3 La Convention de l’UNESCO et les technologies du futur : « Un voyage au centre de l’élaboration des lois et des politiques culturelles »

(Original en anglais)

Rostam J. Neuwirth[1]

I – Introduction : Le Phare du bout du monde

En vérité nous sommes certainement à un instant où un nouveau paradigme va devoir se substituer aux anciens (Vivant 2000: 17).

La culture, le droit, l’économie, la politique, la technologie, la science et la religion sont tous des concepts généraux que l’on utilise pour expliquer des aspects particuliers du mystérieux processus qu’est l’évolution humaine – évolution dont l’ultime destinée échappe encore à notre compréhension intellectuelle et continue donc à faire l’objet de spéculations scientifiques et de divinations spirituelles. L’incertitude persistante qui entoure l’évolution humaine et sa destinée invite à s’interroger sur l’adéquation de nos sens et de nos modes de perception cognitifs. Autrement dit, quand les questions entraînent des réponses divergentes, il est peut-être temps de repenser et reformuler ces questions. De tout temps, l’homme a consacré ses efforts à éclaircir les mystères qui entourent la vie humaine, mystères qui ont été connus sous différents noms, comme le « Saint Graal » ou la « pierre philosophale ». Nombre de ces efforts, mais pas tous, se sont traduits par des outils, techniques ou machines novateurs, conçus dans des actes de créativité ingénieuse simplement désignés aujourd’hui par le terme « technologies. » A l’heure actuelle, les technologies sont souvent erronément séparées des arts, avec lesquels elles ont pourtant la « créativité » en commun comme principale source d’inspiration (Heidegger 1979: 318). Il est vrai qu’il existe de nombreuses technologies différentes et qu’elles servent des objectifs encore plus nombreux. Mais dans la quête de la destinée de l’humanité, les technologies proéminentes sont celles dont le but et l’accomplissement ont été d’améliorer notre perception et notre compréhension. Comprimées dans le temps, parmi les principales inventions ayant trait à la vue ou à la perception visuelle figurent l’optique, la chambre noire, la photographie, la cinématographie, ainsi que l’ordinateur et les technologies numériques, pour n’en citer que quelques-unes.

Chacune de ces étapes créatives a sans nul doute élargi notre vision. Mais ont-elles aussi, en somme, aidé à éclaircir le mystère original de la vie et de la direction de son évolution ? Au cours de ces dernières années, d’immenses progrès ont été accomplis dans tous les domaines scientifiques, et cela est particulièrement évident avec le rythme de plus en plus rapide de l’innovation et le développement de technologies novatrices à une vitesse exponentielle. De fait, ce progrès est à tel point exemplaire que l’on désigne maintenant l’âge moderne comme une nouvelle époque, l’Anthropocène, c.-à-d. l’époque où les activités de l’homme ont un impact mondial significatif sur l’écosystème terrestre (Crutzen 2006: 13). Cet âge moderne a aussi été décrit comme une « singularité », autrement dit un monde où les différences entre les machines et les hommes, ou les réalités réelle et virtuelle, vont progressivement disparaître (Kurzweil 2005).

Pourtant, malgré cette accélération de la perception, de l’histoire (Nora 1989: 15), ou de « tout » (Gleick 2000: 6), en dépit de tous les efforts et du progrès accomplis chaque « nanoseconde », il semble – paradoxalement – que nous ne sommes pas à un nanomètre plus proches que nos ancêtres de comprendre le processus qui nous emmène vers notre ultime destinée. Autrement dit, « l’empire de l’homme sur lui-même » n’a pas évolué au même rythme que « l’empire de l’homme sur la nature » (Luzzatti 2005: 376). De ce fait, l’humanité semble même actuellement être repartie en arrière par rapport aux générations précédentes. Cette régression pourrait aussi s’appliquer au droit et au processus de réglementation de ces nouvelles technologies, puisque l’évolution de leur réglementation semble disproportionnée par rapport à la vitesse à laquelle elles se développent (Picker 2001: 185; Bennett Modes 2011: 768). Autrement dit, le droit semble être à la traîne derrière les innovations technologiques, ce qui crée un écart entre ces technologies et leur régulation légale et éthique (Marchant, Allenby & Heckert 2011). L’une des raisons possibles de ceci est que l’objectif du droit serait diamétralement opposé à l’objectif de la technologie, puisque le premier vise à maintenir, préserver et éviter les changements brutaux afin de garantir l’Etat de droit en termes de prévisibilité et certitude légales, tandis que le second consiste à constamment rechercher le changement et l’amélioration par le biais de l’innovation. L’évolution humaine, cependant, semble englober ces deux tendances. En définitive, la question est de savoir ce qui cause cette aliénation entre le progrès scientifique qui se manifeste dans les nouvelles technologies et une meilleure compréhension de l’évolution humaine et de son ultime destinée.

