy a corear la campaña feminista que se ha iniciado en los últimos días.
    No por ser considerada como una mujer de avanzadas ideas que lucha por su liberación, ha de declararse propagandista de una causa que aún no está suficientemente madurada.
    Amargas experiencias nos muestran a diario que nunca debemos lanzarnos a una aventura sin estar convenientemente preparados. Y la mujer boliviana no lo está para el sufragio electoral.
    El promedio cultural de la mujer es casi nulo. No vamos a juzgar el total de la mínima proporción que ofrece el porcentaje un núcleo de mujeres intelectuales que ocupan un elevado sitial en el campo de las letras y el arte. Ese grupo culturizado es reducido. En cambio es vasto el de mujeres analfabetas y semialfabetas. Porque el hecho de saber leer y escribir no es índice que marque un alto grado cultural (…)
    Antes de pensar en triunfos electorales, preparémonos y preparemos a la compañera proletaria. Excluir a ésta por que no está munida del bagaje cultural necesario, sería injusto. Lanzarla en el sufragio, peligroso (…)
    Los pliegues de la bandera están enrojecidos con la sangre de los combatientes, humedecido con las lágrimas de mujeres enloquecidas de dolor y es inhumano pensar en nosotras y en nuestros derechos. » El Diario, 24 septembre 1934, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  37. « Como consecuencia del movimiento feminista que iniciamos, la prensa ha dado a conocer opiniones de diversa índole, entre ellas la de Gloria Serrano, cuyas apreciaciones me obligan a consolidar mis ideas expresadas en un artículo anterior publicado en LA RAZON y la Gaceta de Bolivia.
    La autora de “Jirones Kollavinos”, comienza diciendo que no puede “declararse propagandista de una causa que aún no está madurada”, lo que quiere decir que espera que el movimiento feminista, llegue a su máximo desarrollo, para pronunciarse recién a su favor; en cambio pensamos nosotras de distinta manera, creemos que toda doctrina, aspiración o conquista de determinado ideal, nunca nace “maduro”, sino que se inicia poco a poco hasta llegar a su plenitud a través de una gestación de luchar arduas, siguiendo un proceso natural y lógico de evolución que ha caracterizado a todos los cambios políticos, sociales y económicos del mundo. Nosotras, aunque para muchos parezca extemporáneo o prematuro nuestro movimiento, creemos cumplir un deber al iniciar la acción franca y decidida por la conquista de los derechos políticos y civiles de la mujer boliviana, teniendo muy en cuenta las características y problemas que el país presenta en este aspecto.
    Afirma que: “El promedio cultural de la mujer es casi nulo”. Seguramente que nadie le dirá lo contrario, pero también es una gran verdad, que todas las conquistas democráticas han sido hechas por multitudes analfabetas que se han apasionado de determinados ideales forjados por una minoría de hombres, de donde resulta que no podemos esperar masas de mujeres culturizadas para las conquistas que propugnan, entonces, lo que debemos hacer es darles la consigna del ideal que les ha de apasionar para luchar por su realización, y esto no es una cuestión de cultura porque las multitudes o colectividades obran más que con el cerebro guiadas por sus sentimientos (…)
    No obstante que nuestra Constitución Política del Estado, dice que para tomar parte en los comicios electorales es suficiente saber “leer y escribir”, Gloria Serrano expresa: “Porque el hecho de saber leer y escribir no es índice que marque un alto grado “cultural”, ¿Y quién ha creído que “saber leer y escribir” es sinónimo de cultura? ¿Y se puede exigir a las masas “un alto grado cultural?”, nosotras entendemos que pueden tener relativa instrucción, pero cultura solo se puede exigir a determinado número de intelectuales hombres o mujeres, que han llegado a adquirirla como consecuencia de sus estudios e investigaciones (…) No podemos resignarnos a esperar que la post – guerra consagre nuestros derechos, por los que nosotras no hubiéramos luchado, tampoco desconocemos que la post-guerra posiblemente traiga cambios políticos, sociales y económicos; ahora bien, si ella consagra nuestros derechos que sea después de que nosotras hubiéramos cumplido con el deber de dar el grito de alerta a las mujeres bolivianas, antes de que los acontecimientos nos sorprendan en una hora desprevenida. Finalmente abogamos por todas las mujeres madres, esposas e hijas que sufren el dolor y la miseria de la guerra, a quienes se les exige todos los sacrificios y se les niega todos los derechos. ¡Por estas injusticias luchamos! » El Diario, 19 octobre 1934, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  38. « Aunque parezca redundancia no me cansaré de repetir que en esta hora que vive la patria, es un crimen de egoísmo dar preferencia a proyectos de mejoramiento feminista muy loables en tiempo de paz.
