16 Les politiques éducatives et la diversité des expressions culturelles à l’ère numérique

Gemma Carbó Ribugent & Guillermo Maceiras Gómez[1]

L’internet est le lieu de rencontre de communication totale, un endroit où les cultures peuvent communiquer à l’infini. L’internet est le rêve de l’humanité depuis longtemps. (Barbero 2008: 12, traduction libre)

Introduction

Nous offrons la citation ci-avant en guise de préambule à l’étude de cas présente, qui se penche sur deux approches innovantes en matière d’enseignement de la diversité culturelle à l’ère numérique. La diversité culturelle, l’éducation et le numérique ne semblent pas faire toujours bon ménage. Dans l’étude de cas ci-après, nous examinons les difficultés de cette relation et, par l’analyse de deux initiatives, démontrons qu’il est possible et nécessaire d’établir des alliances entre ces domaines afin de promouvoir la citoyenneté culturelle.

Notre premier postulat est que la culture n’existe plus en tant qu’élément singulier. La diversité des expressions culturelles et artistiques requiert de nouveaux modes de promotion de la convivialité, en accord avec les valeurs universelles de la démocratie et du respect des droits de l’homme, et ceci est l’un des objectifs principaux des systèmes éducatifs du monde entier. Certaines approches éducatives accordent plus de place à la diversité culturelle – éducation multiculturelle, éducation critique et éducation interculturelle – et s’efforcent de modifier la tradition des politiques éducatives tendant à l’uniformisation et l’homogénéité.

La reconnaissance de la diversité culturelle en tant que valeur fondamentale du développement individuel et collectif ouvre des champs de pensée intéressants dans le domaine de l’enseignement et de l’organisation des programmes scolaires. S’éloignant de l’organisation conventionnelle du programme scolaire basé sur des matières et des disciplines, la tendance actuelle se rapproche des compétences et des aptitudes qui peuvent être intériorisées par les enfants et les jeunes de même que par le public en général, afin de les laisser construire leur propre processus d’apprentissage de manière créative. Dans les pays de l’Union européenne (UE), les compétences dites transversales sont celles qui sont directement liées à la diversité culturelle, ainsi que les compétences communicatives et numériques (European Parliament 2006). Elles comprennent entre autres la compétence artistique et culturelle, ainsi que la compétence communicative.

Deuxièmement, la structure éducative et sociale doit s’adapter aux nouvelles exigences résultant de la révolution technologique de l’internet et de la société en réseau. La révolution numérique et l’internet – décrit par Morin (2009) comme un système neuro-cérébral artificiel de caractère planétaire – ont multiplié et accéléré de façon exponentielle les possibilités culturelles et communicatives contemporaines, ravivant ainsi le débat historique sur les médias et la communication et leur relation avec la culture et l’éducation, relation qui peut sembler incestueuse ou bien au contraire essentielle. Dans le domaine de l’éducation, la triade culture-communication-éducation enflamme encore les débats entre partisans radicaux et opposants tout aussi radicaux ; entre ceux qui prônent les possibilités infinies d’intégration de l’alliance culture-communication (Ferrés 2008) et ceux qui la décrient comme conduisant à l’apocalypse de la culture homogénéisée qui devrait être tenue à l’écart de l’éducation (Fumaroli 2007).

Les reproductions et les dérivations de ce débat – déjà disséquées par l’Ecole de Francfort et auxquelles peu a été ajouté depuis – sont infinies mais il y a maintenant une demande généralisée pour que certaines responsabilités et prises de décision soient adoptées pour répondre à cette nouvelle réalité (UNESCO 2011). Le présent article expose et analyse quelques bonnes pratiques qui lient l’éducation à la diversité culturelle par le biais de ressources numériques pour atteindre cet objectif. Comme nous espérons le démontrer avec l’analyse des deux différentes propositions éducatives que nous présentons dans cette étude, l’éducation en diversité culturelle est un droit culturel de l’homme qui est lié aux objectifs d’enseignement de base tels que l’éducation culturelle, l’éducation aux médias et les compétences numériques.