Cette question sera examinée à travers l’étude brève du rôle de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles au cours des prochaines décennies, et ce particulièrement sur l’avenir de la gouvernance des affaires mondiales. Ceci est justifié par le fait que, légalement, il a été défini que la Convention « n’a d’effet légal que pro futuro et n’aura en aucun cas d’effets rétroactifs » (Neuwirth 2006: 819 & 847). Elle n’aura certainement pas d’effets rétroactifs directs, mais elle en aura peut-être indirectement, par exemple, paradoxalement, en lançant un débat productif qui, en changeant le futur, projettera a posteriori une teinte différente sur le passé. A cet effet, ce chapitre débute par un prologue exposant une allégorie, indice d’une corrélation possible entre la poursuite des découvertes scientifiques de l’humanité et l’ultime destinée de cette dernière. Autrement dit, cette allégorie pourrait fournir un indice sur l’objectif des technologies, en examinant non seulement ce qu’elles nous permettent d’accomplir mais aussi ce qu’elles nous révèlent sur nous-mêmes. Le chapitre se concentre donc ensuite brièvement sur les origines historiques de la Convention, afin d’ouvrir la voie à une meilleure compréhension de ses futures lacunes potentielles. Pour éviter ces potentielles lacunes, ce chapitre étudie ensuite les indices fournis par les débats scientifiques et légaux actuels ainsi que par le discours public quotidien, et les concepts clés figurant dans ces débats. La section suivante comporte une liste de quelques technologies existantes, ainsi que des conclusions et recommandations pour l’avenir de la Convention, de même que pour l’ensemble de l’UNESCO, qui sont présentées en guise de commentaires finaux. Le dernier point, mais non le moindre, est contenu dans l’épilogue qui perce le mystère contenu dans l’allégorie annoncée en prologue.

II – Prologue : « De la terre à la lune » et la quête de la lumière divine

Verne’s future looks backwards, just as his past looks forwards. It is anticipation in reverse. Verne is both a visionary and a nostalgic, and the particular difficulty of his work is that he happens to be both of these at once (Unwin 2000: 31).

Tout au long de la quête historique de l’humanité pour « l’illumination », certains individus ont été périodiquement, bien que souvent à titre posthume, reconnus comme des visionnaires au sens où ils ont anticipé d’importants développements marquant les étapes progressives de l’évolution humaine. L’écrivain français Jules Verne (1828–1905) est définitivement l’un de ces individus (Unwin 2000; Evans 2013). Dans ses nombreux romans, parmi lesquels figurent notamment De la terre à la lune (publié pour la première fois en 1865) et Vingt milles lieues sous les mers (publié pour la première fois en 1870), on dit qu’il a anticipé certains développements technologiques longtemps avant qu’ils ne se produisent. Curieusement, ces deux titres de romans correspondent aussi aux éléments d’une ancienne allégorie sur la quête de l’humanité pour la « lumière divine », qui se traduit par une compréhension et conscientisation plus profondes de la direction et de la destinée de l’évolution humaine. Cette allégorie est la suivante :

Il fut un temps dans l’histoire de la race où les dieux dérobèrent à l’homme sa divinité, et, s’étant réunis en haut-conclave, ils s’efforcèrent de décider où cacher ce qu’ils avaient dérobé. Un dieu suggéra de la cacher sur une autre planète, car ainsi l’homme ne pourrait la trouver ; mais un autre dieu se leva et dit que l’homme étant un grand voyageur inné, ils ne pouvaient avoir la garantie qu’il ne trouverait pas un jour le chemin jusque là. « Cachons-la, dit-il, dans les profondeurs de la mer ; au fond de l’océan elle sera en sécurité ». Mais de nouveau une voix contradictoire se fit entendre, précisant que l’homme était par nature un grand investigateur qui, un jour, réussirait à pénétrer les profondeurs les plus grandes, aussi bien que les sommets les plus élevés (Bailey 1979: 106-107).

A posteriori, et comme Jules Verne l’avait anticipé, les hommes ont déjà voyagé jusqu’à la lune (même si ce n’est pas une planète au sens strict du terme) et au fond des plus grandes profondeurs des océans et devraient donc y avoir probablement déjà trouvé la lumière divine. Mais l’histoire continue ; après bien d’autres échanges, un dieu brillant se leva et suggéra une autre cachette pour le « joyau volé » de la divinité humaine, un endroit où il était certain que les hommes ne le chercheraient jamais. Après qu’il eut suggéré cette cachette, le conclave se sépara joyeusement, « les dieux convaincus qu’un endroit véritablement inaccessible avait été indiqué, et pendant des siècles il sembla que la lumière cachée […] était perdue à jamais » (Bailey 1979: 107).

La question est donc la suivante : quel endroit avait-il suggéré comme étant la cachette la plus sûre, où les hommes ne seraient pas capables de retrouver la divinité humaine ? Si l’on en croit un autre roman de Jules Verne, la réponse pourrait bien être au centre de la terre (Verne 1867). Mais à cet égard, Jules Verne lui-même pourrait s’être servi de la terre comme d’une métaphore de la quête de l’humanité pour la lumière divine ou une conscientisation accrue. Une piste révélatrice du sens de la métaphore peut éventuellement se trouver au sein même de la Convention de l’UNESCO et du mandat imparti à l’UNESCO en général.