    La mujer que es abnegación y olvido de sí misma no puede cerrar los ojos antes la situación presente. ¿Sería humano que viendo morir al padre, hermano o hijo – en vez de mitigar con su presencia la desesperación de la agonía- se vaya a discutir con la vecina sobre pretendidos derechos…
    No se ve por ningún lado el bienestar – material e intelectual- que la obtención de derechos civiles puede reportar a la mujer boliviana. » El Diario, 25 octobre 1934, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  39. Universal, 20 septembre 1934 et 29 octobre 1934, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  40. La revue Nosotras était une revue féminine – féministe publiée à Santiago du Chili ayant pour objectif de présenter les avancées des différentes organisations féministes du continent sud-américain. Elle était dirigée par Delia Ducoing de Arrate (« Isabel Morel »), qui était la présidente de la « Legión Femenina de Educación Popular » au Chili. VILLANUEVA Etelvina, Acción Socialista de la mujer en Bolivia, Cooperativa de Artes Gráficas E. Burillo Ltda., La Paz, Bolivie, 1970.
  41. « COMITÉ ACCIÓN FEMINISTA. – LA PAZ, BOLIVIA.
    Diciembre de 1934.
    Presidenta de la Legión Femenina de Educación Popular.
    – Valparaíso:
    Por resolución de una asamblea del Comité de Acción Femenina, fundado en Bolivia, con sede en La Paz, tengo el honor de dirigirme a usted para poner en su conocimiento el deseo que tienen las socias de desplegar un esfuerzo colectivo en pro de la defensa social, económica y política de la mujer, hasta culminar en la completa redención de la situación en que hasta hoy está colocada.
    Con este fin, y reconociendo los merecidos prestigios de que goza vuestra nobilísima institución, el Comité de Acción Feminista, ha resuelto afiliarse a la Legión Femenina de Educación Popular a fin de lograr una acción conjunta en defensa de nuestros derechos y procurar el acercamiento de todas las mujeres del continente americano.
    Agradezco en nombre de mis consocias la fraternal acogida que se dignará dispensar a nuestra resolución.
    Saluda atentamente a usted. – Zoila Viganó Castañón, Secretaria de Relaciones. » Nosotras, n°61, janvier 1935, Santiago, Chili. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  42. « En estos momentos inicio mis relaciones con Venezuela, Costa Rica y Panamá, y aspiro a la realización de un Congreso Internacional Femenino. Así pues, al considerar la cooperación de Bolivia, he pensado en Ud. como la persona llamada a intervenir, por su inteligencia y sus prestigios, en esta obra social, también de incalculables beneficios para la orientación solidaria de nuestros pueblos… Ahora que ha terminado la tragedia angustiosa e inquieta de la guerra, comienza la verdadera, la más intensa, la más dolorosa, para esas pobres naciones que quedan abatidas, exhaustas, inermes en su bagaje material e intelectual. Ahora es el momento, mi querida amiga Etelvina, de formar una nueva humanidad; de unificar el pensamiento hacia horizontes más amplios, más cristianos, más humanos. Hacer de este erial, que dejaron la pólvora, los rencores, la desesperación y la muerte, un campo fecundado por las modernas orientaciones sociales.
    Inculcar en los niños, guiar a las madres, en los senderos trazados por la justicia y el derecho. Soterrar bajo el enorme peso de la razón, de la lógica, de la necesidad de vivir, en una palabra, todo un andamiaje de ambiciones, de impiedades, de “desigualdades”, que han venido y siguen caracterizando nuestra estructura política criolla.
    Es una oportunidad brillante para Bolivia y para el Paraguay, erigir nuestro nuevo edificio social con la experiencia dura y amarga, obtenida en las trincheras, en la manigua y en los despeñaderos. Sea esa nueva Generación el Heraldo Anunciador de la Paz y la Justicia Social en nuestro continente! ¡Ascender es vivir! Rosa Borja de Icaza. (Presidenta Internacional de la L.F.E.P.A.) » VILLANUEVA Etelvina, Acción Socialista de la mujer en Bolivia, Cooperativa de Artes Gráficas E. Burillo Ltda., La Paz, Bolivie, 1970.
  43. « Finalidad.
    La “Legión Femenina de Educación Popular América”, tiene por fines básicos los siguientes postulados:
    a) -Vinculación Femenina Americana.
    b) – Asistencia social.
    c) – Culturización Femenina.
    d) – Defensa Social del Niño.
    e) – Liberación de la Mujer.
    f) – Postulados de paz nacional e internacional.
    Art. 1º La “Legión Femenina de Educación Popular América”, afirmará la vinculación y solidaridad con las mujeres del Continente Indoamericano.
    Art. 2º Trabajará por la unión y comprensión de las aspiraciones de la mujer boliviana, haciendo eco de sus iniciativas y labores sociales y culturales.
    Art. 3º No habrá separación de clases sociales ni de estado civil, religioso o doctrinario.
    Art. 4º Se procurará por todos los medios, divulgar la importancia de la profesionalización de la mujer. dentro de las diversas actividades sociales, artísticas, educativas, comerciales, etc.
    Art. 5º La “Legión Femenina de Educación Popular América”, se hará extensiva a los centros escolares con el nombre de Legión Femenina Infantil, debiendo desarrollarse un programa de cooperación y mutualismo social-escolar, acorde con las necesidades del ambiente familiar del niño.
