17 Interview réalisée le 11 décembre 2015 avec Luis Ferrão de la Commission européenne

Luis Ferrão, juriste à l’Unité Créativité de la Commission européenne (Direction générale des réseaux de communication, du contenu et des technologies), en charge de la politique de numérisation et accessibilité en ligne du patrimoine culturel et préservation numérique.

Quel est l’impact du numérique sur la protection et la promotion de la diversité culturelle ?

Le numérique apporte des possibilités inédites de faire connaître et de valoriser le patrimoine culturel, indépendamment des contraintes géographiques, physiques, temporelles ou autres; la numérisation et l’accessibilité en ligne permettent d’amener à la portée de chaque citoyen, des chercheurs, des enseignants, des créateurs et des entreprises les ressources culturelles dispersées aux quatre coins du monde (dont parfois seule une petite fraction est accessible ou exposée au public à chaque instant dans le monde analogique) – et ceci 24h/7, 7jours/7.

Le numérique ouvre de nouvelles possibilités de visualisation, de présentation et d’interaction avec les ressources culturelles (réalité virtuelle, réalité augmentée, haute résolution, modélisation 3D, réseaux sociaux), qui s’ajoutent aux formes traditionnelles d’engagement avec ces ressources dans l’environnement analogique.

En même temps, le matériel numérisé peut être utilisé pour élaborer du contenu pédagogique et éducatif, des documentaires, des applications dans le secteur du tourisme, des jeux, des animations et des outils de conception, contribuant ainsi à l’essor des activités de création et au développement du potentiel culturel et créatif dans son ensemble.

De nouvelles normes ou autres mécanismes additionnels permettraient-ils une meilleure mise en œuvre de la CDEC dans l’environnement numérique ?

À mon avis, la dimension numérique du patrimoine culturel, les défis comme le potentiel et les débouchés économiques liés à l’élargissement des possibilités d’accès offert par la numérisation des ressources culturelles pourraient être davantage reflétées dans les textes relatifs à la mise en œuvre de la Convention.

En effet, ces aspects sont à peine mentionnés, malgré l’importance que le numérique a pris dans les usages et les comportements actuels, en particulier des nouvelles générations (réseaux sociaux, plateformes collaboratives de partage, de collecte de ressources en ligne, wikis, blogs, etc.).

Parmi les mesures ou politiques adoptées par la Commission européenne pour promouvoir les industries créatives à travers les nouvelles technologies, lesquelles pourraient être à votre avis le plus facilement répliquées par d’autres Parties à la CDEC et notamment les pays en développement ?

Des mesures de coordination, visant à la mise en commun des ressources et à éviter des duplications inutiles, pourraient contribuer à réduire les coûts élevés de la numérisation du patrimoine culturel, rarement à la portée des seules institutions culturelles (bibliothèques, musées, archives…), voire certaines régions, prises individuellement.

Le choix de normes et de formats ouverts faciliterait l’interopérabilité et l’accessibilité des contenus numérisés, ainsi que leur réutilisation, que ce soit à des fins récréatifs, professionnels ou de recherche.

De même, le recours à des centres de compétence en matière de numérisation, des agrégateurs sectoriels ou régionaux de contenus culturels et à des plateformes dédiées comme Europeana (www.europeana.eu), peut contribuer à promouvoir la visibilité des ressources culturelles et l’exploitation de leur potentiel à l’échelle planétaire, propre à l’environnement numérique.

La plateforme numérique culturelle européenne offre en effet, dès aujourd’hui, un accès ouvert et multi-langue à des dizaines de millions d’objets provenant de plus de 3.000 bibliothèques, musées et archives dans 38 pays.



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