III – « Culture contre commerce » : l’histoire de la Convention de l’UNESCO

The real phenomena of human economy, as paradoxical as it may sound at first, are to no small extent of an uneconomic nature (…) (Menger 2009: 218).

La Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée en 2005, est elle-même le fruit de nouvelles technologies. Pour simplifier, elle est issue du désaccord relatif au traitement des produits culturels, audiovisuels en particulier, qui surgit pendant les négociations du Cycle d’Uruguay sur l’établissement de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Plus concrètement, l’augmentation mondiale du volume des ventes des films de Hollywood à la suite de la libéralisation du commerce international promulguée dans le cadre de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce de 1947 (General Agreement on Tariffs and Trade, GATT) a été perçue comme une menace pour la diversité des cultures mondiales existantes. Le conflit sous-jacent remonte à un combat vieux de plusieurs siècles entre d’une part la volonté de répondre aux défis en matière de réglementation, défis dérivés d’objectifs apparemment disparates relatifs à la culture, et le commerce international de l’autre. Conformément à la tendance générale vers la fragmentation, culture et commerce (comme beaucoup d’autres domaines de l’expérience humaine) étaient essentiellement perçus comme incompatibles et inconciliables, ce qui explique aussi pourquoi on présupposait qu’ils doivent être réglementés séparément. Cette tradition de réglementation séparée s’observe depuis le concept de droit romain de « res extra commercium » jusqu’à l’adoption de l’Article IV du GATT concernant les films cinématographiques, et elle perdure jusque dans l’Article 20 de la Convention de l’UNESCO elle-même.

La réglementation séparée de la culture et du commerce a cependant subi une certaine pression à la fin du XIXème siècle, avec l’invention du cinématographe qui a créé une nouvelle catégorie, celle des films. Cette pression croissante provenait de la double nature des films – économique et culturelle – qui rapprochait les deux domaines. Leur double nature, ainsi que la contradiction intrinsèque qui y est associée, a aussi été reprise dans le concept d’« industrie de la culture », terme délibérément inventé sous forme d’oxymore, c.-à-d. de tournure associant deux concepts apparemment antagonistes et donc inconciliables. Depuis, la pression n’a cessé d’augmenter de manière exponentielle. Ceci était essentiellement le contrecoup de l’avènement des technologies numériques, qui ont lancé une tendance plus large à la convergence d’industries et produits différents, et qui depuis le début n’ont cessé de défier tant la régulation du commerce international que la diversité des expressions culturelles (Guèvremont et al. 2013; Neuwirth 2015a). Ainsi, le cinématographe, qui a littéralement mis la photographie en mouvement, a tout à la fois accéléré et élargi nos moyens de perception, mais le prix de cette expansion a été de semer la confusion parmi de nombreuses distinctions entre concepts et domaines en matière de réglementation, distinctions qui avaient été soigneusement définies au cours des siècles précédents.

Au cours de ces dernières décennies, on a répondu aux défis posés au niveau de la réglementation par l’accélération de la perception et la confusion des anciennes lignes de distinction en créant une catégorie de concepts capables de gérer les deux tendances. Cette catégorie s’intitule « concepts essentiellement oxymoroniques » et regroupe des paradoxes, des contradictions dans les termes, et des oxymores (Neuwirth 2013c). Ces concepts signalent une transition ou un détachement par rapport à la conception dualiste des discours scientifiques qui, jusque là, s’appuyaient sur une tradition de vues divergentes ou même sur l’opposition hypothèse-antithèse contenue dans la notion de « concepts essentiellement contestés » (Gallie 1956). Il n’est guère surprenant qu’une catégorie de concepts intrinsèquement contradictoires entre en conflit avec une méthode strictement dualiste ou avec la logique classique du raisonnement légal, dont le syllogisme légal est l’illustration parfaite. Cette conception dualiste du droit a été magnifiquement résumée par le nomos ou univers du droit en création permanente par « un monde où règnent le bien et le mal, le légal et l’illégal, le valide et l’invalide » (Cover 1982: 4). Il est néanmoins avancé que la réponse aux pressions grandissantes exercées par l’innovation technologique et industrielle n’intervient que lentement ou insuffisamment par le biais de changements adéquats dans le domaine des réglementations et de la législation, tant institutionnellement que substantiellement. Au lieu de repenser avec un esprit critique les fondements des réglementations ou de l’élaboration des lois et des politiques, la réponse aux nombreux changements radicaux de l’environnement de réglementation est essentiellement une fuite en avant, qui se manifeste par un déluge de normes provenant d’un excès de réglementation ou d’une prolifération de normes et d’organes de régulation (Heldrich 1983; Oppetit 1990: 317). Avant de pouvoir nous consacrer aux défis rencontrés par les approches existantes en matière de réglementation, défis causés par ces changements, il nous faut aborder brièvement quelques-uns de ces concepts essentiellement oxymoroniques, tels qu’ils sont utilisés aujourd’hui.

IV – La Convention de l’UNESCO et les concepts essentiellement oxymoroniques: logique-la-têtue ?