    Programa Ideológico.
    Art. 6º El programa ideológico contiene:
    – Igualdad de Derechos Civiles y Políticos con el hombre.
    – Ratificación del Tratado de Nacionalización Femenina.
    – Defensa de la Madre soltera.
    – Derechos sociales y jurídicos del Niño.
    – Difusión de la doctrina pacifista.
    – Universidad Popular para mujeres.
    – Establecer y reconocer el Día de la Empleada.
    – Dignificación de la misión de Madre y Esposa.
    – Profesionalización femenina que dignifique la independencia económica de la mujer.
    – Abolición del Reglamento de prostitución por la colaboración médico-social.
    – Responsabilidad sexual en defensa de los hijos.
    – Combatir el juego y el alcoholismo.
    – La coeducación en Escuelas y Colegios.
    – Educación Sexual.
    – Enseñanza práctica de Puericultura y Primeros Auxilios.
    – Biblioteca para mujeres.
    – Gremialización femenina.
    – Vocero Femenino.
    Socias.
    Art. 7º Serán socias de la L.F.E.P.A. todas las mujeres que sientan anhelo de colaborar en la acción social, en cualquier campo o actividad de su preferencia.
    Art. 8º Las socias tienen la obligación de sostener un periódico, que exprese los postulados del Programa Ideológico.
    Art. 9º Para ser socia, debe solicitarse su inscripción en el Libro de Registro de la Legión, y obsequiar un texto a la Biblioteca. Habrán socias de Honor y Activas.
    Directorio.
    Art. 10º El Directorio estará compuesto por una Presidenta Nacional; una Presidenta Departamental, Provincial y sus respectivas Vicepresidentas, Secretarias, Tesoreras y once Directoras de organización de: Arte, Cultura, Asistencia Social, Defensa jurídica, Talleres, Deportes, Bibliotecas, Vinculación Cultural y Legiones Infantiles. Acción Literaria.
    Art. 11º Las Directoras son autónomas en sus respectivos programas de trabajo, enviando un informe anual a la Presidencia Nacional.
    Art. 12º El Directorio sesionará semanalmente, convocará a Asamblea general para resoluciones de importancia o cambio de Directorio, Congresos, etc. » VILLANUEVA Etelvina, Acción Socialista de la mujer en Bolivia, Cooperativa de Artes Gráficas E. Burillo Ltda., La Paz, Bolivie, 1970.
  44. ARDAYA, Gloria, Política sin rostro: mujeres en Bolivia, Editorial Nueva Sociedad, Venezuela, 1992.
  45. VILLANUEVA Etelvina, Acción Socialista de la mujer en Bolivia, Cooperativa de Artes Gráficas E. Burillo Ltda., La Paz, Bolivie, 1970.
  46. Le département de Pando fut créé en 1938 et la ville de Cobija fut déclarée sa capitale en 1945. MESA (de) José, GISBERT Teresa, MESA Gisbert Carlos D., Manual de Historia de Bolivia, Editorial Gisbert, La Paz, 2008.
  47. « En vista de su prestigio intelectual, solicitamos su valiosa opinión, e invitamos a usted a tomar parte en dicha Encuesta, insinuando responder a las siguientes preguntas:
    Primero – Según sus observaciones, ¿la mujer boliviana tiene suficiente preparación para que se le confiera Derechos Civiles y Políticos?
    Segundo – ¿Le parece justo y equitativo, que siga excluida de esos derechos, aún reuniendo condiciones ventajosas para el libre ejercicio de ellos?
    Tercero – En su concepto, ¿se debe o no conceder los Derechos Civiles y Políticos a la Mujer Boliviana?
    Cuarto – ¿Qué sugerencias daría usted para orientar la iniciativa de estos derechos?
    En la seguridad de obtener su importante respuesta, que orientará actividades sobre el tema de palpitante actualidad, nos suscribimos muy atentamente. – (Firmado) Dra. Amelia Chopitea, Presidenta. – Paz Nery Nava, Secretaria. » VILLANUEVA Etelvina, Acción Socialista de la mujer en Bolivia, Cooperativa de Artes Gráficas E. Burillo Ltda., La Paz, Bolivie, 1970.
  48. « “Plenitud de Derechos Civiles y reconocimiento de Derechos Políticos para la mujer que tenga título Universitario o Profesional u Oficio que garantice su independencia económica. ” 
    (Del Programa de Acción Socialista, Oficial).
    Excelentísimos Miembros de la JUNTA MILITAR DE GOBIERNO :
    La evolución económico-social, que se ha operado en la Nación, abarca en su ideología el advenimiento equitativo del derecho en pro de los intereses colectivos.
    En este sentido no podía quedar relegada a segundo plano la personalidad femenina, víctima de prejuicios y de humillaciones y desigualdades dentro del agregado social; para ellos basándonos en los postulados de equidad y justicia que contempla el Programa del GOBIERNO SOCIALISTA, la “Legión Femenina de Educación Popular América”, encuadrándose al realismo definido por anhelos de supervida que agitan el alma nacional, declara su franca decisión para pedir al actual Gobierno, el reconocimiento de los Derechos Civiles y Políticos femeninos.