I – Droits culturels et diversité culturelle

La perspective épistémologique et pédagogique adoptée dans le cadre de notre analyse est une approche de l’éducation et de la diversité culturelle fondée sur les droits de l’homme. Comme le déclare la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle dans son article 4 (intitulé « Les droits de l’homme, garants de la diversité culturelle »), « La défense de la diversité culturelle est un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine. Elle implique l’engagement de respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales (…) » (UNESCO 2001).

Il faut rappeler ici que les droits de l’homme sont indissociables, qu’il s’agisse des droits civiques et politiques ou des droits économiques, sociaux et culturels. Non seulement sont-ils indissociables, ils sont aussi interconnectés et interdépendants. Comme l’explique Janusz Symonides, jusque dans les années 90 « les droits culturels étaient souvent traités comme une “catégorie sous-développée” des droits de l’homme. Ils étaient mentionnés en même temps que les droits économiques et sociaux, mais en fait l’attention portait sur les droits économiques et sociaux, alors que les droits culturels n’étaient pas débattus » (Symonides 1998).

Les droits culturels étaient difficiles à défendre inter alia parce qu’ils n’étaient pas suffisamment définis dans les conventions internationales. Ils nécessitaient un développement plus conceptuel et c’est là la tâche importante dont s’est investie l’Assemblée générale des Nations unies en adoptant le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 (United Nations 1966), l’UNESCO et, en particulier, le Groupe de Fribourg en 1991. Mais il existait aussi une autre difficulté : les craintes et suspicions des Etats que la reconnaissance d’identités culturelles différentes, le droit d’identification à des groupes vulnérables, en particulier des minorités et des peuples indigènes, pourraient encourager la tendance à la sécession et mettre l’unité nationale en danger.

Le troisième problème de taille était que, avec la reconnaissance du droit de chacun à avoir une identité culturelle différente, la reconnaissance des spécificités et des différences culturelles était parfois perçue comme un moyen de justifier le relativisme culturel. A ce sujet, la Commission mondiale de la culture et du développement indiquait dans son rapport « Notre diversité créatrice » que « la difficulté logique et éthique du relativisme est qu’il doit aussi soutenir l’absolutisme et le dogmatisme. (…) Le relativisme cognitif est absurde, le relativisme moral est tragique. » (World Commission on Culture and Development 1996).

L’existence de différences culturelles ne doit pas conduire au rejet de quelque élément des droits de l’homme universels que ce soit. En 1993, la Déclaration de Vienne, adoptée par consensus par la Conférence mondiale sur les droits de l’homme, confirmait l’universalité des droits de l’homme et rejetait la notion de relativisme culturel. Dans son 1er paragraphe, la Déclaration « réaffirme l’engagement solennel pris par tous les Etats de s’acquitter de l’obligation de promouvoir le respect universel, l’observation et la protection de l’ensemble des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous (…) ». Il souligne que « [l]e caractère universel de ces droits et libertés est incontestable ». (United Nations 1993).

Après maints débats, la portée des droits culturels à l’heure actuelle est basée sur l’interprétation même du terme « culture ». Comme la Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles de l’UNESCO le clarifiait en 1982 :

(…) dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. (UNESCO 1982: Preamble).

Il s’agit donc des activités créatives, artistiques ou scientifiques, mais aussi de l’ensemble des activités humaines, la totalité des valeurs, des connaissances et des pratiques. Le Conseil des droits de l’homme, par sa résolution 10/23 du 26 mars 2009, a établi, pour une période de trois ans, un « expert indépendant dans le domaine des droits culturels », avec le mandat, inter alia :

  • d’identifier les meilleures pratiques et les obstacles possibles dans le cadre de la promotion et la protection des droits culturels au niveau local, national, régional et international ;
  • d’encourager l’adoption de mesures pour leur protection, y compris la soumission de propositions et/ou de recommandations auprès du Conseil concernant des actions possibles à cet effet ;
  • d’étudier la relation entre droits culturels et diversité culturelle.