Paradox is a rich source for artistic creation; it is, however, a poor basis for the development of cultural trade policy (Dymond & Hart 2002: 32).

Il est possible, ainsi qu’il a été mentionné plus haut, que la Convention de l’UNESCO ait elle-même été issue de l’oxymore que constitue l’industrie de la culture. La décision même de négocier la Convention était aussi basée sur l’oxymore de l’« accord d’être en désaccord » entre les négociateurs commerciaux de l’U.E. et des E.U. (Elliott & Luce 1993: 1). Sur un plan plus large, le débat précédant l’adoption de la Convention était basé sur le paradoxe de la culture et du commerce, qui repose sur le casse-tête suivant : comment concilier les objectifs apparemment inconciliables des politiques culturelles ou de la protection de la diversité culturelle d’une part, et les politiques commerciales ou la libéralisation du commerce international de l’autre. Ce paradoxe est également apparu dans la première version de l’Article 20 de la Convention, concernant la relation avec d’autres instruments, qui stipulait que la Convention ne devrait pas affecter les droits et les obligations des Parties dérivés d’autres accords internationaux, et que ces autres accords internationaux ne devaient pas non plus affecter les droits et obligations des Parties dans le cadre de la Convention (Neuwirth 2013a: 406). Le débat sur la culture et le commerce a lui-même produit abondance de paradoxes impliquant la culture et le commerce. (Neuwirth 2015b; Dymond & Hart 2002). La diversité culturelle même, quand on l’explique en termes de discordia concors, peut être interprétée comme un oxymore. En revanche, la notion de variété culturelle serait plus facile à concilier en termes de logique, en établissant que les membres d’une même culture partagent ses valeurs ou caractéristiques tout en se caractérisant par une grande variété. Même les concepts connexes, comme celui de la propriété culturelle, ont été qualifiés de paradoxes en raison des tensions intrinsèques entre la nature fixe de la propriété et la nature changeante, dynamique et instable de la culture (Mezey 2007: 2005). La Convention de l’UNESCO elle-même mentionne que la culture est un concept en évolution, qui prend « diverses formes dans le temps et l’espace », ce qui est la raison pour laquelle on peut déterminer que la réglementation de la culture et des industries culturelles constitue un paradoxe et un oxymore (Adorno 1991: 123; Pratt 2005: 31-32).

Le concept de diversité culturelle est aussi lié de près aux peurs associées à la mondialisation et à ses conséquences négatives, telles que la « Coca-colonisation» des nombreuses différentes cultures mondiales (Melnick & Jackson 2002: 429). Pour répondre à ces peurs et mettre en valeur les différences locales, le concept de « mondialocalisation » a été suggéré pour remplacer celui de mondialisation – de toute apparence un autre oxymore (Khondker 2005: 187-188). Le rôle de la diversité culturelle dans le développement a également été reconnue, particulièrement dans le contexte du développement durable, concept qui contient une contradiction intrinsèque semblable à un oxymore (Sachs 1999: 38; Njiro 2002; Redclift 2005). Enfin, les nouvelles technologies et leurs tendances convergentes ont conduit à la création de nombreuses catégories de produits nouveaux, souvent désignés par des mots-valises combinant des produits auparavant distincts. Ces produits englobent non seulement les cosméceutiques ou les nutraceutiques, résultant de la fusion des industries cosmétique, pharmaceutique, et alimentaire (Ulbricht 1993; Dureja et al. 2011), mais ils ont aussi pénétré les industries plus traditionnelles, comme le démontrent des produits tels que les véhicules utilitaires sport (VUS), le thé glacé ou le Frappuccino, qui peuvent tous être qualifiés d’oxymores. Enfin, la publicité s’est aussi emparée de ces concepts avec des slogans tels que « moins, c’est plus », « dépensez plus et économisez plus » ou encore « la banque locale du monde. »

Les nouveaux défis découlant de la gestion de ces nouvelles industries ont aussi suscité la création d’oxymores, comme la coopétition, qui combine des éléments de coopération et de compétition pour faire face aux conséquences de la convergence des industries (Ancarani & Costabile 2010: 216). La pensée paradoxale a même été avancée en guise de solution pour améliorer les bénéfices (Fletcher 1997). Le droit et la réglementation ont vite suivi cet exemple et ont utilisé l’oxymore « coopétition » pour associer acteurs publics et privés ou processus de réglementation gouvernementaux et non-gouvernementaux, ainsi que les processus entre les différent régimes internationaux (Esty & Geradin 2000: 235, 237 & 253; Neuwirth & Svetlicinii 2015: 369). De manière générale, le droit a souvent été décrit en se référant à des paradoxes ou des contradictions (Cardozo 1928; Fletcher 1985; Perez & Teubner 2006). Somme toute, il existe beaucoup d’autres exemples de concepts essentiellement oxymoroniques, mais la liste présente devrait suffire à soutenir l’affirmation que l’époque contemporaine constitue l’âge du paradoxe (Handy 1995). En outre, ceci devrait aussi suffire à justifier la nécessité d’une nouvelle approche conceptuelle et probablement cognitive de l’élaboration des lois et des politiques. Comme il apparaîtra plus loin, ceci devrait s’appliquer particulièrement bien à l’UNESCO et à son mandat. En premier lieu, il serait intéressant de nous tourner vers l’avenir, en particulier dans la perspective des nouvelles technologies et de leur impact sur la culture ou la variété culturelle.

