Resumés des chapitres et informations sur les auteurs

Partie I. Le genre des sciences sociales

Isabelle Berrebi-Hoffmann, Egalité et différence chez Durkheim : le cas des relations hommes-femmes

En relisant une partie de l’œuvre de Durkheim, cet article met en berne les interprétations traditionnelles qui insistent sur l’approche conservatrice et patriarcale qui caractériserait le sociologue français face à la « question de la femme ». Il rend compte, au contraire, de la place centrale que jouent les rapports entre les sexes dans son raisonnement, qui s’exprime en termes de solidarité conjugale, de différenciation et d’évolution des mœurs et du droit. Les inégalités entre les hommes et les femmes sont à lire d’abord au niveau des mœurs et non de la nature : aux mœurs et à la division sexuelle du travail d’évoluer avant que le droit entérine institutionnellement les transformations sociétales. Cette position durkheimienne fait largement écho à la doctrine féministe modérée de « l’égalité dans la différence » qui connait un certain succès sous la IIIème République française.

Isabelle Berrebi-Hoffmann est sociologue, directrice de recherche CNRS rattachée au LISE (CNRS-CNAM). Ses travaux ont porté principalement sur les transformations du travail et de l’entreprise, le genre et l’histoire de la sociologie. Parmi ses publications : Politiques de l’intime. Des utopies sociales d’hier aux mondes du travail d’aujourd’hui (dir.), Paris, La Découverte (2016, 1ere édition 2009) ; Die Gesellschaftliche Verortung des Geschlechts. Diskurse der Differenz in der deutschen und französischen Soziologie um 1900, avec T. Wobbe et M. Lallement (eds.), Frankfurt am Main/New York, Campus, 2011; Categories in Context: Gender and Work in France and Germany 1900-present, avec O. Giraud, L. Renard et T. Wobbe (eds.), Berghahn, NewYork, 2019. 

Michel Lallement, L’école durkheimienne et la question des femmes

Comparée à l’Allemagne, où les travaux et la controverse de Georg Simmel et de Marianne Weber ont fait date à propos de la femme et de la Frauenfrage, la sociologie française classique est moins prolixe sur les rapports de sexe. Plusieurs auteurs ont cependant signé des ouvrages originaux sur le sujet. On s’intéresse ici au cas particulier des durkheimiens qui, comme Paul Lapie et Gaston Richard, se sont inspiré des travaux du père fondateur de la sociologie française pour problématiser sociologiquement les rapports entre les sexes. Quels sont exactement les sociologues qui, dans l’orbite durkheimienne, s’intéressent à la question des femmes ? Comment insèrent-ils pareille interrogation dans leur programme de recherche et, plus généralement, dans l’espace de leurs pratiques savantes et politiques ? Quelles réponses, lorsque celles-ci existent, proposent-ils et que nous révèlent ces dernières de leur façon de penser les relations de sexe ? Le résultat le plus important auquel mène l’enquête est le suivant : en héritant du paradigme de leur maître mais aussi en rompant parfois radicalement avec certains de ces axiomes, les auteurs les plus féconds font basculer la sociologie de l’étude de « la » femme vers celle « des » femmes.

Michel Lallement est professeur, titulaire de la chaire d’Analyse sociologique du travail, de l’emploi et des organisations, au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) de Paris. Il a été récemment Fellow au Wissenschaftkolleg zu Berlin (2020-21). Il est membre du LISE (CNRS-CNAM). Ses travaux portent sur le travail, les relations professionnelles, les utopies communautaires ainsi que sur l’histoire de la sociologie. Il a notamment publié L’Âge du Faire. Hacking, travail, anarchie (Paris, Seuil, 2015) ; Logique de classe. E. Goblot, la bourgeoisie et la distinction sociale (Les Belles Lettres, 2015) ; Makers (avec I. Berrebi-Hoffmann et M.-C. Bureau, Seuil, 2018) et Un désir d’égalité. Vivre et travailler dans des communautés utopiques (Seuil, 2019).