L’adoption du sens plus large du terme « culture », la reconnaissance de la diversité culturelle en tant qu’élément essentiel des droits culturels et les avancées dans la définition du droit à participer à la vie culturelle, incorporé à l’article 15.1 (a) du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 (United Nations 1966), signifie enfin que les droits culturels comprennent aussi d’autres questions liées, telles que le droit à l’éducation. Comme l’a clairement établi le Comité des Nations unies sur les droits économiques, sociaux et culturels (CDESC, CESCR en anglais) :

(b) L’accès recouvre en particulier le droit de chacun − seul, en association avec d’autres ou au sein d’une communauté − de connaître et de comprendre sa propre culture et celle des autres par l’éducation et l’information, et de recevoir un enseignement et une formation de qualité qui tiennent dûment compte de l’identité culturelle. (CESCR 2009: 4)

II – Enseignement de la diversité culturelle en tant que droit culturel

Le droit à l’éducation, tel qu’il est compris dans les Pactes internationaux sur les droits de l’homme, comprend une éducation culturellement adéquate[2]. Dans ce sens, l’éducation répond « aux besoins des étudiants au sein de leurs divers environnements sociaux et culturels »[3]. Généralement la diversité culturelle se souciait uniquement de la nécessité pour les étudiants de recevoir une éducation qui respecte et soit en accord avec leur propre culture. Le besoin de comprendre « (…) l’importance de la protection et de la promotion de la diversité des expressions culturelles (…) par le biais des programmes d’éducation (…) » – déclaré à l’article 10 de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de 2005 de l’UNESCO (CDEC) – n’était pas, à l’origine, au cœur du droit à l’éducation. C’est à travers les changements du concept d’un autre droit de l’homme – le droit de participer à la vie culturelle que les enjeux de la diversité culturelle ont commencé à être perçus comme un élément essentiel des politiques d’éducation (Barreiro & Carbo 2015).

A l’heure actuelle, ainsi que nous le mentionnions dans la section précédente, une partie du mandat de l’expert indépendant sur les droits culturels des Nations unies est d’étudier la relation entre droits culturels et diversité culturelle, et c’est là une des questions les plus importantes à traiter avec les enfants et les jeunes. Comme le déclare la CDEC, la pluralité des cultures doit être perçue comme un facteur positif, conduisant au dialogue interculturel. Dans le monde contemporain, les cultures ne sont pas isolées. Elles interagissent pacifiquement (ou non) et s’influencent. La dynamique interculturelle est mise en marche par les processus contemporains de la globalisation qui mène, non sans tension, à l’émergence, la consolidation ou la reformulation de valeurs culturelles et éthiques au niveau local.

Lors de sa 43ème session, qui s’est tenue du 2 au 20 novembre 2009, le CDESC a adopté l’Observation générale nº 21, qui déclare aussi qu’en matière de meilleures pratiques pour le dialogue interculturel, l’éducation est une stratégie fondamentale :

26. (…) Les Etats parties doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour stimuler et développer le plein potentiel des enfants dans le domaine de la vie culturelle, en tenant dûment compte des droits et responsabilités de leurs parents ou tuteurs. En particulier, lorsqu’ils prennent en considération leurs obligations en vertu du Pacte et d’autres instruments internationaux en matière de droit à l’éducation, notamment pour ce qui a trait aux buts de l’éducation[4], les États devraient se rappeler que l’un des objectifs fondamentaux du développement de l’éducation est la transmission et l’enrichissement des valeurs culturelles et morales communes dans lesquelles l’individu et la société trouvent leur identité et leur valeur[5]. Par conséquent, l’éducation doit être culturellement adéquate, y compris l’enseignement des droits de l’homme, et permettre aux enfants de développer leur personnalité et leur identité culturelle, et de connaître et comprendre les valeurs et pratiques culturelles de la communauté à laquelle ils appartiennent comme celles des autres communautés et sociétés. (UN CESCR 2009).