V – La Convention de l’UNESCO et les nouvelles technologies : Autour du monde en quelques secondes

La gente sin sueños se muere antes (Subiela 1995).

Personnage oxymoronique de visionnaire nostalgique, Jules Verne savait combiner avec créativité la connaissance de son passé avec des projections sur l’avenir. Autrement dit, en tant qu’écrivain il a « prédit l’avenir, en ‘inventant’ la technologie moderne par le seul pouvoir de son imagination » (Unwin 2000: 18). L’imagination et la créativité pourraient bien être une seule et unique chose et, source d’inspiration, elles sont aussi au service des scientifiques. Peter Higgs en est un bon exemple, lui qui avec ses collègues a correctement anticipé, en 1964, la découverte du boson de Higgs ou « particule de Dieu » en 2013 (Higgs 1964; Alison 2015: 285). Il est intéressant d’ajouter que cette découverte a été rendue possible par une méthode oxymoronique, une « création à partir de la destruction » consistant à faire entrer des particules à grande vitesse en collision dans le grand collisionneur de hadrons (Large Hadron Collider, LHC). Un autre exemple parmi les scientifiques est celui de Leon O. Chua, qui en 1971 a aussi anticipé, en théorie, la découverte en 2008 d’un quatrième instrument physique à ajouter à la résistance, à l’inducteur et au condensateur ; il l’a appelé le « memristor », un mot-valise créé à partir des mots mémoire et resistor (résistance) (Chua 1971: 507; Strukov et al. 2008). Avant de pouvoir se pencher sur la signification de la découverte du memristor, cet article doit aborder succinctement l’état actuel des technologies et leur impact potentiel sur la Convention.

Dans cette entreprise, comme dans une partie de billard, il est difficile de prédire le futur d’une technologie spécifique en raison de son interaction avec d’autres domaines. Autrement dit, il est peut-être facile de prédire l’automobile de l’avenir en se basant sur la technologie automobile actuelle mais cela devient plus difficile si l’on prend en considération le progrès possible dans les technologies associées, telles que l’informatique, la science des matériaux, les lumières laser et tout simplement l’ingéniosité humaine. Au milieu de ce complexe enchevêtrement de nombreux facteurs inconnus, le droit (et la politique) est aussi amené à jouer un rôle paradoxal. Ce paradoxe réside dans le fait que le droit et la régulation peuvent modifier ou influencer le développement des nouvelles technologies (standards de télécommunication par ex.) (Gruber & Verboven 2001), alors même que les nouvelles technologies poussent souvent le droit à réagir et s’adapter à elles (c’est le cas de la technologie médicale par exemple) (Warnock 1998). Dans le même temps, les facteurs économiques ont aussi un rôle significatif, car certaines inventions, même si elles étaient sanctionnées par le droit, comme le transport aérien supersonique, ne s’avéreraient pas économiquement viables, tandis que d’autres, telles qu’une monnaie virtuelle comme le bitcoin, pourraient radicalement transformer l’appréhension même de l’économie (Koller & Seidel 2014).

Concrètement, ceci peut aussi vouloir dire qu’à l’avenir le rôle et la valeur légale de la Convention de l’UNESCO dépendront en grande partie du contexte global dans lequel la Convention sera mise. Cela signifie qu’il faut tenir compte de ce que sera l’ordre légal et économique mondial futur et de qui en seront les principaux acteurs : personnes privées, états, organismes régionaux, organisations internationales, mondiales, ou même peut-être « interplanétaires » comme le mentionnait Stanislav Lem (Lem 1985: 34). Ces questions dépassent le contexte présent, et notre intérêt ici se limite aux aspects technologiques. Cependant, même isolément, le progrès technologique fait face à un semblable défi de complexité ou plutôt, en fait, de « simplexité », pour utiliser à la fois un paradoxe et un oxymore (Kluger 2008; Mossman 2014).