Arnaud Lechevalier, Ce que le genre apporte aux sciences sociales : un panorama des recherches en France

Longtemps ignorée par les sciences humaines et sociales, la problématique du genre a eu progressivement pour effet non seulement d’éclairer autrement le monde social mais aussi de concevoir et de mettre en œuvre différemment les sciences sociales elles-mêmes. Cet article vise à offrir un panorama pluridisciplinaire sélectif des recherches sur les rapports sociaux de genre en France et sur les renouvellements conceptuels, les déplacements analytiques et les développements empiriques auxquelles elles ont donné lieu. Dans un premier temps, il distingue trois forces motrices ayant contribué à l’émergence des catégories produites par la problématique du genre dans ces disciplines en France : les mouvements féministes, l’internationalisation de la production scientifique et le rôle du droit et des cadres cognitifs produits dans le cours de l’intégration européenne. Dans un second temps, il s’intéresse aux nouvelles catégories produites par la problématique des rapports sociaux de genre et à leurs effets, d’une part, sur les notions, méthodes et objets traditionnels ; d’autres part, sur l’investigation de nouveaux objets de recherche et l’invention de nouveaux concepts, de nouvelles sources ou de nouveaux indicateurs.

Arnaud Lechevalier est maître de conférences en économie à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur au LISE (CNRS-CNAM). Ses travaux portent sur l’Union européenne et l’analyse comparative des politiques publiques dans le champ de l’emploi et de la protection sociale, notamment en termes de « régimes de genre ».

Partie II. Intersections, circulations, échelles

Fabienne Berton, Marie-Christine Bureau et Barbara Rist,
La recomposition sociale des catégories de filiation et de genre : évolution et résistances 

À partir de la seconde moitié du 20e siècle, les relations instituées au sein de la famille semblent s’affranchir à la fois des liens du sang et des catégories de genre, avec la multiplication des recompositions familiales et la reconnaissance des familles homoparentales. Néanmoins ces affranchissements ne vont pas sans résistances, tant au plan des actions politiques qu’au plan des représentations qui guident les pratiques sociales : aussi bien le couple que le lien biologique résistent. Si la complémentarité sexuée au sein du couple parental (« un papa, une maman ») est défendue avec énergie, souvent sur des bases confessionnelles, la norme même du couple parental, qui limite la possibilité de penser la place de plusieurs adultes ou d’un parent seul auprès de l’enfant, reste elle-même très prégnante, ainsi que l’importance du biologique dans les représentations de la parentalité, y compris d’ailleurs dans certaines familles homoparentales.

Fabienne Berton est socio-économiste, chercheuse au LISE (CNRS-CNAM). Ses travaux portent sur les parcours de vie, les trajectoires professionnelles, la conciliation travail-famille, les transitions et les ruptures dans les parcours, les modes de garde des jeunes enfants.

Barbara Rist est sociologue, enseignante-chercheuse au CNAM et membre du LISE (CNRS-CNAM). Ses travaux portent sur les politiques sociales et leur mise en œuvre, sur les professions du social ainsi que sur les liens entre les institutions et les familles. Elle travaille également sur les politiques de la dépendance, notamment sur les expériences vécues et les trajectoires des proches aidants.

Marie-Christine Bureau est sociologue au LISE (CNRS-CNAM). Elle poursuit sa réflexion sur la fabrique des institutions par les citoyens, dans le domaine du travail et de l’emploi mais aussi de la famille ou des politiques sociales.  

Tout récemment, ces auteures ont contribué à l’ouvrage collectif : F. Berton (dir.), Faire famille aujourd’hui. Normes, résistances et inventions, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2021.