La diversité culturelle doit être promue et protégée par le biais de l’éducation en tant que droit culturel. « Le futur que nous voulons intègre la culture » est une campagne qui est menée par les principales agences et organisations culturelles civiles mondiales. Les Objectifs de développement durable (ODD) approuvés le 27 septembre 2015 comprennent un objectif principal concernant une « éducation de qualité » (ODD 4). Dans le cadre de l’Objectif 4, la cible 4.7 souligne que l’éducation doit promouvoir une culture de paix et de non-violence, la citoyenneté mondiale et l’appréciation de la diversité culturelle et de la contribution de la culture au développement durable. Nous devons donc nous concentrer sur les droits culturels, la diversité culturelle et l’éducation en même temps et comme un tout. Le quatrième élément fondamental qui doit être pris en considération à l’ère numérique a trait aux industries culturelles et à l’éducation artistique.

III – Diversité culturelle, industries culturelles et éducation artistique

L’enseignement de la diversité culturelle dans la perspective des droits culturels contient une autre composante importante. La diversité des expressions culturelles est le fondement de la créativité et de l’innovation. Elle stimule la pensée latérale et interdisciplinaire qui est indispensable dans le nouveau contexte économique et social (Alonso 2014: 28).

La cible 8.3[6] des ODD suggère que la créativité et l’innovation soient encouragées par des politiques axées sur le développement, favorisant les activités productrices, la création d’emplois décents et l’entrepreneuriat. Ceci touche précisément aux politiques gouvernant les industries culturelles et créatives, liées à la diversité culturelle et comportant un élément clair de technologies numériques. Les industries culturelles – qui incluent généralement l’imprimerie, l’édition et les productions multimédias, audiovisuelles et phonographiques, ainsi que l’artisanat et la conception – sont essentielles à la croissance économique et professionnelle en Europe et dans le monde entier.

Les arts et les expressions culturelles sont au cœur de toutes les sociétés et communautés, et constituent une opportunité pour les jeunes de s’impliquer sur le marché du travail. En termes de développement et d’ouverture sur un futur emploi, l’éducation artistique et esthétique est essentielle pour les jeunes. C’est l’une des raisons pour lesquelles les systèmes éducatifs du monde entier cherchent de nouvelles manières d’enseigner et d’apprendre de nouvelles approches à la connaissance à travers des langages comme la musique, la danse, le cinéma, le théâtre, etc.

Le travail effectué par l’UNESCO à Lisbonne et à Séoul dans le cadre de « L’Agenda de Séoul : objectifs pour le développement de l’éducation artistique » (UNESCO 2010a), la « Feuille de route pour l’éducation artistique » (UNESCO 2006), ainsi que le rapport « Le droit à la liberté d’expression artistique et de création » de la Rapporteuse spéciale dans le domaine des droits culturels (Shaheed 2013) sont de ce fait extrêmement importants, car ils indiquent des tendances claires pour les politiques éducatives. Parmi ses recommandations, la Rapporteuse spéciale suggère notamment que les Etats doivent :

(j) Développer et améliorer l’éducation artistique dans les écoles et les communautés, en inculquant le respect, l’appréciation et la compréhension de la création artistique, compte tenu notamment de l’évolution des notions d’acceptabilité, et en éveillant les aptitudes à la création artistique. L’éducation artistique devrait donner aux étudiants une perspective historique de l’évolution constante des mentalités au sujet de ce qui est acceptable et ce qui est polémique. » (Shaheed 2013: §90)

De plus, « L’Agenda de Séoul : objectifs pour le développement de l’éducation artistique » (UNESCO 2010a) reflète la conviction de

(…) l’importance du rôle que doit jouer l’éducation artistique dans la transformation des systèmes éducatifs en vue de satisfaire les besoins des apprenants dans un monde en mouvement constant, un monde caractérisé, d’une part, par de remarquables progrès technologiques et, d’autre part, par des injustices sociales et culturelles non surmontées. Les questions qui préoccupaient le [Comité consultatif international] incluaient, sans s’y limiter, des discussions sur la paix, la diversité culturelle et la compréhension interculturelle, aussi bien que, dans le contexte d’économies postindustrielles. (UNESCO 2010a: Préambule)