Afin de simplifier cette tâche, nous allons tenter d’énumérer brièvement quelques technologies existantes qui promettent de continuer à innover et d’évoluer rapidement. Un premier coup d’œil général révèle une tendance à la convergence de plusieurs sous-groupes technologiques particuliers, dont la nanotechnologie, la biotechnologie et les technologies de l’information et de communication (TIC). A ces catégories doit s’ajouter le domaine des études cognitives, qui présente un énorme potentiel d’avenir (Roco & Bainbridge 2003). Le domaine du transport, qui est lié de près aux technologies de communication, devrait peut-être aussi s’y ajouter (Zacher 1996). Conjointement et par le biais d’interactions serrées, ces domaines transformeront radicalement la manière dont nous vivons, et ils ont d’ailleurs déjà commencé à le faire. La nanotechnologie par exemple va transformer tout ce que nous utilisons en termes de matériaux, des vêtements, aliments et cosmétiques aux machines, aux armes et aux ordinateurs (Baumberg 2007). La biotechnologie a déjà envahi nos vies avec les aliments génétiquement modifiés et d’autres applications potentielles allant du développement de nouveaux médicaments et produits chimiques au clonage animal et humain (Sager 2001: 109). Il est probable que ces deux domaines, rassemblés dans le concept de « nanobiotechnologie », poussent ce processus encore plus avant (Ramsden 2005: 14). Pour ce qui est des technologies de l’information et de communication, nous voyons déjà combien l’Internet, qui a récemment fusionné biens et services de télécommunication, de l’audiovisuel et même d’impression, a transformé nos vies avec toutes ses applications. D’autres technologies existantes, telles que la téléphonie mobile et vidéo, les réseaux sociaux et autres et les applications de messagerie instantanée, de réseaux 2G à 5G, qui offriront un roaming mondial sur divers types de réseaux sans fil et mobiles sur le « wwww » (wireless worldwide web, web mondial sans fil) (Akthar 2008), continueront à évoluer. Dans le sillage des drones, le transport lui aussi continuera à accélérer, tant au niveau de l’accessibilité que du volume et de la vitesse, mais il est encore trop tôt pour prédire quand les modes de transport révolutionnaires tels que la « téléportation » seront disponibles pour la commodité des banlieusards et des voyageurs (Zeilinger 2003). De la même manière, les technologies de communication évolueront à mesure que la technologie du langage et la traduction automatique s’améliorent (Kay 1997), et ceci devrait avoir des effets intéressants sur la diversité linguistique et culturelle. Globalement, la science aura à l’avenir un impact majeur sur la vie (Kaku 2011).

On peut s’attendre à des progrès considérables dans chacun de ces domaines individuels au cours des décennies à venir. Ce qui est plus difficile à prévoir est l’arrivée d’un « point de basculement » (Gladwell 2000) ou « changement de paradigme » (Kuhn 1996), qui s’observe quand un événement change absolument toutes les règles du jeu et transforme radicalement quelques-uns au moins des principes fondamentaux (comme la pesanteur) sur lesquels nous nous appuyons dans la vie. Ces événements sont difficiles à imaginer, mais quelques-uns pourraient être la découverte de formes de vie extra-terrestre, de nouvelles sources d’énergie inépuisables, des appareils permettant de lire les pensées ou enregistrer les rêves (Horikawa et al. 2013), ou encore des révélations sur la nature (ou l’inexistence) de la mort.

Comme avant l’entrée en vigueur de la Convention, ce panorama bref et incomplet de quelques technologies du futur susceptibles de voir le jour dans les décennies à venir n’est pas favorable à l’augmentation de la valeur légale détenue par la Convention à l’avenir. Il est même souhaitable que certains des concepts et termes contenus dans la section opérationnelle de la Convention perdent leur signification et leur pertinence du fait des changements affectant l’ordre juridique mondial ; parmi ceux-ci figurent la dichotomie entre pays en voie de développement et pays développés (Art. 14 CDEC par ex.), ou l’insistance placée sur un droit national et territorial (Art 6 CDEC), ou encore l’apparente opposition entre les considérations culturelles et les considérations économiques (Art. 20 CDEC) (Neuwirth 2013a: 405-406 et 415; Neuwirth 2013b). Cependant, il est plus probable que tous les principes directeurs figurant à l’Article 2 de la CDEC conserveront leur pertinence, quoique dans des conditions radicalement différentes, sauf peut-être pour ce qui est du principe de la souveraineté, qui devrait aussi laisser place à un nouveau principe, plus aligné sur une conception cosmopolite de l’Etat (Glenn 2013). En somme, ces vagues prédictions sur le futur rôle légal de la Convention ne dégagent pas les législateurs et les décideurs politiques d’une responsabilité importante. Le rôle du droit et de la réglementation n’est pas seulement de réagir aux changements qui se sont produits mais de se préparer de manière proactive aux changements à venir, essentiellement ceux occasionnés par les nouvelles technologies. En guise de dernier exemple, cette responsabilité du droit implique un autre paradoxe, qui est que la conception des technologies du futur résultera d’un processus dialectique consistant simultanément à influencer et subir l’influence de la législation.