    La mujer de post-guerra cree oportuna su concurrencia como elemento de capacitación jurídica indiscutible, al manejo de los intereses públicos, ya que la mujer profesional y la mujer universitaria, han alcanzado un plano de nivelación con el ciudadano superando en muchos casos al elemento elector de las masas del pueblo, y si como éste último, no ha merecido la protección de las leyes, caminando por el mundo de las luchas monetarias, sin más escudo que su voluntad, PIDE EL RECONOCIMIENTO de sus legítimos derechos; no para engrosar las filas de fanáticos politiqueros, sino para cooperar en la realización de una fórmula más humana, velando por una distribución equitativa del trabajo, por la remuneración justa de éste, por la implantación del salario mínimo para la mujer proletaria; por la prohibición del trabajo para los niños; en síntesis, luchando por abolir la explotación del capitalismo, amparar a la Madre y proteger al Hijo.
    El articulado legislativo de la burguesía, que ha marcado su Régimen de absurdos contrasentidos, no ha pensado en la mujer, y sus leyes se han fabricado por el hombre y para el hombre; mas, hoy día con el más amplio sentido de confraternidad, anhela la “Legión Femenina de Educación Popular América” que el elemento de ambos sexos, conjuntamente marchen por rutas de superación, sin rivalidades, sin odios, ni preponderancias, reconociendo únicamente el ser, en el campo jurídico y social.
    La mujer que no elude responsabilidades, pero que tampoco quiere ser víctima de leyes egoístas, que únicamente le han legado la lucha desigual, colocando en el horizonte, obstáculos invencibles y acallando con la ficción de mentido amparo, la justa protesta arrancada por peso de responsabilidades y deberes. Por esto, y muchas otras razones, que no escapan a la clarividencia y nobles fines que persigue esa respetable Junta de Gobierno, la “Legión Femenina de Educación Popular América”, en nombre de la Mujer boliviana, impetra, se lleve a la práctica, la fórmula dispositiva con la que encabezamos el presente Manifiesto, contemplado en el PROGRAMA del Gobierno Socialista.
    Por la Unión Fraternal de Bolivia.
    (Firmado). Etelvina Villanueva, Presidenta Nacional.- Aurora Valda Cortez, Secretaria de Acciónn Jurídica.- Nelly Parada, Secretaria General. » Idem.
  49. José Macedonio Urquidi, à la fois avocat, intellectuel et écrivain, est l’auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages, dont Bolivianas Ilustres (1919). Il était marié à Mercedes Anaya de Urquidi (voir annexe n°31). En 1932, il devint membre titulaire de l’Institut Américain de Droit International. Cette institution, ainsi que la Commission Internationale des Femmes lui demandèrent de répondre à une enquête sur la condition juridique des femmes en Bolivie. Ce travail fut publié en Bolivie en 1937 : MACEDONIO Urquidi José Antonio, La Condición Jurídica o Situación legal de la mujer en Bolivia, 3e Édition, Cochabamba, 1937.
  50. La position de Cira Aguayo (voir annexe n°51) est quelque peu surprenante car cette dernière appartenait au « Comité de Acción Feminista de Cochabamba » qui rejoignit son homologue de La Paz pour la pétition des droits civils et politiques en 1934. Il est probable qu’elle considérât que les femmes devaient d’abord obtenir les droits civils, et plus tard, les droits politiques.
  51. VILLANUEVA Etelvina, Acción Socialista de la mujer en Bolivia, Cooperativa de Artes Gráficas E. Burillo Ltda., La Paz –Bolivie, 1970.
  52. El Diario, 16 novembre 1935, La Paz. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó Castañón.
  53. « El propósito de la sociedad es intensificar la educación y cultura de la mujer, propiciando al mismo tiempo todas sus reivindicaciones tanto de índole política como civil. Al mismo tiempo sostenemos un programa de iberoamericanismo práctico, pues luchamos ardientemente por la unión político económica de nuestras naciones y, consecuentemente combatimos el imperialismo extranjero que es causa de muchas de sus tragedias y que merma considerablemente su independencia política. » Idem.
  54. MESA (de) José, GISBERT Teresa, MESA Gisbert Carlos D., Manual de Historia de Bolivia, Editorial Gisbert, La Paz, 2008.
  55. La Patria (supplément pour Cochabamba), 14 mars 1936, Cochabamba. Collection personnelle d’extraits de journaux de Zoila Viganó.
  56. VILLANUEVA Etelvina, Acción Socialista de la mujer en Bolivia, Cooperativa de Artes Gráficas E. Burillo Ltda., La Paz, Bolivie, 1970.
  57. « DECRETO SUPREMO DE 21 DE OCTUBRE DE 1936.
    Legíslóse sobre los derechos civiles de la mujer y sobre el régimen jurídico y económico de la sociedad conyugal.
    El Coronel David Toro R.