IV – Les technologies numériques en tant que facteur stratégique pour atteindre les objectifs éducatifs contemporains

La diversité culturelle et l’enseignement des arts créatifs dans la perspective des droits de l’homme voient s’ouvrir, à l’ère numérique, la possibilité d’une convergence et d’une amélioration des nouvelles méthodes d’enseignement et d’apprentissage. Par l’analyse de deux expériences différentes, nous pouvons déclarer aujourd’hui que le numérique représente une opportunité formidable pour l’éducation artistique en tant que ressource pour l’enseignement de la diversité culturelle. Ceci peut s’illustrer à travers « Diversidades, le jeu de la créativité» et le projet « Fenêtre sur la diversité », tous les deux fondés par le secteur culturel de l’UNESCO.

A. Le jeu de la diversité

« Diversidades, el Juego de la Creatividad » est une collection de matériaux éducatifs et une proposition pédagogique centrée sur le jeu et l’éducation, conçue pour travailler avec les jeunes sur les valeurs de protection et promotion de la diversité culturelle ratifiées par les Etats membres de l’UNESCO dans la Déclaration universelle sur la diversité culturelle en 2001, et confirmées en 2005 avec la CDEC.

Ce programme vise à aider les jeunes âgés de 12 à 16 ans à améliorer, dans une perspective de pluralité, de tolérance et de démocratie, leur compréhension de la diversité culturelle en tant qu’élément de leur vie quotidienne. Il cherche aussi à améliorer leur compréhension de la relation entre créativité et diversité culturelle et l’importance et l’utilité de la protection et de la promotion de la diversité des expressions culturelles. Enfin, le programme enseigne la signification de la CDEC en termes de droit international et ses implications pour les politiques et économies locales.

Il repose sur une proposition basée sur l’éducation et le jeu, au sein de laquelle les enseignants travaillent côte à côte avec les jeunes participants sur des axes thématiques tels que : la diversité culturelle, la créativité dans les expressions artistiques, les politiques et mesures culturelles, la solidarité et la coopération culturelle. 

Dans « Diversidades, el Juego de la Creatividad, » le rôle central joué par le site www.diversidades.net indique que sa méthodologie est reproductible et que les connaissances acquises peuvent être transférées sans adaptations majeures, ce qui est clairement un grand avantage. De plus, il n’est pas seulement transposable à d’autres groupes éducationnels, mais permet aussi de former de nouveaux formateurs.

Le contenu est formulé de manière très accessible, de façon à encourager la participation de débutants. Le respect et la reconnaissance de la diversité sont le fil conducteur de tous les matériaux, mais une étape supplémentaire vient s’y ajouter, qui consiste à construire une perspective dans laquelle la créativité fait appel à la diversité et est enrichie par elle. Ce concept extrêmement complexe et pluridimensionnel est traité intelligemment et d’une manière ludique et efficace. Son approche est fondée sur une chaîne logique qui va de l’identification de la diversité à la promotion de la coopération et de la solidarité : je – nous – l’autre – tous.

Le jeu est centré sur le droit à la libre expression personnelle et culturelle et promeut la diversité d’opinions et le développement de compétences dans ce domaine. En outre, il encourage une participation active et équitable des participants, leur développement personnel et la construction de l’individu en tant qu’être social autonome, solidaire et neutre. 

Les formateurs et les participants reçoivent le support nécessaire par le biais du kit fourni et du site internet du jeu. Le kit contient aussi une proposition spécifique destinée à la formation, qui peut être utilisée avec l’application et le développement du projet éducatif général. Cette proposition éducationnelle comprend un atelier de dix heures destiné aux enseignants, aux éducateurs et/ou aux formateurs de formateurs conduits par les fournisseurs du matériel éducatif.