Dans cette épreuve paradoxale, on peut s’attendre à ce que l’ordinateur continue à jouer un rôle important dans notre quête scientifique de réponses. En outre, il est probable que l’ordinateur du futur joue un rôle dans nos efforts d’amélioration de nos moyens de perception, ou encore d’améliorer notre perception afin de créer davantage de possibilités basées sur une « réalité augmentée », prenant ainsi une position intermédiaire entre science et fiction ou entre la réalité virtuelle et la réalité. Les thèmes de films récents tels que Inception (réalisé par Christopher Nolan en 2010) ou Lucy (réalisé par Luc Besson en 2014) reflètent déjà l’intérêt du public pour les possibilités offertes par une perception améliorée et une réalité augmentée (Tönnis 2010). Dans le cadre de ce processus, les ordinateurs font aussi l’objet d’innovations révolutionnaires, et l’une de ces innovations s’est peut-être produite en 2008 avec la découverte du memristor, mentionnée plus haut. Le memristor a été accueilli comme une révolution en premier lieu parce qu’il permettra de fabriquer de meilleurs ordinateurs, plus rapides et plus économes en énergie, qui s’allumeront et s’éteindront instantanément sans perdre de données, ce qui signifie que la mémoire vive ne sera plus effacée quand l’appareil est éteint (Itoh & Chua 2008: 3183; Prisco 2015). En second lieu, le memristor suscite énormément d’intérêt car il est suggéré qu’il nous permettra de construire des « ordinateurs créatifs », c.-à-d. fonctionnant à la manière d’un cerveau, « neuraux », ce qui pourrait donner aux robots la capacité de « faire des plans pour l’avenir, tirer les enseignements du passé et faire preuve de jugement au présent » (Gale, de Lacy Costello & Adamatzky 2013). Autre aspect intéressant, les memristors permettront aux ordinateurs d’échapper aux limites des codes binaires (Prisco 2015). Ainsi ils pourront apparemment appliquer la logique floue (Merrikh-Bayat & Shouraki 2013). Quelques-uns des avantages que présentent les memristors ont été décrits comme suit :

L’avènement des mécanismes memristors à nano-échelle, avec leur mémoire multi-niveaux haute densité, une consommation d’énergie statique très faible et un comportement similaire aux synapses biologiques, constitue un tournant majeur dans l’imitation de l’incroyable puissance de traitement des systèmes biologiques (Kudithipudi et al. 2014: 93).

La découverte du memristor est-elle donc vraiment une nouvelle étape majeure dans la création de l’intelligence artificielle, vers la fusion des hommes et des machines et la naissance du « cyborg », une abréviation d’« organisme cybernétique », qui vient s’ajouter à la liste des oxymores (Siivonen 1996) ? Seul l’avenir le dira, mais si les machines utilisent la logique plus souplement et peut-être plus correctement que leurs créateurs, n’est-il pas temps de repenser les fondements même de notre mode de pensée ? A cet égard, il a été établi que nous pouvons déjà construire des machines ou des ordinateurs en ayant recours à des paradoxes, ce qui devrait nous alerter sur le point suivant :

Ces paradoxes sont donc loin de n’être que de simples jeux et leurs implications sont beaucoup plus profondes que le langage humain. Les tensions paradoxales auxquelles je viens de faire allusion prennent à peu près la même place : elles sont tissées dans la fondation du monde. Elles sont partout (Wagner 2009: 3).

Si les paradoxes et les oxymores sont de fait omniprésents, comme l’informatique, et qu’ils résultent de l’ingéniosité de l’homme, il est peut-être aussi temps, comme John Dewey le recommandait à juste titre, que le domaine de l’élaboration des lois et des politiques prenne en considération « l’infiltration dans le droit d’une logique plus expérimentale et souple » en tant que besoin social et intellectuel (Dewey 1924: 27).

VI – Remarques de conclusion : l’UNESCO au XXIème siècle

Un paradoxe permanent de l’UNESCO réside dans le fait de vouloir rejoindre des objectifs culturels avec des instruments et des structures dans lesquels la politique n’est pas absente (Papini & Cortese 1974: 117).

Dans des circonstances normales il est difficile de dire exactement à quoi ressemblera l’avenir et où en sera la diversité des expressions culturelles dans le monde. Pourtant, l’ignorance de l’avenir n’a pas, dans le passé, empêché les écrivains et les scientifiques, visionnaires nostalgiques ou réalistes magiciens, de plonger dans le monde de la création imaginaire et ainsi, paradoxalement, de simultanément imaginer ou entrevoir, et façonner ou créer l’avenir. Nous recommandons ici que la même créativité soit envisagée et appliquée par les législateurs et les décideurs politiques. D’une manière générale, cela exigerait aussi de se familiariser avec les concepts essentiellement oxymoroniques, c.-à-d. les paradoxes et les oxymores, en tant que concepts-clés de notre ère. Cette familiarisation est nécessaire en raison du nombre grandissant d’oxymores créés pour décrire les fruits du progrès scientifique et technologique qui de ce fait posent de nouveaux défis à la réglementation par le droit. Comme les ordinateurs, les concepts essentiellement oxymoroniques sont omniprésents et leur utilisation ne fait qu’augmenter. Un exemple de leur pertinence en matière de technologie a été fourni par le memristor, qui ouvre des voies complètement nouvelles à l’informatique, en transcendant les codes binaires pour les remplacer par des formes de logique plus floues, entre autres choses. Un exemple de leur pertinence en matière de régulation nous est fourni par la culture elle-même, qui a été établie comme constituant un paradoxe, dans le sens où la culture ne peut être réglementée. Ce qui peut cependant être réglementé sont les conditions dans lesquelles la « culture » peut spontanément germer et se développer.