    Presidente de la Junta Militar de Gobierno.
    CONSIDERANDO:
    Que la incapacidad civil de la mujer sólo responde a una ficción jurídica, tendiente a protegerla bajo la autoridad del marido, con menoscabo de su personalidad;
    Que tales derechos de la mujer, contemplados en los códigos vigentes, como persona miembro de la sociedad conyugal, han sido sometidos a una revisión general;
    Que la evolución del derecho civil ha incorporado reformas radicales en el régimen conyugal, reconocidas por las principales naciones;
    Que reputados jurisconsultos nacionales, como Aspiazu, Canedo, Toro y otros, al ocuparse de tan importante materia, han hecho ya valiosos estudios, entre los cuales se destaca el del doctor Benjamín H. Gallardo, tomado de la legislación brasileña de 1º de enero de 1916;
    Que del referido estudio se ha eliminado cuanto puede ser objeto de confusión, examinando el texto mismo de la reforma brasileña y haciendo un estudio de las condiciones y capacidad del país;
    Que es uno de los postulados del actual Gobierno Socialista, reconocer a la mujer boliviana el libre ejercicio de sus derechos civiles. » Tiré de tiré de MACEDONIO Urquidi José Antonio, La Condición Jurídica o Situación legal de la mujer en Bolivia, 3e Édition, Cochabamba, 1937.
  58. MACEDONIO Urquidi José Antonio, La Condición Jurídica o Situación legal de la mujer en Bolivia, 3e Édition, Cochabamba, 1937.
  59. Idem.
  60. El Diario, 9 novembre 1936, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz, Bolivie.
  61. KLEIN, Herbert S., Orígenes de la revolución nacional boliviana. La crisis de la generación del Chaco, Librería Editorial G.U.M, s.d.
  62. Idem.
  63. « Estamos viviendo, señores convencionales, un momento incuestionablemente histórico. La Guerra del Chaco ha creado una nueva conciencia colectiva y una clara reflexión de esa evolución debe ser el trabajo que ustedes realizarán en esta Cámara… Estamos en un punto en el cual los acontecimientos parecen vacilar perplejos, para tomar nuevo impulso con un rejuvenecimiento total de sus fuerzas espirituales y materiales. (…) No olviden que por el fundamento ideológico que ustedes descubrirán, seguramente la Convención Nacional de 1938, orientará a las generaciones de los cincuenta años venideros.”
    Convención Nacional de 1938, Redactor de la Convención Nacional, tome I, p. 3. (désormais on citera la source comme “Redactor de 1938”), repris de KLEIN, Herbert S., Orígenes de la revolución nacional boliviana. La crisis de la generación del Chaco, Librería Editorial G.U.M, pas daté, p. 322.
  64. REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz, Bolivie, 2001.
  65. La Razón, 14 août 1938, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz-Bolivie.
  66. REVOLLO QUIROGA, Marcela, Mujeres bajo prueba. La participación electoral de las mujeres antes del voto universal (1939 – 1949), Eureka Ediciones, La Paz – Bolivia, 2001.
  67. El Diario, 16 et 19 août 1938, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz-Bolivie.
  68. El Diario, 19 et 20 août 1938, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz-Bolivie.
  69. Última Hora, 16 août 1938, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz-Bolivie.
  70. La Calle, 16 août 1938, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz-Bolivie.
  71. La Calle, 18 août 1938, La Paz. Hemeroteca del Archivo del Congreso, La Paz-Bolivie.
  72. « En nuestro país, la influencia que ha llegado a tener la mujer en el orden social y otras actividades es muy grande.” Redactor de 1938, p. 114.
  73. « La mujer contribuye al sostenimiento del Estado con el pago de impuestos y con el trabajo en las reparticiones públicas: por consiguiente, tiene responsabilidades para con la sociedad y para con la patria. Si bien el hombre hace el servicio militar, en cambio la mujer da hijos, de los cuales se desprende en caso de guerra. De ahí que merezca ser considerada y merezca también el derecho de ciudadanía. Debemos tener en cuenta que las mujeres no solamente han llegado a los puestos públicos, sino también al comercio y la industria, pues hay una cantidad de obreras y empleadas en estos ramos”. Redactor de 1938, t. III, p. 122. Archivo del Congreso de La Paz, La Paz, Bolivie.
  74. « Otro punto es el referente a la participación de la mujer como factor económico dentro de la organización estatal. Haciendo una observación del ambiente en que vivimos, vemos que efectivamente la mujer, sobre todo la de la clase media, no solamente contribuye con su producción personal, sino también ha llegado a desplazar al hombre en algunas actividades; y si hay mujeres que tienen intereses económicos, ya sea en su propiedad, en su trabajo u oficio, es pues lógico que no se les puede privar de defender sus derechos, negándoles que intervengan en la formación de los poderes de la nación.” Idem, p. 154.