Le jeu « Diversidades » est disponible en ligne et peut être téléchargé gratuitement depuis le monde entier. Il a été utilisé dans des écoles et autres établissements éducatifs au Guatemala, en République dominicaine, au Mexique, en Equateur, en Uruguay et au Brésil. En Europe, il a été utilisé en Espagne, en France et en Autriche.

La deuxième phase du projet, également fondée par l’UNESCO, comprend :

  • la préparation d’un manuel pour former les formateurs à l’usage de « Diversidades » et continuer à créer des communautés éducatives dans tous les pays ;
  • la conversion du jeu en une ressource en ligne à laquelle on peut jouer sur Internet. Ceci aidera les pays où les ordinateurs servent d’outils éducatifs en classe à utiliser « Diversidades » comme une forme d’apprentissage intégrée dans le programme d’étude.

B. Fenêtre sur la diversité (We2Di)

We2Di (www.abrituventana.org) est la manifestation d’une possibilité créative pour la jeunesse. Ce programme repose sur la participation de jeunes créateurs et entrepreneurs d’origines culturelles diverses dans la création d’un réseau créatif de TIC collaboratif. Les participants du monde entier apprennent à développer et co-créer eux-mêmes non seulement une collection d’œuvres d’art transmédias, mais un sens plus profond des valeurs interculturelles qui démontrent la pertinence de la créativité et de la collaboration pour résoudre les défis contemporains à l’échelle mondiale.

La fenêtre symbolise la limite entre les sphères publique et privée ; elle représente l’endroit où nous regardons vers l’extérieur pour voir notre voisinage et, en même temps, l’endroit où notre espace privé est exposé au public. Dans les contextes où différentes communautés culturelles partagent le même espace, la fenêtre représente aussi comment les autres voient une communauté, ainsi que le point de vue des membres de cette communauté qui, de l’intérieur, regardent vers l’extérieur pour voir le monde qui les entoure.

Cette parabole ne s’appuie pas nécessairement sur le monde des idées uniquement : dans les sociétés multiculturelles au contexte conflictuel, les lieux sûrs représentaient un endroit où les membres d’une culture donnée exprimaient et appréciaient leurs traditions et pratiques culturelles. Une des caractéristiques de notre ère est que notre voisinage est maintenant élargi à l’échelle planétaire : ce que nous montrons depuis notre fenêtre est virtuellement accessible par – presque – toutes les autres cultures de la planète. Cependant, notre perception de l’autre n’est qu’une portion de leur vie réelle et imaginaire culturel quotidiens.

Dans ce contexte de société en réseau, comme on l’appelle, le dynamisme transculturel s’est beaucoup accru. Les gens, et notamment les jeunes, interagissent comme un système vivant virtuel interconnecté qui est constamment recréé et reprogrammé par des utilisateurs tournés vers le groupe dénotant une tendance à l’autopromotion et à une certaine idolâtrie individualiste. Même si leurs valeurs culturelles fondamentales existent encore sous ces profils sociaux, les préjugés et informations partiales sur autrui sont monnaie courante dès que l’on creuse un tant soit peu. Avec les limites d’accessibilité des TIC en constante expansion, l’heure est venue de promouvoir la créativité interculturelle parmi les jeunes appartenant aux cultures jouissant de plein accès à internet et à celles qui viennent seulement de se connecter.

En ce sens, We2Di représente un outil promouvant la capacité de toutes les cultures à collaborer, tout en s’associant aux autres – et en apprenant – équitablement, par le biais d’un média très attirant pour les jeunes : l’art et les nouveaux médias. We2Di ouvre la voie pour que les jeunes intériorisent l’art en tant que processus de réflexion et agissent créativement dans la construction de leurs propres carrières et leurs interactions avec les autres. Depuis 2014, le réseau We2Di a mis au point plus de 20 méthodologies et les a mises en œuvre en collaboration avec des centaines de jeunes issus de douzaines de cultures dans 12 pays et sur 3 continents, de l’Indonésie jusqu’à l’Argentine.