Pierre Lénel et Marie Mercat-Bruns, Penser l’intersectionnalité en contexte français. Le cas des affaires Baby Loup et Micropole sur le port du voile islamique au travail

Dans la perspective tracée par Kimberlé Crenshaw, cet article se propose de revenir aux sources de l’intersectionnalité « à partir de son déploiement dans de multiples contextes ». Pour cela il prend appui sur les récits de deux plaignantes, licenciées pour port du foulard sur le lieu de travail, des affaires emblématiques Baby Loup et Micropole, recueillis au cours de longs entretiens biographiques. Deux ambitions principales guident ce texte. La première est de réfléchir à ces narrations du point de vue sociologique et juridique pour envisager dans quelle mesure elles nous révèlent à la fois un ressenti de discrimination multiple, ou intersectionnelle, qui n’a pas été pris en compte, de manière générale, par le droit interne et européen. La deuxième ambition est de démontrer que l’analyse des narrations de ces plaignantes permet d’envisager une lecture interdisciplinaire féconde. L’originalité de la méthodologie et des conclusions, qui diffèrent des démarches de sociologie juridique ou de sociologie du contentieux, dérive de son écriture à quatre mains qui offre, par une lecture commune du droit en action et en sociologie, des réflexions nouvelles sur certains contextes d’inégalités à la fois individuelles et structurelles et sur l’exercice des libertés dans nos espaces démocratiques.

Marie Mercat-Bruns est Professeure affiliée à l’Ecole de droit de Sciences Po et maître de conférences en droit, HDR au CNAM, copilote de l’axe « Genre, droit et discriminations » au sein du LISE et expert sur l’égalité pour la France auprès de la Commission européenne. Au comité scientifique de Presage à Sciences Po, pilote l’Axe Droits fondamentaux (Trans Europe Experts), elle dirige en outre l’Accès au droit à la Clinique juridique de Sciences Po. En 2021, elle vient de terminer une étude mondiale sur le racisme à l’UNESCO (Départment des sciences humaines et sociales).

Pierre Lénel est sociologue et membre associé du LISE (CNRS-CNAM). Il est spécialiste des questions d’épistémologie des sciences sociales, des études de genre et des théories de la démocratie contemporaine. Parmi ses publications : L’activité en théories. Regards croisés sur le travail, tome II, À quoi nous sert l’activité pour comprendre le travail contemporain ? (avec M.-A. Dujarier et A. Gillet) (dir.), Toulouse, Octarès, 2021.

Yaël Brinbaum, Vécu des discriminations dans l’accès à l’emploi à l’égard du genre et des origines. Un décalage entre catégories statistiques et critères discriminatoires

En mobilisant les données de l’enquête nationale Génération 2010 réalisée en 2013, ce chapitre interroge la façon dont se combinent le genre, les origines et autres facteurs dans l’expérience des discriminations à l’embauche. Il compare les facteurs en jeu dans ces situations et les motifs discriminatoires rapportés par les jeunes eux-mêmes issus de l’immigration (essentiellement d’origine Magrébine, de l’Afrique sub-saharienne, de Turquie, etc.). Il ressort qu’il existe une discrimination de genre plus intense chez les femmes que chez les hommes et aussi que les effets de la multiplication des discriminations sont d’une intensité variable selon le sexe : la combinaison de plusieurs facteurs discriminant, notamment le sexe et l’origine ethno-raciale jouant de manière négative particulièrement chez les femmes, l’origine ethno-raciale puis le lieu de résidence chez les hommes.

Yaël Brinbaum est maîtresse de conférences en sociologie au CNAM et membre du LISE (CNRS-CNAM) et du CEET. Spécialiste des inégalités et des discriminations dans l’éducation et sur le marché du travail, ses recherches actuelles portent principalement sur les trajectoires scolaires et d’insertion professionnelle, l’accès à l’emploi et la qualité de l’emploi des descendants d’immigrés selon les origines et le genre, en France et dans une perspective comparative internationale (Europe, États-Unis).