  75. « Las mujeres tienen un índice de necesidades, que requiere ser interpretado con criterio propio y sensación específica de ellas. Las empleadas de Estado, que ya forman una categoría de mil quinientas o más, con capacidad adquirida en actividades de función pública u otras, están en condición de apreciar los fenómenos sociales con criterio propio, aunque no igual al hombre. Las viudas, madres de familia, las que tengan título universitario y finalmente, las madres de los ex combatientes fallecidos en la campaña; forman cuatro categorías que, no solamente tienen perfecta razón para intervenir, sino también, capacidad para coparticipar con el hombre en la empresa de constituir el gobierno, no como elegibles, sino como electoras. (…) Formulo la siguiente modificación: “Tendrán el derecho político o el voto, las siguientes categorías de mujeres; 1°., las que tienen título universitario; 2°., las empleadas del Estado, del comercio y de las industrias urbanas que se sindicalicen; 3°., las viudas que sean madres de familia, y 4°., las madres de los excombatientes fallecidos en la campaña.” Idem, p. 120.
  76. « No es posible que un criado, por ejemplo, tenga mayor derecho que una señorita que tiene cultura, que ha cursado todos los ciclos de la instrucción. ¿Por qué la que tiene más capacidad no ha de concurrir con su voto a formar los poderes públicos? Condición exigible para la mujer sería la del bachillerato, así podría intervenir en el ejercicio del derecho de la ciudadanía. No solamente en este aspecto la mujer puede mostrar su capacidad, pues a todos nos consta que como factor económico, produce en muchas ocasiones más que el hombre. En resumen deseo ardientemente y hago votos por que la H. Convención otorgue el derecho de sufragio a la mujer para que concurra como electora y elegida para cargos municipales, por lo menos.” Idem, p. 117.
  77. « No son, como se ha manifestado en esta H. Sala, que son muy contadas las señoras y señoritas con aptitud para el buen uso de los derechos políticos en cuestión. Al contrario: suman miles las mujeres mejor capacitadas que otros tantos miles de hombres. Las hay profesionales, con títulos universitarios y académicos, que, no obstante, se hallan marginadas de este derecho, en tanto que muchos de los actuales electores apenas leen y muy difícilmente garabatean su propio nombre. En cuanto a la moralidad y comprensión de los deberes cívicos, no hay paralelismo posible.” Idem, p. 133.
  78. « No encuentro razón ninguna para negar el ejercicio de este legítimo derecho a la mujer que sabe leer y escribir, es decir, a aquella que es suficientemente apta para poder intervenir como electora o como elegida y tomar parte así en los intereses de la cosa pública. Indudablemente, existen en el país unas 20, 000 mujeres que se encuentran capacitadas para ejercer los derechos políticos, acaso en mejores condiciones que muchos hombres. (…) Esta medida que para mí es indispensable en la hora actual, vendrá a aumentar el porcentaje de elementos conscientes en el electorado del país, porque estoy convencido que existen más de 20.000 electores del sexo masculino, que apenas saben dibujar su nombre y que no tienen conciencia de lo que hacen; por consiguiente, no es posible que esa gran porción de elementos de capacidad y preparación estén supeditados por otros que escasamente pueden firmar.” Idem, p. 177.
  79. « Soy partidario de conceder el voto a la mujer, pero en forma restrictiva, limitándolo a aquellas que, por razón de su cultura sean acreedoras a este derecho, que importa libertad de criterio, libertad de razonamiento y libertad de convicción. (…) Entonces, nos conviene que haya una conciencia cívica capaz de influir y modificar tal ambiente en forma progresiva, hasta alcanzar el verdadero concepto de soberanía nacional. Lo conseguiremos si damos derecho de ciudadanía a las mujeres que son universitarias, con título profesional y a aquellas que tengan patente de cultas, por ser escritoras, poetisas, etc. » Idem, p. 139.
  80. « Preciso es convenir en esta verdad: en la mayoría de los casos, la mujer revela cualidades poco frecuentes en el hombre, tales como la honradez, la puntualidad, la honradez y la ausencia de vicios. Mientras es incontable el número de ciudadanos que adolecen de graves defectos morales que les inhabilitan para el buen ejercicio de los derechos políticos, existen notoriamente muchísimas mujeres que podrían reemplazar con ventaja a aquellos. » Idem, p. 112.
  81. « No debemos olvidar que las luchas políticas, como toda manifestación social, son susceptibles de humanización. Si nosotros damos intervención a la mujer en las luchas políticas, es muy posible que estas manifestaciones se humanicen por respeto que nos merece la mujer. » Idem, p. 122.
  82. « No hay en el mundo ni un solo país civilizado en el cual la mujer estuviera excluida de la función pública. Y si, como en Bolivia, se le reconoce aptitudes y eficiencia, ¿por qué se le va a negar el derecho al voto? », Idem, p. 111.
  83. « En Estados Unidos, donde existe el voto femenino, hemos visto que hay mujeres gobernadoras, parlamentarias, etc., que desempeñan sus altas funciones con todo acierto, y verdaderamente la presencia de la mujer americana en las campañas electorales de esa gran nación, ha tenido la virtud de apaciguar las violencias políticas y se ha hecho socialismo gracias a su eficaz intervención en los asuntos del Estado. » Idem, p. 161.