Pendant la première étape, Fenêtre sur la Diversité a conçu et co-organisé, en partenariat avec des organisations locales, une série d’activités visant à générer un processus avec des groupes centraux de jeunes d’origines culturelles diversifiées, souvent issus d’un milieu marginalisé. Le processus ne s’est pas terminé avec les activités prévues, mais est en fait devenu le schéma directeur des interventions culturelles suivantes des participants en promouvant leurs propres méthodologies, reproductibles et adaptables. Par conséquent, pour la deuxième étape, les membres du réseau We2Di (grupo de ventaner@s) sont en train de développer leurs méthodologies et les partager avec d’autres membres, en élargissant les thèmes suggérés à l’origine et en diversifiant les disciplines artistiques et les méthodes interactives utilisées pour collaborer les uns avec les autres.

We2DI aide à construire les capacités de la jeunesse mondiale à dépasser les limites établies par les milieux culturels ou socioéconomiques et développer leur imagination en collaborant à des projets artistiques qui ont le potentiel d’avoir des effets reproductibles et d’améliorer les sociétés. Progressant selon une approche interculturelle innovante, le réseau We2Di continue à concevoir un nombre grandissant de méthodologies co-créatrices, inspirées d’idées allant du poststructuralisme aux laboratoires d’apprentissage coopératif. Fondées sur l’apprentissage par la pratique, toutes les expériences co-créatrices font évoluer les bases techniques, l’expérience pratique et les valeurs éthiques des participants en connectant les imaginaires culturels à travers des créations d’art collaboratif.

Conclusions

Les droits culturels de l’homme sont clairement liés à la protection et à la promotion de la diversité culturelle, comme l’établissent les diverses déclarations et pactes des Nations unies et de l’UNESCO. La prochaine étape de cette progression concerne les avancées de la définition et des perspectives des droits culturels, et le passage de l’enseignement de la diversité culturelle en un droit culturel à part entière. A ce point, l’éducation artistique et créative semble constituer une approche pédagogique stratégique pour le développement de nouvelles compétences parmi les citoyens, relatives aux valeurs du dialogue interculturel et, simultanément, aux besoins professionnels de l’économie créative.

L’internet et le numérique semblent donc, tout compte fait, être une opportunité permettant de rapprocher les trois composantes : diversité culturelle, créativité et éducation. Deux exemples ont été présentés ici pour entrevoir les possibilités de cette synergie. Internet est l’endroit où les cultures peuvent communiquer et jouer pour augmenter la créativité et les valeurs de la compréhension interculturelle. La prémisse de cela est, au bout du compte, une perspective de droits culturels de l’homme.

Les approches pédagogiques basées sur l’art ne traitent pas seulement de l’enseignement des techniques artistiques, mais de l’éveil de citoyens créatifs capables d’appliquer leur créativité à toutes les sphères de la vie. L’art est donc le moyen parfait d’éveiller la pensée créative par le biais de laquelle les personnes les plus diverses peuvent travailler ensemble, promouvant une compréhension mutuelle et une collaboration dépassant le processus artistique lui-même. Cette approche incarne une stratégie pertinente d’implication des individus dans un processus d’apprentissage qui souligne l’importance de la diversité culturelle en tant que source de compréhension mutuelle. Dans cette perspective, les initiatives pédagogiques culturellement diverses et basées sur le numérique détiennent le potentiel de préserver et de promouvoir les droits culturels.

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  1. Gemma Carbó Ribugent - Université de Gérone, Chaire UNESCO Politiques culturelles et coopération. Guillermo Maceiras Gómez - Cofondateur et directeur créatif de « Fenêtre sur la diversité ».
  2. Voir par exemple le point 6 (c) de l’Observation générale N° 13 sur le droit à l’éducation (article 13 du Pacte) du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des NU (UN CESCR 1999) et Tomasevski, K. (2006).
  3. Point 6 (d) de l’Observation générale citée ci-avant (UN CESCR 1999).
  4. En particulier les articles 28 et 29 de la Convention sur les droits de l’enfant.
  5. Voir UNESCO (1990).
  6. L’Objectif 8 des ODD concerne « une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous ».


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