Discours de Solange Drouin, Présidente de la Coalition pour la diversité des expressions culturelles

Merci de votre accueil. Merci plus particulièrement à la Ville de Montréal de souligner d’aussi belle façon le 10e anniversaire de l’adoption de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

À titre de coprésidente de la Coalition canadienne pour la diversité des expressions culturelle, on m’a demandé de vous faire part aujourd’hui en trois minutes des raisons qui m’ont poussée à m’engager professionnellement, et personnellement, dans le mouvement de la société civile autour de la Convention. Je dois vous dire qu’après plus de 20 ans dans la même organisation, nommément l’ADISQ, mes motivations personnelles et professionnelles ont évolué dans le même sens. C’est d’ailleurs heureux pour ma santé mentale et celle des gens avec qui je travaille !

On célèbre aujourd’hui le 10e anniversaire de l’adoption de la Convention, mais les origines de ce précieux outil remontent à plus de 20 ans, avec la bataille de l’exception culturelle, lors de l’Uruguay Round, autour de l’Accord général sur le commerce et les services (AGCS) pour exclure les services audiovisuels de l’entente de commerce international.

C’est donc dire que tout mon parcours professionnel à l’ADISQ s’est façonné autour de cette réflexion sur les enjeux de la diversité culturelle.

C’est d’ailleurs un enjeu qui, selon moi, s’impose à toutes les personnes qui travaillent dans ou avec le milieu culturel.

Rapidement, on constate d’abord la richesse de ce secteur et le rôle crucial qu’il joue dans une société. La richesse de la diversité.

En même temps, on s’aperçoit vite que, même si le génie d’un créateur, d’un artiste est évident et que le dynamisme d’un entrepreneur est sans faille, cela ne sera pas suffisant pour que tous ces talents s’épanouissent et permettent d’offrir au public un livre, une chanson, un film qui lui parle, l’émeut ou le fait rire. Il faudra, en effet, qu’ils évoluent dans un contexte social, économique, politique, etc., favorable, tant au niveau national qu’à l’échelle internationale. C’est notre travail de tous les jours, dans les organisations culturelles, de favoriser la mise en place de ce contexte.

Et ce sont les principes ancrés dans la Convention de l’UNESCO pour la diversité culturelle qui nous permettent de travailler et de croire qu’on peut arriver à mettre en place ces conditions pour les artistes et les entreprises québécoises et canadiennes. Pour qu’ils existent et qu’ils rayonnent.

Ce sont ces mêmes principes qui permettent aux artistes et aux entreprises des autres sociétés dans le monde d’exister, chez eux, et d’établir un dialogue avec nous.

En bref, au sein des 32 organisations membres de la Coalition, nous partageons le sentiment que la Convention donne un sens à tout notre travail, dans nos milieux respectifs, en préservant le pouvoir des États et des gouvernements d’établir leurs propres politiques culturelles.

Au Canada et au Québec, nous avons la chance de pouvoir compter sur un système bien organisé de politiques culturelles qui, lorsqu’elles sont bien utilisées, peuvent faire toute la différence. C’est un atout précieux.

Ces politiques publiques encore en place aujourd’hui prévoient, par exemple, en musique que les gouvernements contribuent financièrement au développement de l’offre culturelle en soutenant directement les artistes ou les entreprises de ce secteur.

Un autre aspect fondamental de ces politiques publiques est la mise en place au fil des ans d’un accès privilégié des Canadiens à cette offre culturelle dans les médias, tant en radio qu’à la télévision. Par exemple, en musique, les radios canadiennes doivents’assurer qu’au moins 35 % de la musique populaire qu’elles diffusent chaque semaine est de contenu canadien, et les stations de radio de langue française doivent consacrer au moins 65 % de leur programmation hebdomadaire à de la musique de langue française.

Sans la mise en place de ces politiques, le développement de l’offre culturelle canadienne et québécoise aurait été sérieusement compromis au profit d’une offre internationale beaucoup moins diversifiée.

Il est dommage que certains veuillent nous convaincre que ces politiques sont aujourd’hui des boulets qui inhibent notre développement. (Mais ce n’est pas mon propos ici, et il me faudrait plus que trois minutes pour aborder la question!)

La Convention prévoit d’autres objectifs que celui de réaffirmer le droit souverain des États d’adopter des politiques culturelles. En effet, il y a ceux :

  • de reconnaître la nature spécifique des biens et services culturels en tant que porteurs d’identités, de valeurs et de sens ;
  • de définir de nouvelles modalités de coopération internationale ;
  • de créer les conditions permettant aux cultures de s’épanouir et d’interagir librement ;
  • d’accorder un rôle majeur à la société civile dans la mise en œuvre de la Convention.

Nous avons beaucoup de pain sur la planche pour atteindre tous ces objectifs qui, non seulement protègent, mais donnent vie à la diversité culturelle.

Nous sommes la seule société au monde dans le monde qui peut compter sur un organisme voué exclusivement à ces mandats.

Merci au gouvernement du Québec, à la Ville de Montréal et à tous nos partenaires associés privés et publics de continuer à nous donner les moyens de remplir cette mission importante.

En terminant, merci à tous ceux et celles qui, depuis les tout débuts, ont rendu possible cette belle aventure, laquelle, nous n’avons pas le choix, doit se poursuivre.

Ils sont nombreux, ils sont de toute allégeance, ils sont encore passionnés par ce sujet. Bref, merci à vous tous.

Longue vie à la Convention et à la diversité culturelle qu’elle incarne.



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