  84. « La humanidad está dividida en dos sexos, que juegan papeles absolutamente distintos, aunque se complementan en la historia son esencialmente diferentes, no por voluntad de los legisladores, sino porque la naturaleza establece fatalmente la diferenciación sexual. Si nosotros hemos de conceder derechos políticos a la mujer, no haremos más que continuar acentuando esa descentración de la sensibilidad femenina, operada con motivo de la Guerra del Chaco (…) A lo que quiero referirme en forma fundamental es al proyecto de conceder derechos políticos a la mujer en las mismas condiciones que al hombre, lo que me parece absolutamente peligroso para la institucionalidad del país. No niego que los proyectistas estén inspirados en un espíritu generoso, pero están profundamente equivocados al considerar que la mujer pudiera identificarse con el hombre (…) La mujer no puede intervenir en la política, porque introduciríamos el desconocimiento en los matrimonios, la perturbación más honda en las relaciones de dos seres de distinto sexo. Si en la vida conyugal se producen frecuentemente discordias, qué no ocurriría si llevásemos a la mujer a las luchas partidistas, a la exacerbación de las pasiones políticas? Si tal cosa sucediera, sencillamente habremos conspirado contra la función social de la mujer, la habremos convertido en ser, que ha perdido su cualidad natural, para adquirir una personalidad artificial masculinizada. » Idem, p.117-118.
  85. «  Si tal cosa sucediera, sencillamente habremos conspirado contra la función social de la mujer, la habremos convertido en ser, que ha perdido su cualidad natural, para adquirir una personalidad artificial masculinizada…” Idem, p. 118.
  86. « La vida moderna nos invade con furor, con ese conjunto de costumbres que se llama modernismo, y que se ha asimilado al hogar boliviano, por la facilidad que asimilan los pueblos, que no tienen civilización avanzada, los defectos y los vicios. La mujer boliviana de la sociedad que se llama moderna, lo único que ha aprendido son los vicios de los hombres, en forma que los aventajarán muy pronto. En el hogar de ayer, una muchacha de 15 años tenía que cuidarse y ocultarse para fumar; hoy, una muchacha de esa edad fuma en las calles y en su hogar con sus padres, lo único que no se le perdona es que no fume sin gracia. (…) Antes, la mujer no se preocupaba de igualar al hombre, nuestras madres se contentaban con ser mujeres del hogar, no les importaba la vida política, sino la vida doméstica; ahora, llegamos al extremo de que la mujer ha aprendido todos los vicios masculinos, por ese su afán de imitación, y aún quiere enfrascarse en las luchas políticas. (…)Hoy por hoy, las madres en lugar de preocuparse de la educación de los hijos, como es su deber, prefieren dedicarse a jugar bacará, bridge, fumar y beber; ninguna casa deja de tener su sala de juegos. (…) Cuando hay un marido que quiere poner coto a estos desmanes, la mujer recurre al sencillo expediente del divorcio, para librarse del obstáculo que se opone a sus caprichos. » Idem, p. 137-138.
  87. “Y, para no perder más tiempo me limito a expresar, brevemente, mi opinión contra el voto femenino, porque, en realidad, las únicas que podrían tener este derecho serían las cholas y las indias, como elementos de producción, y no las flappers que pierden su tiempo entre cocktails y volutas de humo.” Idem, p. 166.
  88. « Voy a explicarle al H. Rodríguez Vázquez, por qué las mujeres ocupan puestos públicos. En otras partes el trabajo es dignificador, porque responde a la satisfacción de necesidades superiores, imprescindibles, por ejemplo, el sostenimiento del hogar. En Bolivia la mujer está desacreditando el trabajo, porque los papás y las mamás que necesitan dinero para el juego, para los cigarrillos, para las bebidas y para todas esas frivolidades, han resuelto el problema, haciendo que sus hijas ocupen puestos públicos, donde con, comodidad y holgura, ganan lo que precisan, no para necesidades de la vida sino para sus frivolidades.” Idem, p. 145.
  89. « En el aspecto económico partamos de un principio: la ciudadanía no se funda en otra cosa que en la capacidad productora por la cual todo elemento que contribuye a la economía, tiene derecho a fiscalizar su ordenación desde el Estado. (…) A aquella capacidad no ha llegado la mujer boliviana – me refiero a la clase dominante- sino en proporción relativa, pero, en cambio esa virtud de trabajo y producción la llenan eficientemente las clases mestiza e indígena femenina de nuestro país. El tipo boliviano de la chola es admirable por su fuerza productora, por su dinamismo social y por su sentido de la vida. La chola ha realizado, sin teorías, la perfecta emancipación sexual y económica de la mujer. La mestiza es independiente en su economía así como es independiente en la elección del compañero, ella cría y educa sus hijos y, en ocasiones, hasta mantiene al varón. (…) En cuanto a la india, si bien no está socialmente emancipada, conserva una solidaridad comunaria con el varón en la sociedad indígena, en la cual trabaja también en proporción igual a la del hombre, constituyendo un insustituible factor económico del hogar. Estas dos clases de mujeres están económicamente emancipadas, en cambio la mujer blanca no lo está (…) Pues bien: si se trata de aprobar el voto femenino, ocurriría que, precisamente se daría voto a la mujer no emancipada, y se lo negaría de hecho a la realmente libre, es decir, a la mestiza y a la india. » Idem, p. 148.