Anne-Françoise Bender et Ferruccio Ricciardi, De l’égalité à la diversité en entreprise : échelles de circulation de notions
sous tension

La question des discriminations entre femmes et hommes dans le monde du travail a été abordée, au sein de l’espace de la communauté européenne, sous l’angle de l’égalité des rémunérations puis de l’égalité professionnelle et de l’égalité des chances. Depuis le début des années 2000, les politiques de ressources humaines des entreprises ont insisté sur la notion de diversité, transformant la contrainte de droit en des pratiques et rhétoriques gestionnaires. Ce chapitre montre le rôle joué par de nombreux acteurs (État, Commission européenne, patronat et syndicats, actionnaires, lobbys politiques et économiques, experts, etc.) dans cette évolution des notions et pratiques. Il analyse leur circulation entre espaces nationaux et internationaux, en proposant de dépasser les dichotomies binaires traditionnellement à l’œuvre notamment entre logique de marché et logique d’Etat et entre expertise et militantisme.

Anne-Françoise Bender est maîtresse de conférences en sciences de gestion au CNAM e membre du LISE (CNRS-CNAM). Elle enseigne la GRH et le management et co-dirige le master GRH et sociologie avec Michel Lallement. Ses recherches portent sur la gestion des carrières, l’égalité professionnelle et la gestion de la diversité. Elle a récemment co-édité un ouvrage de recherches sur ces sujets, avec Alain Klarsfeld et Christine Naschberger : Management de la diversité des ressources humaines : études empiriques et cas d’entreprise (Vuibert, 2019). Elle a co-fondé et animé pendant dix ans le Groupe de recherche thématique « Diversité et Genre » au sein de l’Association francophone de recherche en gestion des ressources humaines (AGRH).

Ferruccio Ricciardi est chargé de recherche au CNRS et membre du LISE (CNRS-CNAM), où il co-anime l’axe « Genre, droit et discriminations ». Il s’intéresse à la sociohistoire de la catégorisation ethnique et de genre dans les relations de travail dans une perspective comparée et transnationale, en étudiant notamment les formes de mise au travail dans l’Empire colonial français pendant la première moitié du 20e siècle. Parmi ses publications recentes : « Categorizing Difference: Labor and the Colonial Experience (French Empire, First Half of the 20th Century), in M. Lallement and O. Giraud (eds.), Decentering Comparative Analysis in a Globalizing World, Leiden, Brill, 2021, p. 326-346.

Partie III. Politiques publiques et production de catégories genrées

Cathy Bousquet, L’émergence du travail social : analyse critique d’un rapport social de genre institutionnalisé

Le travail social comme champ d’activité et secteur d’intervention est régulièrement discuté sur la scène politique tout en étant peu connu au regard des champs de l’éducation ou de la santé. S’intéresser à cette histoire dans sa période d’émergence, au tournant du 20e siècle, et la mettre en perspective en utilisant la focale du genre conduit à une nouvelle compréhension de cette « invention » et à la critique de son institutionnalisation au fil du temps. Ce chapitre questionne les mécanismes de pérénisation genrés qui construisent et reconduisent les relations hiérarchisées entre les femmes et les hommes dans le champ du travail social et propose ainsi de sortir des représentations ordinaires concernant ce domaine d’activité en mettant à jour les visées émancipatrices que certains acteurs et actrices portent.

Cathy Bousquet est docteure en sociologie du CNAM et membre associé du LISE (CNRS-CNAM). Elle a été professionnelle et responsable de formation en travail social et participe à différents dispositifs et expériences associatives (Conseil de développement du Pays Coeur d’Hérault, collectif « Biens communs » pour une accélération de la transition sociale et écologique en Centre Hérault, etc.).

Anne Eydoux, Les mères seules précaires, catégorie (é)mouvante des politiques sociales

Ce chapitre interroge, dans une perspective de genre, la genèse et les transformations de la catégorisation des mères seules précaires en France, en les comparant à celles de quelques autres pays européens ayant connu des évolutions similaires. Il s’intéresse aux concepts et aux arguments mobilisés, mais aussi aux facteurs d’évolution et aux échelles (nationale ou supranationale) de cette catégorisation. Il montre que les mères seules précaires ont été d’abord appréhendées en France sous l’angle d’une catégorie familiale marginale et vulnérable. Avec la catégorie des « parents isolés », elles sont devenues une cible de politiques maternalistes d’aide sociale les dispensant provisoirement de l’obligation de chercher un emploi. Les politiques d’activation (ou de retour à l’emploi) promues à l’échelle européenne en ont fait au contraire une catégorie à activer, mais sans parvenir à l’ériger en catégorie émancipatrice.

