Christine Saint-Pierre, Ministre des Relations internationales et de la Francophonie du Québec

Hôtel du Parlement, Québec, le 28 mai 2015

 

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Chers collègues députés,

Madame la Professeure,

Madame la Présidente de la Commission canadienne pour l’UNESCO,

Chers invités,

Mesdames et Messieurs,

Le premier ministre du Québec, M. Philippe Couillard, étant à Paris pour la cérémonie d’intronisation de l’écrivain Dany Laferrière à l’Académie française, permettez-moi de vous transmettre ses meilleures salutations.

« La sagesse et les techniques nées de la culture de chaque peuple appartiennent à l’humanité tout entière et contribuent à la civilisation de l’universel » a dit un jour le président, poète et humaniste sénégalais Léopold Sédar Senghor.

Il importe de chérir cette culture parce qu’elle nous inscrit dans l’Histoire et qu’elle nous relie à toutes les expressions de l’expérience humaine. Il importe de la chérir parce que l’art et la beauté sont tout sauf accessoires.

Le Québec a une double sensibilité : celle de minorité qui a dû affirmer sa culture et celle de société qui assume la mondialisation économique. C’est ainsi qu’il a pu très tôt engager une réflexion crédible sur la diversité des cultures, reconnaissant aux biens et services culturels la double nature d’objets de commerce et de vecteurs d’identité.

Nous avons réussi, avec l’appui des gouvernements français et canadien, de l’Organisation internationale de la Francophonie et des milieux culturels, à exercer une forte influence sur le développement de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Les parlementaires, par leur action de coopération interparlementaire, ont également eu un rôle déterminant dans la mobilisation des diverses nations à l’importance d’adopter un tel instrument international. Je veux de plus souligner ici l’engagement dynamique que mena à cet égard le Président de notre Assemblée, M. Jacques Chagnon.

On ne s’étonnera donc pas que l’Assemblée nationale du Québec, qui nous accueille aujourd’hui et dont je remercie le président, ait été le premier parlement au monde à l’approuver, le 10 novembre 2005. N’a-t-on pas alors aussi mentionné que c’était la plus grande victoire de la diplomatie québécoise, notamment de son réseau à l’étranger.

Toutefois, même si la convention a été ratifiée par 143 États[1] et l’Union européenne, le droit d’adopter des politiques et des mesures de soutien à la culture devra encore être défendu dans tous les grands accords commerciaux, comme a contribué à le faire le gouvernement du Québec dans l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne.

Le gouvernement québécois, par les contributions qu’il a versées au Fonds international pour la diversité culturelle de la Convention et la trentaine d’ententes de coopération qu’il a conclues avec ses partenaires, poursuit son engagement à l’égard de la création, de la production, de la distribution et de l’accès à des expressions culturelles variées dans l’espace francophone et les pays en développement.

Telle qu’elle a été rédigée, la Convention a ce qu’il faut de souplesse pour prendre en compte l’ensemble des réalités auxquelles ces pays, tout comme l’ensemble des États Parties, sont confrontés.

Nous estimons toutefois pressante la réflexion sur la mise en œuvre de la Convention dans un environnement où les technologies numériques ont pénétré toutes les sphères de nos vies, ce qui est le cas y compris, et peut-être surtout, dans les sociétés en développement.

Le numérique revêt des potentialités exceptionnelles pour la diversité des expressions culturelles. Il constitue une dimension incontournable et un levier de développement économique pour tout le secteur de la culture.

Il présente également des défis énormes auxquels des solutions innovantes, respectueuses de l’identité, des valeurs et de l’histoire de chacun, doivent être apportées.

Le gouvernement du Québec s’est pour sa part doté d’un plan visionnaire et rassembleur pour appuyer les artistes et créateurs qui assurent la vitalité et le rayonnement de la culture québécoise : le Plan culturel numérique.

Distingués invités, chers amis,

Nous détenons avec la Convention de l’UNESCO un dispositif normatif pour une mondialisation qui reconnaisse à tous les groupes humains le droit de préserver le fondement de leur identité, tout en étant réceptif aux cultures de tous les horizons.

Il nous appartient désormais, tant gouvernements que créateurs, universitaires et membres de la société civile, de la faire évoluer, d’en étendre encore davantage la ratification et de l’inscrire résolument dans la pratique et le droit international.

À cet égard, je souhaite que le colloque international qui se tient jusqu’à samedi à l’Université Laval soit porteur de fructueuses délibérations.

Je vous remercie de votre attention.


  1. La Convention comptait bien 143 Parties (avec l’Union européenne) à la date de son 10ème anniversaire en mai 2015.


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