  90. « Y, para no perder más tiempo me limito a expresar, brevemente, mi opinión contra el voto femenino, porque, en realidad, las únicas que podrían tener este derecho serían las cholas y las indias, como elementos de producción, y no las flappers que pierden su tiempo entre cocktails y volutas de humo.” Idem, p. 166.
  91. « Si bien en nuestro país existen damas y señoritas cultas que muy bien pueden ejercer la ciudadanía, también es cierto que no podemos legislar para veinte o treinta personas. » Idem, p. 130.
  92. « Ahora vemos lo que ocurre en la realidad en nuestro país. El elemento privilegiado, en todo orden y aún para adquirir cultura en Bolivia ha sido el hombre; la mujer recién ha comenzado a asistir a universidades y colegios desde hace veinte años, antes no lo hacía por prejuicios sociales y religiosos, por eso, la mayoría de las mujeres, aún las de raza blanca, no están en condiciones de competir con el hombre. (…) Si la mujer boliviana está aún en un atraso considerable y recién comienza a culturizarse y a habilitarse para el ejercicio de sus derechos, no podemos adelantarnos nosotros otorgándoles la ciudadanía, porque, lejos de beneficiarla le haremos un mal positivo, porque, incluso se puede llegar a la disolución del hogar. » Idem, p. 164.
  93. « Una de las razones atribuidas al atraso en que está Bolivia, es el bajo nivel cultural de sus hombres. Si esta es una verdad, cuya causa la encontramos en la falta de universidades, de escuelas y de educación en el hogar, ¿qué podríamos decir de la mujer que reclama derechos políticos?” Idem, p. 146.
  94. « Mi voto en consecuencia, señor Presidente, ha de ser por la negativa con perdón de la mujer, a quien quiero siempre verla, después de todo, sólo en el santuario del hogar, venerada.” Idem, p. 163.
  95. « En cuanto al sufragio femenino estoy en contra, porque la mujer ejerce en la tierra la alta misión de formar el hogar, cuidar a los hijos, modelar su espíritu, etc. […] Si vamos a permitir que la mujer intervenga en las luchas partidistas, en las contiendas electorales, no haremos más que perturbar los hogares y provocar su disolución. No es posible que madres tengan que mezclarse en la política candente y que para ello tengan que abandonar a sus hijos y su hogar. Países como la Argentina, Chile, Brasil no se han atrevido a introducir en su legislación esta reforma. La obra de todo legislador es la de no crear elementos de perturbación para el hogar y el orden social; al contrario, esa obra tiene que caracterizarse por su mayor afianzamiento. De acuerdo con lo que expresaba el H. Araúz, no creo que haya un Convencional, que sea jefe de familia, que permita que su esposa e hijos concurran a cantinas u hoteles a jugar, fumar y beber, ni menos que tomen parte en elecciones.” Idem, p. 163.
  96. « Es verdad que dentro de la composición de un pueblo existen, como en el nuestro, elementos femeninos de alta capacidad, que se hacen dignos para ejercer funciones como las de Presidente de la República, Ministros de Estado, diputaciones, cargos diplomáticos, vocalías de Corte Suprema, de Cortes de Distrito, etc.; pero, el lugar de la mujer no está en las oficinas públicas, en el Parlamento, en la judicatura ni en los comicios políticos, sino, en la casa, donde está llamada a cumplir la hermosa misión que le ha señalado la naturaleza, y donde más bien, le falta tiempo para llenar su deber atendiendo a su consorte y a sus hijos, y sobre todo, para desempeñar el gobierno inteligente de la economía doméstica.” Idem, p. 177.
  97. « Luego, en los últimos años otro error ha sido la inconsulta ley del divorcio absoluto. Desde que ella fue sancionada, los hogares bolivianos han comenzado a disolverse. Quiénes son las víctimas? Las pobres mujeres que quedan burladas al amparo de todas las triquiñuelas leguleyescas de que se valen los hombres para cohonestar sus desvíos. (…) Y para terminar, si la H. Convención ha de dar acceso a la mujer a las funciones políticas, yo he de presentar un proyecto de ley en sentido de que el Estado se haga cargo de la educación y crianza de los hijos, porque seguramente ya no habrá en los hogares quienes cuiden de estos menesteres. Estamos viendo en nuestras costumbres relajadas que la mayoría de los padres de familia generalmente pasan sus horas en los clubes o en las cantinas, y si también se ha de arrancar del hogar a la mujer para mezclarla en las luchas políticas, los hijos quedarán completamente abandonados, y como consecuencia, vendrá el desquiciamiento total de la familia. » Idem, p. 164.


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