Anne Eydoux est maîtresse de conférences en économie au CNAM, chercheuse au LISE (CNRS-CNAM) et membre du CEET. Ses travaux portent sur le chômage, l’emploi, les politiques de l’emploi, les politiques sociales et les inégalités entre les femmes et les hommes. Parmi ces dernières publications : « La protection sociale des chômeurs et des précaires après la crise sanitaire », L’Économie politique, n° 92, 2021 ; « Une société d’outsiders », in F. Rey et C. Vivés (coord.), Le monde des collectifs, Teseo Press, 2020, p. 55-71 ; « Les lignes de faille de l’économie féministe », L’Économie politique, n° 88, 2020.

Tania Toffanin, (De)qualifier le travail dans l’espace domestique : les cas de la France et de l’Italie

Ce chapitre présente une réflexion sur la catégorisation du travail à domicile en Italie et en France à partir de l’analyse de la réglementation étatique de cette forme d’activité. Cette analyse met à jour les tensions suivantes : d’une part, l’assimilation tardive du travail à domicile au travail subordonné ; d’autre part, l’invisibilisation constante de cette partie de la main-d’œuvre sous couvert de l’idéologie patriarcale qui imprègne de manière durable l’action de l’État dans ce domaine. Bien que, depuis la Seconde Guerre mondiale, le travail à domicile soit reconnu comme un travail subordonné, la dérogation à l’application des normes du droit du travail est en fait la règle. Plus généralement, l’étude de la régulation du travail à domicile nous interroge sur le double et contradictoire mouvement qui caractérise cette activité : à la fois voie d’intégration d’une main-d’œuvre de réserve au sein du marché du travail et facteur de marginalisation d’une partie de la population active par rapport au reste des salariés.

Tania Toffanin est sociologue et membre associé du LISE (CNRS-CNAM). Ses intérêts de recherche portent sur la division sexuée du travail, la concordance vie/travail et l’histoire et la sociologie de la relation entre patriarcat et capitalisme, tout particulièrement sous l’angle de l’expérience du travail à domicile. Parmi ses publications : « Comparing the Social and Spatial Inscription of Women’s Work », in O. Giraud and M. Lallement (eds.), Decentering Comparative Analysis in a Globalizing World, Leiden, Brill, 2021 ; Fabbriche invisibili. Storie di donne, lavoranti a domicilio, Verone, ombre corte, 2016.  

Nikola Tietze, Genre, territoire et legal imagination. La mise en récit des droits sociaux et de la non-discrimination à la Cour de justice de l’Union européenne

Ce chapitre s’intéresse aux catégorisations que les juges de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) élaborent pour mettre en œuvre le principe européen de l’égalité de traitement. L’auteure pose la question de savoir dans quelle manière la fabrication de ces catégories représente un levier de protection contre les discriminations, notamment en matière de genre. Son analyse s’appuie sur les narrations que les juges de la CJUE développent, à partir de l’analyse d’un recueil d’arrêts. Elle montre que les juges formulent leur récit en prenant en compte les effets des différenciations territoriales et qu’ils s’approprient ainsi les catégorisations des politiques sociales des États membres, tout en pénalisant le principe transversal de l’égalité de traitement face à l’impératif de permettre la circulation des personnes jugées « utiles » aux logiques du marché commun et de l’union économique et monétaire.

Nikola Tietze est sociologue, chercheure au Centre Marc Bloch et à la Fondation hambourgeoise pour l’avancement de la recherche et de la culture (WiKu). Elle est associée au LISE (CNRS-CNAM) et membre de l’axe de recherche « Genre, Droit, Discriminations ». Spécialisée dans la sociologie des migrations et de l’Europe, elle travaille sur les conflits autour de l’accès des migrant-e-s aux droits sociaux et prestations sociales dans l’espace européen et plus particulièrement en France et en Allemagne.



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