Dès lors, si les concepts essentiellement oxymoroniques constituent le paradigme dominant de notre domaine scientifique et technologique actuel, pourquoi ne pas les inclure de manière proactive et, à l’aide de formes plus paradoxales de raisonnement légal, les introduire dans l’univers de l’élaboration des lois et des politiques ? Ceci impliquerait de reconnaître que la technologie traite non seulement de ce qu’elle nous aide à percevoir et accomplir, mais aussi de ce qu’elle nous révèle sur nous-même et sur notre destinée dans le processus qu’est l’évolution.

Appliquer cette appréhension de la technologie au domaine de la diversité des expressions culturelles et au rôle futur de l’UNESCO signifie que, si Jules Verne pouvait préparer son esprit aux technologies du futur, le droit et l’UNESCO devraient être capables de faire la même chose. L’UNESCO, en particulier, détient un rôle privilégié parmi les organisations internationales dans cet effort, qui consiste à préparer les esprits à un monde globalisé et sensiblement interconnecté au sein duquel l’interdépendance atteint des niveaux sans précédents. Ce rôle est également dans la lignée du passé de l’UNESCO et de son héritage apparemment oublié, celui de l’organisation dépositaire de la « coopération intellectuelle ». Ceci découle du fait que l’UNESCO est le successeur de la Commission internationale de coopération intellectuelle (CICI), créée en 1921 par la Société des nations et transformée quatre ans plus tard en Institut international de coopération intellectuelle (IICI) (Bonnet 1937: 467). A cette époque, on estimait que la coopération intellectuelle était un outil particulièrement utile pour faire face à la complexité grandissante des affaires internationales (Bonnet 1937: 457). Depuis lors, il ne fait aucun doute que la complexité des affaires « glocales », c.-à-d. à la fois locales et globales, n’a fait qu’augmenter. Au vu des dangers menaçant la diversité d’expression culturelle et des menaces à venir, qui – à cette époque anthropocène – constituent aussi une menace à la survie de l’humanité et de la planète dans son ensemble, l’UNESCO ferait bien de se tourner en visionnaire nostalgique. Dans ce rôle, l’UNESCO, chargée des domaines de l’éducation, de la science et de la culture, est en mesure de promouvoir la coopération intellectuelle et en particulier, de déterminer les méthodes cognitives requises pour que cette coopération intellectuelle soit efficace et significative. Par exemple, les futures initiatives de l’UNESCO à cet égard pourraient être de préparer le terrain pour les outils de perception améliorés, en termes de réalité augmentée fondée sur des modes de pensée cognitifs plus généraux, à la convocation d’un « conclave » réunissant les directeurs généraux de toutes les organisations internationales afin de faire face à la complexité grandissante des affaires mondiales en améliorant la cohérence de l’élaboration des lois et des politiques mondiales, sans duplication inutile de leurs activités respectives.

VII – Epilogue : Voyage au centre de l’esprit

La science, mon garçon, est faite d’erreurs, mais d’erreurs qu’il est bon de commettre, car elles mènent peu à peu à la vérité. (Verne 1867: 147).

Enfin, l’heure est venue de révéler l’endroit où, lors du conclave, le dieu avait suggéré de cacher la lumière divine de l’humanité. Dernier indice, le mandat de l’UNESCO, tel qu’il est inscrit dans sa Constitution, définit le point de départ de ses activités au même endroit. Sans prolonger le suspense, le débat animé de l’allégorie se termine quand l’un des membres du conclave suggère : « Cachons le joyau de la divinité de l’homme, que nous avons dérobé, à l’intérieur de l’homme lui-même, car là il ne la cherchera jamais » (Bailey 1979: 107). Dans la même veine, la Constitution de l’UNESCO dispose à l’Article premier de son Préambule :

Puisque les guerres commencent dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que les défenses de la paix doivent être construites (UNESCO 1945: Article 1, Préambule).

Cet article reflète une sorte de pensée paradoxale qui peut et doit aussi être appliquée à la variété culturelle, ce qui signifie que l’on doit faire face aux dangers menaçant la variété culturelle à leur point d’origine. Par conséquent, c’est un voyage au centre de l’esprit – pour reprendre la métaphore de Jules Verne d’un voyage au centre de la terre – qui devrait inspirer la direction de nos recherches en matière d’élaboration des lois et des politiques à l’avenir.

Remerciements

Chaleureux remerciements à Lilian Richieri Hanania et Anne-Thida Norodom pour avoir organisé la conférence sur la Diversité culturelle et technologies numériques, qui s’est tenue à Rouen (France) le 11 décembre 2015 et a inspiré cet article. L’auteur exprime sa profonde reconnaissance à l’Université de Macao pour le soutien financier fourni [MYRG2015-00222-FLL]. D’autre part, tous les sous-titres de ce chapitre sont des versions modifiées de divers titres de livres écrits par Jules Verne (1828-1905).

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  1. Mag. iur. (Université de Graz), LL.M. (McGill), Ph.D. (EUI), Maître de conférences de la Faculté de Droit de l’Université de Macao.


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